BOTE POLITIQUE DE L*ANGLETERRE (1846). S
RÔLE POLITIQUE DE l'aNGLETERRE ACTUELLE. 1567. Mémoire de Metternich, de rannée 1846.
1567. Après les journées de juillet 1830, la nouvelle dynastie française, issue de ces ëvénements, a recherche Falliance de r Angleterre, et elle a confié le soin de Tobtenir au plus habile de ses négociateurs, au prince de Talleyrand. Elle avait un besoin pressant de cette alliance contre les puissances continentales dont elle ignorait les dispositions, aussi bicii que contre les Français eux-mêmes. Ce qu*elle en attendait, c'était d'empêcher les puissances continentales de Tattaquer, de réprimer, d'un autre côté, chez les Français, au moyen du prestige et des avantages de l'union avec l'Angleterre, l'humeur belliqueuse qu'ils avaient gardée depuis la période napoléonienne, et de se préserver ainsi, dans les limites du possible, contre le risque d'être entraînée malgré elle par les Français eux-mêmes . dans une guerre européenne ou de se voir jetée dans une complication de ce genre.
En recherchant cette alliance, Louis-Philippe avait donc en vue un avantage positif, légitime au point de vue diplomatique, et il l'a réalisé, car il n'a pas été attaqué par les puissances étrangères, et il a gagné du temps, de manière à échapper à l'asservissement intérieur par les partis anarchiques.
Mais quels étaient les avantages que l'Angleterre cherchait dans cette alliance? Elle n'avait pas, comme la France, à prévenir une agression du dehors ni l'explosion de l'anarchie au dedans. Ses vues étaient autres : elle visait à avoir toute
acte daté de Vienne, 11 novembre, aux termes duquel la ville de Cracovic avec son territoire fut déclarée partie intégrante de l'Empire autrichien et incorporée à cet État. La France et l'Angleterre protestèrent contre cette mesure, en alléguant qu'elle constituait une violation des traités de Vienne de 1815. Voir la réponse de l'Autriche aux notes contenant la protestation des deux puissances, no 1593. (NoU de tÉditeur,)
liberté pour Texercice de son influence dans la péninsule Ibérique, même à s^y servir autant que possible de sa rivale naturelle comme d'un auxiliaire, à se montrer dans rOrient avec une force plus grande vis-à-vis de la Russie, et à soigner ses intérêts dans ia Méditerranée aussi bien que dans les autres mers.
Enfin elle avait de fait un avantage de parti en vue, parce que Topinion publique en Angleterre, qui était absorbée par la question de la réforme, réclamait impérieusement cette alliance. C'est ainsi que dès Torigine nous voyons les deux Gouvernements, subissant Finfluence de leurs rapports avec leurs* peuples respectifs, observer une attitude différente dans leur alliance, et cette différence ne s'est plus jamais démentie dans la suite : Tun, le Gouvernement français, acceptait cette alliance parce qu'il voulait être maitre chez lui; l'autre, le Gouvernement anglais, parce que, dépendant du public, il ne pouvait faire autrement.
Or de ces buts l'Angleterre n'en a atteint aucun. Il est vrai qu'elle a gardé sa liberté d'action dans la péninsule Ibérique, mais elle n'a pas trouvé la coopération de la France, cette coopération que d'abord elle avait à peine regardée comme nécessaire, qu'elle avait ensuite attendue et enfin désirée; trompée dans ses calculs et tombant d'une erreur dans l'autre* elle a fini par perdre en Espagne sa légion, son argent, son influence prépondérante, , et par manquer le but qu'elle avait voulu poursuivre. Aux yeux de l'Europe, l'indépendance de l'attitude gardée par Louis-Philippe dans cette grave question éclata aux dépens de l'Angleterre, et le traité de la quadruple alliance apparut à l'observateur le plus vulgaire ce qu'il avait été au premier moment pour les hommes d'État les plus éclairés : une victoire remportée par la diplomatie française sur la diplomatie angbise.
