‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 67 sur 91 · LE NOUVEAU MINISTERE ANGLAIS ET BRUNNOW · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU MINISTERE ANGLAIS ET BRUNNOW

1420. Metternich à Neumann (Lettie). Joiiannisbeig, le 26 sejitenilire 1841. — 1421. Metternicli à Wellington (Lettre). Joliannisbei-g, le 12 septembre 1841. — 1422. Tkletternicli à Aberdeen (Lettre). Johannisbery, le 12 septeniLie 1841.

1420. Vous avez connaissance de tout ce que, dans le cours des dernières années, j ai pensé et écrit. La ressemblance entre les paroles sorties de la plume de M. de Brunnow et celles

* Nous empruntons l'exposé suivant à un vote émis par le prince de Metternicli à la conférence d'Etat, relativement à la question de i'adml-

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sorties de la mienne devra avoir à vos yeux la valeur d'une parfaite conformité. Ce que dit M. de Brunnow,je Tai, en effet, répété aux quatre vents depuis des années ; j'ai fait plus, i'ai réglé la conduite de notre Cabinet d'après ces bases. Personne ne nous a jamais fait le reproche d'avoir tort ; mais entre s'abstenir et soutenir, la différence est immense. Ce reproche ne s'applique pas à la Cour de Russie, mais à d'autres, et bien particulièrement à celle de Londres.

Le parti conservateur vient de se trouver replacé au gouvernail. J'en suis parfaitement satisfait pour ma part, et j'attends les nouveaux ministres à l'œuvre, non pour apprendre

nistration des clieinins de fer : « D'après mon intime conviction, les entreprises des chemins de fer sont une de ces nouveautés qui surgissent inopinément dans le cours des temps et qui modifient profondément l'existence de la société. Les innovations de ce genre se distinjiuent toujours par un caractère éminemment pratique ; quand ce caractère leur manque, elles s'évaporent et ne laissent |ias de traces. Pour vivre et pour se développer, il faut qu'elles jouent un rôle actif dans l'existence, et, si elles le font, elles ont besoin de la surveillance la plus exacte du Gouvernement.

« L'emploi de la vapeur constitue, à tous les points de vue, une transformation complète des conditions d'existence de l'Etat aussi bien que des individus. Il crée une situation nouvelle aux Etats par le fait qu'il abrépe les grandes distances, donne l'impulsion au commerce en lui offrant de nouveaux moyens de commimication, en lui assurant une économie de temps et le transport des marchandises à meilleur marché ; la vapeur transforme la marine de l'Etat en créant un nouvel artnement. Dans l'intérieur, elle introduit des modifications essentielles par l'établissement de lignes ferrées, qui souvent changent du tout au tout la situation des parties dont sont formés les Empires. Qu'on ajoute à cela l'influence des entreprises de chemins de fer siu" le marché de l'argent, soit que les entreprises restent livrées à la spéculation privée, soit que l'Etat s'en em[)are lui-même! On peut admettre qu'aujourd'hui les capitaux absorbés par les lignes de chemins de fer déjà construites ou en voie de construction, ou bien demandés en vue de lignes nouvelles à établir, représentent la quantité de numéraire qui circulait dans le monde, et que, sous ce rapport, ils exercent nécessairement une plus grande influence sur le marché de l'argent que toutes les autres entreprises qui ont été faites à n'importe quelle époque.

« Naturellement, ces faits réagissent d'une manière inévitable sur l'ensemble des conditions de la vie sociale, j'entends au point de vue matériel comme au point de vue moral.

11 Quand une chose en est là, elle réclame l'attention la plus vigilante des Gouvernements, attention qui équivaut assurément à l'accomplissement d'un devoir envers eux-mêmes et envers la société tout entière. En présence d'innovations qui modifient profondément l'existence des États, il ne peut pas

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ce qu'ils veulent, mais pour m'assurer de ce qu'ils pourront *. Le défaut des Anglais est d'être if^norants sur ce qui n'est pas l'Angleterre; les principes sont de tous les temps comme de tous les pays, tandis que leur application réclame la connaissance de bien des nuances de position et de circonstance. Que M. de Brunnow se prononce envers les ministres anglais, ainsi que le porte sa lettre au comte de Medem, et il pourra être sûr de se rencontrer avec notre langage envers ces ministres et tous les Cabinets.

Plus il existe de concordance entre la manière de voir et de sentir de M. de Brunnow et mes propres impressions, plus je me sens cependant engagé à émettre la remarque suivante :

M. de Brunnow désire que les Cours se replacent dans les termes de 1818. Je regarde la chose comme impossible, non sous le point de vue des principes (car ils sont éternels comme le sont toutes les vérités), mais sous le point de vue de leur stricte application à des situations données.

Quant à la situation même de 1818, j'ai une remarque

seulement être question de ce qu'elles doivent être, mais il faut aussi considérer ce qu'on doit tenir .éloigné d'elles.

« Pour que le but puisse être atteint sous l'un comme sous l'autre de ces rapports, il faut avant tout que les choses soient centralisées dans l'instance la plus Viaute. Sans cette centralisation, les erreurs sont inévitables, et c'est précisément parce que l'objet est à la fois vaste et nouveau qu'il demande la plus grande circonspection dans la manière de le traiter, et qu'il commande d'éviter autant que possible de s'écarter d'un système à établir.

«D'après mon intime conviction, il n'y a qu'ioje autorité qui puisse avec succès diriger l'affaire. Des subdivisions dans la répartition des affaires sont mu besoin naturel. Mais leur position ne doit pas être indépendante; elles doivent, au contraire, relever d'un centre.

