‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 31 sur 96 · RET0UI\ JL VIENNE · texte numérisé non relu

RET0UI\ JL VIENNE

1522. Retour à Vienne. — Les grandes-ducliesses Hélène et Marie. — Les mariages espagnols. — Dîner à Schœnbrunn. — Le Prince de Prusse. — Maladie du Palatin. — L'affaire de Cracovie. — Révolution en Suisse. — — Le comte de VilIareaL — Construction d'une maison. — Mort de la grande-duchesse Marie. — Le grand-duc héritier de Russie.

Vienne, septembre.

1522. Le 13 septembre, nous sommes retournés à Vienne. J'ai commencé par y mener une vie très- fatigante. Les matinées étaient remplies par des visites de tout genre; la Cour se trouvait comme à l'ordinaire à Schœnbrunn, et tout le monde s'empressait à rendre au grand-duc Michel le séjour de Vienne aussi agréable que possible.

J'ai trouvé Paul Esterhazy très^affligé de la mort de tu. 1 1

Léopoldine ; le souTenir de cette perte lui arrache des larmes amères, et il y a bien de quoi, car personne ne lui était aussi attaché qu'elle.

Le 18, je suis allée faire visite à la grande-duchesse Hélène, qui demeurait à T « Agneau d'or » . Elle était tourmentée au sujet de sa fille atnée, la grande-duchesse Marie, qui était arrivée à Ischl avec les apparences d'une bonne santé, mais qui s'était refroidie à la suite d'une promenade à cheval et qu i avait pris un rhume violent qui dégénère petit à petit en maladie pulmonaire. La grande-duchesse a regretté d'être obligée de différer son départ pour le moment ; elle a parlé du mariage de la grande-duchesse Olga et de mille autres choses, et à cette occasion elle a déployé les belles qualités d'esprit que nous lui connaissons et qui charment tous ceux qui approchent cette femme distinguée.

Mon pauvre Clément est plus que jamais accablé d'affaires. Le mariage de la Reine d'Espagne avec le duc de Cadix et celui de sa sœur, l'infiante Louise, avec le duc de Montpensier, mariages que le Roi Louis-Philippe a négociés très-habilement, ont jeté l'Angleterre, et particulièrement lord Palmerston, qui se voit joué, dans une irritation qui fait grand tort à cette célèbre « entente cordiale » dont on était si fier. Gordon s'est donné beaucoup de peine pour nous décider à agir dans cette af&ire, que l'Angleterre voudrait bien exploiter aux dépens de la France. Mais Clément, s'appuyant sur la vérité et sur les principes inviolables qui nous guident, a déclaré que l'Autriche resterait complètement indifférente dans la question du mariage des deux Infantes — ; c'est ainsi que nous les appelons. — Les explosions de fureur de lord Palmerston et de ses journaux, qui invoquent toujours le traité d'Utrecht, sont à nos yeux parfaitement inoffensives et dénuées de tout fondement légal. Le duc de Montpensier peut devenir le mari de l'Infante et même de la Reine sans que le traité d'Utrecht soit violé, parce que le duc n'a nulle chance de devenir Roi de France, et que ce traité ne rend impossible que la réunion des deux couronnes. L'Autriche ne peut donc nullement se mêler d'une afiaire qui à ses yeux n'a aucune importance.

JOURNAL DE LA PRINCESSE MÉLANIE (l846). 163

Octobre (Villa Mettemich).

Nous avons eu à .Schœnbrunn un grand dtner de cent vingt couverts, donne par Ja Cour en l'honneur du Prince de Prusse et de tous les officiers de Tarmée fédérale. Lorsque nous allions nous mettre à table, on annonça que Tlmpératrice régnante était souffrante et ne pouvait pas venir; par suite, ce fut Tlmpératrice mère qui fit les honneurs. J'ai entendu dire plus tard qu'on avait commis la maladresse d'inviter le grand-duc Michel avec le Prince de Prusse, et que les messieurs de la suite du Prince avaient déclaré, peu de temps avant le dtner, au comte de Dietrichstein, que tous deux persistaient à ne pas se céder la préséance l'un à l'autre. 11 est probable que c'est là-dessus que l'Impératrice s'est décidée à ne pas assister au dîner. Aussi n'est-elle venue qu'après, pour tenir le cercle. J'étais placée à côté du prince de Salerne, qui est ici depuis quinze jours.

A Schœnbrunn, j'ai présenté mes hommages à Marie-Louise, à la Yice-Keine et à l'Archiduchesse Sophie ; ensuite j'ai conduit la grande -duchesse Catherine à Hietzing, où nous lui avons montré la propriété de Hùgel. Quelques jours après, je l'ai conduite au Prater dans la voiture à poneys.

Le 7, nous avons donné un dtner en l'honneur du Prince de Prusse; les Esterhazy, les Jersey , les ambassadeurs et quelques autres messieurs y assistaient. Le Prince est parti le 9. C'est à cette époque que le Palatin est tombé sérieusement malade. On a beaucoup craint pour sa vie, mais il s'est rétabli d'une manière vraiment miraculeuse. L'Archiduc Etienne a soigné son père pendant plusieurs semaines; ensuite l'Archiduc Charles s'est rendu auprès de lui, au moment où le danger était le plus imminent.

