décembre
Notre arbre de Noël était très-joh, et les enfants étaient on ne peut plus heureux. Rothschild leur a envové des choses
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magnifiques; on a presque envie déjouer soi-même avec tous ces objets, tant ils sont charmants.
La Reine d'Angleterre a prié le Roi de Prusse d'accepteid'être })arrain du prince de Galles ; le Roi partira pour Londres afin d'assister à cette cérémonie. L'héritier présomptif de Bavière, qui a longtemps hésité à se marier, épouse une princesse de Prusse, fille du prince Guillaume, oncle du Roi régnant.
J'ai prié du fond du cfieur pour que Dieu bénisse tous ceux que j'aime, et que surtout il protège et conserve Clément pour mon bonheur et pour celui du monde.
EXTRAITS DE LETTKES CONFIDENTIELLES DE METTERNICH A APPO.NYI , A PARIS, ET A SAINTE-ADLAIRE, A VIENNE, DU 4 JANVIER AU 30 KOVEMliRE 1841.
1411. Sur l'expédition de ce jour. — Les foitifications de Paris. — 1412. Gouverner et administrer. — Isolement de la France. — 1413. Espartero. — 1414. Abrotjation du traité du 15 juillet 1840. — Lettre de Metternich à Esterhazy, à Londres. — 1415. Le hatti-schérif pour l'Egypte. — La Grèce- — Les chrétiens en Syrie. — 1416. Réflexions. — Affaire de Toulouse. — 1417. Réflexions sur ce sujet. — 1418. l'ialiault remplace Saintc-Aulaire comme ambassadeur à Vienne.
Metternich à Apponyi. Vienne, le 4 janvier 1841.
1411. Mon expédition est fort complète. Elle sera comprise par M. Guizot et par le Roi. J'ai séparé les questions en trois parties : le n° 1 est diplomatique, le n" 2 est philosophique, et le n" 3 est critique*. Aucun de ces travaux ne m'a coûté
* Nous ne pouvons renseigner le lecteur sur le n" 1 de cette expédition, attendu que nous ne l'avons pas sous les yeux; le n" 2 contient des considérations très-approfondies sur la nécessité d'établir l'entente entre les puissances dans toutes les grandes questions politiques, et le n° 3 critique la conduite tenue par le ministère Thiers en 1840, l'isolement politique de la France qui en a été la suite, et la divergence d'opinion qui existait entre Louis-Philippe et le Cabinet démissionnaire. (ISote de V Éditeur.)
5i4 RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).
de peine à concevoir, car j'y ai suivi la simple voie de la raison, et parler raison n a rien de pénible pour les esprits calmes et raisonnables.
J'ai consigné de fortes vérités dans la dépêche n" 3. Les fautes commises par les Cabinets qui se sont succédé depuis 1839 sont incommensurables, et à cet égard il serait impossible d'absoudre le Roi lui-même. Ces fautes, je les ai signalées dans la dépêche en question, selon l'ordre dans lequel je les range d'après leur importance. La faute d'avoir manqué d'entrer dans l'association à cinq, quand une si belle et facile occasion s'en présentait, mérite assurément le premier rang. C'est la passion de la politique exclusive qui domine toujours les Français, à quelque parti qu'ils tiennent, — juste milieu, légitimistes, républicains, fous et hommes plus raisonnables, — c'est cette passion de protéger quelqu'un ou quelque chose qui a aveuglé jusqu'au Roi lui-même et l'a jeté dans les embarras qui proviennent toujours d'une fausse marche politique. L isolement, et la ruine de l'objet en faveur duquel le Cabinet français s est isolé, ont dû être les conséquences de la faute commise. Aujourd'hui que l'on se trouve dans la rue, on sollicite l'entrée du lieu habitable; à cet égard, je ne saurais dire autre chose que ce que j ai dit dans la dépêche n° 2, qui a la \aleur d'une lettre de clmnge tirée sur M. Guizot, comme la dépêche n" 3 en est une tirée sur le Roi.