« Ranger les chemins de fer de l'Etat sous une autorité et les lignes jirivées sous une autre, ce ne serait pas prendre une mesure pouvant conduire au but qu'on se propose; ce serait seulement créer des difHcultés aux entreprises de l'Etat et faciliter les entreprises privées aux dépens de l'intérêt général. » {Note de VÈditeur.)

* Le Cabinet whig Melbourne s'était retiré le 30 août ; il fut remplacé par un ministère tory, sous la présidence de Peel; le duc de Wellington en faisait partie comme ministre sans portefeuille, et le comte d'Aberdeen comme secrétaire d'Etat des affaires étrangères. Nous donnons plus loin les lettres que le prince de Metternich a adressées à ces deux ministres à propos du changement de Cabinet. Elles feront connaître aussi la position de Neuuiann à la Cour de Londres. {JSole de l'Editeur.)

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essentielle à faire, et elle pourra même offrir de l'intérêt historique au jeune Brunnow. A Aix-la-Chapelle se sont réunies les cinq Cours, et il a été question de les fondre en une (jiiintuple alliance. J'ai usé de beaucoup de paroles pour prouver que le nombre cinq était susceptible d'être différemment amené, soit par des unités, soit par le groupement de deux et trois, soit enfin par celui de quatre et un. C'est à cette dernière formule que je me suis arrêté, et cela par les considérations suivantes : d'abord, parce que je n'ai point reconnu d'homogénéité entre la France et les anciens alliés, et qu'entre corps différents une union n'est jamais parfaite ; puis, parce que, dans le for de ma conscience je n'ai point cru à la durée de la restauration monarchico-libérale, et que pensant ainsi, j'ai entrevu le danger qu'il y aurait à dissoudre l'alliance existante pour en former une nouvelle au moyen de l'admission d'un corps hétérogène avec les quatre autres membres de l'alliance. Mes paroles n'ont point rencontré l'appui que j'aurais désiré. L'union des cinq, sous forme d'une unité politique, est issue du congrès, et l'événement a servi de justification à ma prévision.

Aujourd'hui, il me semblerait dangereux de se reporter à 1818, car si cette année n'a pas produit le bien, le retour à une année semblable ne saurait servir utilement la cause qui seule est digne d'être servie. Attachons-nous aux principes qui sont de tous les temps, et ayons soin de les appliquer dans les voies d'une saine pratique. M. de Brunnow a parfaitement défini les points de vue dont il ne faut pas s'écarter; nous, pour notre part, nous saurons les servir dans toutes les occasions.

Metternicli à Wellington (Lettre). Johannisberg, le 12 septembre 1841.

1421. Mon cher duc, le baron de Neumann m'a rendu compte des paroles que vous l'avez chargé de me porter lors de son passage par Walmer-Castle. Il vous rendra ma pensée telle que je la lui ai expliquée. Il restera à Londres en qualité de simple voyageur, possédant la pleine confiance de sa Cour

et digne de toute la vôtre, jusqu'au moment où M. le prince Esterhazy retournera à son poste, vers la fin du mois d'octobre prochain.

Vous venez, mon cher duc, de donner à la Grande-Bretagne et à l'Europe entière une nouvelle preuve de votre dévouement au bien général, pour lequel les hommes qui veulent le bien et qui savent où il se trouve vous doivent un tribut de reconnaissance que personne n'est plus que moi heureux d'acquitter. Le monde a besoin de vous ; conservez-vous ainsi pour lui encore de longues années.

Je ne sens pas le besoin de démontrer ici au nouveau Cabinet ce que pense et veut l'Autriche, ni ce qui ne nous convient pas sous quelque forme que puissent se présenter les choses. La cause de la raison vient de remporter un nouveau triomphe ; c'est à vous et à vos amis de savoir l'assurer. Le bien-être de votre pays, celui de l'Europe entière est intéressé au succès, et personne plus que moi ne forme à son égard des vœux aussi sincères.

Veuillez, mon cher duc, regarder le baron de Neumann comme un intermédiaire entre vous et moi, entièrement digne de notre mutuelle confiance. Il vous rendra compte de toute ma pensée sur les positions du moment, et vous n'aurez pas de peine à vous y orienter. Nous ne sommes ni stationnaires ni retardataires; nous marchons, mais sans jamais dévier de notre voie, et cette voie vous est parfaitement connue.

Metternich à Aberdecn (Lettre). Joliannisberg, le 12 septembre 1841.

1422. Vous ne serez pas étonné si vous recevez une lettre destinée à vous exprimer des sentiments depuis trop longtemps éprouvés pour qu'ils puissent être mis en doute par vous, et je dirai même par personne. Le revirement qui vient d'avoir lieu en Angleterre est un événement dont il ne m'est pas possible d'évaluer toute la portée. Ce qui est certain, c'est qu'en me mettant face à face avec d'anciens amis, il a pour moi la valeur d'un bienfait indubitable.

J'ai cru bien faire en envoyant le baion de Neumann à

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Londres, où il continuera à résider en qualité de siaiple voyageur jusqu'au moment du retour du prince Esterhazy à son poste, vers la fin du mois d'octobre prochain. En attendant, j'accrédite prés de vous le baron de Neumann, comme jouissant de toute ma confiance; il sera à même de vous rendre compte de mes pensées les plus intimes et de me rapporter ce que vous croirez devoir lui confier des vôtres. Le baron de Koller restera dans son attitude officielle de chargé d'affaires durant l'absence de l'ambassadeur.

