‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 45 sur 45 · Vous n'avez pas d'idée de la quantité de pauvres · texte numérisé non relu

Vous n'avez pas d'idée de la quantité de pauvres

paysans et d'habitants de l'Alsace qui passent journellement le Rhin pour assister à l'office divin pendant la semaine sainte. La journée étant superbe. je me suis promené vers midi au bord du Rhin; j'ai vu arriver toute une troupe d'hommes et de femmes qui se rembarquaient tristement dans une petite nacelle. Je les accostai et leur demandai d'où ils étaient et où ils comptaient retourner : « Hé, mon bon monsieur, me dit un pauvre vieillard, vous êtes bien heureux de pouvoir rester sur la rive droite; on y est tranquille, et nous rentrons dans notre malheureux pays où tout va sens dessus dessous!» Je lui demandai ce qu'il avait fait de ce côté. « Nous passons le Rhin aux grands jours de fête, me dit-il, il faut bien prier le bon Dieu. Chez nous, il n'y a plus rien, l'église est fermée, et notre maftre d'école nous dit tous les soirs le chapelet, auquel tout le village assiste : voilà tout notre service divin. On n'ose pas sonner; mais, à midi, pour que nous sachions l'heure de l’Angelus, il frappe quelques grands coups à la cloche comme si l'heure sonnait. » Je lui demandai si le maire ne trouvait rien à redire à cette contravention aux lois : « Le maire, reprit-il, est un brave homme ; il est aussi défendu de recevoir des émigrés, mais notre village en fourmille ; il nous dit toujours de les cacher et de le lui laisser ignorer, pour ne pas le compromettre et le rendre malheureux. » Je m'informai de tout ce dont on parle communément au paysan; tous m'assurèrent qu'ils payent le double de ce qu'ils payaient dans les temps les plus durs sous l’ancien régime, et que si la chose ne finissait pas bientôt, ils feraient tous leurs paquets et s'en iraient. Quelle régénération et quelle liberté! Tous rient ou pleurent plutôt quand on leur prononce ce mot ou celui d'égalité, dont ils se moquent le plus; et avec tous ces moyens contre eux, ces gens font des lois au monde, et nous en font sur tout journellement. 5 avril.

36. J'ai diné hier chez Treilhard; nous avions au milieu du plateau une espèce de pyramide faite en croquants avec d'énormes drapeaux tricolores ; je vous jure que j'ai perdu le goût du manger à la vue de ces enseignes exécrables. Le

diner, du reste, était fort bon; il a pris possession de l’appartement de Bonaparte, depuis qu'il est sûr que ce dernier ne revient plus.

Une gazette que j'ai lue aujourd'hui contient une anecdote assez Jolie pour vous être rapportée. Un vaisseau portugais destiné à faire le tour du monde pour étendre les découvertes, principalement dans la mer du Sud, découvrit dans ces parages une ile jusqu à présent inconnue. On y relâcha, et on fut trèsétonné d'y étre reçu par des Français. Trois cents émigrés, la plupart officiers de marine, y avaient formé une colonie ; fuyant les désastres de la Révolution, ils avaient quitté la France dans les premiers moments, emmenant leurs femmes et leurs enfants, tous les outils nécessaires, etc. ; ils abordérent dans cette île, choisirent une contrée où la nature abonde en tout et où il ne leur manquait que des bêtes à cornes. Les Portugais en firent cadeau de quelques pièces à la colonie, qui y mène une vie patriarcale et qui ne regrette plus rien de tout ce qu elle a quitté. Eh bien, voilà encore une ressource dans les troubles civils! Si jamais nous étions dans le cas de fuir, nous en ferions autant, et on ne serait pas malheureux dans une contrée délicieuse, sous un ciel heureux, avec tous ses amis et parents. Je trouve que toute cette histoire ressemble à un joli réve ; elle n'en est pas moins vraie : elle se trouve dans la relation officielle de ce voyage, que je compte faire venir de Paris. 7 avril.

