‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 51 sur 91 · FORCES UE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

FORCES UE LA PRUSSE

L'accession de la Cour de Prusse aux négociations (jui ont lieu est une preuve de plus qu'à tout bien considérer, l'esprit de ces négociations n'a pas été celui de la guerre, car elle n'a aucun moyen de la faire en Orient. C'est donc par suite d'un désir sincère de paix pour l'Europe que la Prusse prend part à des affaires placées si loin de sa sphère d'action, et pour lesquelles ses forces matérielles n'ont d'autre poids que celui d'une valeur morale.

Il n'y a donc pour une guerre contre Méhémet-AIi que les forces suivantes à employer :

La flotte anglaise sans troupes de débarquement, ou pour le moins sans une armée nationale suffisante pour la conduite de grandes opérations de guerre sur le continent africain ou asiatique. La flotte devra se composer de deux divisions : l'une, égale à la flotte française, pour l'observer; l'autre, calculée sur la mesure des opérations maritimes que voudra entreprendre l'Angleterre contre les côtes de l'Egypte et de la Syrie.

La flotte russe de la mer Rouge et une armée russe plus ou moins forte, selon l'opération qu'elle aurait à faire, et qui

devrait être embarquée sur la flotte. La flotte russe sortirat-ellede la mer Noire, et l'armée prendra-t-elle une autre ])ase d'opération que cette mer? Ce sont des questions à résoudre.

L'escadre autrichienne enfin, qui agira de concert avec la flotte anglaise.

Examinons les opérations qu'il faudrait exécuter pour soumettre Méhémet-Ali , telles que ?ious admettons que l'Angleterre les propose'^.

La coopération de la France rendrait toutes les opérations faciles, et le fait seul de cette coopération suffirait pour amener la soumission du Pacha.

Le défaut de cette coopération rend, au contraire, toutes les opérations difficiles.

L'Angleterre et la France savent toutes deux comment il faut attaquer et défendre l'Egypte; nous n'avons rien à leur apprendre sur un théâtre qui nous est étranger, et où toutes deux ont fait la guerre. L'Angleterre sait comment il est possible d'attaquer Alexandrie; elle sait le nombre de vaisseaux et la force armée qu'il faudrait employer pour prendre cette place; en supposant l'existence des forces nécessaires pour l'attaquer, et en suj)posant qu'elle soit prise, le sort de la guerre serait-il décidé? Méhémet-Ali n'aurait-il pas la faculté de se retirer au Caire? Ne posséderait-il pas tous les pays qui font sa force? Pourrait-on aller l'y attaquer? Oui, sans doute, avec une armée nombreuse.

Mais laissons là l'examen d'une éventualité pour laquelle manquent les premiers éléments, et demandons-nous quel résultat aurait la prise d'Alexandrie, si les opérations de la guerre devaient se borner à ce fait d'armes.

Si la prise et l'occupation de cette place ne suffisaient pas pour amener la soumission immédiate du Pacha, croirait-on

* D'après les moyens coercitifs projMjscs par lord Palmerston, les puissances i/iaritinies devaient envoyer le plus tôt. possible leurs escadres dans le golfe d'Alexandrelte, menacer Ibraliini-Paclia sur ses flancs, gêner ses communications avec la Syrie et favoriser l'insurrection des habitants de ce pays; elles devaient aussi replacer l'île de Candie sous la domination du Sultan et enfin bloijuer les eûtes de la Syrie et deM'E.;;vpte, ce qui porterait un coup sensible aux finances du Vicc-l'oi. (lYo^e de l'Editeur.)

LE CONFLIT TURCO-ÉGY PTIEN (1840). 46 5

alors avoir plus de moyens de l'obtenir par voie de né{]fOciation, et lui offrirait-on peut-être de lui rendre Alexandrie à condition qu'il évacuerait la Syrie? Mais un pareil traité lui donnerait une plus grande force morale que ne lui aurait donné son triomphe; supporter une rébellion couronnée par le succès, est une loi de nécessité qui ne la consacre pas ; mais réintégrer le rebelle dans la possession du principal lieu de sa puissance après le lui avoir enlevé, ce serait consacrer soi-même l'acte de sa rébellion; ce serait une sorte de confirmation qui lui donnerait la puissance d'un droit reconnu de la manière la plus solennelle.

Non, il serait impossible de lui rendre Alexandrie après l'avoir pris; il faudrait donc achever la destruction du Pacha; et, dépourvu comme on le serait des moyens de le faire, il faudrait prolonger l'occupation défensive d'Alexandrie. Outre la destruction du commerce qu'y entretient l'Europe, n'v aurait-il pas dans cette occupation une cause de guerre entre la France et l'Angleterre, et quelles seraient pour l'Europe tout entière les conséquences de cette guerre? Ce n'est pas dans la forme d'un aperçu rapide que nous nous permettrons de les évaluer. Si l'entreprise contre Alexandrie devait échouer, et c'est là une éventualité qui mérite l'attention, parce que les moyens de défense de cette place ont été beaucoup augmentés et que la direction d'ingénieurs européens ne lui manquerait pas, la compromission pour les puissances deviendrait bien plus grande encore.

Il y a donc un principe de guerre inévitable dans l'action des quatre puissances à l'exclusion de la France, puisque le succès même de leurs opérations deviendrait la cause la plus certaine de cette guerre. Or, la guerre est en premier lieu ce que les puissances ont mis jusqu'à présent tous leurs soins à éviter.

OPÉnATlOK CONTRE CAKDIi:.

Lord Palmerston a insinué plusieurs fois l'idée d'une opération contre Candie, pour laquelle un corps de quatre mille

liomiiiesde frou[)es autricliiennes pourrait suffire. L'Angleterre se chargerait de leur transport, et la Porte aurait à rembourser à rAutricbe les frais de Texpédition.

Mais la prise de Candie ne pourrait en rien contribuer à amener la soumission de Mébémet-Ali ; la perte de cette île, même en supposant qu'il y perdît aussi le corps e'gyplien qui s y trouve, ne diminuerait pas ses moyens de résistance. Tout ce qui regarde Candie n'atteint pas, en un mot, l'importance d'une mesure coercilive. L'attaque de Candie pour la replacer sous la domination turque, et sans en avoir d'avance stipulé les conditions, pourrait, d'ailleurs, exciter la nombreuse population grecque à résister.

Quatre mille hommes ne pourraient plus alors suffire à l'entreprise, qui d'ailleurs changerait de nature, car il ne s'agit pour les puissances que de faire cesser une guerre civile entre des musulmans, et l'Autriche ne voudrait pas se charger d'une opération qui pourrait exciter parmi des populations grecques une nouvelle révolte.

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