Les affaires politiques se sont extraordinairement embrouillées pendant les dernières semaines. Après l'arrivée du comte de Ficquelmont, Clément a eu des conférences avec lui, Medem et Arnim, pour régler enfin la question de Cracovie et pour rédiger le manifeste qui doit justifier notre prise de pos-

session de cette ville libre et du territoire de Cracovie. Pendant qu'il s'occupait de cette affaire si grare et si urfj^ente, la révolution éclatait en Suisse, et les radicaux obtenaient dans ce pays des succès alarmants non-seulement pour la Suisse, mais encore pour toute TEurope.

Une espèce de demi-frère de Flahault, c'est-à-dire le beaufils de sa mère, le comte de Yillareal, est arrivé ici. Il veut quitter sa malheureuse patrie, où règne la plus épouvantable confusion. Mon mari a fait sa connaissance il y a vingt ou vingtcinq ans. Il est le père de Tenvoyé portugais Souza ; c'est un homme agréable, qui est venu nous voir souvent, et qui le soir faisait la partie avec nous.

Le 26 octobre, nous avons quitté la villa. Nous n'y avions encore jamais séjourné aussi longtemps; je remercie Dieu du fond de mon cœur pour les beaux jours que nous y avons passés. Clément s'occupe activement des plans d'une maison qu'il veut y bâtir et dont il compte faire une demeure pour la femille. Elle doit avoir deux étages pour deux familles; il compte nous y établir quand il ne sera plus. Ce projet l'absorbe tellement que souvent j'en suis toute navrée.

Le grand-duc héritier de Russie est arrivé après avoir été informé du danger que courait sa cousine, la grande-duchesse Marie. Il est resté trois jours ici, et malheureusement Clément se sentait si souffrant qu'il a dû garder le lit. Il n'a pas pu voir le grand-duc lorsque celui-ci a eu la bonté de me rendre visite. Je l'ai trouvé très-bien fait, d'allures très-franches, bref, changé à son avantage et plein d'attentions pour sa tante et pour sa cousine, à qui sa visite donne beaucoup de consolation. Il a amené un détachement de Cosaques, qui doit escorter le corps de la grande-duchesse. La princesse Lv^off et le général Bibikoff l'ont accompagné également; Wimpffen, avec quelques gardes, s'est joint au cortège jusqu'à la frontière.

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EXTRAITS DE LETTRES COHFIDBRTIELLES DE METTERETICB A APPOITTI, A PARIS, ET A RUOL, ATURlcr, ECRITES DU 20 FEVRIER AU 10 OCTOBRE 1846.

1523. Maladie de Donizetti. •— 1524. Troubles à Posen. — 1525. Mouvement révolutionnaîre à Gracovie.^ 1526-1 528. Événements de Galicie. — 1520. Comment il faat traiter les réfugiés politiques. — Mieroslawski. — Le Prince Adam Czartoryski. >— Proclamation de Zamoyski. — 1530. Attitude suspecte du Roi Charles- Albert. — Nécessité d'une explication à ce sujet. —

1531. Acte d'amnistie de Pie IX. — Le Roi de Prusse à Rœnigswart. —

1532. Election d'un directoire radical en Suisse.

Metternicb k Appon^i. Vienne, 20 février 1846.

1523. J'ai été engagé par des amis du malheureux Donizfitti à diriger votre attention sur les menées que son neveu, fils du maître de chapelle du Sultan, ourdit, à ce qu'ils prétendent savoir, contre Toncle malade, afin de s'emparer de sa fortune.

J'ignore tout ce qui concerne Donizetti sous le rapport de la santé et de la fortune. Tout ce que je sais, c'est qu'on le dit fou ou en train de l'être, et qu'il doit se trouver dans une maison de santé à Paris. Quant à sa fortune, il serait impossible qu'il n'en eût pas. Donizetti est généralement aimé ici, et tout le monde s'intéresse à son sort.

Veuillez, mon cher comte, prendre des informations sur son compte, sur la position dans laquelle il se trouve, et sur les mesures de sûreté qui nécessairement doivent avoir été prises, soit par des parents, soit par l'autorité, pour le mettre à couvert de la spoliation de sa fortune. Vous en avez le droit, vu sa double qualité de sujet de Sa Majesté l'Empereur et de mattre de chapelle de la Chambre de Sa Majesté. Je vous recommande cette affaire, et vous prie de m'informer de ce qui viendra à votre connaissance.

La perte de Donizetti en serait, dans tous les cas, une fort grande pour les théâtres. L'Italie est aujourd'hui tellement pauvre en compositeurs et en exécutants, que si les choses

continuent à aller de ce train, Fopéra italien sera bientôt rëduit au mutisme.

ÎO février.

J524. C'est au moment où le présent courrier allait monter en voiture, que me sont arrivées des nouvelles de Posen, en date du 17 de ce mois. Les feuilles publiques de Posen et de Berlin auront porté à la connaissance du Cabinet français, avant l'arrivée du présent courrier, les nouvelles de la première de ces villes. Le 15, un grand nombre d'arrestations ont eu lieu à Posen, par suite de la découverte d'un projet d'insurrection préparé pour le 17. Les premières nouvelles de Berlin nous informeront sans doute des détails d'une affaire qui nécessairement doit être en rapport direct avec les événements que la faction avait préparés à Cracovie. Si j'en crois une lettre particulière de Posen en date du 16, le Gouvernement se serait emparé de l'un des chefs de la vaste entreprise ; habitué à ne pas croire légèrement, j'attendrai la confirmation de la nouvelle.

