CONFLIT A FERRARE
de TOUS adresser Mgr le cardinal secrétaire d'État, et par laquelle le Cabinet du Vatican, d'ordre exprès de Sa Sainteté , proteste contre les mesures prises par M. le lieutenant général comte d'Auersperg, commandant des troupes impériales qui Se trouvent dans la place de Ferrare , et demande la révocation de ces mesures.
Quoique votre réponse préliminaire adressée à Son Éminence le cardinal Ferretti, secrétaire d'État, ne nous laisse rien à désirer, et qu'elle réfute victorieusement les arguments sur lesquels se fonde la demande que nous fait la Cour de Rome , le Cabinet de Vienne doit, de son côté, directement opposer les droits que lui assurent les traités à la protestation solennelle que le Saint-Siège vient de fiaire contre l'exercice de ces droits.
Vous voudrez donc bien, Monsieur l'ambassadeur, remettre à Mgr le cardinal secrétaire d'État la Note dont vous trouverez le texte ci-annexé.
Projet d'une Note à adresser au Cabinet du Vatican. (Annexe du n» 1628.)
1629. Le soussigné, etc. , etc. , ayant transmis à sa Cour la Note que Son Éminence Mgr le cardinal Ferretti, secrétaire d'Etat de Sa Sainteté , lui avait fait l'honneur de lui adresser comme une protestation contre les mesures de service militaire prises dans la place de Ferrare par M. le lieutenant général comte d'Àuersperg, commandant les troupes impériales qui en forment la garnison , a reçu Tordre de sa Cour de fiaiire au Cabinet du Vatican la réponse suivante :
« L'acte du Congrès de Vienne, article 103, donne à Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique le droit de garnison dans les places de Ferrare et de Comacchio. »
Cette expression de place ne laisse aucun doute sur les droits qui appartiennent à Sa Majesté Impériale.
La ville de Ferrare est entourée d'une enceinte fortifiée qui se trouve en contiguïté avec les ouvrages de la citadelle; l'ensemble de cette enceinte et de la citadelle forme ce qu'on
appelle la place de Ferrare ; or, c'est le droit de garnison dans la place qui a été conféré à T Autriche. La Cour de Rome n'a jamais eu aucun titre pour le contester et pour* prétendre que ce droit ne devait s'appliquer qu'à la citadelle ; cette restriction est impossible de fait, parce que les ouTrages qui entourent la ville sont en contiguïté avec ceux de la citadelle ; si d'ailleurs elle avait été dans l'intention du Congrès, l'article précité aurait dit « la citadelle » , et non pas a la place » , car tout le monde connaît la différence qui existe entre ces deux expressions.
C'est par suite de cette position, et vu le peu d'espace qu'offre l'intérieur de la citadelle , que le Gouvernement pontifical assigna aux troupes impériales deux casernes situées hors de la citadelle , et que les officiers prirent des logements dans les maisons les plus voisines de ces casernes.
L'occupation de cette place n'ayant jamais eu et , d'après les sentiments de sincère dévouement que la Cour d'Autriche porte au Saint-Siège, ne pouvant jamais avoir d'autre caractère que celui d'une prudente défensive , les instructions données à tous les commandants des troupes autrichiennes leur ont toujours prescrit de borner aux environs immédiats des parties occupées par les troupes impériales l'application des règlements militaires imposés à toute garnison.
Il est dans les intérêts du Gouvernement romain, autant que dans ceux de la Cour Impériale et de la population de la ville de Ferrare même , que le service de cette place se Éasse avec ordre et régularité. Les dangers que des fauteuil de désordres ont fait courir à M. le capitaine Jankovich, et auxquels il n'a été soustrait que parce qu'il lui a été possible de faire appel à une patrouille , prouvent combien le service de patrouille, qui est prescrit par les règlements militaires, est réclamé pour le maintien de l'ordre.