Si l'arrangement définitif entre le Sultan et Méhémet-Ali devait plus ou moins traîner en longueur, que l'on ne se monte pas l'esprit à Paris à ce sujet.
Renvoyez toujours le Cabinet à Londres, car c'est là seulement que l'affaire pourra être conduite à sa fin véritable. Constantinople joue ici le rôle secondaire, làen que ce soit là que les dés semblent avoir été jetés.
Je ne me fais pas encore une idée bien claire du sort qui attend les fortifications de Paris. Ce qui en adviendra ne sera probablement pas ce que voulait le Roi. La seule idée véritablement juste était celle qu'avait conçue Napoléon. L'enceinte continue sans des forts détachés pour la couvrir me semble peu utile. A une grande distance, ces forts ne servent pas à la
sûreté intérieure du Gouvernement, et ils sont insuffisants contre l'attaque de l'étranger.
26 mai.
1412. J'ai reçu, après que je venais de signer mes expéditions de ce jour, vos rapports du 13 au 18 de ce mois. Je ne veux point arrêter le courrier et ne vous écris ainsi que quelques mots « dî mio proprio pugno » .
L'entretien avec le Roi, dont vous m'avez rendu compte par votre rapport du 13 *, m'a vivement intéressé, et j'ai une
* Le comte Apponyi avait eu un long entretien avec le Roi Louis-Philippe au sujet de l'heureux règlement du conflit turco-égyptien. Nous empruntons au rapport fait par l'ambassadeur sur cette entrevue quelques-uns des passages les plus intéressants. Le Roi dit entre autres choses : « Le prince de Metternich attribue tout ce qui s'est fait de bien à M. Guizot; c'est à lui, à sa manière de voir et déjuger, que cela semi)lerait être uniquement dû. Je n'ai pas besoin de vous dire que je suis enchanté du suffrage donné par le prince de Metternich à M. Guizot; il est mérité, bien mérité, j'aime à en convenir; mais il ne faut jamais laisser croire à ces messieurs qu'ils peuvent réussir en quoi que ce soit sans le Roi, sans l'élément royal. Je sais bien que M. le prince de Metternich ne veut que ménager M. Guizot; il a raison de le faire, je ne l'en blâme pas; mais le ministre ne doit jamais oublier qu'il n'est rien sans le Roi, et qu'il ne peut jamais s'en passer. C'est simplement un avertissement que je veux vous donner, car les intentions du prince de Metternich à mon égard me sont trop connues, j'en ai eu trop de jireuves, et elles ont trop de droits à ma reconnaissance pour que je puisse jamais me permettre de les mettre en doute. »
Dans le cours de l'entretien, Louis-Philippe vint à parler de Thiers, et dit : « Le prince de Metternich se tourmente beaucoup pour savoir ce que M. Thiers pense et ce qu'il ne pense pas. Dites-lui de ma part que Thiers ne pense rien du tout, et que son idée d'aujourd'hui n'est plus celle du lendemain. Quand je le tenais là (le Roi montra du doigt la table ronde dans la chambre du Conseil, où notre conversation avait lieu), j'exerçais un immense ascendant sur lui, et c'était toujours à moi qu'il s'adressait pour savoir ce qu'il voulait et ce qu'il ne voulait pas. Mon opinion, ma volonté, étaient dès lors presque constamment les siennes, et s'il avait su se maintenir dans les dispositions oîi il se trouvait chaque fois après nos conversations confidentielles ou après le Conseil, il aurait toujours bien fait, et il se se raitqualifié d'excellent ministre. »
Enfin Louis- Philippe reprit aussi son thème favori. Il dit combien il regrettait la conclusion du traité du 1.5 juillet, dé|)lora l'isolement involontaire de la France, et continua avec une grande animation en ces termes : « C'est l'action de la Russie qui a tout gâté. L'Empereur Nicolas, qui me hait personnellement, n'a pu supporter et digérer l'idée de voir mon règne révolutionnaire se prolonger au delà de dix ans, et après avoir médité tous les moyens VI. 35
remarque à faire sur rimpression que semble lui avoir faite l'omission de son nom dans Tapprobation que je vous ai exprimée à l'égard de la marche du Cabinet du 20 octobre. II me sera facile de m'expliquer à cet égard.
