LES TROIS SOUVERAINS ALLIÉS A TEPLITZ
Notre Empereur, Tlmpératrice, toutes les puissances de la terre se sont munies de tartines. J'en ai eu le bras rompu, et comme en France tout finit par des chansons, il paraît qu'il était écrit dans le livre du destin que cette journée finirait par des tartines au beurre.
Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a qu'une voix sur la cérémonie. Tout le monde m'en fait compliment. J'aurais été bien heureux si vous et les enfants y aviez été ; vous en auriez gardé un souvenir durable et touchant.
Nobile s'est couvert de gloire, et il a été beau de mouvement et de satisfaction intérieure.
30 septembre.
1252. Nous voici au dernier jour du premier mois que j'ai passé loin de vous, mon amie, car voilà bien trente jours complets que nous sommes séparés. Encore quinze jours, et nous serons réunis.
Le départ d'ici est fixé pour dimanche 4 octobre. Notre Cour ira ce jour-là droit à Prague, et l'Empereur de Russie passera ce jour à Theresienstadt à inspecter la forteresse.
On a donné hier soir Norma, avec une bien véritable perfection ; tout le monde est enchanté de l'Opéra. Ce soir, on donnera Zampa. Samedi prochain, il y aura, à la place du spectacle, un concert où Thalberg jouera. Je suis charmé de trouver cette occasion qui lui permette de se faire entendre. ,
Demain, l'Empereur de Russie passera la journée à Dux, où aiTivera la princesse d'Orange, et le reste des Cours se rendra à Tetschen. Je suis un meuble trop nécessaire pour me dispenser d'en être. Mais je paye cher le temps que cela me prend. C'est la reprise d'un train de vie que j'ai mené durant un si grand nombre d'années, que je n'y découvre rien de nouveau.
Thalberg vient de m'interrompre. Je l'ai nommé maître de chapelle, et il arrange le concert pour samedi.
80 UECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).
1255. Je suis rentré de la course à Tetschen, du théâtre, où Von àonnaitV Eulenspiegel, et de la réunion. J'ai heureusement une estafette à faire partir pour Vienne. Je vous écris donc, ma bonne chère INIélanie. L'estafette porte à Pilât un article que j ai fait sur la cérémonie d'avant-hier * et que je désire voir paraître dans V Observateur le jour même où paraîti'a dans la Gazette de Vienne le récit officiel de cette belle journée.
Tout le monde a pleuré à la cérémonie, les Souverains comme le peuple et les soldats. Mes coups de canon ont fait un effet qui m'a vivement saisi moi-même. J'étais en pleines fonctions, et à la place que vous trouverez marquée dans la lithographie que je vous envoie avec la prière récitée par iSI. le prélat d'Osseg, quand les batteries des monuments de Ivulm ont répondu. Le canon parle un langage que tout le monde entend, et ici les paroles ont frappé les esprits et les cœurs. Je vous enverrai demain une fort bonne lithographie faite par Gurk et qui représente le monument ; de plus, un poëme bien fait, qui dit en vers ce que je viens de vous dire en mauvaise prose.
Notre partie d'aujourd'hui a été charmante. Nous avons parcouru des sites admirables par le plus beau temps du monde. Il y a je ne sais combien d'années que je n'avais été à Tetschen, et j'ai trouvé à la contrée une vie et un air de civiHsation qu'elle n'avait pas. L'immense commerce qui a lieu sur l'Elbe a fait de Tetschen une espèce de port de mer. La rivière est pleine de gros bateaux qui tous étaient pavoises. Un grand nombre de fabriques se sont établies prés de ce lieu de débouché; j'en ai visité une, entre autres, où Ion fait de la faïence façon Wedgwood, et dont le débouché principal est l'Angleterre.
L'Empereur Nicolas n'y était pas ; il a j)assé la journée à
* Cet article de Metteniirli a été imprimé dans V Observateur autrichien , n" 278. (Nulc de l'Éditeur.)