Un homme de mon caractère se trouve souvent placé dans des courants de sentiments parfaitement contradictoires. Les sentiments d'humanité qui m'animent doivent me foire regarder comme heureuse toute circonstance qui permet aux gardiens de la paix publique d'empêcher une explosion révolutionnaire ; en ma qualité d'homme d'État, je ne saurais, par contre, m'empécher de regretter parfois ces mêmes circonstances. J'applique bien réellement le dernier de ces sentiments à la nécessité où nous nous sommes trouvés d'aviser à des mesures prévenant de grands malheurs privés, au moyen de l'entrée des troupes impériales dans Cracovie. Le lendemain m'aurait mieux convenu que la veille. Mais la ville aurait été saccagée, bien des propriétés auraient été dévastées, biep des vies eussent été sacrifiées ; voilà ce qui me sert de justification.

Il existe toutefois aujourd'hui dans le monde un ordre de choses qui, à la longue, sera insoutenable. Dans tous les temps il y aura des Gouvernements justes et dès lors éclairés, et des

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gouTernants qui suivront une fausse direction; il y aura toujours des partis dévoués à Tordre et des partis désorganisateurs; il y aura toujours des masses inertes, prêtes à devenir les victimes de spoliateurs et de séducteurs plus avisés qu^elles ne le sont en règle générale ; mais ce qui est particulier à notre époque, c'est que de vastes entreprises de bouleversement aient à leur disposition des foyers dans lesquels elles peuvent avec impunité élaborer leurs plans, les coordonner et les préparer à Tabri d'une entière impunité, et, qui plus est, avec l'approbation d'un inintelligent esprit de réforme et à l'aide de souscriptions réputées patriotiques et philanthropiques.

Tel étant le cas, mon cher comte, il faut bien s'y soumettre. L* Europe monarchique a durant des siècles toléré la piraterie des Barbaresques et même payé des tributs à ses protecteurs. Aujourd'hui, l'Europe libérale héberge les forbans politiques; où se trouve la différence?

20 février.

152S. Il parait que ce sont les découvertes faites dans le grand-duché de Posen qui ont engagé la faction communiste à tenter un coup dans le petit État de Cracovie. L'entreprise est insensée, mais le parti ne peut en tenter que de conformes à son esprit. Il y a de l'argent à enlever à Cracovie et de la terreur à imposer ; — advienne que pourra ! L'intimidation qu'exercent ces buveurs de sang est telle, que les propriétaires des parties infestées n'ont plus le courage de passer la nuit dans leurs habitations. Si des philanthropes quand même élèvent la voix pour plaider la cause polonaise, ils peuvent avoir en leur faveur des paroles sonores, mais qui sont privées de toute application pratique. Je vous parle dans ma dépêche de ce jour des deux partis polonais. Tenez pour assuré que le parti aristocratique est éteint, et que c'est le parti de l'extrême gauche qui tient le haut du pavé. Ce parti est composé de propriétaires ruinés, de petits employés de la caste des slachcic (noblesse mendiante, comme les Gortès en Hongrie), et de cerveaux brûlés de toutes les classes. Le parti prêche le

partage des biens et se forme en bandes pour attaquer les propriétaires. En Galicie, ce sont les paysans qui font aujourd'hui la police. Nos paysans sont heureux; ce qu'ils craindraient avant tout, ce serait de retourner à leur ancienne position; ils arrêtent donc les propagandistes, et les livrent à Tautorité! Il en est autrement dans le grand-duchd de Posen, non que les paysans n'y soient pas bien traités, mais parce que la propagande trouve de Tappui dans la crainte de la persécution religieuse, non de celle à la façon russe, mais de celle des sectaires néa^catholiques.

Je fournis dans ma dépêche * des armes à M. Guizot. J'espère qu'il en fera usage. L'occupation de Gracovie ne sera pas, je le répète, cette fois-ci plus qu'à l'occasion précédente, une opération politique^ mais une mesure de sûreté et même d'humanité pour la ville. Condamnée à être une ville libre, elle a le droit de ne point succomber sous la plus abjecte des tyrannies, sous celle d'un club de terroristes de l'espèce la plus réprouvée.

Il fout que je vous dise encore un mot à propos d'un passage de vos derniers rapports. En vous parlant de mesures fédérales, je n'entends pas les mesures militaires, mais les prévisions législatives, La partie militaire est parfaitement réglée dans la Confédération, et c'est ejle qui prête encore de la force aux petits Gouvernements contre les attaques des novateurs civils. C'est donc de ceux-ci qu'il est juste de s'occuper.

27 février.

1526. Le moment actuel est un moment de crise dont la portée ne peut encore être évaluée. La position des Gouvernements est éminemment difficile dans cette crise, et même ce que les événements amènent de favorable est plein de danger.

J'admets comme possible que bien des péripéties se présentent encore dans le mouvement criminel que l'émigration polo-

* Voir r m Occupation de Cracovle •, n© 1541.

{NoU de r Éditeur,)

naise a jeté dans un pays dont la population ne partage pas les idées. Le mouvement une fois en train, où s'arrêtera- t-il, et dans quelle direction s'engagera-t-il? Le début a mis à découvert le danger pour les propriétaires. Ceux-ci se sont mis à la tète du communisme, et c'est le peuple en Galicie qui combat les instigateurs, car il ne veut pas d'une doctrine qu'il ne comprend pas.

