‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 7 sur 96 · mars · texte numérisé non relu

mars

Glëment a été très -absorbé par les nouvelles quHl reçoit de toutes parts sur les menées des révolutionnaires en Italie. La probabilité que Mazzini tentera de frapper un grand coup au mois d^avril devient de plus en pli^s grande. Mazzini se trouve à Londres , et lord Aberdeen déclare qu'il ne peut rien feire pour empêcher que des secours d'argent et des envois de munitions ne partent de T Angleterre pour révolutionner Tltalie. Clément a appris en même temps la désertion de deux fils de notre vice-amiral Bandiera, qui sont allés se mettre aux ordres de Mazzini.

l«r . 30 mai.

L'arrivée de l'Archiduchesse Hildegarde, fille du Roi de Bavière, qui vient d'épouser l'Archiduc Albert, nous vaut des fêtes de tout genre. J'en ai organisé une le 19, à la villa. J'avais invité environ deux cents personnes pour neuf heures du soir. Jamais plus grande réunion de princes et de princesses ne s'y était trouvée. Les deux Impératrices, l'Empereur, les Archiduchesses Sophie , Marie , Hildegarde, six ou sept Archiducs de tout âge étaient présents. On a pris du thé et du café dans mon petit salon près de la terrasse , puis on a visité toutes les chambres avec ce qu'elles renferment , et l'on s'est rendu après cela dans les grands salons, qui s'étaient peu à peu remplis. Les Archiduchesses Marie et Hildegarde ont dansé avec entrain et sont restées à souper. La fête était jolie et a été fort goûtée. L'illumination du jardin, avec des lampions de couleur suspendus aux arbres comme des grappes de fruits , offrait un coup d'oeil charmant.

Quelques jours après , Gordon m'a priée de foire les honneurs d'une fête qu'il voulait donner dans l'Augarten pour célébrer Tanniversaire de la naissance de la Reine Victoria et le mariage de l'Archiduchesse. Cette fête a été très-belle; la grande salle était brillamment illuminée et décorée; mais Gordon avait fait fermer toutes les fenêtres donnant sur le

6* IIECUEIL DE DOCUMENTS (1885-1848).

jardin 9 de sorte qu'il régnait une chaleur étouffante dans les salons. La seule fenêtre ouverte se trouvait dans un petit salon attenant à la salle de danse, et de là on apercevait Tillumination, qui était magnifique. Le nom de Victoria brillait en lettres de feu, et au-dessous Ton avait suspendu une guirlande de lampions. Les lettres étincelaient comme des diamants, tandis que le feuillage des chênes ressemblait à des émeraudes. Je n'ai jamais rien vu de plus joli et de plus gracieux. Le portrait de la Reine, dont elle a fait présent au comte de Mensdorff , était dressé au milieu du salon.

Le voyage subit de TEmpereur Nicolas à Londres a fait grand bruit. Il était à Berlin avant que son départ fût connu, et il est arrivé à Londres avant qu'à Berlin on fût revenu de sa surprise. Il parait que le public de Londres, bien qu'il ne fût pas très-disposé à le bien recevoir, a fini par se réconcilier avec lui et même par aller jusqu'à l'enthousiasme. L'Empereur a dépensé des sommes énormes pour tout ce qui intéresse làbas, et s'est montré très-aimable pour tout le monde.

1er . 19 juin.

Rubini a passé par Vienne à son retour en Italie et a chanté un soir chez nous. Il a, dit-on, foit de brillantes affaires à Saint-Pétersbourg. L'Empereur lui a conféré un titre militaire et l'a comblé de témoignages de faveur et de cadeaux. Rubini a été obhgé de lui promettre de revenir; l'hiver prochain, il y retournera pour quelques mois. Ronconi et sa femme ont aussi pris part à notre concert, et Donizetti a tenu le piano.

Le Roi de Prusse a informé mon mari qu'invité par l'Archiduchesse Sophie à venir à Ischl, où les deux sœurs veulent se rencontrer, il trouvait convenable de faire une visite à notre Empereur dès qu'il mettait le pied sur le territoire autrichien. Il est donc probable que, pendant notre séjour à Ischl, nous y verrons arriver le Roi de Prusse, et qu'il faudra que mon mari interrompe sa cure d'eaux pour aller recevoir Sa Majesté à Vienne.

Le duc d'Angouléme est mort à Goritz, le 5 juin, à la suite

de longues souffrances , qu'il a supportées avec un courage héroïque. Louis-Philippe a pris le deuil; il a même fait contremander un concert, ou un bal, qui devait avoir lieu aux Tuileries.

Page 1