TROUBLES DANS LE LIBAN
1538. Mettemicli à Sturmer, à Con8tantinople(D.). Vienne, le 21 janvier 18^6. — 1539. Metternich à Sliirmer, à Gonstantinople (Lettre confie!.). Vienne, le SI janvier 1846. — 1540. Metteraich à Apponyi, à Paris (D.). Vienne, le 24 janvier 1846.
1538. Vous ne sauriez mettre en doute la vive satisfoction que m'a fait éprouver la lecture de vos rapports du 7 de ce mois**. En premier lieu, je suis pénétré d'un bien juste sentiment de gratitude pour les preuves inappréciables de la confiance personnelle dont le Sultan veut bien m'honorer. Ce sentiment n'est cependant pas le seul ; il s'y joint celui de la vive satisfaction que j'éprouve en me convainquant du bien qui devra résulter, pour Sa Hautesse elle-même et pour son
* Les modifications des statuts proposées par le curateur reçurent Tadhésion du cKancelier d'Etat et Furent revêtues de l'approbation de Sa Majesté, approbation à la suite de laquelle le décret de création de l'Académie impériale et royale des sciences, ainsi que les noms des quarante académiciens nommés, furent publiés par la Gazette de Vienne du 17 mai 1847.
{Note de VÉdileur.)
** Le baron de Stiirmer y disait que Chefik-Rey lui avait fait la communication suivante : « Le Sultan a la ferme volonté de gouverner d'après les principes de la justice et de l'humanité, et son unique but est d'assurer le
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Empire, de la ligne de sagesse dont elle est décidée à ne pas dévier dans Tune des questions qui, aussi bien sous le rapport de rintérieur que sous celui de ses relations avec les puissances de TEurope, pèsent d'une manière fort dangereuse sur r Empire ottoman.
Ce n'est pas envers le Monarque ni envers se$ conseillers éclairés que je me sens le besoin de développer plus que je ne Tai fait, dans mes directions des 26 novembre et 4 décembre dernier, les raisons qui me font attacher une extrême valeur au règlement de TafEaire du Liban. Résumées dans les termes les plus brefs, ces raisons sont les suivantes :
L'Empire ottoman a de grands besoins à satisfaire dans l'intérieur, et plus ces besoins sont grands, plus la sagesse veut que les efforts de l'autorité suprême puissent se concentrer sur eux. Tout ce qui distrait un Gouvernement des soins réclamés par une évidente nécessité, a la valeur d'un inconvénient, et doit dès lors être mis à l'écart.
Les af&ires du Liban reposent sur les bases de la justice et d'une saine appréciation de leur importance politique. La justice exige le règlement de ces affaires, vu la protection que le Souverain doit à tout sujet, sans égard à sa confession; elle réclame également le respect consciencieux pour les capitulations et les traités.
Ne pas respecter des engagements pris, c'est la plus grande faute que puisse commettre un Gouvernement ; faute dont les conséquences ne se bornent pas et ne peuvent être circonscrites au seul fait dont il s'agit, mais qui ébranle la position tout entière d'une autorité quelconque par la perte de la confiance^ ce premier moyen d'action en politique.
bien-être de ses sujets et de les rendre heureux, en les faisant participer aux bienfaits de la civilisation. Sa Hautesse n*a pu qu'être confirmée dans ces sentiments par les sages et bienveillantes observations du prince de Metternicb, dans lesquelles le Sultan reconnaît une nouvelle preuve du dévouement de cet illustre homme d'État aux intérêts de cet Empire. En effet, ces observations s'accordent avec les idées de Sa Hautesse, et sont, pour la plupart, l'expression de sa propre manière de voir. Elle espère que M. l'internonce voudra bien écrire tout cela au prince chancelier, et lui transmettre en même temps TexpressioD de sa satisfaction impériale, a {Note de C Éditeur.)
Ces vérités, Monsieur le comte, sont incontestables, et
appuyées sur Texpérience de tous les temps et de tous les pays ; il s'y joint encore des considérations particulières, liées à la position où se trouve placée la puissance ottomane. Une de ces considérations est l'intérêt que la Porte doit attacher au soin de se tenir en dehors du mouvement de la politique européenne. Rien ne saurait nuire davantage au développement des ressources que renferme l'Empire, que les complications auxquelles les affaires du Liban tiennent Tarène ouverte. Le Sultan doit fermer cette arène, et il ne pourra y parvenir qu'en se servant des moyens appropriés à la circonstance
Pour couper court au mal actuel, mal fertile en conséquences pour l'Empire ottoman, il &ut que les Cours de l'Europe n'aient plus à se mêler d'une affaire qui, aussi longtemps qu'elle n'est point terminée, rentre dans le domaine incontestable de leur action. Je ne cours pas le risque de me tromper sur la nature des influences qui ont empêché que, dans le long cours de cinq années, une question dont quelques jours auraient pu amener la solution, ne soit point encore réglée à l'heure qu'il est; cette questionne saurait l'être utilement que dans le sens des premières prévisions de notre Cabinet, c'està-dire eu établissant un chef national et localy chargé de l'administration de la Montagne sous la protection spéciale du Sultan. Par suite d'un arrangement pareil, le Liban deviend^ un point de TEmpire dévoué au Trône protecteur. La Montagne prospérera, et plus il en sera ainsi, plus elle aura pour la Porte la valeur d'une place forte, attachée à la puissance à laquelle elle devra son repos et son bonheur. Ses habitants cesseront de tourner leurs regards vers la protection étran-^ gère, et un état de choses pareil offrira au Sultan une riche compensation pour les avantages qu'on cherche en vain à se procurer dans une fausse direction.
Veuillez, Monsieur le comte, porter cette dépêche à la connaissance du ministre des affaires étrangères de Sa Hautesse, et la mettre même à sa disposition, s'il devait le désirer, pour en soumettre le contenu à Sa Hautesse. Elle ne porte guère le cachet d'une dépêche diplomatique, et ce n'est pas