LES TROUPES AUTRICHIENNES, ETC
d'après laquelle cette Cour aurait à supporter les frais d'occupation jusqu'à la fin du mois d'octobre de cette année.
Comme le caractèi'e incertain de celte de'claration, joint à ce terme si rapproché, dans le cas où le payement des frais d'occupation cesserait à la fin du mois d'août, nécessite certaines mesures de la part de notre administration publique ; comme d'ailleurs il y aurait peut-être lieu de tenir à cet éjjard une conférence à IschI, je crois devoir exposer ici la question dans toute son étendue, en vous priant de prendre mes explications en considération.
La présence du petit corps de troupes que nous avons dans les Légations est une question complexe.
Au point de vue militaire, il est absolument indifférent que rious ayons des troupes sur tel ou tel point des Légations, ou que les forces dont on pourrait avoir besoin à un moment donné se trouvent dans le voisinage du Pô, sur le territoire autrichien, ou sur la rive droite du fleuve, à Ferrare même.
Au point de vue politique, la retraite de nos troupes d'occupation présente cet avantage que les Français seront obligés d'évacuer Ancône ou bien de se compromettre gravement sous le rapport moral vis-à-vis du Pape et de toute l'Europe, s'ils voulaient rester plus longtemps que nous dans les Etats de l'Église. D'autre part, il y aurait désavantage pour nous s'il nous fallait franchir encore une fois nos frontières pour rétablir l'ordre dans les Légations et entrer sur le territoire de la Cour de Rome.
Dans cette affaire se présentent donc à la fois un avantage et un désavantage, et, selon moi, le premier est bien plus frappant que le second, parce que l'avantage est certain et que le désavantage est seulement conditionnel. Aussitous mes calculs se basent-ils sur l'évacuatio7i, et ils ne sont subordonnés qu'à certaines considérations, que je ne puis m'empêcher d'appuyer 5M?' /'o^;^jo/7?!nz7e. Au nombre des considérations de ce genre, j'indiquerai les suivantes :
1" Nous n'avons aucune raison de créer avi Roi Louis- Philippe des embarras vis-à-vis de son pays; or, cela arriverait fatalement si l'évacuation d'Ancône avait lieu durant la ses-
sion des Chambres. Les Chambres ne sont pas réunies actuellement; donc le moment est bon sous ce rapport.
2" Quelle est la situation en Italie? Y a-t-il des troubles à Tordre du jour? Telle est la véritable question, et elle s'éclaircira sous peu, particulièrement en ce qui concerne la Sicile, le pays aujourd'hui afjlté. Jusqu'ici, j'ai considéré les scènes qui se passent dans cette ile comme le résultat d'une effervescence causée par le choléra, que le parti radical exploite, ainsi que toute autre cause d'agitation, au profit de ses visées politiques; si le Gouvernement ne faiblit pas, l'orage passera sans faire de mal ; dans le cas contraire , la situation changerait.
En conséquence, voici quelle est ma manière de voir : Je crois que nous pourrons retirer très-prochainement nos troupes des États de l'Église ; toutefois, à l'heure où j'écris, je ne puis affirmer positivement l'opportunité de cette mesure. Or, comme l'incertitude est ordinairement un des plus grands maux, je souffre en ce moment d'une double incertitude : y a-t-il un motif rationnel pour que l'évacuation ait lieu le 1" septembre ou non ? Le Saint-Père persister a-t-il à cesser le payement des frais d'occupation ce jour-là, ou bien adhérera-t-il à ce qui a été dit entre son sous-secrétaire d'État et moi au sujet du terme plus reculé adopté par lui — le dernier jour du mois d'octobre de cette année? Sous peu de jours, nous serons fixés à cet égard.
Toutefois, comme le 1" septembre est proche et que, pour des raisons morales et matérielles, il importe de pourvoir aux besoins de nos troupes pour le cas où l'hypothèse la plus défavorable se réaliserait, je m'adresse aujourd'hui même à Ischl pour faire prendre les mesures nécessaires.
Toute la difficulté tient, du reste, à la marche irrégulière et confuse de l'administration pontificale et à 1 influence que les intrigues personnelles exercent dans les États de l'Église comme dans tous les États méridionaux. La question dont il s'agit se résume en une lutte entre Monsignor Cappaccini et ses adversaires; or, en pareille circonstance, nul ne peut prédire comment tournera l'événement.