L'émigration a jeté dans le pays des centaines de millions de catéchismes et d'instructions pour l'organisation de corps francs : le soulèvement des masses contre les prédicateurs n'est pas dans l'esprit de ces instructions, mais ceux qui assomment aujourd'hui leurs seigneurs ont appris ainsi comment il fallait se conduire contre un adversaire. La justice du peuple est une terrible justice, et l'autorité se trouve ainsi placée dans la plus singulière des positions; elle se voit forcée de frapper sur les amis comme sur les ennemis. Est-ce là ce qu'ont voulu, du fond de leurs boudoirs, des dames sentimentales se croyant et se proclamant bienfaisantes et religieuses, patronnant des œuvres d'une prétendue charité dont les produits sont versés dans la caisse du Gouvernement révolutionnaire? Est-K;e là ce qu'ont pu vouloir les émigrés, qui ont fait assassiner leurs plus proches parents, et dont les paysans brûleront sous peu les châteaux? h'esprit polonais se montre ici à nu ; ce dont il ne sait pas tenir compte, c'est de la plus commune prévoyance. II avance les yeux fermés vers ce qui se présente à lui comme le but. Les moyens lui sont indifférents. A qui, en dernier ré^ sultat, seront-ils utiles?

J'aurai soin de vous tenir au courant des événements. Que le Gouvernement français surveille l'émigration, et qu'il ne se rende pas complice de ses méfaits ; je ne mets pas en doute à ce sujet les intentions du Roi ni celles de ses ministres; aussi mon appel n'est-il pas adressé à leurs intentions, mais à l'emploi de leurs fsicultés.

6 mars.

1527. M. l'ambassadeur de France m'ofFrant l'occasion d'un courrier, j'en profite pour vous en annoncer un dont je

tiens rexpédition sous la plume. Elle aura pour objet de mettre le Cabinet français bien complètement en présence de la vérité à Tégard des événements qui ont eu lieu dans le royaume de Galicie*.

Mes dépêches vous ont déjà mis au fait de mes impressions à leur sujet. Aujourd'hui que la bourrasque est passée, je tiens à vous faire connaître mes sentiments sur les faits qui se sont produits, sur leurs causes et leurs conséquences. Mon exposé ne sera pas volumineux, mais empreint de vérité.

La fin de la stupide et criminelle entreprise de Témigration polonaise a porté en totalité le caractère de Toeuvre ellemême. Les débris de l'insurrection se sont rendus aux troupes prussiennes stationnées sur la frontière de la Silésie et du territoire de Cracovie. Cette ville a été occupée sans coup férir, sur la demande pressante de ses habitants. La Galicie est retournée à un état de parfeite tranquillité, et la justice du peuple s'est arrêtée pour ainsi dire d'elle-même. Un individu voyageant en poste du fond de cette province jusqu'à sa frontière occidentale, ne se douterait pas qu'il s'y est passé quelque chose d'insolite. Les paysans marchent derrière leurs charrues. Les chefs-lieux des cercles sont encombrés des prisonniers que la population y a amenés, et quand les autorités demandent aux paysans a quels motifs ils ont à faire valoir pour justifier une arrestation » , ils signalent des iBsiits, et là où ils ne savent paâ en citer un spécial, leur réponse ordinaire est celle-ci : « Mettez l'individu arrêté en sûre garde ; c'est un Polonais qui s'est prononcé contre la cause de l'Empereur! v

Tel est le résultat auquel des fous ont conduit leur cause , qu'ils ont cru être celle de toute une paisible population !

Je vous renvoie à ce que vous recevrez incessamment de ma part. Mon travail vous servira de preuve nouvelle de mon complet éloignement de toute illusion et du culte que je professe pour la vérité. Je répète, au reste, ce que je vous ai déjà dit : je regarde ce qui s'est passé entre le 18 février et le

* Voir « Insurrection en Galicie •, n» 1543.

{Note de r Éditeur.)

3 mars comme sans précédent dans Thistoire, et cela nonseulement dans celle de notre ère, si féconde en événements, mais dans celle de tous les temps.

7 mars.

1528. La dépêche que je vous adresse aujourd'hui (n*^ 1543) au sujet de la révolution avortée en Galicie, sera sans doute lue avec intérêt par le Roi et par M. Guizot. Ils ne refuseront pas à mon travail le caractère d'un exposé rédigé sous Fimpression de ce calme qui seul prête une véritable force à ceux qui ont le malheur d'être chargés de la conduite des affaires. Je regarde les événements qui viennent d'arriver comme les plus importants du jour au point de vue social. La révolution est venue échouer contre le peuple et contre les institutions monarchiques qui régissent ce peuple. Ce sentimentest, certes, de nature à exalter les amis de l'ordre; habitué à accepter les événements heureux et à m'occuper des charges que ces événements imposent également aux gouvernants, c'est de cette occupation que la dépêche que je vous adresse porte seule l'empreinte.

L'afiEaire proprement dite est finie chez nous. La Révolution et ses excitations resteront longtemps sans sympathie dans une population de plusieurs millions de Polonais, sujets de l'Empereur. Nous acceptons avec satisfaction ce temps de repos, et nous plaignons les victimes de la séduction ; la 6alicie est rentrée dans le repos intérieur, et sa population s'est £ait connaître sous un jour que les faits ont seuls pu mettre en évidence, ainsi que cela est arrivé. Que nous reste-t-il à désirer? Je l'ai franchement abordé dans mon expédition de ce jour, et ce que nous désirons est aussi avantageux à la France qu'au corps social tout entier. Je devrai ainsi être compris par les hommes qui gouvernenten France. Les relations entre les Cabinets- doivent nécessairement souffrir des résultats de l'émigration ; le public ignorant, et qui ne juge que par les faits, ne sait pas faire une différence, que comprennent ceux qui sont initiés dans les positions, entre ceux qui accordent un asile et ceux qui en abusent. Il est ainsi dans l'intérêt évident

des Gouvernements conservateurs de faire tarir, autant que cela se peut, la source d'un mal qui ne saurait tourner qu'à l'avantage des partis désorganisateurs les plus avancés.