Le baron de Neumann vous donnera connaissance de certaines explications que j'ai consignées dans un court travail. Celui-ci vous mettra pleinement au fait de ma pensée sur d'importantes questions. Ce qui peut manquer dans ce travail vous sera communiqué verbalement par le commissionnaire. Le moment est d'une telle importance, qu'il ne faut pas le laisser passer inaperçu.

POLITIQUE COMMERCIALE DE METTERNICH VIS-A-VIS DE l'alLEMAGNE ET DE l' ITALIE.

1423. Metternicli au baron de Kiibeck, présulentcle la Cliambre des finances (Note). Vienne,le20 octobre 18V1. — 1424. Metteniich au baron de Iviibeek, président de la Gliambre des finances (Note). Vienne, le 10 décembre 1841.

1425. Les observations que j'ai eu occasion de faire pendant le temps que je viens de passer en Bohème et en Allemagne, m'ont entièrement confirmé dans mes idées sur l'essor du commerce allemand et de l'industrie allemande, comme sur l'importance du développement successif qu'a pris l'Union douanière allemande*, et elles m'ont pénélré de l'intime conviction que si l'Autriche persévérait dans la voie qu'elle a suivie jusqu'ici, il en résulterait des conséquences dont ia gravité serait peut-être difficile à déterminer maintenant,

* Voir « l'Union douanière allemande », t. V^, n" 1135.

[Note de l'Edileiir. ) ^•- 36

L'attitude que nous avons gardée jusqu'à présent a amené un état de passivité dans lequel le mouvement et les efforts qui se produisent dans les pays de l'Union exercent sur nous une influence éminemment fâcheuse au point de vue du développement et du bien-être de nos provinces, et particulièrement en ce qui concerne la Bohême, ce pays dont l'industrie a fait tant de progrès. J'ai eu occasion de me convaincre combien les droits élevés dont le Zollverein grève l'importation de» produits de l'industrie et de la fabrication des Etats confédérés qui n'ont pas accédé à l'Union, nuisent à la prospérité de ces pays. A cet inconvénient vient s'ajouter en Bohême ce fait que pour diverses branches d'industrie importantes, telles que la fabrication du verre, le tissage du lin, on crée tout près de notre frontière, sur le territoire de l'Union, des fabriques et des manufactures du même genre, qui attirent en nombre considérable les meilleurs ouvriers de la Bohême dans les pays de l'Union, de sorte que nous risquons de partager avec d'autres la supériorité que jusqu'ici nous avions seuls dans ces branches d'industrie.

A l'époque de l'Empire d'Allemagne, avant les conquêtes de la France, tous les membres de l'Empire avaient les mêmes droits commerciaux dans toute l'étendue du territoire allemand. Lorsque de 1813 à 1815 l'Allemagne brisa les liens dont Tavait enlacée la puissance des armes françaises, l'Autriche, qui avait travaillé si efficacement à la délivrance de la patrie commune, pouvait à bon droit espérer de participer aux avantages de la paix au même titre que les autres peuples allemands. C'est dans ce sens que fut proclamée la liberté de la navigation sur toutes les rivières de l'Allemagne. Les événements n'ont pas répondu à cette attente : par suite de la création du Zollverein, il s'est produit dans les intérêts commerciaux de toute l'Allemagne un état de scission dont les effets sont extrêmement fâcheux pour l'Autriche en ce qui touche les intérêts matériels, et qui ne peut manquer de produire les fruits les plus regrettables sur le terrain de la politique, dans le cas où l'on ne trouverait pas un moyen de rétablir l'équilibre.

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L'Autriche, qui est appelée à se mettre à la tête des Gouvernements allemands en présence d'un danger extérieur qui viendrait menacer l'Allemagne tout entière; l'Autriche, sans le concours de laquelle toute TAllemagne est incapable de faire face à un danger du dehors, et qui réciproquement ne peut trouver que dans la coopération de toute l'Allemagne les moyens de développer la puissance et d'accentuer l'altitude qui servent de base à son influence conservatrice, qui est la garantie de la paix générale; l'Autriche est sur le point de se voir en quelque sorte exclue du reste de l'Allemagne sur le terrain des intérêts matériels, par suite des mesures prises par le ZoUverein, et de se voir traitée en pays étranger. II est donc urgent de ramener à des bases naturelles et logiques une situation qui est devenue fausse à ce point.

Si, d'une part, il suffit de considérer les obligations réciproques contractées par les pays allemands, aux termes du dernier traité de renouvellement de l'Union, pour s'assurer que l'accession de l'Autriche est une éventualité contre laquelle s'élèvent de grandes objections, il est absolument certain, d'autre part, que l'Autriche, par suite de la position qu'elle occupe dans la Confédération germanique, ne peut se mettre dans le cas d'être traitée par l'Allemagne comme pays étranger sous quelque rapport que ce soit. Il s'agit donc de chercher un moyen de créer avec l'Union des rapports qui permettent de concilier les intérêts matériels réciproques des divers Etats, et de faire ainsi droit au besoin qui se fait partout sentir en garantissant le maintien de la paix. Je serais porté à croire que le meilleur moyen d'arriver à ce résultat serait de conclure un traité avec le ZoUverein, en quoi nous ne ferions, du reste, que suivre l'exemple donné par d'autres Etats.