Le Roi sait ce que je pense des droits de la Royauté et de ses idées en fait de gouvernement et de politique. II sait dès lors également que j'entends le Roi qui gouverne, sans pouvoir comprendre celui qui est réduit au simple fait de régner. Le Roi qui doit régner sans gouverner est une abstraction dépourvue de toute application pratique ; le Cabinet qui doit gouverner sans régner (car il faut en dernier résultat que le Gouvernement se trouve quelque part) est, par contre, une abstraction avec une chance de détestable pratique. En me plaçant sur cette base de conviction, il est clair que c'est à l'influence royale que je dois être constamment empressé d'attribuer le bien qui se fait.
Dans la circonstance dont il s'agit, je me suis trouvé placé dans une impasse. Gomme il s'agissait de parler au ministre du 29 octobre, j'ai dû le mettre en opposition avec son prédécesseur. Pouvais-je dans ce cas parler du Roi, qui a été celui des deux ministres? En rendant hommage à la marche du Gouvernement sous le ministre en place, et en faisant remonter
de me renverser, «elui de rompre l'alliance de la France avec l'Angleterre lui a paru le plus efficace, le plus fécond en chances favorables à cet événement. Brunnow a été l'instrument de cette perfide entreprise. Il n'y a pas réussi d'abord; se» premières propositions ont été jugées absurdes, et on les a repoussées. L'Empereur a voulu qu'il revînt à la charge, et en prodiguant avec une persévérance et une patience inouïes les plus douces caresses à l'Angleterre, il a chargé son envoyé de nouvelles propositions, tout aussi absurdes que les premitires, mais qui, au prix de l'alliance avec la France, — de cette alliance qui repose uniquement sur la base du maintien de la paix générale! — ont été acceptées par lord Palmerston, dans la seule idée, — croyez-le bien, — de se venger de mon refus d'intervenir en Espagne ! Vous avez tous été intimidés et entraînés par cette action de la Russie ♦ vous vous êtes réunis à elle contre moi, l'Angleterre par un esprit de vengeance de son premier ministre, l'Autriche et la Prusse par peur de la
Russie Un autre que moi rendrait outrage pour outrage, et il le ferait,
veuillez le croire, aux applaudissements de toute la France ! Je suis endurant : Jgnoramus. Vous savez que c'est ma devise pour l'Empereur Nicolas ! »
[Note de l'Éditeur.)
cet hommage au Roi, ne mettais-je pas celui-ci en opposition avec lui-même ? Le précepte du sage : In duhîo absti'ne, m'a dès lors servi de guide ; je me suis imposé silence. Ce peu de paroles vous prouvera, mon cher Comte, que quand j'écris, je sais ce que je dis, et que mon silence lui-même n'est point à confondre avec le vide de la pensée.
J'admets en entier la clef que le Roi donne de la personnalité de M. Thiers. Sa Majesté trouve oiseuse la recherche de ce que veut ou ne veut pas cet amateur de Gouvernement, et elle tranche la question en assurant que M. Thiers ne le sait pas lui-même ! Je suis convaincu de ce fait, et il se reproduit fort souvent chez les hommes du mouvement. Ces hommes veulent ordinairement tout, ce qui est le moyen le plus sûr de n'arriver à rien soi-même.