La population galicienne est rentrée dans un repos qui parle certes autant en sa feveur que la résistance qu'elle a su si énergiquement opposer au mouvement qu'une fection a voulu lui imprimer. II se passe dans ce pays des scènes auxquelles personne n'aurait pu croire. II me suffira de vous citer à cet égard un seul détail, parce qu'il est singulièrement caractéristique. Lorsque, dans les cercles les plus divers, les paysans ont conduit des prisonniers aux capitaines, la remise de ces prisonniers a dô être consignée dans des actes. Les capitaines de cercles ont, à cet effet, ouvert des registres destinés à noter les causes des arrestations. Les conducteurs des prisonniers ont rendu compte des faits spéciaux tombant à la charge des individus arrêtés. Dans bien des cas où des charges pareilles n'ont pu être énoncées par les paysans, ils ont déclaré avoir amené les individus parce qu'ils étaient Polonais. ( « Ce sont des Polonais, disaient-ils, qui ne sont pas du parti de notre Empereur. ») Cette disposition dans une masse de plusieurs millions d'hommes tourne assurément à l'honneur du Gouvernement et des institutions de l'État.

18 mars.

1529. Veuillez dire de ma part à M. Guizot que je l'assimile moralement à mes propres pensées. Ce que je veux, il doit le vouloir; ce que je sens, il doit le sentir; ce que je sais, il doit le savoir, et s'il devait en être autrement, je le regretterais de toute la force de ma conscience*. Les Gouvernements, quelle que soit la loi fondamentale qui régit les pays à la tête desquels ils sont placés, ont les mêmes devoirs à remplir, les mêmes objets à tenir en vue, les mêmes besoins de force et de pouvoir pour remplir leurs mandats. Là où il s'agit d'inté-

* Voir la dépêche du même Jour ù Apponyi, n» 1544, dans le chapitre intitulé : ■ Insurrection en Galicie. » {Noie de VÉdiieur.)

rets généraux, du soutien de la vie privée et commune des corps politiques, la di£Férence qui existe dans le mode d'action vient à s'effacer ; et TÉtat dans lequel il en serait autrement n'aurait pas le droit de compter parmi ceux qui forment la grande association sociale !

L'équilibre est rompu entre les positions ; il fout qu'à tout prix il soit rétabli. Si les émigrations ne sont point refoulées dans de justes limites, elles feront la loi au monde et tueront la civilisation. Ce que nous demandons, c'est de la justice et de la raison, car sans ces deux éléments, qui se confondent en un seul, le monde ne peut pas vivre. Ce n*est pas à des hommes sans patrie qu'il pourrait appartenir de gouverner le monde, de disposer à leur gré de l'esprit public et d'organiser les empires à leur gré. Le droit d'asile n'a pas une portée aussi monstrueuse. Il n'ouvre pas à ceux qui vivent sous son égide une carrière que les hommes qui ont une patrie n^oseraient pas se permettre impunément de suivre dans cette patrie ou à l'égard d'autres pays. Ce que nous demandons, ce n'est pas l'expulsion des réfugiés politiques, mais leur surveillance et leur punition s'ils en&eignent les lois de l'hospitalité et les conditions sous lesquelles les placent ces lois, qui sont aussi anciennes que la société humaine et aussi indélébiles que la raison éternelle !

Je vous envoie ci-joint quelques pièces que je vous prie de confier à M. Guizot. L'extrait des instructions trouvées sur Mieroslawski, le commandant en chef de l'émigration polonaise dans le grand-duché de Posen, et qui aujourd'hui se trouve en état d'arrestation en Prusse, vous prouvera dans quelles, voies et par quels moyens ces fous ont voulu évoquer de ses cendres une nouvelle Pologne. Ces extraits ne portent que sur les points les plus saillants de la criminalité des moyens; la pièce elle-même est d'une longueur aussi démesurée que son ineptie. Les rédacteurs semblent s'être dit : Commençons par tuer, piller et dévaster, et puis nous aviserons au reste! Ce qui ressort des instructions, c'est qu'elles ont été suivies à la lettre, dans le cercle de Tamow, par les conjurés. Ces mêmes instructions montrent ce que valent au fond

certaines caresses de rémigration et des feuilles publiques qui sont placées sous son influence. La Prusse orientale y est déclarée partie intégrante de la nouTelle patrie !

Des scènes dans le genre de celles qui se sont passées chez nous continuent, diaprés les nouvelles qui nous sont arrivées aujourd'hui de notre frontière, à se produire dans le Royaume de Pologne. Là aussi les paysans se ruent sur leurs seigneurs et sur les employés de ces derniers. L'exemple est d'un bien grand danger pour les populations ! Ce que Fémigration pourra, en tout état de cause, se vanter d'avoir amené, c'est la ruine de ses partisans et une justification des mesures d'extrême rigueur adoptées contre eux par le Gouvernement russe. Ces mêmes rigueurs tombent aujourd'hui h la charge de notre Gouvernement, qui procède dans les voies d'une calme légalité. Si notre conscience gouvernementale nous tient quittes de tout reproche à ce sujet, il n'en est pas de même d'une partie de nos populations, et bien particulièrement de la Galicie. Si le fait est caractéristique, il est également naturel.

