‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 63 sur 96 · L'INCORPORATION DE CRACOVIE · texte numérisé non relu

L'INCORPORATION DE CRACOVIE

1566. Mémoire de Metternich. Vienne, le 6 novembre 1846**.

1566. La ville libre de Cracovie ayant elle-même, de ses propres mains, détruit les conditions de l'existence politique qui lui avait été donnée, les trois Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie se sont trouvées naturellement appelées à se réunir en conférence, pour prendre en considération les questions suivantes :

L L'État de Cracovie vient de se précipiter lui-même et sans y avoir été poussé par aucune force matérielle étrangère,

* Voir le chapitre intitulé : « Sur le mariage du duc de Montpensier » , n»» 1601-1602. ( NoU de FÉdUeur. )

** Communiqué par dépèches identiques et du même jour aux Cabinets de Londres et de Paris. (iVofe de CÈdkeur,)

dans le gouffre de la vaste conspiration qui, ayant pour objet de rétablir Tancienne République de Pologne, avait feit de Gracovie le chef-lieu provisoire du gouvernement révolutionnaire qui devait diriger les mouvements d'exécution de cette entreprise.

II. Le rétablissement de cet État, tel qu'il avait été fondé par les traités du 21 avril (3 mai) 1815, signés entre les trois Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, serait-il compatible avec la sûreté de leurs Monarchies?

III. Si Texamen de cette question prouve l'impossibilité absolue de ce rétablissement, que fnudra-t-il faire de la ville de Gracovie et de son territoire?

lY. Les trois Cours ont-elles le droit exclusif de régler à elles seules, sans Tintervention d'aucune autre puissance, le sort futur de la ville et du territoire de Gracovie?

Pour examiner et résoudre ces questions , les trois Cabinets prirent la résolution de se réunir en conférence à Vienne. Ils se sont trouvés, dès leur première séance, naturellement reportés à l'époque de l'année 1815, qui avait donné naissance à l'État de Gracovie, et qui l'avait placé sous leur protection particulière et spéciale ; ils ont eu alors à examiner :

1* Les principes qui avaient servi de base à cette création ;

2"* L'usage qu'avait fait Gracovie de sa liberté pendant le cours de son existence politique, depuis .l'année 1815 jusqu'au mois de février 1846;

3"* Les circonstances qui ont amené sa désorganisation et accompagné sa destruction.

L'exposé qui va suivre, en forme de récit historique, développera les faits et les motifs qui ont dicté à la Conférence les résolutions qu'elle a prises.

Lors de la dissolution de l'ancien Royaume de Pologne, la ville de Gracovie et le territoire qui lui fut donné avaient été, en vertu de la convention conclue à Saint-Pétersbourg le 24 octobre 1795, remis à l'Autriche. Les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique en prirent possession le 5 janvier 1796.

Cet événement s'est accompli par l'accord établi entre les

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trois Cours, sans Tintervention d'aucune autre puissance étrangère.

Pendant quatorze ans, Gracovie et son territoire sont restés paisiblement sous la domination de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique.

Le traité de Vienne du 10 octobre 1809 détacha Gracovie de rAutriche pour le donner au duché de Varsovie, appartenant alors au Roi de Saxe.

Les guerres napoléoniennes en Pologne ont amené la formation du duché de Varsovie.

Si la pensée primitive attachée à la création de ce nouvel État avait pu être la restauration de Tancienne Pologne, Napoléon recula, sans doute, autant devant les difficultés que lui présentait la Pologne elle-même que devant celles quUl aurait trouvées dans l'attitude des puissances; le duché de Varsovie ne devint donc autre chose qu'un quatrième partage fdit en faveur d'un quatrième occupant.

L'issue de la campagne de 1812 mit TEmpereur Alexandre en possession des diverses parties de territoire qui avaient servi par leur réunion à former le duché de Varsovie.

Tous les Gabinets savent comment cette occupation militaire amena la formation d'un Royaume de Pologne, et comment et sous quelles conditions la ville de Gracovie fiit appelée à l'existence d'un État libre et indépendant.