Le Roi est revenu sur l'isolement de la France. Je ne crois pas que le Cabinet français puisse rien gagner à déclarer cet isolement comme involontaire de sa part. Rien, de la part d'une puissance de premier ordre, ne doit être involontaire dans sa conduite, car cette attitude est le synonyme de la faiblesse. Mon sentiment est que mieux vaut s'avouer forcé à une chose regrettable de sa nature que d'étayer son attitude sur la volonté d'autrui. Or, dans la présente circonstance, la vérité ne vient pas même à l'appui de la thèse. M. Thiers a déclaré en toute occasion que c'est la France qui s'est isolée, et à cet égard il a dit vrai. Il en a été autrement de l'insulte, et j'avoue n'avoir jamais compris le mérite qu'il a pu attacher à être insulté. Une puissance insultée doit se conduire comme un homme du monde, qui doit laver l'insulte et ne pas se retirer de la scène pour attendre qu'on le suive. M. Thiers a fait fausse route, car il a chassé deux lièvres à la fois, ce qui a fait qu'il n'en a pris aucun ; aucune puissance n'a désiré mettre la France à l'écart, et cela par la fort simple et peu sentimentale raison qu'on ne met pas à l'écart une puissance telle que la France. M. Thiers a commis une grande faute, ainsi que tel est toujours le cas lorsque pour agir on quitte la voie active. Il en est différemment quand on veut se vouer au repos, mais ce n'est pas, si je ne me trompe, le repos qu'a
voulu le petit homme! Tout cela étant de l'histoire ancienne, mon cher Comte, il ne faut pas s'y arrêter, mais avancer droit et ferme dans une meilleure direction.
15 juin.
1415 . . . .L'aspect de l'Espagne est hideux, et je doute fort que le ciel ait réservé à Espartero le rôle d'un Messie politique dans ce pauvre pays! Qu'en pense le Roi Louis-Philippe? En général, mon cher comte, où en arrivera l'ouest de l'Europe? Tout ce qui s'y passe n'est qu'une parade jouée par des entrepreneurs, lesquels, comme des directeurs de spectacles forains, ont toujours une jamhe levée pour s'enfuir en emportant la caisse qui renferme la recette, sans égard aucun aux engagements qu'ils ont contractés envers leurs sociétaires et envers le public qui regarde et qui paye !
23 juin.
1414. Les questions politiques sont, d'après nos plus récentes nouvelles de Londres, placées entre lord Palmerston et M. Guizot; si tout suit le cours naturel des choses, les dernières nouvelles de Constantinople devront avoir mis fin à la discussion sur l'époque de la signature de l'acte relatif à la clôture desdétroits.
Il paraît que lord Palmerston était resté le 15 de ce mois (date de mes dernières nouvelles de Londres) sous l'impression que le Gouvernement français voulait que le traité du 15 juillet fut abrogé. Comme ce mot ne repose pas sur une idée, et que jamais je n'ai entendu proférer ce mot, j'ai adressé à M. le prince Esterhazy la courte lettre particulière ci-jointe •'', qui vous apprendra que je regarde comme erronée l'impression du principal secrétaire d'Etat.
* CeUe lettre de Metternich à Esterhazy, datée de \'ienne, le 22 juin, est ainsi conçue : « Vous me dites dans votre rapport du 8 juin : « Le principal « secrétaire d'Etat s'est roidi contre la demande d'assm-ances et de {jaranties « relatives à Vabrogat'ion du traité du 15 juillet exigées trop pérem[)toircment Il par le chargé d'affaires de France. »
« J'ignore si ce chargé d'affaires a adressé au Cabinet anglais une demande pareille; ce que, par contre, je n'hésite pas à déclarer, c'est que si une de-
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La correspondance avec Londres offre aujourd'hui de véritables embarras. Qu'adviendra-t-il de Tadministration actuelle? Je suppose que, malgré la proximité plus grande, on est, à cet égard, aussi peu fixé à Paris qu'à Vienne et sans doute à Londres même. En tout état de cause, ce qui est certain, c'est le nombre immense d'inconvénients qui sont la conséquence inévitable de pareilles crises.
12 juillet.
