CHANGEMENT DE REGNE EN PRUSSE
1392. Metternich à Trauttmansdorff, à Berlin (D.). Vienne, le 11 juin 1840. — 1393. Metternicli au V-.oï Frédéric-Guillauine IV de Prusse (Lettre). Vienne, le 11 juin 1840. — 1394. Metternich à Trauttmansdorif, à Berlin (D.). Vienne, le 18 juin 1840. — 1395. Le Hoi Frédéric-Guillaume à Metiiernich (Lettre). Sans-Souci, le 21 juin 1840. — 1.396. Metternicli à Trauttmansdorif, à Berlin (D.). Vienne, le 27 juin 1840.
1592. La nouvelle de la mort du Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, que Votre Excellence a envoyée par une estafette et qui est arrivée ici hier soir, a profondément affligé Sa Majesté l'Empereur, notre très-gracieux maître, ainsi que toute la famille impériale.
Ce sentiment, qu'éprouvent aujourd'hui tous les habitants de notre capitale, sera partagé par toute la population de l'Empire, car on se souvient dans toute l'Autriche des vertus
CHANGEMENT DE RÈGNE EN PRUSSE (l840). 4G5
du Roi défunt, de son attachement au droit et au bien de l'humanité, de sa constante amitié pour TEmpereur que nous avons perdu et pour notre Souverain actuel, des efforts incessants et énergiques qu'il a faits de concert avec FAutriclie pour sauver l'Europe dans les funestes années 1813, 1814 et 1815.
A peine a-t-Elle été informée de cette triste nouvelle que Sa Majesté a immédiatement décidé d'envoyer au nouveau Roi un membre de Ja famille impériale, afin de lui donner ainsi une preuve éclatante de la partqu'Elle prend au malheur qui vient de frapper Sa Majesté Royale, et de lui offrir de la manière la plus directe les vœux sincères qu'Elle forme pour le bonheur et pour la longue durée du règne du nouveau Souverain.
Le choix de Sa Majesté est tombé sur Son Altesse Impériale l'Archiduc Albert, fils de l'Archiduc Charles, prince qui a déjà le bonheur d'être connu du Roi Frédéric-Guillaume IV et de toute sa famille, et qui sera auprès de toute la Cour de Prusse le fidèle interprète des sentiments qui régnent à la Cour impériale.
Votre Excellence voudra bien s'empresser d'annoncer à la Cour Royale l'arrivée de l'Archiduc, qui quittera Vienne demain à midi, et qui, par conséquent, suivra de près le présent courrier, et de prendre, relativement à la réception et à l'installation de Son Altesse Impériale, toutes les mesures indiquées par les circonstances et par votre expérience du service et de la Cour.
Metternicli au Roi Frédéiic-Guillaumo IV de Prusse (Lettre). Vienne, le 11 juin 1840.
1595. Votre Majesté vient d'être appelée par la Providence à porter le poids de la couronne à laquelle sa naissance lui donne droit. Elle sera à la hauteur de sa tâche; Vous avez déjà su gagner la confiance générale; Vous saurez aussi la justifier. Ce n'est pas Votre Majesté que je félicite de son avènement au trône; c'est Votre Royaume qu'il convient de féliciter.
Si la mission du Souverain est difficile à toute époque, quelle qu'elle soit, elle l'est d'autant plus dans des circonstances '!• 30
^66 RECXEIL DE DOCUMENTS (1835-I8.i8).
comme celles que nous traversons. Votre Majesté sait ce que j'entends par le mot régner; aussi j'ai Tintime conviction que les vues et les sentiments de Votre esprit et de Votre cœur sont pleinement d'accord avec les miens.
Votre Majesté sait quel respect et quel dévouement inaltérable j'avais voués au Iloi qui n'est plus; ce Prince n'a jamais douté de moi, de même que j'ai toujours eu en lui une confiance absolue. Depuis plus de trente ans que je dirige les affaires de mon pays, j'ai toujours pris à tâcbe d'unir aussi étroitement que possible .l'Autricbe et la Prusse, qui sont le véritable centre de notre partie du monde. Cette lâcbe, je m'en suis acquitté dans la mesure de mes forces, ma conscience me le dit. A présent, cet héritage va passer à Votre Majesté ; je sais ce que Vous avez toujours pensé de l'importance de cette succession. Que Votre Majesté daigne agréer l'assurance que je puise dans cette connaissance une force dont je sais apprécier toute la valeur.
Que Votre Majesté daigne me permettre de continuer avec Elle des relations qui, sous le vSouverain défunt, me mettaient à même d'exposer librement mes vues. L'Autriche et la Prusse sont appelées à être les puissances conservatrices au point de vue européen comme au point de vue allemand. Il faut qu'elles s'entendent, car ce n'est qu'ainsi que de grands dangers pourront être conjurés. Aussi longtemps que le cœur est sain, il y a des chances de vie; or les deux Etats tiennent en Europe la place du cœur.
Que Votre Majesté daigne, en ce moment pénible et douloureux, accueillir avec bonté ces épanchements et agréer l'hommage du profond respect avec lequel je suis et reste
Le très-luimble et très-obéissant serviteur de Votre ^fajesté,
Prince de Metternich.
Mcttcrnitli à Trauttmanstlorff, à Berlin (D.). Vienne, le 18 juin 1810.
1.194. Le jour du départ de l'Archiduc Albert pour Berlin, M. le comte de Maltzahn a re(;u un courrier de sa Cour, por-