L'Empereur, ne pouvant regarder la protestation faite par Son Éminence le cardinal-légat de Ferrare comme fondée dur un droit; trouvant, au contraire, dans les dernières manifestations qui ont eu Heu à Ferrare, un motif de plus pour que la garnison ne manque à aucune des règles de prudence qu'il est de son devoir d'observer, dans son intérêt comme dans celui
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des habitants, charge le soussigné de faire connaître à Son Éminence Mgr le cardinal secrétaire d'État que M. le maréchal comte de Badetzky, commandant général des troupes de Sa • Majesté Impériale et Royale Apostolique dans le Royaume lombardo- vénitien, a Tordre de maintenir la garnison de Ferrare dans les droits qui lui appartiennent, et dont l'exercice est, au surplus, devenu militairement indispensable à sa sûreté.
Si la Cour Impériale, qui ne voudrait avoir à entretenir avec la Cour de Rome que les relations les plus intimes , si nécessaires à la prospérité des deux États, déplore le fond de cette question, le Cabinet de Vienne ne peut, de son côté, que regretter vivement la forme insolite donnée à la protestation faite par Son Éminence le cardinal-légat. Ce n'est pas pardevant notaire que peuvent se traiter dignement et utilement les affaires entre les Gouvernements; le Cabinet de Vienne doit donc se prémunir contre l'introduction d'une pareille forme.
Relativement à la communication faite au corps diplomatique résidant près le Saint-Siège, le soussigné est chargé de faire connaître à Son Éminence le cardinal secrétaire d'État qu'elle place le Cabinet de Vienne dans la nécessité de communiquer aux Cabinets compétents l'acte de protestation qui lui a été adressé, et la réponse qu'il y a faite.
Metternicli à Liiizow, à Rorae (E. D.). Vienne, 39 août 1847.
1630 Je vous invite. Monsieur l'ambassadeur, à
représenter au Cabinet du Vatican la nécessité absolue qu'il mette fin au tracas de Ferrare. Analysée jusque dans ses derniers éléments, cette question se réduit aux points suivants :
L'Empereur a le droit, et il a la charge, de tenir garnison dans les places fortes de Ferrare et de Coniacchio. Ce droit repose sur l'article 103 de l'acte du Congrès de Vienne signé le 9 juin 1815.
Le cardinal Consalvi a déposé le 12 juin, aux archives de ce Congrès, une protestation. Les puissances n'ont pas jugé devoir satisfaire à cette protestation en changeant les disposi-
lions de Tacte arrête entre elles. Ces dispositions ont été mises à exéculion.
Les places de Ferrare et de Gomacchio ont, depuis t^cnt€^deux ans, par suite de l'acte du Congrès, des çamîsons autrichiennes. Le service dans ces places a toujours eu lieu d'après les exigences des règlements militaires; les relations entre le commandement militaire et les autorités civiles ont été les plus amicales et conformes aux procédés que réclame Tordre public.
Cet ordre de choses a récemment éprouvé une altération que l'Empereur déplore, vu le respect que Sa Majesté Impériale porte à l'autorité pontificale et la réaction que la situation doit nécessairement exercer sur l'opinion publique, qui, de toutes les opinions, est celle qui malheureusement est le plus facilement portée à prendre le change.
La Cour Impériale s'est tue jusqu'à cette heure, mais elle ne pourrait, sans se manquer à elle-même et sans compromettre les intérêts qui servent de règle invariable à sa conduite politique et en forment la base, se vouer plus longtemps aa silence.
De quoi s'agit-il?
Il s'agit évidemment de l'existence on de la non-«xtstence du droit de notre Cour de tenir garnison dans les places de Ferrare et de Comacchio.
La Cour de Rome nie-t-elle ce droit? C'est à elle que, dans ce cas, il appartiendrait de plaider sa cause, non envers nous qui nous reconnaissons ce droit, mais envers les Cours signataires de l'acte du Congrès.
Reste la question de fait. L'Autriche exerce depuis trentedeux ans le droit de garnison dans les deux places, et il est de l'intérêt du repos moral et matériel des deux États, et en particulier de celui des localités elles-mêmes, que le service de leurs garnisons soit fait d'après les règles qui servent de loi à tout service militaire régulier. Nous nous reconnaissons le droit et le devoir de demander au Gouvernement romain que des ordres conformes à cette nécessité soient transmis de sa part aux autorités pontificales civiles et militaires à Ferrare,
MISSION DE FICQUELMONT A MILAN (l847). 471
en déclinant toute responsabilité des conséquences que le manque de directions pareilles pourrait entraîner à sa suite, contrairement aux vœux de Sa Majesté Impériale, qui, avant tout, ont pour objet le maintien du repos public.