La mesure qui vient d'être prise par le Gouvernement contre le prince Adam Gzartoryski a la même valeur. Il aurait été impossible qu'elle ne fût point prise. Le prince a-t-il pensé à ce qu'il a fait le 7 de ce mois? N'aurait-il pas été mieux avisé s'il avait ajourné une mesure dictée par un enthousiasme aveugle, pour la placer sous le contrôle d'événements qui n'ont pu tarder à éclaircir les positions? Le prince Adam Gzartoryski, qui a passé sa vie à servir de mannequin et de fort mauvais conducteur de la barque révolutionnaire polonaise, vient de couronner son œuvre. Je le connais intimement depuis cinquante ans, et je suis par conséquent à l'abri de la surprise. Des hommes qui se sont trouvés placés sous mon contrôle journalier ont joué des rôles que je ne conçois pas. Ces hommes, ce sont le prince Adam Gzartoryski et le comte Capo d'Istria; l'un et l'autre ont été ministres jouissant de la plus entière confiance personnelle de l'Empereur Alexandre : le premier s*est occupé de ruiner l'Empire russe au moyen de la Pologne, et l'autre a fait de même à l'aide de

la Grèce. Je conçois que Ton soit fidèle à ses devoirs, ou que Ton ne s'impose pas des charges de conscience ; j'approuve l'un et je condamne l'autre de ces partis. Ce que je ne comprends pas, c'est le cumul des rôles.

La demande que vous a adressée la princesse Adam, le 28 février dernier, ne peut trouver d'explication que dans le désir de faire acte à! ignorance de ce que le ménage Czartoryskt a su bien avant nous. Nous sommes, à cet égard, en possession de fort curieuses preuves.

Une proclamation en langue polonaise signée par Ladislas Zamoyski, et dont un exemplaire imprimé est entre les mains du Gouvernement russe, a été saisie dans les provinces du Caucase. Adressée aux Russes, aux Polonais, aux Lithuaniens, elle les appelle à la révolte, au nom d'un Roi qui n'est autre qu'Adam Czartoryski. Une pièce de monnaie qui a été saisie en même temps, porte l'effigie du personnage, avec la légende suivante : Etjam nemo votis assuesce vocari (Habitue-toi dès maintenant à n'être nommé par personne) , et sur le revers : Boze vovoc nam krôla naszegol (Que Dieu protège notre Roil)

Je possède cette même pièce de monnaie depuis des années dans ma collection numismatique. Le portrait du prince Adam se trouve sur la &ce, et ses armes écartelées avec celles de Pologne et de Lithuanie occupent le revers de la monnaie. Le nom Adam est au-dessous des armoiries*.

Metternicb à Buol. Vienne, 29 mai.

1530. Je vous prie de vous entendre avec M. le comte Solar de la Marguerite sur le meilleur usage à faire de la dépêche que je vous adresse aujourd'hui**, et à laquelle j'accorde la valeur d'une oeuvre de bonne foi et d'urgente nécessité. Le

* Une assez longue absence d*Apponyi de Paris, pendant laquelle le chevalier de Thom dirigea les affaires, interrompit la correspondance intime de Metternich avec l'ambassadeur. {Note de l'Éditeur.)

** Voir « Commencement de tension avec la Sardaigne v, n^ 1550.

(Note de r Éditeur.)

pli que prennent les choses à Turin ne peut, s'il n'y est porté remède, manquer de conduire la Cour de Sardaigne à une bien dangereuse déviation de la ligne de salut.

J'ai &it mention dans ma dépêche de ce jour de deux causes qui) sans aucun doute, ont influé sur le changement d'attitude du Gouvernement, ou qui pour le moins ont contribué à prêter à des apparences la valeur d'un changement de sys* tème. Je n'ai pas voulu, dans mon travail, toucher à une troisième circonstance, laquelle^ je me permets de l'admettre, a peut-être également exercé de l'influence sur le Gouvernement sarde. Je regarde, en éfFet, comme possible que la confiance attachée par la fiaction radicale au succès de ses plans de bouleversement dans les contrées anciennement polonaises, en ait imposé à des membres du Conseil, et que, croyant à l'infaillibilité de ces succès, ou pour le moins aux embarras matériels qui en résulteraient pour notre Cour, et qui pourraient même finir par paralyser son action conservatrice, ils aient pensé devoir chercher des chances de salut pour le Roi Ghàrles-Albert dans une direction opposée à celle qu'il a suivie dans le cours de son règne.

Quoi qu'il en puisse être, le mal dont je regarde comme un devoir de signaler l'existence est grand; il y fout un prompt remède, et cela non-seulement à cause de la gravité des conséquences pour le bon ordre, mais aussi afin d'ériter les compromissions auxquelles la chose publique et le Roi Charles- Albert personnellement ne sauraient se soustraire, si le retourà d'autres errementsdevaitse faire attendre. La pire des positions pour un Gouvernement, c'est de se trouver engagé dans une impasse, et telle est la direction dans laquelle de bien perfides conseils ont déjà placé le Roi Charles-Albert. Ni ce Prince ni aucune autorité n'ont de choix qu'entre deux systèmes, celui du maintien des bases fondamentales de l'ordre, ou celui du triomphe de la révolution des carbonari, car celle des Ubé^ raux est réduite à toute sa non-valeur. Le Roi de Sardaigne ou tout autre Prince pourrait-il se mettre à la tête de la révolution en Italie sans expulser de la Péninsule les autres Gouvernements, en commençant par le Gouvernement pontifical?