37. Je saisis cette occasion sûre pour vous faire une fois un tableau succinct de nos affaires d'ici. Vous savez que la rive gauche du Rhin est cédée par la députation de l'Empire ; vous n'ignorez pas sans doute que la base de la sécularisation pour indemniser les États perdants est également adoptée ; mon père n'a pas encore acquiescé au nom de l'Empereur à ces deux bases, mais cela ne pourra pas s’empécher, et le premier Courrier sans doute nous apportera la nouvelle de la ratification impériale. Nous voici donc sûrs de perdre sur la rive gauche tout ce que nous avons, les Français s'étant déclarés trop ouvertement sur leur intention certaine de regarder tous

les biens domaniaux comme biens nationaux, et sûrs d'étre indemnisés sur la rive droite de ce que nous perdons sur la gauche. Il s'agit actuellement de savoir quelle est la portion que le ciel nous destine. J'ai jeté mon coup d'œil sur une possession qui réunirait tous les avantages, et je n'ai aucune raison pour croire qu'elle ne puisse pas nous tomber en partage. Mais tant il y a, que nous pouvons étre parfaitement tranquilles sur notre sort futur.

Voici donc les deux points principaux arrêtés et les plus difficiles sans doute à digérer. Ne vous embarrassez pas de la durée du congrès et de la maudite besogne; elle peut étre finie trèsvite ou trainer plus longtemps, selon la marche que l'on prendra. 11 avril.

38. Me voici à Francfort, et bien enchanté de m'y trouver au bout de cinq ans que je n'y avais plus été. Je ne vous peindrai pas les sentiments divers qui se succèdent à tous les instants, et dans ma tête, et dans mon cœur; mon existence, ina patrie, mon état, enfin tout s’est changé dans ce terme, qui n'est pourtant pas bien long, et il n'y a plus que les objets qui m’entourent qui se trouvent à peu près les mêmes. Un penchant irrésistible, le plus puissant et le plus doux, m'entraine vers vous et mes enfants, dont rien n existait il y a cinq ans: vous, du moins, n'existiez pas pour moi, et ces pauvres petits ne pouvaient pas se vanter d’être grand'chose. Lors de mon dernier séjour à Francfort, je regardais Vienne comme vous regarderiez Naples ou Pétersbourg ; je devais y faire un séjour de trois semaines, et m'y voilà pour la vie. Tout ceci est très-bien, et je ne céderais pas ces avantages pour le trésor de l'univers ; mais il y a d'autres changements qui me peinent au delà de toute expression. À mesure que j’approche de ma patrie, j'en regrette plus vivement la perte ; je suis entouré ici de personnes que je connaissais heureuses et au comble de la prospérité : la plupart n'ont plus rien, et une misérable cocarde remplace tous les avantages du passé. Les habitants de la rive gauche sont tenus à la porter, même en voyageant, de sorte que tout ce qui est ici en fait de mar-

chands de Mayence, de Cologne, etc., ressemble à autant de Français qui en peuplent les rues. L'armée française même a ses avant-postes à une petite lieue de la ville; les soldats s'y proménent tant que bon leur semble, et vous vous doutez bien qu'ils profitent de cette faveur.

La foire est superbe pour les acheteurs ; beaucoup de marchandises, beaucoup d'étalage et peu d'affaires. Tous les négociants se plaignent des pertes qu'ils essuient journellement et n’en sont que plus traitables... Le spectacle est bon ; j'ai vu hier un opéra qui vaut mieux que nos opéras allemands de Vienne, ce qui n’est pas beaucoup dire. J'ai dîné hier chez Bethmann; je dtnerai aujourd'hui chez le comte de Schlick, et j'irai voir l’Électeur de Cologne après diner. Il est devenu monstrueux ; il est plus épais que Schreibers*, ce qui est beaucoup dire. Francfort, 19 avril.

59. Je viens d'apprendre les nouvelles du 13 et du 14 de Vienne ** : j'ignore tous les détails ; il est arrivé vingt lettres qui toutes se contredisent sur les principaux faits. C'est avec une impatience démesurée que j'attends des éclaircissements, et surtout de votre part, ma bonne amie; je ne serai pas tranquille jusqu'à ce que je sache ce que vous faites, si vous n'avez pas été bien effrayée, la scène de l'événement s'étant passée si près de vous. Et moi qui n'étais pas avec vous! J'espère que Pepi*** vous aura été de quelque utilité; il a assez de sang-froid et d’attachement pour vous, pour avoir tenu la petite famille en ordre. Je vous vois d'ici courant chez les petits au premier bruit; c'est la première idée qui me soit venue. Je bénis le ciel de ne pas avoir loué la maison à l’ambassadeur ;

* Le docteur Schreibers était le médecin de la comtesse de Metternich. (Note de l'Éditeur.)

