‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 8 sur 96 · juin · texte numérisé non relu

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Clément est très-absorbé par les affaires. En Silésie, des troubles ont éclaté parmi les ouvriers; ils ont détruit plusieurs belles fabriques, parce qu'ils jugeaient leur salaire insuffisant. Des désordres du même genre se sont produits à Prague , où trois fabriques ont été démolies, ce qui inspire de grandes appréhensions aux propriétaires d'ici. Dans Tintervalle, les frères Bandiera ont quitté Gorfou, au su des autorités anglaises, pour aller organiser une insurrection en Sicile. Le consul autrichien a porté plainte , mais les Anglais disent qu'ils n'ont aucune raison d'intervenir. Le pauvre Clément se fatigue tant qu'il peut, et naturellement il se tourmente beaucoup.

il août.

Aujourd'hui, nous avons quitté Ischl, accompagnés seulement de Clément Hiigel et de son compagnon de voyage, M. Camesina, qui dessine toutes les vieilles églises et tous les vieux ornements d'autel.

FÊTES DE TRIESTK.

1478. Voyage à Trieste et séjour dans cette ville. — Le baron Zanchi. — L'Archiduc Frédéric. — Excursion à Gapo d*Istria. — Illumination du port. — Le grand-duc et la grande-duchesse de Toscane. — Députation de la ■ville de Trieste. — La famille Vucetich. — Voyage à Venise. — Impressions. — Retour à Vienne.

Trieste, du 21 août au 20 septembre.

1478. Le 21 août, nous avons quitté Vienne; nous avons dîné à Miirzzuschlag, et, après avoir traversé des contrées ra-

Tissantes , nous sommes arrivés , par un temps magnifique , à Bruck, vers sept heures du soir. Le 22, nous avons continué notre voyage; nous avons dîné à Gratz, où nous avons vu Lamberg, qui y commande une division. Nous avons visité aussi le beau monument de Marchesi, érigé à TEmpereur François. Le vieux comte d'Attems, père de la comtesse d'Auersperg, dont nous avions fait la connaissance à IschI, est venu nous voir en grand uniforme. Richard et Clément Hugel nous attendaient à Adeisberg, où ils étaient allés visiter la grotte. Vers six heures nous sommes arrivés à Trieste. Nous habitons une jolie maison appartenant à un négociant nommé Vucetich, qui a deux fils très-bien élevés. Ils ont fait le tour du monde, parlent fort bien un grand nombre de langues, sont très-polis et très-obligeants.

Dimanche, le 25, François Stadion, qui est gouverneur de Trieste, et qui était venu nous voir aussitôt après^ notre arrivée, nous a accompagnés à la messe; ensuite il a dîné avec nous, et le soir nous sommes allés dans un théâtre de second ordre , parce que le grand théâtre est fermé. Clément y a été accueilli par de vifs applaudissements. Presque tous les soirs nous voyons chez nous Stadion, les généraux Piret et WimpfFen, les comtes de Waldstein, O^Donnell et Coudenhove, qui sont tous ici en qualité de fonctionnaires. Félix Schv^rarzenberg et Buol sont arrivés après nous ; le premier restera ici pendant notre séjour, le second part pour Turin. Nous avons trouvé ici la frégate Bellone, que commande Bandiera. Laszlo Karolyi était arrivé avec lui, mais il a dû se rendre à Venise, à cause du procès qu'on a intenté à des fonctionnaires de la marine. Paulucci a été mis à la retraite. Bandiera voulait à toute force parler à Clément, et il est resté longtemps chez lui.

Le général Wimpffen comble mes fils d'attentions et les conduit tous les jours à Técole de natation. Ils apprendront aussi un peu d'italien pendant notre séjour ici. Nous parcourons souvent la ville et la trouvons très-belle. Entre autres curiosités, on y voit un édifice appelé Tergesteum, d'après Tancien nom de Trieste, et qui est vraiment remarquable. Il a

été construit par une société d'actionnaires et sert de lieu de réunion aux négociants et aux gens d'afEaires.

Le 29 , nous ayons visité cinq bateaux à vapeur du Lloyd : Y Archiduc Louis y V Archiduc Jean, le Metternick, le Frédéric et VImperatore, Ce sont de magnifiques navires, et les ateliers du Lloyd font, en général, une impression très -favorable. Clément a tout examiné avec le plus grand intérêt; il est enchanté d'avoir Kiibeck ici. On espère que la présence de FEmpereur, jointe à celle de mon mari , du comte Rolowrat et de Kiibeck, tournera au profit de Trieste, et Ton en est très-heureux.

4 septembre.

Nous sommes allés voir le baron Zanchi à sa villa , où Ton trouve la plus riche collection de fleurs qui soit aux environs* de Trieste. Le bon vieux baron est heureux quand on va chez lui. En revenant de son voyage en Grèce , T Archiduc Jean a Eait sa quarantaine dans cette villa.