SUR LES ÉVÉNEMENTS P0LlTIQt3ES DU JOUR (1846). 177

Assurément non, et si je me permettais d'attribuer à Sa Majesté Sarcle des vues d'ambition pareilles (fait que je nie expressément), encore ne pourrais-je croire que, vu ses principes, ce Prince voulût décatholtciserVltaMe ; or, déposséder le Souverain Pontife de ses domaines, ce serait vouloir le triomphe de Tirréligion.

Aussi, mon cher comte, ne m'arrive-t-il pas de croire que le Boi veuille ce qu'il est dans Tintérét de la faction désorganisatrice de lui prêter. Ce à quoi je ne puis me refuser, c'est à l'admission de faits tels qu'une bien fâcheuse condescendance envers des hommes qui prêchent la révolution, et l'apparence d'une protection spéciale accordée à ceux qui, parmi ces hommes, ont l'air de se placer sous le drapeau piémontais. Entrer dans le détail des faits en question, ce serait entre M. de la Marguerite et moi du temps perdu, et je tiens à ce qu'il n'en soit point ainsi.

Si M. le comte de Solar devait regarder comme utile que vous vous présentiez vous-même au Roi, alors demandez une audience. S'il devait en juger différemment, alors que M. le ministre des affaires étrangères veuille bien prendre les ordres de Sa Majesté dans le but de nous offrir un moyen de conciliation en retour de notre démarche toute confiante de ce jour.

Nous avons besoin de connaître avec précision ceux qui marchent dans nos rangs et ceux sur lesquels nous ne pouvons compter. L'ambition ne joue aucun rôle dans notre politique, à moins que l'on ne veuille accuser de vues ambitieuses des idées de conservation opposées à celles de destruction. Si on nous fait un reproche de ce genre d'ambition, nous sommes prêts à l'accepter.

Rœniçswart, 6 août.

iS3i. La situation générale continue à n'offrir à ma tâche d'observateur aucun sujet d'un intérêt nouveau. Le corps social est remué jusque dans ses fondements, et le mouvement règne ainsi dans toutes ses couches. C'est de la couche

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supérieure que le mouvement est parti, et c'est là aussi qu'il se soutient.

Nous sommes et nous resterons placés dans l'attitude que, dans les directions les plus diverses, notre Cour a su prendre et maintenir intacte. Nous ne voulons ni ne cherchons rien pour nous, à moins qu'on ne veuille nous attribuer des vues particulières dans le maintien de Tordre général.

Le nouveau Souverain Pontife a senti la nécessité de procéder à des mesures devenues indispensables pour l'État de l'Église. II a su partir du véritable principe pour l'acte de souveraine clémence qui signale le début de son règne temporel, en appuyant cet acte sur le pardon et non sur la base du simple oubli, que, par des raisons toutes naturelles, les factions libérale et radicale préfèrent au pardon, parce que celui-ci implique la culpabilité. L'État de l'Église se tranquillisera-t-il par suite de ce bienfait? Je ne me permets pas de l'espérer; à quelques exceptions individuelles près, les graciés seront les moteurs incorrigibles du mouvement qui a pour but le bouleversement de tout ordre de choses légalement existant.

La Galicie est matériellement rentrée dans l'ordre; moralement, elle continue, ainsi que toutes les autres parties anciennement polonaises, à être travaillée par l'émigration, qui se dit nationale, mais qui est simplement révolutionnaire dans la plus vaste acception de ce mot. Aussi les trois puissances ne se relàchent-elles point dans le soutien de ce qu'elles se doivent à elles-mêmes et au corps social tout entier.

J'ai eu récemment l'honneur d'une visite du Roi de Prusse. Ce Monarque a le sentiment des embarras que lui ofiFre le temps présent. Il trouve dans ce sentiment même des ressources pour résister au torrent qui voudrait l'entraîner.

Vienne, 19 octobre.

1532. Du moment que nous avons vu le parti des corps francs arriver au timon des affaires à Berne, il ne nous a plus été possible de nous feire la moindre illusion sur l'imminence

et la gravité des dangers dont la Suisse était menacée par rinstallation d^un Gouvernement ultra-radical dans un canton qui, à partir de Tannée prochaine, ajoutera au poids de ses forces matérielles celui de Tinfluence qu'il sera appelé à exercer sur les destinées de la Confédération en qualité de Vorort.

Convaincus qu'une franche et prompte entente entre toutes les puissances intéressées au maintien de Tordre politique qui régit la Suisse serait la dernière ancre de salut pour ce malheureux pays, nous nous sommes décidés à faire une nouvelle tentative pour amener ce résultat. Notre premier soin a dès lors été d'essayer de faire entrer dans nos vues le Cabinet français. Désireux de mettre à profit les bonnes dispositions que M. Guizot nous avait témoignées, et d'utiliser le court espace de temps qui nous sépare encore de l'époque où le nouveau directoire fédéral entrera en charge, nous nous sommes empressés de proposer au Cabinet de Paris une formule identique pour le langage que les missions étrangères auraient à tenir à Berne le 1" janvier prochain.