** Allusion à l'acte provocateur de l’envoyé français Bernadotte à Vienne, qui, le 13 avril, fit arborer le drapeau tricolore sur son hôtel de la rue Wallner, à quelques maisons de la demeure de la comtesse de Metternich, ce qui poussa la population à faire des démonstrations très-bruyantes dans le sens contraire, (Note de l'Editeur.)

*## Comte Joseph de Metternich, l'unique frère de l’auteur.

(Note de l'Éditeur.)

il n'y a rien de stable avec ces gens-là. Je suspends tout jugement sur l'affaire même, jusqu à ce que j'en sois plus instruit ; mais elle ne peut étre que fâcheuse de manière ou d'autre. Si les Français sont les fauteurs et les instigateurs, je ne prévois que la guerre ; sinon, la chose pourra s'arranger. Quel siècle et quel avenir!

Je resterai ici encore deux ou trois jours, et je retournerai à Rastadt, à moins que je ne reçoive des lettres qui m'y fassent retourner plus tôt. L'événement, dans tous les cas, hâtera les négociations : ou elles se rompront, ou elles reprendront une vigueur nouvelle pour en finir une bonne fois. Francfort, 22 avril. à

40. J'ai vu quelqu'un qui est arrivé hier de Rastadt ; la nouvelle des scènes de l'ambassadeur y a fait une sensation terrible. Je trouve que la conduite que la Cour a tenue est parfaite, et des enragés seuls pourraient lui en vouloir; la conduite de Bernadotte est horrible, et il est généralement blämé par tous les Français, dont il y a une quantité dans ces environs. On attend avec impatience l'arrivée de nouvelles de Paris, pour savoir quelle sera la résolution du Directoire ; Je ne crois pas qu’elle puisse nous être défavorable. Francfort, 24 avril.

A4. Je suis arrivé de Francfort il y a quelques heures... J'ai trouvé tout ici très-tranquille ; Bernadotte loge au château en face de moi; il n’a pas fait de visite à mon père et à M. de Lehrbach, qui ne l'ont point vu. Je lai rencontré il y a un moment, je lui trouve un air honteux, et il y a de quoi; le Directoire a l'air de ne pas approuver les démarches insolentes qu'il s'est permises : elles ont choqué toute l'armée française, dont j'ai vu beaucoup d'officiers à Francfort. Je regarde cet événement plutôt comme heureux, car il démontrera la faiblesse du gouvernement français et la force du nôtre, qui lui en impose, surtout dans un moment où il n’est pas à son aise à cause de la détestable réussite des élections dans la plus grande partie des départements. Rastadt, 30 avril.

AQ. Je travaille toute la journée : je suis accablé de demandes, de requétes, de plans de la part de mes commettants ; tout le monde songe à s'indemniser, et voici le moment de la plus grande crise; pour surcroît de malheur, j'ai été obligé de permettre à mon secrétaire de légation de s’en aller pour quelque temps; sa femme est si malade quil y aurait eu de la cruauté à l'arrêter, et je suis seul avec des paperasses énormes. Dans peu j'aurai les coudées plus franches : mes demandes seront présentées à la députation ; j'aurai rempli mon devoir, et je ne m'occuperai que du plan de vous rejoindre. Voilà toute mon ambition; c'est à cela que tendent tous mes vœux, que se bornent tous mes désirs, et rien n'empéchera que j'exécute ce que je désire le plus au monde. 4 mai.

43. Nous avons un si détestable spectacle dans ce moment, qu'il n'y a quasi pas moyen d'y aller. Tous les bons acteurs sont ou retournés à Paris, ou ne jouent plus; on en attend de nouveaux qui tardent à arriver, de sorte que la chose est au-dessous de toute critique. La promenade est notre seule ressource, et c'en est une véritable dans la superbe contrée de Rastadt. Je suis étonné de la différence que j'ai trouvée entre la saison de Francfort et de Rastadt : tout est ici plus avancé d'un mois. 5 mat.

44. Il me paraît impossible que les affaires ne se décident pas plus vite qu'on ne le pense. L'arrivée de M. de Cobenzi est attendue d’un moment à l’autre, et le retour de Bonaparte est sûr.L a question du comment elles finiront est plus difficile à résoudre. 8 mai.