L'Archiduc Frédéric a diné avec nous et nous a fait faire une promenade en mer, avec Kolowrat et Kùbeck. Nous sommes aflssi montés au phare. Un bateau à vapeur du Lloyd passant tout près de nous, TArchiduc le fit arrêter, bien qu'il gardât Tincognito , pour demander au capitaine d'où il venait et qui il avait à bord. L'assurance du jeune amiral nous a beaucoup plu.

5 septembre.

Clément a été informé , dès le matin , qu'il devait se rendre directement auprès de l'Empereur, pour le recevoir aussitôt à l'arrivée. On m'avait invitée à aller chez la famille Hirschl, dont la maison est située juste en fece de la rue par laquelle Leurs Majestés devaient venir. Je regrettai plus tard d'avoir accepté cette invitation , car il aurait été plus intéressant d'être témoin de ce qui, pendant ce temps, se passait sur mer.

Clément a décliné, une fois pour toutes, les invitations à dtner à la Cour ; nous sommes donc restés tranquillement à la maison pendant cette journée mémorable. Nous avons voulu

faire un tour dans les rues, mais nous avons été suivis par tant de monde que nous n'avons pas tardé à rentrer. Le soir, il y a eu représentation de gala au théâtre. Nous avons reçu de nombreuses visites dans notre loge, entre autres celle de notre cher Badetzky , qui est arrivé aujourd'hui , qui a une mine excellente, et qui se conserve d'une manière étonnante. L'opéra est passablement mauvais, mais on n'écoute pas. Pendant l'enlr'acte , l'Archiduc Frédéric est venu pour dire à mon mari, de la part de l'Archiduc Jean, qu'il est d'usage chez les Italiens que pendant les entr'actes les ministres aillent dans la loge impériale présenter leurs respects à Leurs Majestés. Aussi Clément y est-il allé immédiatement avec Stadion. La salle était ornée de bouquets de fleurs et de rubans bleus et rouges, ce qui faisait un très-joli effet.

6 septembre.

Aujourd'hui, j'ai fait une visite à la famille ducale de Modène. La princesse Aldegonde, dont j'avais fait la connaissance à Munich , m'a reçue avec beaucoup de bonté , et nous avons eu ensemble une longue conversation. ^

Après le dtner, nous avons fait une promenade sur le Corso, et nous sommes allés jusqu'à Sant' Andréa. La Cour était annoncée, mais l'Impératrice n'a point paru. La foule était nombreuse sur notre passage, et les acclamations enthousiastes n'ont pas manqué. Le soir, il nous a fallu aller au Tergesteum , qui était illuminé et décoré avec beaucoup de goût. En souvenir de cette journée, on a remis à l'Empereur une feuille sur laquelle on pouvait lire, sous forme de médaillon, les noms des Empereurs qui ont visité Trieste et le chiffre de la population à différentes époques ; c'est une idée très-heureuse et parfaitement exécutée.

7 septembre.

Ce matin, à dix heures, nous étions déjà à la Cour. Le grand-duc et la grande-duchesse de Toscane étaient arrivés pour faire une visite à notre Cour, et naturellement ils ont été

de Texcursion à Gapo d'Istria. La fête organisée par le Lloyd était magnifique. h'Imperatore, le dernier bateau à vapeur construit à Trieste même, était décoré avec un luxe extraordinaire, mais de bon goût. Une tente rouge et bleue ^ ornée de fleurs , garantissait contre les rayons du soleil. Sur ce bateau se trouvaient seulement notre Cour, celles de Toscane et de Modène , la comtesse Nugent avec sa fille , six généraux ayant Radetzky à leur tète, et nous. Six autres bateaux à vapeur manœuvraient tout alentour, et chaque fois qu'ils s'approchaient de VImperatorey on entendait retentir des vivat enthousiastes. A une heure, nous sommes arrivés à Gapo d'Istria, où nous attendaient des barques qui nous transportèrent à terre. Il faisait très-chaud, et nous eûmes une petite marche forcée à faire avant d'atteindre la maison d'une bonne vieille marquise, qui reçut la Cour chez elle. Cette excellente femme, qui appartient à une famille très-considérée de l'endroit, dépense sa fortune, qui est très-grande, à faire du bien. Elle a eu le malheur de perdre tous ses enfants, de sorte qu'elle est à peu près seule au monde. A la suite de la visite impériale, on l'a nommée dame du palais. Après le dtner, on s'est rendu à l'église, qui est très-belle, parce qu'elle est ancienne. Toute la place sur laquelle elle s'élève porte un caractère byzantin qui fait qu'on se croit transporté à Venise.

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