Vous voudrez bien, Monsieur l'ambassadeur, placer la présente dépêche sous les yeux de Son Éminence le cardinal secrétaire d' État, et lui en remettre une copie s'il devait vous en exprimer le désir.
1631. Metternicli à Ficquelmont (Inutructions). Vienne, le 22 août 1847. — 1632. MetternicK au feld-maréclial comte Radetzky, à Milan (Lettre). Vienne, le 22 août 1847. — 1633. Metternich à TArchiduc Vice-Roi Régnier, à Milan (Lettre). Vienne, le 3 septembre 1847.
1631. L'Italie vient d'entrer dans une phase entièrement nouvelle. Les Gouvernements faibles de Tltalie centrale avaient laissé depuis longtemps le mal se préparer et prendre racine, de manière à lui permettre de se manifester à la première occasion. L'élection de Pie IX a été cette occasion.
Il ne faut, vu la force gouvernementale que les Gouvernements des deux États pourraient et devraient posséder, tenir compte, comme autorité responsable, que de la Toscane et de l'État de l'Église. La Révolution s'est emparée de la personne de Pie IX comme d'un drapeau, et de l'opinion publique, en relevant l'ancienne bannière des Guelfes au nom du Saint- Siège. Nous avons donc aujourd'hui l'ancien parti guelfe en Italie, qui prononce arrêt de mort contre les Allemands, et nous n'y trouvons pas les Gibelins. Le parti impérial ne pouvait survivre à la destruction du saint-empire romain.
L'Empereur d'Autriche occupe en Italie une position nouvelle; il y est le Souverain des provinces italiennes qui lui appartiennent; il n'a aucun droit sur aucune autre portion de ritalie; il se trouve placé à cet égard dans un état de com-
Al% RECUEIL DE DOCOMENTS (1835-1849).
plète indépendance ; sans droits, mais sans autres obligations que celles qu'il a contractées par des traités spéciaux.
Tout est nouveau dans cette position; la guerre entre le sacerdoce et TEmpire a cessé ; TEmpereur est, au contraire, et veut rester le plus fidèle allié du iPape.
De son côté, le Pape, comme chef de TÉglise, n'a aucun motif d'être hostile à TEmpereur.
L'hostilité qui se manifeste dans les États romains contre l'Autriche n'est pas ressentie par le Saint-Siège ; elle provient du parti de la Révolution, qui a pris pour cri de guerre : Mort à r Autriche! et pour mot de ralliement V indépendance itatienne.
Le cadre est agrandi depuis l'année 1820. La révolution de Naples semblait alors vouloir se borner au Royaume; les carbonari avaient placé leur entreprise sous la protection de la Sainte Vierge, qu'ils invoquaient sous le titre de Madonna délia riforma. La Sainte Vierge a mal rempli son œuvre; c'est aujourd'hui le Pape qu'on invoque et qu'on entraîne en le proclamant il Papa del progressa, et en étendant l'entreprise à toute l'Italie. Le cri de « Pio nono solo ! » divulgue la pensée de la faction; c'est la personne du Pape et non l'Église qu'elle entend soutenir.
C'est donc une tévolution sociale qui doit se faire au moyen d'une transformation de l'État de l'Église et de changements dans l'état de possession territoriale.
Tel est le terrain sur lequel la Cour Impériale a pris position, en s'adressant aux grandes Cours, pour leur demander si elles entendaient tolérer que le parti, révolutionnaire italien détruisit tout ce que des droits séculaires et des traités nouveaux ont établi en Italie.
Voilà en peu de mots l'exposé des dangers qui nous menacent. Quels sont nos .moyens de les combattre? Où devonsnous chercher notre force de résistance?
Ce sont des clubs qui dirigent la révolution italienne ; ce sont des sociétés secrètes qui en forment l'instrument d'exécution le plus actif; de pareilles associations ne savent que détruire; nous n'avons pas à craindre de voir surgir une orga-
nisation ayant de la force et promettant de la durée; nous n'avons que le désordre à combattre.