45. Vous me faites des reproches qui m'ont fait rire et fâäché en même temps : vous voulez que je vous instruise de cent mille choses dont aucune n’est connue à Rastadt, et qui toutes sortent de la tête creuse de quelque politique du Graben. On vous dit que Bonaparte est à Rastadt depuis longtemps; il n'y a pas un mot de vrai : nous l’attendons dans une huitaine de jours au plus tôt; le courrier français qui lui

annonce l’arrivée de M. de Cobenzi n’a passé ici qu'avanthier. On vous dit que Treilhard est nommé ambassadeur à Vienne ; point du tout, nous ignorons parfaitement qui pourra y aller; et il y a la plus grande probabilité que Treilhard sera nommé directeur. Les élections se font entre le 20 et le 30 floréal, nous sommes aujourd'hui au 24; ainsi, dans quelques jours nous saurons ce qui en est. Il n'y a que deux compétiteurs, l'ancien évêque d'Autun (Talleyrand) et Treilhard; tout le monde suppose que ce dernier l'emportera. On vous dit qu'il arrive une quantité de courriers de Rastadt et de Paris ; il n'y en a pas un que je ne charge d’un petit mot pour vous, ma bonne amie; ainsi ne croyez pas ce qu'on vous dit, vous savez comme on ment, et croyez que s'il arrive quelque événement intéressant, je serai toujours le premier à vous en instruire, si toutefois je le puis. 12 mai.

46. Bonaparte est parti de Paris pour Toulon, où on lui a envoyé un courrier pour lui dire que M. de Cobenzl l'attend à Rastadt ; tout ceci a bien l'air d'un jeu, et il ya autant à parier pour que contre l'arrivée de Bonaparte. Dans ce cas, il faudra voir si le Directoire envoie un autre à sa place, sinon M. de Cobenzl ne restera pas ici et s'en retournera à Vienne ; Treilhard part aussi dans très-peu de jours pour Paris; il a été nommé au conseil des Anciens et réunit déjà dans ce moment 263 voix pour le Directoire, qui ne peut donc pas lui manquer ; on ignore qui lui succédera dans la mission de Rastadt : vous voyez donc que voici un moment de crise bien intéressant. 15 mat.

47. Il est décidément sûr que Bonaparte ne viendra pas (soit dit entre nous), et on croit que François de Neufchâteau, le directeur sortant, remplacera lui et Treïlhard. On gagnerait au change, car on dit cet homme très-doux et très-modéré; il faudra voir ce qui en sera, et s'il pourra aider à accélérer la besogne. Je serai bientôt au fait, et dès qu'il aura étalé ses vues et ses moyens, je prendrai mon parti sur es moyens de vous rejoindre. 17 mai.

48. Treilhard a été nommé directeur de la République. Le courrier qui lui a apporté cette nouvelle est arrivé avanthier, pendant le spectacle; la mine rayonnante du nouveau roi et les félicitations des collègues et amis nous ont appris sur-le-champ de quoi il s'agissait ; il a fait ses paquets hier et est parti ce matin, à quatre heures, pour prendre possession de sa nouvelle place. Vous concevez l'effet que l'événement doit avoir fait dans un lieu de congrès; tous les bas valets ettous les flatteurs se sont empressés en foule pour lui faire agréer leurs hommages; il n'a reçn personne dans la matinée. J'ai été le voir dans l'après-dinée, et j'ai pris le plus tendre congé de cet illustre personnage. On ignore encore par qui il sera remplacé. Nous attendons l'abbé Sieyès ” ici, ce soir ou demain ; il se rend à Berlin, où il est nommé ambassadeur. Bernadotte est parti hier pour Strasbourg avec toute sa suite; il ne s'y arrétera pas, n'ayant pas voulu accepter le commandement de la 5° division militaire, qu'on lui avait offert en le retirant de la carrière diplomatique, le gouvernement étant aussi mécontent de lui que lui l'est du gouvernement. Voici tout ce que nous avons de plus nouveau et par quoi je commence ma lettre... 19 mar.

A9: Jean Debry, un enragé jacobin, vient d’être nommé par le Directoire en remplacement de Treilhard; nous aurons de la bonne besogne avec lui. François de Neufchâteau est depuis hier à Seltz, petit village de l’autre côté du Rhin, à une lieue d'ici, où il attend que les conférences avec M. de Cobenzi s'entament. 26 mai.