1415. Si, après que lord Palmerston aura reçu l'annonce officielle de la promulgation en Egypte du batti-scbérif du Sultan *, il devait ne pas vouloir clore définitivement l'affaire, alors celle-ci n'en serait pas moins arrivée à sa fin pour nous et pour l'Europe.
Nous ne savons pas nous mettre à la remorque d'une politique étrangère, et l'événement fournira une nouvelle preuve de cette honorable vérité.
J'appelle aujourd'hui l'attention du Cabinet français sur deux questions importantes, celle de la Grèce et celle des
mande pareille a été faite, elle mérite d'être condamnée comme absurde, et que des lors elle ne saurait reposer que sur une flagrante confusion dans les idées.
« Abroj^cr un traité, c'est ne rien dire, à moins que celui qui avance la proposition n'entende à la fois, soit une restitutio in inlegrum de l'état des choses avant le traité, soit la renonciation aux conséquences du traité. Une prétention pareille est-elle entrée dans la pensée du Cabinet français? Nous n'en trouvons pas de trace.
« Nous voulons qu'une ligne soit tirée entre ce que le traité a stipulé et ce qu'il n'a point dit. Le traité a marqué des limites à l'existence de Méhémet- Ali, et la marche des événements a permis que le Pacha soit renfermé dans ces limites. Voilà le traité et son résultat; quant au traité, nous le regardons comme complété par le dernier hatti du Sultan.
« Ce point de vue n'a certes rien de commun avec l'idée de Vabrogation du traité du 15 juillet ; il en diffère même tellement, que jamais nous n'admettrions la seconde de ces propositions. Notre Cour n'entend pas frapper sur elle-même, et notre marche le piouvera par la suite, comme elle l'a prouvé par le passé. » ÇlSole de l'Editeur.)
* Méhéinet-Ali promulgua le 10 juin le nouveau hatti-schérif du Sultan, qui modifiait notablement celui du 13 février, surtout en ce sens que l'Egypte devait faire retour à la Porte en cas d'extinction de la descendance mâle de Méhémet-Ali. (Note de l'Editeur.)
chrétiens de Syrie. J'admets que dans les deux affaires M. Guizot puisse vouloir ce que nous voulons et ce qu'avec nous veut le sens commun; par contre, ce qui est sûr, c'est que les agents français dans les deux contrées suivent une marche qui produit du mal, en ce qu'elle est empreinte de fausse politique. En Grèce, l'esprit de prépotence anglaise et française est aux prises, et en Syrie la politique française veut baser une prépondérance sur le soutien d'intérêts purement relijoieux! Tout cela est de la fausse, politique et ne saurait porter de bons fruits pour personne. Je crois que M. Guizot veut le bien, mais peut-il l'atteindre?
Kœnigswait, le 28 juillet.
1416. Je vous adresse aujourd'hui une expédition qui porte un caractère que des scrutateurs superficiels pourraient taxer de trop philosophique*. Ma conscience m'absout de ce reproche, et je ne crains pas de ne point être compris par un penseur de la trempe de M. Guizot. Je reconnais de grands risques pour la chose publique dans l'excitation des esprits qui s'empare du terrain oriental, sans certes faire abstraction des États de l'Occident. J'ai en moi quelque chose qui m'empêche de devenir facilement dupe de moi-même ou d'autrui. Les phrases sonores sont vides de sens pour moi, et elles ne m'assourdissent jamais. L'Europe se remplit aujourd'hui de nouveau de phrases pareilles, et ce concert se compose pour moi de dissonances. Je dois alors tenir à opposer à ce charivari de sentiments, d'idées, de projets tous plus ignares les uns que les autres, un contre-poids qui ne saurait être trouvé en dehors de la calme raison des Cabinets. C'est donc à cette raison que je fais un appel, et j'espère qu'il n'aboutira pas à une peine inutile. Ce que j'écris à Paris, je l'écris partout; si entre les expéditions il y a de la différence, celle-ci ne porte pas sur les idées, mais, selon les circonstances données, sur le choix des paroles. Dans la question du jour, il est clair que
* Le prince de Metternicli y développe les principes généraux bien connus de sa politique. {Noie de l'Éditeur.)
je ne saurais parler le langage catholique qu'envers le Cabinet français.