Après que les trois Gours eurent arrêté cette détermination, consignée dans les traités du 21 avril (3 mai) 1815, les autres puissances signataires du traité de Vienne n'ont fait qu'accepter cette combinaison comme le résultat des négociations directes entre les trois Gours, sans intervenir dans cet arrangement territorial, qui leur était étranger.

Quoique les derniers événements de l'année 1846 soient suffisants pour montrer l'esprit qui domine dans cette population, cet esprit sera constaté d'une manière plus irrécusable encore par l'examen de ce qui s'est passé dans cette ville depuis 1830.

Il y avait, avant l'époque de l'insurrection du Royaume de Pologne, en 1830, des symptômes de fermentation dans l'État

de Gracovie ; Tautoritë sV montrait foible et de conduite équivoque en face de l'agitation des esprits, qu'elle aurait eu le devoir de réprimer.

Les puissances protectrices, inquiètes de cette situation, avaient pris la résolution de renforcer les troupes d'observation qu'elles avaient sur les frontières de cet État, pour être en mesure d'étouffer une explosion, si elle devait avoir lieu, et de rétablir l'ordre.

Sur ces entrefaites vint à éclater l'insurrection de Varsovie en 1830. La disposition des esprits en fit accueillir la nouvelle avec l'enthousiasme le plus prononcé; chaque fait d'armes favorable à l'armée révolutionnaire y fut célébré par des cérémonies reli^euses dans les églises et par l'illumination de la ville. Mais la population de Gracovie ne se borna pas h ces démonstrations. La guerre contre la Russie y fut proclamée guerre sainte par tous ceux qui avaient droit et mission de parler au peuple. Une légion d'étudiants y fiit armée et équipée, pour prendre part à cette guerre. On usa avec un soin particulier de tous les moyens pour fournir à l'armée révolutionnaire tout ce dont elle avait besoin ; des febriques d'armes et de poudre furent établies, et ce que la fabrication ne pouvait pas donner fut acheté en pays étranger.

Les négociants de Gracovie $e chargèrent de fournir les principaux objets d'équipement pour hommes et chevaux.

Le comte Stanislas Wodzicki, alors président du Sénat, ayant essayé de mettre des bornes à cette infraction manifeste des traités, une émeute populaire fut organisée contre lui; menacé de mort, il fut forcé de résigner sa place, et les mutins le chassèrent du territoire.

Pendant le temps que dura cette guerre, la ligne de douane entre l'État de Gracovie et le Royaume de Pologne fut considérée comme non existante; les commerçants de Gracovie abusèrent de cette circonstance pour se procurer des profits illicites.

Après la destruction de l'armée révolutionnaire et la soumission forcée du Royaume, l'État de Gracovie fut occupé par une division de l'armée russe, pour y poursuivre et désarmer les débris de l'armée polonaise qui s'y étaient réfugiés.

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Cette guerre terminée, les trois puissances protectrices s'occupèrent des moyens de rétablir Tordre; feisant la part des circonstances difficiles du moment et continuant à agir dans Fesprit de généreuse protection qui les avait toujours animées en faveur de cet État, leur création, ce fut en leur nom qu'une amnistie générale sans aucune restriction fut proclamée à Cracovie, de sorte que les habitants de cette ville ne conservèrent de cette époque d'autre souvenir que celui des avantages pécuniaires qu'ils en avaient retirés.

Cette circonstance est une des raisons principales qui ont rendu depuis lors la population cracovienne si accessible à toutes les tentatives de révolution-; le retour de troubles dans les provinces limitropbes leur permettait l'espoir d'y retrouver tous les bénéfices dont ils se souvenaient d'avoir profité. Le bienbit de l'amnistie, loin de calmer les esprits, ne fit que faire naître un sentiment d*ingratitude qui devint d'autant plus actif qu'il était une spéculation.