Aurons-nous l'obligation d'aller le chercher hors de notre territoire? Nous subordonnons la solution de cette question à la marche des événements, qui nous servira de guide dans l'application des principes de droit que nous professons à l'égard de toute intervention.
Si le mouvement révolutionnaire devait, comme cela est possible, envahir le Royaume de Naples comme il a envahi les Ëtats du Saint-Siège, Texcès du désordre amènera la nécessité d'un concert entre les puissances. La leçon qu'il faudra donner aux idéologues qui prêchent la réunion et l'indépendance de l'Italie, sera de montrer les grandes puissances de l'Europe occupées du meilleur règlement à donner aux destinées de ce pays; y rétablir l'ordre au moyen d'un concert, serait plus avantageux à notre avenir que de le faire par une intervention isolée, quand même elle nous serait possible ; possibilité qui, d'ailleurs, militairement, n*existe pas pour nous dans la position présente, de l'Italie. L'emploi des bateaux à vapeur nous a enlevé la ligne la plus courte pour une opération matérielle dans le Royaume des Deux-Siciles ; et pour y porter des forces, n'aurions-nous pas à traverser l'État de l'Eglise?
Si nous nous refusons à donner matériellement du secours aux Gouvernements qui pourraient nous le demander, nous devons, d*un autre côté, leur prêter aide et assistance autant que cela nous sera possible.
Si le mouvement ne dépasse pas la ligne du Pô, les chances peuvent en être calculées; elles finiront par des modifications gouvernementales, qui seraient ou tolérées ou sanctionnées.
Si le Piémont devait se laisser entraîner ou être entratné malgré lui, notre position deviendrait difficile, parce qu'il lest probable que la Lombardie n'échapperait pas au troublel
L'affaire essentielle pour nous est donc, de retenir le Piémont; nous avons à le sauver de ses propres erreurs, en lui ouvrant toutes les voies pour le ramener à nou^, et défendre avec nous la cause de Tordre. Tout ce que la raison et la pru«-
dence nous permettaient de préparer dans ce sens a été mis en œuvre de notre part.
Notre base de conduite sera donc :
1* Ne pas intervenir, ni dans les États romains, ni dans le Royaume de Naples, en restant cependant fidèles aux principes que nous professons sur les interventions, et sans consulter Ie> possibilités ; mais opposer la plus ferme barrière au désordre, et défendre avec énergie notre droit là où on voudrait Tattaquer;
2* Chercher à faire rentrer le Piémont dans notre alliance;
S"" Montrer, par notre bonne intelligence avec les grande» Cours, que Texaltation la plus efifrcnée des révolutionnaires italiens ne pourrait suffire à nous arracher aucun de nos droits. Si l'attitude que nous aurons à prendre envers TÉtat de rÉglise et le Royaume de Naples peut être de notre part soumise à la condition d'un concert avec les puissances, peut-il en être ainsi de nos relations avec les États gouvernés par des agnats de la Maison d'Autriche? Si le grand-duc de Toscane, si la duchesse de Parme, si le duc de Modène demandent du secours à l'Empereur , Sa Majesté Impériale n'aurait-elle pas Tobligation de le leur prêter, et les devoirs comme les droits qui découlent de sa qualité de chef de famille ne l'aRraochissent-ils pas de l'obligation d'un concert préalable à établir avec d'autres puissances? Plus la Cour d'Autriche se montrera disposée à traiter les affaires générales de l'Italie dans l'esprit de ce concert, plus elle doit conserver intact le droit, qui lui appartient, de maintenir Tétat de possession territoriale et Tindépendance gouvernementale des agnats de sa Maison.
M. le maréchal comte Radetzky, en attendant, et dans les limites de ses attributions, a pris une position fortement dessinée. L'occupation de Ferrare présente une question incidentelle qu'il importe de résoudre. Une convention devrait régler les droits comme le service de la garnison. Le Gouvernement romain continuera peut-être à vouloir dénier le droit d'occupation de la ville, et borner ce droit à la seule citadelle; cette prétention n'est pas soutenable ; si Rome voulait borner sa résistance à dénier le droit, le Gouvernement local pourrait
cependant être amené à conclure un acte de règlement de service ; de pareils règlements existent dans toutes les places où se trouvent des garnisons mixtes.
