Bonaparte n’est pas encore de retour : le Directoire le
retient encore à Paris; mais on l'attend d'un moment à l’autre, sans savoir au juste celui de son arrivée. Son absence, qui a l'air de vous inquiéter ainsi que tout Vienne, ne fait rien du tout aux affaires ; il u’aurait rien à faire si méme il était ici, car un congrès de l’Empire est bien différent d’uné négociation entre deux puissances ; ici il s’agit de tant d'intéréts divers, de tant de têtes à mettre sous un bonnet, que, malgré la meilleure envie, on ne peut aller plus vite qu'on ne le fait. 1l n’y a point de pays où l’on connaisse moins l'Empire qu’à Vienne, et où l'on s'en fasse une idée plus fausse. Je vous vois déjà d'avance me répondre vingt fois : « Ah! s’il en est ainsi», quand à mon retour à Vienne je vous ferai entrevoir des choses tout différemment que votre société ne vous les aura fait juger jusqu'à cette époque, et je bénirais le ciel si j'étais à cet instant bienheureux.
Le secrétaire de légation et l’aide de camp de Bonaparte m'ont interrompu. Ce sont de bien bons garçons, et que je vois souvent ; ce sont jusqu'à présent les seuls avec lesquels on puisse se trouver. Bon Dieu! que le temps et les événements sont singuliers! Il y a sept mois que tout le monde fuyait devant ces hommes, et les voilà établis sous un même toit et souvent dans une même chambre avec nous! 21 décembre.
417. Je n'ai absolument rien de nouveau à vous mander ; vous n'avez point d'idée combien le séjour de Rastadt est stérile pour les nouvellistes ; les grandes affaires ne vous intéressent pas dans leurs détails, il n’y a rien d'autre à conter. On fait tous les jours la même chose. Je dine ou chez mon père ou chez M. de Cobenzl; ils sont les deux seuls qui tiennent maison; je passe toute ma matinée à écrire, j'en fais autant l’après-dinée, et je vais communément au spectacle, qui est bon. On ne donne que de très-bonnes pièces, qui n'ont pas le moindre trait à la Révolution. Je soupe trois ou quatre fois par semaine chez M. de Sickingen; je vais passer ma soirée chez madame de Reinach, ou je rentre chez moi à la sortie du spectacle, et j'écris de nouveau et souvént jusqu'à deux ou trois heures du matin. Vous voyez que voilà un train