En opposition explicite aux traités, ceux des Polonais, sujets des trois puissances, compromis dans la révolution du Royaume de Pologne, qui voulurent chercher un asile sur le territoire de Cracovie, y furent reçus, et toutes leurs machinations protégées et soutenues. Les émissaires les plus marquants qui se montrèrent depuis dans toutes les provinces de l'ancienne Pologne sont tous partis de Cracovie, où ils s'étaient pendant plusieurs mois préparés à leur voyage de propagande. Deux frères, tous deux négociants» s'étaient chargés du soin d'organiser leurs courses, ainsi que l'envoi clandestin dans les États voisins des nombreux pamphlets incendiaires que les foyers principaux de cette propagande leur £Eiisaient parvenir.

C'est pendant cette époque que s'organisèrent dans l'État de Cracovie et se répandirent dans les provinces voisines les sociétés démagogiques connues sous le nom de Numa, de ConfSédération générale de la nation polonaise, de Réunion du peuple polonais, et de Société anonyme.

Les efiFets d'un pareil état de choses ne tardèrent pas à se manifester dans toute l'étendue des anciens territoires polonais, et, en le comparant avec la situation précédente, il

n^est pas difficile de comprendre comment des idées d'insurrection générale commencèrent à se manifester au grand jour.

Le Sénat de Gracovie fut le premier à reconnaître l'impossibilité où il se trouvait de fiaire cesser un pareil état de choses, incompatible avec les traités qui formaient la base de Texistence de l'État libre de Gracovie, et devant par conséquent finir par compromettre ses rapports avec les trois Gours protectrices.

Ce fut donc après six années de longanimité que les trois puissances protectrices, prenant en considération la déclaration feite par le Sénat de Gracovie de son impuissance, résolurent, comme mesure strictement défensive pour leur propre sûreté, d'occuper militairement TÉtat de Gracovie afin d'en éloigner tous les réfugiés qui l'agitaient et d'y rétablir l'ordre.

G'est au mois de février 1836 qu^eut lieu l'occupation de ce territoire par les troupes combinées des trois puissances. On y trouva près de deux mille réfugiés politiques, qui s'y étaient établissons de faux noms et sous de feintes occupations.

La population de Gracovie opposa toutes les difficultés possibles à l'éloignement de ces individus étrangers à son territoire.

Les autorités chargées de vérifier Tidentité des personnes eurent à combattre toutes les intrigues d'une coupable complicité; on ne cessait de leur produire de faux certificats. Presque tous les registres des paroisses du territoire étaient falsifiés, et dans la seule paroisse de Sainte-Marie de la ville de Gracovie, il fut juridiquement constaté que plus de deux cent trente actes de naissance avaient été faussés.

Après l'expulsion des réfugiés polonais et d'autres transfuges de tous pays, on crut trouver dans la révision de la constitution de Gracovie, qui avait eu lieu l'année 1833, les moyens d'établir l'ordre public sur une base plus solide. Afin de rendre cette occupation aussi peu dispendieuse que possible pour l'État de Gracovie, le nombre des troupes d'occupation fut diminué; il ne resta sur le territoire qu'un faible bataillon de troupes autrichiennes et un détachement de cavalerie.

Cependant, malgré la confiance qu'on avait cru devoir

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accorder à la durée du rétablissement de Tordre et au sentiment que la population de Cracovie devait enfin avoir des conditions nécessaires à son propre bien-être, la police ne tarda pas à acquérir des preuves nombreuses de nouvelles machinations révolutionnaires. Les autorités et les tribunaux, intimidés par des menaces secrètes, ne remplissaient plus ou que faiblement les devoirs de leur charge. On reconnut enfin, en 1838, la nécessité de renforcer encore une fois le corps d*occupation autrichien par un second détachement de troupes de cette puissance. Ce ne fut qu*après une nouvelle épuration et une nouvelle organisation de la police et de la milice cracoviennes, çt après la révision et la modification des lois de police correctionnelle et criminelle, que Ton crut possible de rendre, au commencement de Tannée 1841, la ville de Cracovie à ellemême, et d'en retirer les troupes d'occupation. Cependant, ni les soins qu'on avait pris d'éloigner tous les réfugiés polonais étrangers au territoire, ni les modifications or(;aniques qui avaient eu pour objet de donner plus de force aux autorités constituées de la république, rien ne put suffire au maintien de Tordre ; le germe du mal n'était pas seulement étranger, il existait dans la population de Cracovie elle-même. Aussi, dès que l'occupation militaire vint à cesser, toutes les machinations révolutionnaires furent reprises avec une nouvelle ard«3ur, et par les mêmes moyens.