Je ne me dissimule pas les difficultés de tout genre qui se dressent devant nous. L'importance des intérêts commerciaux est si généralement reconnue, que chaque Etat qui se trouve en contact avec la mer s'est fait une politique commerciale appropriée à sa situation particulière. L'Angleterre, la France la Hollande, même la Russie, ont un commerce qui ne représente pas l'intérêt de telle ou telle province seulement, mais

qui fait de la politique commerciale de TEtat un tout politique et qui est intimement lié à la position de TEtat sur le terrain de la politique générale. Cette politique commerciale sert au Gouvernement de point de départ pour déterminer les mesures qui concernent le trafic intérieur aussi bien que pour apprécier et régler les rapports commerciaux à entretenir avec d'autres États.

Avant la création du Zollverein, il n'existait plus rien en Allemagne qui méritât à n'importe quel titre le nom de commerce allemand. Autant il s'y trouvait de souverainetés politiques, autant il y avait d'individualités commerciales, dont chacune cherchait à gagner aux dépens de toutes les autres, et toutes s'appauvrissaient finalement. Grâce à l'Union douanière, on vit se réveiller une sorte d'esprit public en matière commerciale; les tendances commerciales d'un passé lointain se manifestèrent de nouveau, on reconnvit que l'avantage de chaque partie ne pourrait mieux être réalisé et assuré que sous la protection de l'ensemble, et les Etats de l'Union inaugurèrent une politique commerciale à laquelle on fit des sacrifices considérables aux dépens des intérêts particuliers. Nous avons sous les yeux les résultats de cette manière de procéder. L'Union est reconnue par d'autres puissances comme puissance commerciale allemande ; un commerce allemand et une politique commerciale allemande s'affirment davantage de jour en jour; bientôt l'absorption de tous les territoires allemands, sauf les pays allemands de l'Autriche, sera un fait accompli, et alors la puissance commerciale de l'Allemagne réunie cherchera à imposer aux Etats limitrophes des relations utiles à ses intérêts.

Je viens de me trouver en Allemagne, au milieu du mouvement industriel qui v régne; j'ai observé les forces qui agissent partout, les tendances qu'elles suivent, et j'ai vivement ressenti l'infériorité qui résulte pour nous du fait que nous n'avons pas une politique commerciale particulière, vraiment autrichienne, répondant à la situation actuelle, ou que notre politique commerciale porte le caractère de la passivité au milieu de l'activité incessante qui se manifeste partout. Le sentiment de cette infériorité m'a conduit à la conviction que,

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sans la politique dont je parle, nous n'aurons jamais un commerce autrichien, et que nous ne serons jamais à même d'établir avec d'autres Etats des relations réellement satisfaisantes. En effet, pouvons-nous espérer sérieusement d'arriver à donner à notre commerce un développement vraiment fécond, si nous ne commençons pas par discuter à fond celte question : Quels services un commerce autrichien peut-il et doit-il rendre à /'Etat autrichien dans la situation actuelle? Le résultat d'une pareille discussion pourra nous indiquer nettement ce que tious devo7is vouloir dans une né^jociation à ouvrir avec le Zollverein, afin que le développement de notre commerce reste en harmonie avec la mission politique de l'Etat, assure la prospérité de l'Empire et donne plus de force au Gouvernement, tant à l'intérieur qu'au dehors.

Je connais fort bien les difficultés qu'entraînent nécessairement, au point de vue de la création d'une politique commerciale particulière, les particularités de notre situation intérieure. Elles sont grandes sans doute; mais j'ai le ferme espoir que, si on les voit telles qu'elles sont, si on les compare aux moyens dont nous disposons, la solution du problème ne sera pas impossible.

Un autre genre de difficultés résultera pour nous, dans le cas où des négociations s'engageraient entre nous et le Zollverein, de la supériorité des États faisant partie de l'Union sur l'Autriche.

Le mouvement qui s'est produit en Allemagne, et dont la première forme est le Zollverein, a pour but le rétablissement de la grandeur commerciale d'un passé que le présent s'efforce de faire revivre en tenant compte des progrès réalisés. Pour les Etats de l'Union, le but auquel ils doivent tendre, c'est-à-dire l'objet essentiel de leur politique commerciale, leur est clairement désigné par le passé; même les routes et la direction que doit prendre leur commerce d'importation et d'exportation leur sont tracées de la même façon. Par conséquent, l'Union a le caractère positif et l'élasticité qui caractérisent des tendances qui ont le passé pour elles tout en redevenant nécessaires dans le présent.

Nous sommes privés d'un avantage de ce genre. L Autriche ne s'est jamais trouvée dans des circonstances pareilles à celles où elle se trouve à présent; elle est pour la première fois dans le cas de se créer une situation particulière sur le terrain du commerce, et la tendance à donner à ses mouvements commerciaux n'est pas encore déterminée. Aussi notre position n'a-t-elle pas ce caractère de fermeté et d'assurance qui manque généralement à un premier essai, et, lorsque l'Union repose sur nn système compacte, bien organisé, embrassant l'ensemble, nous ne pouvons pas nous présenter en face d'elle uniquement avec des intérêts particuliers et locaux.

Les pays de l'Union, certains du succès de leurs efforts, occupent les routes qui conduisent leur commerce aux mers du Nord, et bien qu'on reconnaisse en maint endroit les avantages d'une entente avec l'Autriche, ils n'en peuvent pas moins rester fort bien dans leur situation actuelle. Nous, au contraire, nous nous sentons gênés, et nous nous trouvons dans une situation qui ne saurait se prolonger.