50. J'ai diné aujourd'hui chez le comte de Cobenzi, à Seltz; il n'y avait d'étrangers que François de Neufchâteau, MM. Geoffroy et Gallois, ses secrétaires, et le commandant de

Seltz. J'ai été très-satisfait de la manière d'étre de ces mes-

# [L'abbé Sieyès, nommé directeur en remplacement de Rewbell, fut envoyé alors à Berlin comme ministre plénipotentiaire.

Ë (Note de l'Éditeur.)

sieurs ; François de Neufchâteau est très-poli, doux et aimable, homme de lettres, et en porte l'empreinte. Quoique en France, je ne me suis pas douté d'y étre : le dimanche était célébré comme ici, personne ne travaillait, et un de ces messieurs m'a assuré avoir entendu chanter la grand'messe ce matin. On rend tous les honneurs possibles à M. de Cobenzl: il a deux grenadiers et deux cavaliers devant la porte de sa maison. Je ne puis vous dire combien tout ceci m'a paru extraordinaire : je n’en croyais pas mes yeux à table, où je ne voyais que Français, civils et militaires, et rien que des soldats français pour nous garder. Francois de Neufchâteau est toujours dans le costume de ministre, qui, à mon avis, est très-laid. Un habit noir avec un énorme collet rond (un col de polonaise) en gros de Tours nacarat, veste de méme étoffe et couleur brodée en noir, culotte de même, et des petites bottines; un grand sabre et un chapeau à la Henri IV avec des plumes énormes.

Je partirai demain matin pour Strasbourg, et je reviendrai mercredi; je me réjouis de revoir une quantité d'anciennes connaissances, qui toutes m'ont fait inviter depuis longtemps. 3 Juin.

51. Jean Debry est ici depuis quelques jours avec femme et enfants, armes et bagages; nous attendons encore un troisième envoyé français; cela ne finit pas. 17 juin.

82. Si vous partez le 25, comme vous me l’annoncez. cette lettre ne vous trouvera plus, et je l’écris à tout hasard. Vous me paraissez inquiète et tourmentée par l'incertitude entre les inconvénients ct le désir de prendre la petite Marie avec vous; je suis bien peiné de cet état, car j'en connais tout le désagrément. Le voyage est grand, mais bien des personnes font voyager leurs enfants ; tout le monde fait faire aux siens le voyage de Vienne à une campagne au fond de la Bohémt, et je suis d'avis que cinquante ou soixante lieues de plus ne font pas grand'chose. Je ne puis donc que vous recommander tous à la bonté paternelle du meilleur des pères, de ce

bon Dieu qui vous protégera sans doute, ainsi que mes bons enfants le méritent. Il veillera sur vous en route et vous mènera à bon port dans mes bras. Tout est prêt ici pour votre réception, et je fais tout ce qui dépend de moi pour rendre votre séjour plus supportable; Rastadt acquerra des charmes pour moi dés le moment de votre arrivée. J'irai à votre rencontre jusqu'à Ulm; tout calcul fait, c'est l'endroit qui me convient le mieux. Vous irez très-commodément dans un jour de Munich à Augsbourg; la journée même est petite, mais il faut y coucher à cause du gîte. 11 vous faut un autre jour pour arriver à Ulm, je vous attendrai; nous irons le lendemain jusqu’à Cannstadt, et le surlendemain très-commodément jusqu’à Rastadt. 18 juin. .

53. Salut à ma bonne pctite femme sur terre d'Empire. Vous voilà donc à Munich, à vingt-huit postes plus près de moi. Je partirai d'ici dimanche 1° juillet au soir pour Ulm, où je vous attendrai. Rien ne pourra faire retarder mon départ qu'une lettre qui m'apprendrait que vous avez différé le vôtre de Vienne”. 26 juin.

* Cette lettre termine la série des lettres de Rastadt que nous avons entre les mains. Le comte de Metternich est resté dans cette ville avec sa femme et son enfant jusqu’au milieu du mois de mars 1799. Il a quitté le lieu du congrès même avant la rupture des négociations. Quant aux trois envoyés français délégués au congrès de Rastadt (Bonnier, Debry et Roberjoz). qui devaient finir d'une manière si tragique le 28 avril 1799, au moment de leur départ, il n’en est pas fait mention dans les écrits laissés par Metternich; il ne s'y trouve que quelques lignes insignitiantes écrites par Roberjot. Les voici : « Je n'ai pu recevoir M. le comte de Metternich ce matin, parce que la légation française était assemblée chez moi. S'il a quelque chose à me communiquer, je le prie de m'en faire part, ou de m'indiquer l'heure à laquelle il sera visible. Je le prie d'agréer l'assurance de ma considération. Rastadt, 40 nivôse an VII (30 décembre 41798). ROBERJOT. » (Note de l'Éditeur.)

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