‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 1 sur 91 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quand nous avons commencé la publication du Journal de la princesse Mélanie, nous ne nous sommes pas dissimulé les difficultés de tout genre que rencontrerait l'exécution de cette entreprise. Des notes ayant un caractère intime, émanant d'une femme dans une grande situation comme celle qu'occupait la compagne du chancelier d'État, ne peuvent pas être livrées sans hésitation au grand jour de la publicité pour servir de documents; les scrupules de l'Éditeur augmentent en raison de la triple obligation qui s'impose à lui, de respecter les lois d'une discrétion toute naturelle, de sauvegarder les droits de la vérité historique, et de répondre à la légitime attente d'un cercle étendu de lecteurs. En nous efforçant d'enrichir ces Mémoires d'éléments de cette nature, de les compléter par des extraits du Journal de la princesse Mélanie lorsque d'autres sources étaient insuffisantes, de leur donner plus de vie et de fraîcheur au moyen de descriptions et de récits sortis d'une plume étrangère, nous avons dû nous attendre à voir se produire des différences d'opinion sur l'emploi excessif selon les uns, trop restreint selon les autres, des matériaux ainsi mis en

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oeuvre ; ces divergences nous paraissent d'autant plus naturelles qu'en introduisant ce nouvel élément dans l'ouvrage, nous nous sommes écarté jusqu'à un certain point de notre idée primitive, qui était de laisser la parole au chancelier d'État exclusivement.

Hâtons-nous toutefois de faire observer, avec une certaine satisfaction personnelle, que ce n'est pas la voix de la critique qui nous engage à revenir sur un point déjà discuté, aujourd'hui où nous poursuivons dans ce volume et les suivants la publication des notes biographiques extraites du Journal de la princesse Mélanie.

Nous n'avons que peu de mots à dire.

Bien que la princesse Mélanie n'ait écrit son Journal que dans le but de fixer ses propres souvenirs et sans prévoir que ces notes jetées rapidement sur le papier seraient un jour livrées à la publicité, il est certain que c'est répondre à l'esprit qui anime ces pages depuis la première jusqu'à la dernière ligne, que d'arracher à l'oubli tout ce que cette femme fidèle, à la fois pleine de cœur et d'esprit, pense et dit de la vie féconde de son mari; ce serait méconnaître ses intentions que de ne pas conserver tout ce qui peut éclairer le jugement de la postérité et mettre en lumière la grande figure du chancelier d'État, que nous désirons voir occuper dans l'histoire la place que lui assignent la justice et la vérité.

Nous avons dû nous imposer des limites rigoureuses dans le choix des matériaux, et nous avons souffert

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de cette contrainte volontaire. Combien l'Éditeur, animé des sentiments d'un fils à l'égard de la princesse Mélanie, aurait été heureux de rendre un juste hommage de reconnaissance, de respect et d'affection à celle qui fut sa seconde mère, en initiant le lecteur à tous les secrets de cette belle âme! A ce point de vue, il n'y aurait eu rien à supprimer, rien à passer sous silence, pas une ombre à éloigner de l'image lumineuse que la princesse nous a donnée d'elle-même à son insu. Ce n'est que dans son intégrité que le Journal aurait fait voir toute la noblesse de ses sentiments, toute la pureté de son caractère, toute la sûreté de son jugement, et que ses qualités se seraient montrées sous un jour bien plus brillant que celui que présentent ces courts extraits.

Mais si l'on considère le but de cet ouvrage, qui doit être avant tout un répertoire de documents, ces notes, malgré leur forme restreinte, ont une valeur historique. Pareilles à ces pierres microscopiques dont la main de l'artiste compose une mosaïque savante, ces notes jetées au hasard, insignifiantes en apparence, mises à leur place et coordonnées par le connaisseur, contribuent singulièrement à compléter le portrait du chancelier d'État.

Plus tard seulement, le Journal prend une importance plus considérable et offre un intérêt vraiment général : c'est quand arrive l'époque où la vie du prince est agitée par les plus graves événements, par des événements qui amènent la retraite du chancelier

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