Or pourrait-on espérer un heureux résultat d'une négociation qui aurait été entamée sous des auspices aussi défavorables et sans que nous eussions eu soin de nous ménager une position indépendante, pouvant être reprise dans le cas où la négociation n'aurait pas le succès désiré, et capable en même temps de nous offrir dans la négociation des avantages réciproques ainsi que de nous servir à nous-mêmes de point de départ?

Si nous considérons les directions que le commerce allemand suit dans les bassins des rivières et qu'ont prises aussi les chemins de fer allemands, nous voyons qu'elles se rapprochent des frontières de la Suisse, et il est hors de doute que le Gouvernement de Sardaigne y prêtera la main afin de créer une ligne de communication plus commode par la Suisse et de porter ainsi le commerce de l'Allemagne à Gênes, au lieu de lui faire prendre le chemin qu'il suivait autrefois et qui passait par le Tyrol pour aboutir à la mer Adriatique. Sans vouloir me former une opinion sur la question de savoir s'il ne serait pas possible d'ouvrir au commerce de l'Allemagne du Sud et

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du Rhin une communication plus avantageuse avec la mer Adriatique par nos pays italiens, je constate du moins qu'il semble re'sulter de la position géographique des différents États que, pour le nord de TAIlemagne et pour la Saxe, une ligne de communication par voie ferrée, passant par la Bohème pour aboutir à Trieste, pourrait présenter des avantages notables, tandis que dans la partie méridionale de l'Allemagne, notamment dans le Wurtemberg et dans la Bavière, j'ai entendu partout exprimer le désir de voir créer une ligne de chemin de fer débouchant près de Salzbourg, qui assurerait aux pays de l'Allemagne du Sud une communication avec le cœur de la Monarchie, communication répondant aux besoins du temps et si désirable à tous les égards, et de pouvoir ainsi faire participer le commerce de ces pays aux riches bénéfices que facilite la mer Adriatique, cette mer à l'extrémité de laquelle Trieste, et au besoin Venise, sont appelées à devenir leurs marchés.

En effet, le commerce de l'Allemagne du Sud suit deux voies différentes, mais non rivales, qui lui sont indiquées par la force des choses : celle du Rhin et celle du Danube. La première est bien plus favorisée par les circonstances que la seconde; elle présente l'avantage d'une communication rapide et facile avec la mer au moyen de la navigation fluviale; ses voies ferrées, qui, suivant le lit du grand fleuve allemand, se trouvent placées dans des conditions de terrain aussi favorables que possible, atteindront bientôt Bâle, et alors il s'agira de choisir un chemin conduisant à la Méditerranée. Tous les Etats de l'Allemagne du Sud sont forcés de suivre cette direction, à moins que l'Autriche, en perfectionnant l'autre voie, n'assure aux Etats de l'Allemagne du Sud la possibilité d'une communication facile et commode avec la mer Adriatique. J'ai acquis la certitude que le Gouvernement de Bavière a choisi la direction qu'il compte donner aux hgnes de chemins de fer dont il vient de décider la création, non parce qu'il veut sauvegarder les intérêts de ces pays sans le concours de l'Autriche, mais parce qu'il désire vivement, au contraire, voir offrir à l'Allemagne du Sud la possibilité de faire passer son commerce par

l'Autriche. Bien qu'on reconnaisse partout les avantages que présente l'Union douanière, il n'en est pas moins vrai qu'on redoute vivement la situation prépondérante que la Prusse gagne par suite de cet état de choses, et il en résulte que les États du Sud désirent faire cause commune avec l'Autriche, afin de contre-balancer les progrès continus de l'influence prussienne.

J'ai entendu partout exprimer ce vœu sous la forme la plus pressante , mais partout on ajoutait, avec grande raison , qu'il était impossible de rester dans le statu qiio ; que dans le cas où l'Autriche ne se hâterait pas d'intervenir en faveur du commerce des États du Sud, ceux-ci seraient forces d'adopter exclusivement la direction du Rhin , et qu'une fois les chemins de fer construits d'après le tracé déjà proposé, aucun retour en arrière ne serait plus possible.

Il me paraît donc de la, plus haute importance de profiter de ces dispositions favorables, dans le dernier moment où il nous serait encore possible de donner au commerce allemand une impulsion, une direction décisive pour l'avenir de l'Allemagne aussi bien que pour celui de l'Autriche. 11 est évident que nous pouvons trouver dans cette idée un puissant moyen de négociation ; toutefois, il ne suffirait pour cela ni des facilités qu'offre la situation géographique, ni des vues de l'administration I. R., qui sont favorables à l'ouverture d'une ligne de chemin de fer allant du Danube à Trieste ; il faudrait se trouver en présence de résolutions prises et de mesures déjà arrêtées , ne serait-ce que pour arrêter dans leur exécution , en tant que cela serait possible encore, les projets qui en ce moment ont la ligne du Rhin pour objectif; car s'il est de notre intérêt de prendre sur le svstème des chemins de fer allemands une influence capable de modifier la direction des lignes, ce résultat ne peut être atteint qu'à la condition d'opposer au système allemand un système autrichien bien combiné.