J'ai eu lieu de me convaincre, en rapprochant vos rapports du 22 juillet de votre lettre particulière du 13, que l'ëchauffourée de Toulouse * doit avoir eu à Paris la valeur d'une surprise. D'oîi vient que tel n'a pas été l'effet que la première nouvelle qui m'est venue de l'événement a produit sur moi, et qu'elle m'ait fait une impression tout opposée? C'est qu'on est fort léf^er à Paris, et qu'on y est toujours disposé à se bercer de ce qui, vu de près, n'est qu'une illusion. L'affaire de Toulouse se réglera sans doute, et force restera à la loi; cela n'empêchera pas que cette tentative n'ait une tout autre valeur que celle de quelques actes d'insubordination . Le manque de discipline n'est dans l'occasion qu'un attribut, et non pas la chose même; il n est même pas un accident; il devient une règle là où Y autorité est, en somme, tombée au plus bas. Le Trône d'Août repose encore sur deux seules bases, sur la crainte que les masses semblent avoir d'une nouvelle révolution, qui pour le coup serait radicale, et sur la force de la troupe régulière. Le premier de ces éléments est un élément négatif, et le second un danger.
4 août.
1417. L'affaire de Toulouse se présente à mon esprit comme mauvaise. Il faudra la finir vite et le mieux possible, sans quoi elle deviendra un mauvais précédent. Elle porte à mes veux le caractère d'un soulèvement contre le système de centralisation, et il suffit de ce fait pour que je ne puisse m'empècher de lui attribuer de la gravité. Je vous fournis par cela même une preuve de mon impartialité, car dans ma conscience, je suis un centralisateur Jort viodcré. INIais la France étant conduite d'après ce système, je verrais bien des dangers dans sa chute, ne fût-ce que parce que ce qui tombe est connu, et que ce qui s'élève à sa place ne saurait l'élre
* Les autorités municipales et la {partie nationale de Toulouse se déclarèrent le 6 juillet contre les mesures financières de M. Iliimann.
(Note lie l Editeur.)
d'avance. Ceux qui ont dit que le Roi doit régna' et ne pas gouverner, ont dit une sottise, car ils confondent V administration avec le Gouverneme7it. Ceux qui, en voulant que les ministres gouvernent, entendent qu'ils doivent administrer, ne savent pas davantage ce qu'ils disent. Dans tout ordre social liien réglé, il v a des sphères distinctes pour l'action. En haut doit se trouver le Gouvernement, en has les gouvernés; entre deux se trouve la région de l'administration. Cela est clair, et c'est parce qu'il en est ainsi que les esprits abstraits et les anarchistes se rencontrent dans les brouillards que les premiers voudraient dissiper et que les seconds cherchent à rendre le plus épais possible. Le mouvement de Toulouse me semble très-profondément calculé.
Metteniicli à Sainte-Aulairc. Vienne, le 30 novembre.
1418. INI. le comte de Flahault m'a remis votre lettre du 12 septembre dernier. Comme il n'est arrivé ici que depuis peu, il y a eu un grand intervalle entre fa date de votre lettre et sa remise, et c'est à ce fait que je vous prie d'attribuer le retard qu'éprouve ma réponse.
J'aime les regrets que vous m'exprimez de notre séparation, et c'est dans ces regrets que je vous prie de chercher les raisons de celte réciprocité de sentiments, qui existe bien sincèrement de ma part. Le sentiment du regret n'est jamais unilatéral, car il tire sa source de celui de la convenance, et les hommes comme les choses sont placés sous l'empire des affinités ou de la répulsion. Si vous étiez membre de l'Acadtmie des sciences au lieu d'être l'un des quarante de l'Académie française, vous n'hésiteriez pas à me donner raison.