Des faits nombreux, constatés comme positifs par la publicité la plus entière, et qui ne peuvent être niés que par les hommes qui, sans scrupule, sont toujours prêts à nier la vérité, fournissent donc la preuve la plus évidente que la ville libre de Cracovie et tout son territoire ont été, depuis Tannée 1830 jusqu'à Tannée 184G, en état de conspiration permanente contre les Cours qui les avaient constitués en État libre. Comme dernière preuve à l'appui, nous citerons encore le fait que, dans l'espace des dix dernières années, huit assassinats politiques ont été commis 'lans les rues de Cracovie. Cinq de ces crimes ont été suivis d'une knort instantanée, et les trois individus laissés pour morts sur la place ne furent sauvés que par des secours fortuits qui leur furent apportés.

L'occupation militaire avait duré jusqu'en 1841. Ce temps avait été mis à profit par les puissances protectrices pour aider le Gouvernement de Cracovie à rétablir Tordre par une sérieuse révision des lois.

Le travail qui fut feit alors fournit la preuve la plus évidente combien les trois Cabinets avaient à cœur d'empécber le renouvellement de circonstances qui auraient nécessité une nouvelle intervention de leur part.

Toutes les mesures prises pour rétablir un ordre de choses qui pût avoir en lui-même une garantie de durée se trouvèrent encore une fois insuffisantes contre les efforts de la propagande révolutionnaire polonaise, qui tenait à conserver dans la ville de Cracovie le foyer principal de son activité. La force politique d'un aussi petit État était trop faible pour résister à la fois aux menées de la propagande et à la complicité d'une grande partie de ses habitants. Une conspiration, qui embrassait dans ses combinaisons la totalité des territoires polonais, finit par éclater au mois de février 1846 sur les points où elle croyait trouver la plus grande facilité. Cracovie indépendante, plus libre dans ses mouvements, devint le centre de l'action. Tous les genres d'agression, organisés d'avance, reçurent un surcroit d'activité par des écrits incendiaires , par des proclamations, par l'introduction d'armes, de munitions et d'effets de guerre de toute espèce, par des légions d'émissaires, par l'établissement d'un Gouvernement qui s'intitula révolutionnaire , et qui se chargea de diriger tous les mouvements des provinces appelées à la révolte et de gouverner celles qui réussiraient à s'affranchir.

Ces événements sont connus de toute l'Europe. Si tous les Cabinets ont condamné les actes de violence commis parles auteurs de cette révolte, autant qu'ils ont déploré les sanglants désastres qui en ont été le résultat, les trois puissances avaient des devoirs plus difficiles à remplir, car elles avaient h la fois à chercher les moyens de reconstituer un ordre quelconque à Cracovie, et à garantir leurs territoii*es contre le retour d'événements pareils à ceux qui venaient d'y porter tous les genres de dévastation et de désordre, et dont Cracovie s'était con»

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sUtuée le foyer et le centre. Dans une situation aussi grave, les trois Cours n*ont pas été libres de consulter leur dësir de se montrer indulgentes une fois de plus; elles ont dii se demander si la mesure de l'indulgence n'était pas épuisée , et si elles pouvaient rendre à la république de Gracovie les mêmes armes dont celle-ci venait de se servir, d'une manière si déloyale et si persévérante, pour porter la désolation dans les provinces voisines. De quel droit, en effet, et à quel titre, la ville libre oserait-elle revendiquer les franchises dont elle venait de faire un nouvel et si funeste usage ?