La nécessité absolue de réunir en un système, sous la surveillance du Gouvernement, les lignes de chemins de fer à créer en Autriche, a été exposée par Votre l'xcellence même dans une autre circonstance , et cela d'une manière si lumi-

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neuse, que je me flatte de l'espoir que les idées que j'exprime ici seront approuvées par vous. La réalisation de ce projet de Votre Excellence nous donnerait déplus un au(re grand avantage. En effet, si nous organisons un système de communications intérieures capable de rendre plus rapides et plus commodes les relations des États du Zollverein avec l'Italie, ce même système de communications intérieures nous offre en même temps le moyen de diriger notre commerce surtout vers la mer Adriatique, dans le cas où le Zollverein nous refuserait de justes concessions. Nous serons d'autant plus fondés à espérer d'obtenir des concessions de ce genre, si nous ne dépendons pas uniquement du bon vouloir des États du Zollverein , et si nous avons préparé d'avance les moyens d'appliquer un sysîème commercial que nous serions prêts à adopter comme pis-aller.

Les questions effleurées ici se rattachent à des considérations d'un ordre si important, que je tiendrais beaucoup à connaître à cet égard les vues éclairées de Votre Excellence. Dans le cas où elles se rencontreraient avec les miennes, je regarderais comme un devoir d'appeler sur cette affaire l'attention de Sa Majesté l'Empereur *.

* Les vues de Metternich, consignées dans cette Note, formèrent la base d'une délibération ministérielle confidentielle, qui eut lieu le 17 novembre, et au cours de laquelle furent désignés les points qui devaient être l'olnet de rapports spéciaux à piéscnter par le président de la Chambre des finances.

Relativement à la politùjiie industrielle de l'Autriche, on reconnut que le devoir de l'administratioa publique était de protéger l'industrie nationale par des droits raisonnables (contrastant avec la prohibition et les tarifs exagérés qui avaient été en vigueur jusqu'alors), mais en même temps d'ouvrir de plus larges débouchés à l'industrie indigène en faisant entrer la Hongrie et la Transylvanie dans le système général de la liberté du trafic dans toute l'étendue de la Monarchie. Relati^'ement à la politi/pie commerciale , et particulièrement pour ce qui concernait la situation de l'Autriche vis-à-vis du Zollverein allemand, on exprima l'opinion que, sans traité de commerce formel, après uu mûr examen de la situation, les tarifs douaniers devaient être modifiés successivement, par suite d'uns entente réciproque, et que cette modification devait porter sur ceux des articles de notre commerce qui avaient été le plus imposés jusqu'à présent; à cet effet, on devait faire préalablement une enquête sur la situation des pays de l'Union, enquête qui eut lieu en effet. Ces résolutions eurent pour effet d'ajourner la réalisation du projet de fusion douanière de l'Autriche avec l'Allemagne, et si la grande pensée de Metter-

ÔTO RECLEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

Mettcriiich au haron de Kiiheck, président de la Chambre des finances (Note). Vienne, 10 décembre 1841.

1424. Bien que je regarde comme irréalisable Tidée d'amener les Gouvernements italiens à une union semblable au Zollverein allemand*, je n hésiterais pas, d'autre part, à attacher une haute valeur politique à un rapprochement entre l'Autriche et les autres Etats de l'Italie sur le terrain des intérêts commerciaux. Je suis convaincu que si l'on réussissait à faire naître en Italie une plus grande communauté d'intérêts matériels, on aurait trouvé ainsi le meilleur contre-poids à opposer aux efforts des sectes révolutionnaires, et le moven le plus efficace d'en finir avec ces rêves creux de fusion politique et d'indépendance.

Partant de ce point de vue , je me fais un plaisir de commu-

uich ne lut pas appilrpiée, même dans la suite, cela doit être attribué surtout à la différence considérable qui existait entre les systèmes douaniers des pays de l'Union et des Etats de l'Empire, dans lesquels la Hongrie, avec les pays qui en dépendent, occupait en outre une place à part. Ce serait nous laisser entraîner trop loin que d'entrer dans le détail des négociations relatives aux tarifs et à d'autres questions qui furent entauiées dans la suite. Il suffit, pour le but que nous poursuivons, de montrer, sous leurs traits généi-aux, les efforts faits par le chancelier d'État sur le terrain de la politique commerciale ; quant au reste, nous renvoyons le lecteur qui voudrait s'édifier sur la suite de cette affaire, aux ouvrages historiques qui en parlent et qui sont unanimes à rendre justice à la politique commerciale du chancelier d'Etat. Nous nommerons, d'après l'ordre dans lequel ils ont été publiés, les ouvrages suivants : Tegoborski, Des finances de V Autriche , i^ko ; Schmidt, Histoires contemporaines, 1859; Schmidt Weissenfels, le Prince de Mctternich, 1860; Springer, Histoire de l'Autriche, 1863; et Adolphe Béer, les Finances de l'Autriche, 1877.

Pour ce fpii concerne la question des chemins de fer, effleurée à la fin de la note, on décida , au mois de décembre de la même année , de construire, aux frais de l'Etat, trois grandes lignes de chemins de fer, savoir : 1° une ligne de Vienne à Dresde, par Prague; 2° une autre de Vienne à la frontière bavaroise, et 3° une dernière de Vienne à Trieste. Les nouvelles lignes devaient se raccorder avec les tronçons déjà achevés de la ligne du Nord et de celle du Sud, à Olmiitz, d'une part, et, d'autre part, à Stockerau et à Gloggnitz.

(Note de l'Éditeur.)