Le ministre d^ TEmpereur en Suisse a déjà reçu Tordre de continuer pour le moment à résider à Zurich, et nous sommes décidés à ne pas le laisser retourner de sitôt à Berne.

La chute du Gouvernement conservateur de Genève est venue prêter une nouvelle force aux arguments que nous avions développés à Paris pour démontrer la nécessité d'une prompte et franche entente entre les puissances, si elles veulent préserver la Suisse des maux prêts à fondre sur elle.

Habitués comme nous le sommes à voir la Sardaigne s'associer franchement aux efforts que les puissances conservatrices n'ont cessé de faire pour opposer une digue aux envahissements toujours croissants du radicalisme en Suisse, nous nous flattons que dans la présente crise, qui décidera peutêtre de l'avenir de ce pays, le Roi Charles- Albert et son Cabinet ne refuseront pas leur adhésion aux principes que nous avons établis dans les différentes expéditions ^i leur seront soumises. Dès que la France aura donné son assentiment à nos

is.

OU plutôt pour éviter cet examen, j'aborde la question ellemême, et je Tais la considérer du côté pratique.

Tout d'abord se pose la question des sciences qui se prêtent à la centralisation.

Poser cette question, c'est la résoudre : ce qui est tangible est seul susceptible de centralisation; d'après cela, les sciences positives seules peuvent donner lieu à la création d'Académies.

Ces sciences sont : * .

à) Les mathématiques, pures aussi bien qu'appliquées, telles que l'astronomie, la mécanique, l'optique, etc. ;

b) Les sciences naturelles, telles que la physique, la chimie, la minéralogie, la zoologie, la botanique, la géologie, etc. ;

c) Les sciences historiques et géographiques ;

d) La philologie et l'archéologie.

La littérature, la poésie, la législation, la morale, ne présentent pas, en vertu de leur propre nature, les éléments d'une Académie des sciences. Elles peuvent convenir à des institutions particulières, mais elles ne conviennent pas à celle dont il s^agit, et si des hommes placés sur le terrain littéraire et y occupant un rang honorable ont le droit incontesté de prétendre à l'honneur d'être membres d'une Académie des sciences, il n'y a que le domaine de la philologie ou des sciences historiques qui leur en offre les moyens.

Pour ce qui concerne l'opportunité de la création d'une Académie Impériale et Royale des sciences, je me permets les observations suivantes.

La vérité est et reste toujours la même dans tous les temps!

Le temps n'exerce son influence que sur la connaissance de la vérité et sur le plus ou moins de valeur de son apparition. Ce que je me permets de proposer aujourd'hui, j'y ai songé déjà il y a bien des années. Alors les circonstances n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Le besoin d'une institution comme celle que je voudrais voir créer ne se disait pas sentir. Qu'est-ce qui atteste aujourd'hui ce besoin? Selon moi, ce n'est pas le plus ou moins de valeur de la chose, ce sont les conditions de l'époque. Le caractère de ces dernières, c'est celui

d'une agitation sans but; or le meilleur moyen de réagir contre cet excès, c'est de marquer des points fixes autour desquels les esprits puissent se réunir. G* est au pouvoir suprême, à celui qui a une mission protectrice, qu'il appartient de déterminer les points de cette espèce; ce n'est pas aux particuliers qu'il fiaut abandonner ce soin, car ce pouvoir seul peut déterminer ces points avec succès.

La fondation dont il s'agit, c'est-à-dire celle d'une Académie consacrée aux sciences positives, me parait propre à créer un centre de cette nature.

Cette Académie n'aurait pas à empiéter sur les droits des corporations analogues qui existent déjà dans certaines parties de la Monarchie ; elle a sa place non pas au-dessus, mais à côté d'elles. Le point central dans lequel elle vivra lui donnera une prépondérance naturelle, et servira à exciter l'émulation entre les Académies éparses dans l'État tout entier.

Si Votre Majesté daignait entrer dans les vues que j'ai l'honneur de Lui soumettre respectueusement dans le présent rapport, je Lui proposerais de vouloir bien renvoyer cet exposé à une conimission nommée en vue d'élaborer mon projet dans un sens pratique. Gomme membre de cette commission, je me permets de désigner, outre ma propre personne, le comte de Kolowrat, le comte de Hartig, le grand chancelier comte Inzaghi et le chancelier baron de Pillersdorf, le baron de Rubeck et le conseiller d'État et de conférence abbé Jiistel*.

* En même temps que la résolution souveraine du 5 février, parut l'autorisation de tenir une réunion de la conférence d'État, présidée par le chancelier d'Etat assisté des personnes qu'il avait désignées dans son rapport. Dans cette réunion devait être discutée à fond l'opportunité de la création d'une Académie des sciences à Vienne ou de tout autre établissement poursuivant un but analogue; les résultats de cette discussion, ainsi que les rapports spéciaux sur les mesures à adopter, devaient être soumis à la résolution souveraine de Sa Majesté. ( JSote de t Éditeur. )

184 IIECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

PROJET DE CRÉATION d'uNE ACADÉBilE IMPÉRIALE DES SCIENCES A VIENNE.

(Kotes autographes de Metternîcli, sans date.)

1554. 1. Sa Majesté crée une Académie des sciences sous ]a dénomination A^ Académie Impériale et Royale, etc. (d'Institut?) .

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