L'objet de la mission que l'Empereur, notre auguste Mattre, TOUS confie, Monsieur le comte, est le suivant :
Sa Majesté Impériale sent la nécessité de porter à la connaissance de Monseigneur l'Archiduc Yice-Roi sa pensée entière sur la position du jour, et sur la position qu'elle a prise et qu'elle entend garder. Ce n'est toutefois pas à ce seul objet que l'Empereur entend borner la mission de Votre Excellence. Le Vice-Roi devra, dans la position difficile où il est placé, trouver du soulagement dans la présence d'une personne qui pourra lui servir d'appui sur le terrain politique.
Votre Excellence possède la connaissance intime des vues de notre Cabinet et de leur application à toutes les circonstances qui pourront se présenter. L'Empereur vous ordonne donc de rester à la disposition de Son Altesse Impériale, durant Tépoque de la crise, afin de l'aider moralement de vos conseils. Vou» aurez à lui prêter cette aide dans toutes les circonstances où elle serait réclamée, soit par Monseigneur l'Archiduc, soit par votre propre sentiment.
Il devra en être de même à l'égard de M. le maréchal comte Radetzky. Ce n'est pas de mesures militaires qu'il peut être question dans ce moment ; ces dernières devront être réglées d'après les exigences d'une saine politique. M. le maréchal recevra l'ordre du conseil aulique de guerre de s'entendre avec vous à leur égard, le cas échéant.
Les missions impériales près les diverses Cours d'Italie recevront Tordre de diriger vers Votre Excellence les copies des nouvelles qu'elles seront en mesure de nous adresser, afin que vous et l'Archiduc Vice-Roi soyez pleinement tenus au courant des événements. Ce qui resterait à compléter à cet égard vous sera fourni par moi *.
* Dans la lettre du même jour, par laquelle le chancelier d*£tat fait part à rArchîduc Vice-Roi Régnier de la mission de Ficquelmont, on lit entre autres choses : « Je prie Votre Aliesse Impériale d'accorder la plus entière confiance au comte de Ficquelmont, et de Je conaîdérer comme un organe
Metternicli au feld-maréchal comte Badetzky, k Milan (Lettre). Vienne, le 22 août 1847.
1652. Mon digne ami, le comte de Ficquelmont vous remettra cette lettre et vous édifiera en quelques mots sur la mission quUI est chargé de remplir.
La situation générale, et particulièrement celle où se trouve ritalie et dans laquelle nous nous trouvons nous-mêmes au delà des Alpes, est on ne peut plus difficile. Des situations de ce genre demandent des mesures spéciales ; or, la mission que Sa Majesté assigne au comte de Ficquelmont est une de ces mesures. Le terrain politique a besoin d*étre représenté auprès de Mgr TArchiduc Vice-Roi, car la politique et la guerre sont des éléments qu'on ne peut pas séparer. Entendezvous donc brevî manu avec le comte de Fic<juelmont, qui vous donnera tous les éclaircissements nécessaires sur notre point de vue et notre marche politique, et qui pourra vous offrir à cet égard des assurances dans lesquelles un général en chef pouvant être appelé à agir trouvera un sérieux appui.
Vous et moi, mon cher feld-maréchal, nous avons traversé des temps difficiles, nous avons accompli de grandes choses sans que Tentente la plus parfaite ait jamais cessé de rég;iier entre nous, et nous sommes destinés par la Providence à ne point passer nos vieux jours dans le repos. Si le passé nous a imposé de grands efforts, il valait du moins mieux que le présent. Vous et moi, nous savons lutter contre des corps, mais contre des fantômes la force matérielle ne peut rien; or, ce sont des fantômes que nous avons à combattre partout aujourd'hui. Il était réservé au monde d'avoir le spectacle d'un Pape faisant du libéralisme!