* Dans une note du 9 novembre 1841, adressée au prince de Metternich, le baron de K'idjeck avait traité ce point en faisant, entre autres, les observations

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niquer sans retard à Votre Excellence les réflexions générales auxquelles peuvent donner lieu la situation politique et les intérêts des États italiens, les sentiments qui y régnent et l'influence qu'il Faut s'attendre à voir des Etats étrangers y exercer, d'autant plus que des rapports émanant de la mission I. R. à la Cour de Sardaigne, qui viennent d'arriver, semblent faire entrevoir l'occasion d'un rapprochement de ce genre.

Si la création de l'union douanière en Allemagne a rencontré de grandes difficultés , la tentative de fondre les intérêts matériels locaux en un intérêt général et commun rencontrera des difficultés encore bien plus grandes sur le sol de l'Italie, quelque forme qu'on veuille donner à la chose.

La situation des Etats du sud de l'Italie ressemble à celle des Etats de l'Allemagne avant la création du Zollverein , en tant qu'ils sont fort en retard au point de vue du mouvement industriel, et qu'en outre, à la frontière de chacun de ces Etats, il y a des lignes douanières et des droits douaniers calculés en vue d intérêts fiscaux, qui rendent impossible la liberté de mouvement du commerce intérieur de la Péninsule.

Cependant leur situation diffère grandement de celle des Etats de l'Allemagne, à cette époque, sous plus d'un point de vue : l'Italie est baignée par la mer; ceux de ses Etats qui sont situés plus au sud sont obligés d'observer à l'égard de la

suivantes : « Les Etats de l'Italie du Sud sont à peu près dans la situation où était l'Allemaf^ne avant le Zollverein. Ils sont bien en retard au point de vue industriel, et, si l'on réussissait à les faire entrer, en totalité ou en partie, dans un Zollverein autrichien , sous une forme et sous une dénomination quelconques, pourvu qu'elle ne soulevât pas d'objections, on aurait ouvert à l'industrie autricliienne un marché considérable, restreint notablement la concurrence de la France et de l'Angleterre, et donné l'essor à l'industrie de ces pays. Le côté politique de la question ne peut être apprécié à sa juste valeur que par la sagesse de Votre Altesse. Mais avant d'entamer des négociations avec les Etats de l'Italie du Sud, il faut que le Gouvernement autrichien modifie ses mesures de protection et qu'il remplace les prohibitions par des droits protecteurs raisonnables qui , sous le rapport du but à atteindre, n'entraîneraient pas de conséquences fâcheuses, ainsi que nous l'avons montré, mais qui amèneraient une situation meilleure que celle d'aujourd'hui, et qui en même temps créeraient la possibilité d'un trafic avantageux et, suivant les circonstances, d'une entente avec les Etats voisins. » (Note de l'Éditeur.)

politique commerciale de rAngleterre des ménagements qui ne leur permettraient jamais d'adopter, pour leur propre industrie, un système de protection aussi radical que celui qui règne en Allemagne.

Dans les États de FAllemagne se faisait sentir un iii^gent besoin de relations spéciales et réciproques qui n'existe pas dans les mêmes conditions pour les Etats de Tltalie.

La grande majorité des Etats allemands consiste en pays sans débouchés sur la mer, lesquels avaient besoin des pays maritimes pour Técoulement de leurs productions, pendant que ces derniers avaient besoin des produits des premiers pour animer leurcommerce. Cette réciprocité d'intérêts n'existe pas pour les États italiens, qui ont tous des côtes et des ports à eux.

C'est par la même raison que, relativement à l'idée mise en avant d'une union semblable au Zollverein allemand, la situation de l'Autriche vis-à-vis des États de l'Italie est très-différente de celle de la Prusse vis-à-vis des États allemands. Par suite de sa position géographique, la Prusse pouvait offrir aux pays intérieurs de l'Allemagne une protection puissante contre la concurrence de l'industrie étrangère, en même temps que la possibilité d un écoulement direct de leurs produits par la nier. Une situation semblable, bien qu'inverse, ne serait possible entre les Etats italiens et l'Autriche que si cette puissance ne possédait pas de ports et si elle était, par conséquent, dans le cas de choisir le commerce italien comme intermédiaire entre le marché intérieur de l'Empire et le commerce général, tandis qu'actuellement nos ports sont naturellement en concurrence avec ceux des États italiens.

Il y avait en Allemagne, sinon partout, du moins sur beaucoup de points, une industrie nationale qui a fait de grands progrès pendant le blocus continental, et qui, lors de la chute de Napoléon, était arrivée à un tel développement qu'elle méritait d'être protégée contre la concurrence étrangère, et c'est précisément l'union douanière qui devait lui assurer cette protection. En Italie, par contre, il n'y a pas d'industrie nationale à protéger ; il n y a pas dans ce pays d'industrie proprement dite ,

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et ritalien, qui produit, il est vrai, mais qui fabrique peu, est habitué à tirer de Tétran^er la plupart des objets de luxe et même beaucoup d'objets de première nécessité. Les Etats italiens ne sentiront donc pas non plus le besoin d'une union douanière ayant mission de protéger leur industrie.

En outre, les tendances locales et municipales sont fortement accusées en Italie ; il y règne surtout un penchant extraordinaire à la jalousie et à la méfiance. A cette base générale du caractère des peuples et des Gouvernements italiensviennent s'ajouter encore les soupçons, enracinés en plus d'un endroit, contre tout ce qui a l'air de favoriser une extension de l'influence autrichienne , soupçons que la France fait naître et qu'elle entretient de (outes les façons. Au moment où l'on s'apercevra que le Gouvernement I. R. s occupe de l'idée d'une fusion des intérêts matériels de nos pays avec ceux des États italiens qui se trouvent dans notre voisinage, on ne sera que trop porté à nous prêter le projet de fonder une institution comme celle du Zollverein; les méfiances locales, l'inlluence étrangère et les intérêts du parti révolutionnaire en Italie élèveront contre nous des obstacles de tout genre , et cela d'autant plus qu'on a reconnu, dans les derniers temps, que l'union des intérêts matériels en Allemagne a fait naître un sentiment général de force et d'énergie qu'on n'aurait pas cru possible de voir s'éveiller.