Gela dit, j'ajouterai que vous êtes bien généralement regretté ici. M. de Flahault, qui vous succède, aura bien quelque peine à vous remplacer ; je lui en découvre la bonne envie ; je la cultiverai de mon côté, et si nous réussissons, vous nous accorderez votre assentiment. Vous voyez que, de loin comme de près, je compte sur votre bon caractère.
A propos de caractère, je vous confie que si je voue de
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sincères regrets à la perte du père, j'en voue également à celle cUi fils. Je reconnais à celui-ci une somme de qualités telle que j'aurais assez mauvaise opinion du pays qui ne saurait pas les apprécier.
Ce qui jusqu'à cette heure m'est revenu d'Angleterre sur votre compte est entièrement en votre faveur. Je désire que vous continuiez à recevoir les mêmes impressions sur le compte de vos relations avec l'Angleterre. Vous y avez affaire à des hommes honnêtes, et dans ce fait se trouve une bien grande facilité pour la conduite des affaires.
Vous savez ce que je pense de la politique de fantaisie, mise en opposition avec celle qui a pour base des intérêts véritables et par cela même pondérables. C^iaque pays a des intérêts qui lui appartiennent en propre; à côté, et bien souvent au-dessus de ces intérêts, se trouvent placés des intérêts généraux et qui par cela même sont également ceux du pays. C'est en mettant ces intérêts dans les plateaux d'une balance et en prenant poste près de la languette, qu'on peut faire le bien. C'est la place que, en ma qualité de ministre, j'entends ne jamais déserter et que je recommande à mes amis pour leur usage particulier. Le poste n'est pas brillant, mais il est utile, et les réputations se composent, en dernier résultat, de l'addition des utilités.
La France, mon cher comte, me fait l'impression d'être toujours bien malade, et j'ai peur que la marche des événements en Espagne ne porte point d'aide à sa santé. Trouvezvous que les événements de l'autre côté des Pyrénées s'écartent ou se rapprochent de la ligne que de longue main je leur ai prédite? Que sont déjà devenus et la Reine régente et le modérantisme espagnol? Il y a dans ce malheureux pays bien des choses encore qui seront englouties dans le gouffre où conduit la pente sur laquelle se trouve la chose publique.
1,'attitude du golvernement vis-a-vis des entreprises
DE chemins de fer.
1419. Metteinicli au conseiller aulif|iie riiiininelaner, à Vienne (Lettre particulière^. Kœni{].swart, le o août 1841.
1-419. J ai reçu votre rapport du 31 juillet. Voici quelles sont mes vues sur les deux points que vous y traitez.
La crise financière "^ , qui devait se produire inévitablement comme la conséquence nécessaire de la spéculation, cette crise passera, parce qu'elle ne tient pas au principe même de la vie. Il faut la considérer comme une exulcération des memljres du corps social, exulcération qui prendra fin avec ces membres eux-mêmes. Dès que la Banque nationale s'est trouvée hors de cause, le danger qui menaçait l'Etat tout entier a été conjuré. Aussi cet incident ne m'inquiètet-il plus.
Pour ce qui concerne les entreprises de chemins de fer, je professe les principes suivants : on doit se faire avant tout une idée nette de ce qu'il y a de vrai dans la chose.
Ces entreprises comptent parmi les plus grandes qu'on puisse faire dans un État, parce qu'elles modifient profondément les conditions dans lesquelles se trouvent les régions que traversent les lignes, ainsi que la situation des parties de territoires qui restent en dehors du réseau, et qu'elles les transforment plus ou moins. Je ne puis mieux comparer le problème des chemins de fer qu'à celui d'un système d'irrigation, où il faut considérer deux choses, l'utilité de l'irrigation et le danger du dessèchement. Un chemin de fer anime et féconde les endroits par lesquels il passe; ceux qu'il ne traverse pas, au contraire, dépérissent.