Que le Ciel vous conserve encore longtemps à l'Empereur et à rÉtat ! Vous ne doutez pas, je le sens, que personne n'attache à la réalisation de ce vœu une plus grande valeur que je ne le fais.
direct du Cabinet, qui est mis à la disposition de Votre Altesse pour la dorée de la crise, tant qu'elle sera à l'état aigu. • {Noie de VÉditeur,)
Recevez Tassurànce, d'ailleurs parEeiitement superflue, de ma haute considération et de ma sincère amitié.
Metternicli à l'Arcliiduc Vice-Roi Bégnier, à Milan (Lettre). Vienne, le 3 septembre 1847.
1633. Monseigneur, j'ai eu Thonneur de recevoir aujourd'hui la lettre que Votre Altesse Impériale a daigné m'écrire. La satisfaction que vous avez bien voulu exprimer dans cette lettre au sujet de la mission du comte de Ficquelmont, me prouve que je ne me suis pas trompé dans le sentiment qui m'a déterminé à proposer cette mission, tant sous le rapport du but à atteindre par cette mesure que sous celui de la personne à choisir.
Il n'y a pas dans le monde de situation isolée sans aucune connexion avec d'autres, et les affaires ne sont elles-mêmes que l'expression d'une situation. Sur le terrain politique, toutes les situations comprennent trois éléments qu'on ne saurait séparer : l'élément intérieur, l'élément politique et diplomatique, et l'élément militaire. Si l'on perd de vue l'un ou l'autre d'entre eux, et que, par suite, on le relègue au second plan, le Gouvernement commence par tomber dans l'incertitude et finit par se trouver aux prises avec des diffficultés qui donnent à ses ennemis la force qui devrait appartenir, non pas à eux, mais à l'autorité légale.
Si cette réflexion est juste, si* elle est tellement naturelle qu'elle tombe au rang de lieu commun, elle a une valeur toute particulière pour le Boyaume lombard-vénitien, qui sans doute est uni politiquement à l'Empire, mais que les idées nationales, la position géographique et la différence de bien des institutions intérieures peuvent facilement faire consi* dérer comme étranger à l'Autriche. L'administration intérieure a beau être bien dirigée, la puissance militaire être à la hauteur des besoins, il n'en est pas moins vrai que le Gouverne-ment lombard-vénitien reste paralysé s'il lui manque l'élément politique et diplomatique. J'ai constaté bien souvent ce fait, Monseigneur, depuis la paix générale, et j'ai demandé qu'on
remédiât à cet inconvénient. Que Votre Altesse Impériale daigne me croire, et qu'Elle cherche la raison de ma conviction dans le coup d'œil impartial que je jette sur les choses de ce monde ; notre position en Italie serait tout autre qu^elle ne Test si cette lacune n'avait pas existé. Le service des avantpostes diffère de celui du quartier général; quand on ne tient pas compte de certaines conditions essentielles, il se prodoit des embarras dont il est difficile de retrouver la source ; on en souffre, et Ton ne sait pas sur quel terrain ils se sont développés.
Lorsque les choses ont commencé à prendre la tournure que nous avons le regret de constater aujourd'hui, Tidëe a dû me venir qu'il fallait offrir à Votre Altesse Impériale, qui forme le point central de l'administration du Royaume lombard-vénitien dans le pays même, un secours qui lui donnât une force qui ne peut être trouvée que dans l'appréciation exacte de la situation. De simples rapports de police et des observations recueillies par la voie administrative ne permettent de résoudre le problème qu'en partie. L'Italie n'est que le terrain sur lequel agissent des forces étrangères; elle est le champ sur lequel la bataille se livre, et les adversaires en présence sont les fauteurs de la révolution et la puissance autrichienne. C'est une chose naturelle que nos adversaires dirigent leur principale attaque contre nous ; mais quels sont nos ennemis? Ce n'est que sur le terrain diplomatique que se trouve la lumière à cet égard; sur celui de la police règne une demiobscurité, attendu qu'on n'y reconnaît que ceux qui sont aux premiers rangs, tandis qu'on ne peut voir ceux qui se tiennent dans le lointain. Il fellait donc offrir à Votre Altesse le concours de la diplomatie, et c'est pour cela que le comte de Fioquelmont a été mis à votre disposition. Je n'aurais pas pu Satire un meilleur choix !