Dans la seconde question, dans celle qui a la plus haute importance par elle-même, et qui, par l'intérêt qu'y attache l'opinion publique, prime toutes les autres aux yeux des deux puissances maritimes, dans la question d'Orient, il y a trois phases bien distinctes : la première est celle qui est marquée
ROLE POLITIQUE DE L*ANGLETERRE (I8i6). 295
par runion étroite entre la France et l'Angleterre ; elle a duré non pas aussi longtemps que TAngleterre avait intérêt à la prolonger, mais aussi longtemps que la France ayait avantage à le foire, c'est-à-dire aussi longtemps que la nouvelle dynastie avait encore à redouter une coalition des puissances du Nord et que Topinion publique en France se déclarait contre la Russie avec une force telle que Louis-Philippe était obligé de la satisfaire et de dissimuler ses propres sentiments, qui différaient de ceux de la nation. La seconde phase est celle où Ton voit la Krance se détacher peu à peu de FAngleterre ; elle a commencé au moment où le ministère anglais voulut aller plus loin que cela ne pouvait convenir à la nouvelle dynastie française, et n*a bientôt plus laissé subsister que Tapparence de Tentente, au lieu d'une action commune réelle. La troisième phase est celle de la rupture déclarée; elle correspond à la période actuelle; l'Angleterre l'a inaugurée en réglant sur de nouvelles bases sa situation vis-à-vis de la Porte et en signant ainsi, sous le nom de traité de commerce, une convention arrêtée sans le concours de la France et même à son insu. Ainsi, même dans cette question, la France s'est servie de l'Angleterre jusqu'au moment de la rupture, sans que l'inverse ait eu lieu.
En ce qui concerne le soin des intérêts de l'Angleterre dans la Méditerranée et dans d'autres mers, nous voyons encore la France retirer de Talliance tous les avantages, tandis que tous les désavantages sont pour l'Angleterre. Cette dernière fut paralysée dans la question d'Alger par les considérations que l'alliance lui imposait; elle fut obligée de laisser à la France le temps d'asseoir plus solidement sa nouvelle colonie; dans la question'grecque, elle vit la France passer insensiblement du côté de la Russie, présenter à la conférence un projet concerté entre elle et la Russie, s'entendre avec cette dernière puissance pour contredire nettement les assertions anglaises au sujet de ce que la Grèce voulait et devait faire, et enfin prendre des mesures qui lui permettent une action complètement indépendante des résolutions du Cabinet de Londres. Dans la question mexicaine, elle a vu la France mettre de côté tout
mënagement pour elle ; en d'autres termes, au lieu de lui être utile, Talliance lui a été préjudiciable, tandis que la France en a retiré, même dans cette question, des avantages positifs.
En ce qui concerne enfin la dernière considération , celle qui a pour objet la situation intérieure des deux pays, nous voyons Louis-Philippe devenu plus fort, le ministère whig plus faible; nous voyons Tanarcbie vaincue en France, triomphante en Angleterre ; là le champ des idées révolutionnaires diminue, ici les radicaux se séparent de leurs anciens alliés, les W'higs, et leur déclarent ouvertement la guerre ; la France a gagnée TAngleterre a perdu. Aussi, à mesure que l'allianee de TAngleterre devint moins nécessaire au Roi des Français, celui-ci renonça à Pappui qu'il avait cherché momentanément en Angleterre, ce pays qui, sous la domination des whigs, tombait toujours plus bas et perdait de jour en jour sa force et sa sécurité, et il suivit dans son intérêt bien entendu une voie parallèle à celle où la Russie était engagée. Tant que ce parallélisme répondra à son intérêt, la France restera fidèle à sa ligne de conduite, et à ce prix elle pourra compter positivement sur la politique de la Russie, sur cette politique ferme et sûre qui ne dépend ni des caprices de Topinion publique ni de la vie d'un ministère. En ce moment il existe donc entre la France et TAngleterre une alliance nominale qui n'a plus rien de la réalité, de même qu*entre la France et la Russie c^est le contraire qui se voit.
Lord Palmerston a dû travailler aussi longtemps que possible à cacher aux yeux du monde un isolement aussi réel. Il a fiaiit assez de sacrifices à cette tâche ingrate ; mais lorsqu'il lui a été impossible de donner plus longtemps le change à Topinion, lorsque lés sacrifices sont devenus trop lourds pour lui ou qu'il n'a plus pu se risquer à les continuer, il ne lui est resté d'autre parti à prendre que de faire connaître par des révélations successives la rupture complète du lien qui avait uni r Angle terre et la France. C'est ce qui a eu lieu dans la question grecque» et dernièrement dans la question d'Orient. Or, si ces révélations manquent leur effet à leur tour, le ministère ivhig aura perdu son dernier enjeu •