Ces entreprises comptent en outre parmi les plus importantes, au point de vue des grands capitaux qu'elles demandent.
* A la suite de la faillite de la maison Geyniiiller (11 juillet), différentes maisons de coinmerce suspendirent leurs payements, et la l'anqne limita ses crédits. (^Nole de l'Editeur.)
LE GOUVERNEMENT ET LES CHEMINS DE FER (ISil) 5.05
Sous ces deux rapports, il est du devoir des Gouvernements de les réglementer et de les surveiller. Pour cela il n'y a que deux moyens :
Il faut que le Gouvernement se charge lui-même de l'entreprise ou qu'il l'abandonne à des sociétés fondées par actions.
Dans le premier cas, il faut qu'il engage son crédit; dans l'autre, il faut qu'il abandonne les entreprises au crédit privé (dans lequel la spéculation joue toujours un grand rôle).
En général, je suis contraire àus. entreprises faites pa?^ l'État. Elles réussissent rarement, et, quand elles réussissent, elles ne manquent jamais de coûter plus qu'elles ne coûteraient aux simples particuliers. Je crois que l'État ne devrait se charger que des entreprises qui peuvent lui servir à atteindre un but plus élevé.
Je suis d'avis qu'il faut laisser les entreprises à de simples particuliers ; j'entends toutefois ne parler que de celles qui demandent des capitaux considérables, et je réserve un droit de protection et de contrôle à exercer par les Gouvernements.
Si la question se posait comme une res intacta, elle serait plus facile à régler qu'il ne serait possible de le faire en ce moment, où il s'agit d'intervenir dans des entreprises en voie d'exécution.
Les sociétés ont demandé l'assistance du Gouvernement; elles désirent tout simplement que celui-ci leur accorde une (jarantie d'intérêts. Celte demande n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air. Des effets garantis imposent une obligation au garant, et si l'État lui-7nênie est le garant, il en résulte que les effets garantis deviennent des valeurs d'État, de quelque nom qu'on veuille les appeler. Si l'on observe des règles invariables, il n'y a rien à objecter contre cela ; mais les règles sont difficiles à déterminer, parce qu'il faut les établir au double point de vue des (Inances et de la manière d'assurer la liberté d'action des entreprises; or, comme il est toujours fâcheux de restreindre cette dernière, le contrôle de l'État doit se borner aux cas les plus importants.
Placer les entreprises sous la direction centrale du Gouvernement, tel me paraît être le problème à résoudre. Par contre.
réunir toutes les sociétés en une seule ne me parait possible qu'à une condition, qui pourrait être réalisée par le rachat volontaire des actions à un prix déterminé, affaire qui supposerait l'emploi de capitaux considérables et ['adhésion des actionnaires (non pas seulement des eiilrepreneurs).
Sous se rapport, le baron de Kiibeck saura trouver mieux que moi la véritable marche à suivre.
Pour ce qui concerne la lig^ne de Trieste, dont l'établissement est nécessaire, je crois qu'une voie ferrée établie uniquement en vue du transport des marchandises vaudrait mieux qu'un railway avec des locomotives. La somme à dépenser ne s'élèverait pas au tiers ; il serait possible de faire passer la ligne par la Styrie, et comme il est prouvé que 1 afrluence des voyageurs seule peut couvrir les frais des laihvays, et qu'il n'y aurait certainement pas cette affluence sur la longue ligne de Gloggnitz à Trieste, toutes ces raisons, selon moi, militent en faveur de Tentreprise nui coûte le moins cher.
^Montrez cette lettre à M. le président de la Chambre des finances ; j y attache la valeur d'un commérage qui part d'une bonne intenlion , et rien de plus ; car le baron de Kûbeck connaît mes vues sur cette importante question, qui jusqu'à présent a été traitée avec une aussi coupable légèreté *.