Sans recourir aux nombreuses preuves que les commissions d'enquête ont entre les mains, et qui seront connues quand le cours régulier de la justice en aura permis la publication, ridentité de caractère et la simultanéité des causes qui ont produit les événements du Grand-Duché de Posen, de Gracovie et de Galicie, qui sont toutes de notoriété publique, prouvent, sans qu'il soit possible à personne de le nier, l'existence d'un plan combiné, fortement organisé d'avance à l'aide d'une nombreuse complicité. La prise d'armes, les hostilités com* mises, les proclamations qui les ont excitées , toutes ces circonstances réunies ont constitué un véritable état de guerre, auquel il n'a manqué que le succès pour être admiré par ceux qui ont protégé cette cause. Les trois puissances réunies, et plus particulièrement l'Autriche, qui a été la plus vivement attaquée, seraient donc autorisées à faire usage de tous les droits que donne la guerre; elles auraient, de ce chef seul, pleine liberté d'action contre un ennemi qui n'a su réellement que montrer jusqu'où pouvaient aller sa courageuse démence et la témérité de ses entreprises.

Mais il ne s'agit pas de fiaiire subir à la ville de Gracovie la loi du plus fort, car cette loi ne saurait s'appliquer quand il y a pareille disproportion; il ne s'agit pas non plus d'exercer envers elle un acte de vengeance , ou de lui infliger une punition; les trois puissances, dans cette question, n'ont d'autre but que de rétablir l'ordre et de conserver la paix de leur propre territoire, en assurant ces mêmes avantages au territoire de Gracovie. Pourraient-elles continuer à couvrir de leur

protection ce((e ville libre, qui a cessé d'être indépendante et neutre^ comme i'avait voulu le traité de Vienne^ depuis qu'elle est tombée sous la domination des conspirateurs qui se trouvent à rétranger ou dans son propre sein, et qui la tiennent moralement asservie?

En effet, que s'est-il passé? Un des résultats de la révolte de Varsovie a été de fairç sortir du Royaume de Pologne un nombre considérable de ceux qui en avaient été les (auteurs les plus ardents, ou qui l'avaient servie les armes à la main.

L'émigration polonaise trouva dans les secours matériels que la charité publique s'est plu à lui procurer, la possibilité de se constituer en une organisation régulière et compacte, et pour ainsi dire gouvernementale, de toute l'ancienne Pologne, prenant pour but de son activité de soustraire les débris séparés de son ancienne patrie h l'autorité des Cours qui les régissent; elle proclama ouvertement que l'objet de ses efforts était de restaurer l'ancienne Pologne; elle déclara, par conséquent, vouloir anéantir les stipulations du traité de Vienne, qui avait confirmé une fois de plus, et d'une manière plus solennelle qu'aucun des traités antérieurs ne l'avait (ait, tous les arrangements territoriaux résultant du partage de ce corps politique dissous depuis longtemps. Les effoiis que tentèrent les comités polonais pour amener la révolte des provinces soumises à la domination des trois puissances, sont de notoriété publique; ils n'ont pas cessé : ces comités adressent des pétitions à des corps constitués; ils impriment des proclamations ; ils s'emparent de la direction des esprits; ils lèvent 'des contributions dans tout le territoire de l'ancienne Pologne, et ils organisent un système de contrainte morale qui en assure le recouvrement; ils font des quêtes dont la destination patente est de venir au secours de ceux d'entre les émigrés qui sont dans le besoin, tandis qu'ils emploient l'argent qu'ils recueillent à organiser des dépôts d'armes et de munitions, à solder des émissaires et à subvenir aux frais de leurs voyages; c'est en pleine paix qu'ils organisent la rébellion et préparent la guerre. Ils se sont, en réalité, constitués en une sorte de Gouvernement nomade dont la mission ne saurait être de gouverner un

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État qui n^existe pas, mais bien de rappeler à la vie, par les moyens les plus coupables, un corps^ politique anéanti depuis longtemps. Et tout cela se feit impunément, librement, ouvertement, sans que les Gouvernements des pays où Témigration polonaise a trouvé refuge, et où elle a établi le centre et le point de départ de ses menées subversives, aient trouvé moyen de réprimer une force d'action dirigée contre Tordre et la paix intérieure des domaines des trois puissances. L'histoire des quinze dernières années ayant prouvé combien les entreprises de rémigration polonaise vont chaque jour en grandissant, impose aux trois puissances Fobligation absolue de faire cesser un état de choses incompatible avec la sécurité intérieure qu'elles ont le devoir d'assurer à leurs peuples.

