TROUBLES DANS LE LIBAN
dans cette intention que je Tai rédigée. En prenant la plume, je me suis demandé ce que ma conscience me dicterait si je me trouvais placé en face du Mattre des destinées de TEmpire ottoman lui-même. Pour le savoir, je n'ai eu besoin de consulter que mon sincère dévouement aux véritables intérêts de la Porte et à la personne du Sultan, sentiments de la réalité desiquels près d'un demi-siècle a fourni des preuves indubitables à TEmpire ottoman et à ses Souverains.
Metternich à Sturmer, à Constantinople (Lettre confidentielle). Vienne, le 21 janvier 1S46.
1S59. Les journaux vous auront apporté avec la présente expédition le texte du discours que M. Guizot a prononcé le 12 de ce mois à la Chambre des pairs, et qui épuise Taffaire du Liban*. Le compte qu'il rend de la marche de cette longue et dangereuse complication est parfaitement conforme à la vérité dans les faits, et modéré dans son expression.
Veuillez attirer l'attention de Beschid-Pacha sur ce discours, et sur le débat qui a engagé M. Guizot à monter à la tribune, ainsi que sur les eiplications qui ont suivi le discours.
Il faut à tout prix que la Porte mette fin à l'affaire du Liban, sans quoi elle aura à se repentir grandement des fautes qui ont déjà été commises. Le service le plus grand que Reschid- Pacha puisse rendre à la Porte et se rendre à lui-même, ce sera de mettre à l'écart la question du Liban. Cette question a la valeur d'une porte ouverte aux passions politiques, religieuses et gouvernementales des Cabinets et des partis de Topposition dans tous les États constitutionnels. Elle gêne ainsi toutes les positions, à commencer par celle de la Porte elle-même.
* Gaîzot y disait entre autres choses : « Le principe de t administration du Liban par des chrétiens exclusivement a été non-seulement mis en avant par la France, mais encore il a trouvé des défenseurs influents; notamment, le prince dé Metternich s'est élevé avec un vif intérêt contre les derniers événements; Tadhésion de cet homme d'État à ses vues était, aux yeux de M. Guizot, une des forces les plus imposantes qui pussent se faire valoir dans ce grand débat. » {Note de V Éditeur, )
192 RECUEIL DE DOCUMENTS (18A6-lè48).
Metternich à Apponyi, à Paris (D.). Vienne, le 24 janvier 1846.
1540. Je suis tellement convaincu de Taccord entier qui règne entre le Cabinet de Vienne et celui de Paris à Tégard de la question du Liban, que j'envisage comme des plus faciles la tâche de mettre Votre Excellence à même de fournir à M. Guizot les informations les plus amples sur notre manière de juger la position de cette question.
En réduisant Texamen de cette position à ses termes les plus simples, on ne découvre que deux causes qui s'opposent encore au règlement si désirable de cette désagréable affaire, et ces causes ont un point de départ commun, celui d'une aveugle intolérance religieuse.
La Porte répugne à Tascendant que la population chrétienne acquerrait dans le Liban par la nomination d'un chef maronite, et le parti des saints en Angleterre ne veut pas de la suprématie d'un chef catholique non-seulement sur d'autres confessions chrétiennes, mais même sur les Druses, population que les missionnaires méthodistes, par suite d'une grave illusion, regardent comme susceptible d'être convertie par eux. A ces causes principales viennent s'en joindre d'autres que je regarde comme accessoires.
L'une est le désir du Divan de placer la Montagne sous le régime d'un simple pachalik; l'autre cause tient à l'humeur que sir Stratford-Canning apporte dans la conduite de l'afEaire confiée à ses soins, et aussi aux ménagements dont le Cabinet britannique use parfois pour des individualités.
M. Guizot s'est déclaré pleinement d'accord avec l'esprit de mes directions à Tintemonce. En les rédigeant, j'ai consulté la connaissance que j'ai acquise des Turcs, par suite de la longue habitude que j'ai de traiter avec eux.
Je vous prie. Monsieur l'ambassadeur, d'assurer
M. Guizot que j'ai voué une bien grande attention au discours qu'il a prononcé à la Chambre des pairs le 12 du présent mois. Ce discours, qui brille par de fort rares qualités, ne renferme pas un fait qui ne soit conforme à la vérité, ni un arrangement
L'OCCUPATION DE CRACOVIE (l846). 193
que je ne sois prêt à signer comme adopté par moi. Vous verrez, par un passage de la lettre particulière que j'ai adressée à M. de Stûrmer (n* 1539), le parti que j*ai cru devoir tirer du sujet que M. le ministre des affaires étrangères a su exposer avec une si admirable lucidité.