L'État de Cracovie a été, par sa position de plus grande indépendance envers les trois puissances, plus facilement entraîné et soumis au gouvernement révolutionnaire établi en pays étranger. Prétendre aujourd'hui, après de pareils bits, que cet État doive subsister pour rester à perpétuité un foyer permanent d'insurrection au centre des pays dont les Gouvernements se sont imposé la difficile mission de les protéger; exiger que ces Gouvernements continuent à garantir l'existence d'une république qui ne se sert de cette indépendance que pour conspirer contre leur repos, ce serait vouloir l'impossible et demander l'absurde.

Dans la pensée de tous les Cabinets , le traité de Vienne a été un gage de paix, et non une œuvre de (rouble. Or, les réfugiés polonais ont faussé l'institution de la république de Cracovie en sens inverse du caractère de paix que les conditions du traité du 21 avril (3 mai) 1815 avaient eu pour objet de lui imprimer. Ils n'ont point permis qu'elle restât indépendante et neutre comme le traité l'avait constituée. Ils ont voulu qu'elle devtnt factieuse et agressive. Dès lors ils ont détruit de leurs propres mains l'ouvrage qu'avaient fondé les trois puissances créatrices et protectrices de Cracovie.

En présence de ces fait», les Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, ayant à délibérer sur le parti qu'elles auraient à prendre pour empêcher le retour d'événements pareils à ceux

qui venaient de se passer, ont ëtë unanimement d'avis que Tœuvre politique créée en 1815, détruite aujourd'hui par la révolte elle-même, avait produit un résultat trop fatal au maintien de la paix, qu'elle s'était montrée trop incompatible avec les conditions du repos intérieur de leurs propres États et avec le maintien des principes de la paix générale, pour qu'il leur fût possible de la reconstruire sans assumer aux yeux de leurs peuples et de l'Europe la responsabilité d'une coupable imprévoyance.

Gomme il est impossible aux trois puissances de combattre le mal là où il organise ses moyens d'action, et qu'elles ne peuvent l'atteindre que sur le théâtre de son activité matérielle, elles ont senti la nécessité de détruire le foyer principal de cette activité placé au centre de leurs États. La seule détermination qu'il leur fût possible de prendre était donc d'annuler les dispositions du triple traité du 21 avril (3 mai) 1815 et de rétablir l'ordre de possession antérieur' à l'année 1809.

Les conditions de l'existence de Gracovie une fois viciées dans leur essence, ses institutions anéanties, son devoir de neutralité violé, son administration désorganisée, il n'est plus dans l'ordre des choses possibles de rétablir ce qui avait cessé d'exister.

Gette existence reposait sur un principe de neutralité pacifique, et Gracovie n'a voulu que la guerre. Gette guerre, Gracovie l'a fieiite pendant quinze ans par de sourdes intiigues ou ouvertement, et Ta soutenue jusqu'au moment où la prise d'armes devait devenir générale.

Par une conséquence forcée et naturelle de cette situation, la ville et son territoire feront retour à celle des puissances à laquelle ils avaient appartenu autrefois. Gette réunion est motivée par une conviction des trois Gours, qui porte à leurs yeux le caractère d'une nécessité absolue, et dont elles n'hésitent pas à consigner ici la déclaration *.

* La Gazette de Vienne et 1* Observateur autrichien du 19 novembre i8M publièrent l*acte de prise de possession émanant de l'Empereur d'Autriche,

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