Il me paraîtrait donc, de toute manière, très-opportun de garder le secret même sur l'intention d'amener un rapprochement en général, et de laisser les tentatives d'un rapprochement avec tel ou tel État voisin , tentatives que pourraient provoquer des causes locales, se produire sans aucune fa^me déterminée, afin qu'elles apparaissent non pas comme des éléments d'un système général, mais simplement comme des faits isolés dont pourrait résulter un avantage local réciproque. Si nous formulions notre intention d'une manière plus explicite, il s'ensuivrait immédiatement que l'attention de la France se porterait avec une nouvelle intensité sur Fltalie, ou que même cette puissance verrait dans ce fait une occasion d'élever des prétentions politiques qui pourraient devenir dangereuses à plus d'un titre.

57i RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

Si nous réussissions à fau'e naître et à répandre, plus ou moins, l'idée qu'une entente commerciale avec l'Autriche serait avantageuse , nous y trouverions un point de départ pratique pour la réalisation ultérieure de nos projets. Si, — puisque la question de donner à la politique commerciale un caractère plus positif et reposant sur des bases essentiellement autrichiennes doit être agitée en ce moment, — on jugeait opportun de faciliter, en tenant compte des circonstances, le mouvement qui entraîne le commerce autrichien vers la mer Adriatique , nous y trouverions peut- être une forme pratique pour organiser notre situation commerciale sans éveiller la moindre susceptibilité et de manière à amener les États italiens qui se trouvent dans notre voisinage à tourner spontanément leur attention vers nous et à voir, dans l'attitude prise par nous, l'occasion et le motif d'une entente avec nous. Je regarde cette éventualité comme d'autant plus probable que, dans d'autres circonstances déjà, notaminent par suite du désir exprimé par le Gouvernement royal de Sardaigne , la question d'une entente commerciale avec nous a été discutée, mais qu'elle a dû être écartée à cause de notre persistance à maintenirnotre système prohibitif.

Les dang^ers qui pourraient menacer le repos intérieur de la Péninsule italienne dérivent moins de l'existence de sectes subversives que du degré de confiance avec laquelle ces sectes croient pouvoir compter sur l'appui de la France. La puissance de l'Autriche, unie à celle de la Sardaigne, pourrait tenir tète avec succès à Tinfluence française, si elle essayait de franchir la frontière et de pénétrer en Italie ; mais il est impossible à ces deux puissances de protéger la sécurité des côtes de l'Itahe contre des empiétements français. L'intérêt que la Grande- Bretagne prend au repos intérieur de l'Italie est seul capable de garantir la sécurité des côtes de la Péninsule , et l'exemple d'Ancône a montré à quoi il faut s'attendre de la part de la France dès qu'elle se voit en présence d'une Angleterre à laquelle le maintien de ce qui existe et le repos de l'Italie sont indifférents. Si donc l'Autriche doit avoir à cœur de profiter de ses relations politiques avec la Grande-Bretagne pour placer

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le pavillon anglais comme barrière entre la France et les côtes de ritalie, il est évident, d'autre part, que sur le terrain commercial nous ne pouvons rien faire qui soit de nature à mettre en conflit la situation commerciale des États italiens et l'intérêt commercial de l'Angleterre. Nous devrions viser, au contraire, à amener la fusion de nos intérêts commerciaux avec ceux des États italiens, d'une manière qui pourrait en même temps se concilier avec les intérêts de l'Angleterre.

A ces considérations vient s'ajouter celle que les États de l'Italie sont déjà en relations régulières et suivies avec les grandes puissances maritimes. Naples est liée avec l'Angleterre et la France par des traités qui rendraient impossibles des mesures tendant à rendre difficile pour les produits de l'industrie étrangère l'accès du marché napolitain. La Sardaigne est dans une situation semblable vis-à-vis de l'Angleterre, tandis que la politique commerciale de la Toscane a toujours consisté à favoriser chez elle une sorte de commerce universel qui assure au commerce de chaque nation individuelle , sans exception, les plus grands avantages possibles, de telle sorte que toute la Toscane peut être considérée, pour ainsi dire, comme un port franc.

Votre Excellence ne manquera pas de reconnaître, dans sa sagesse, que, dans le cas où l'on réussirait à fondre les intérêts commerciaux de l'Autriche avec ceux de l'Italie, fusion équivalant à un nouveau lien qui assurerait au repos de l'Italie la protection de la puissance britannique aussi sérieusement que des intérêts commerciaux peuvent le faire, on aurait contribué à asseoir la paix générale sur des bases inébranlables. Aussi ne puis-je qu'approuver entièrement le projet de soumettre à un examen plus approfondi l'idée , formulée par Votre Excellence, d'une impulsion plus féconde à donner à notre commerce avec ITtalie ; je prendrai surtout à tâche de mettre au service de Votre Excellence tous les moyens dont je puis disposer dans ma sphère d'action et qui sont capables de conduire à ce résultat*.

* Les négociations engagées diplomatiquement entre l'Autriclie et la Sardaigne en vue d'amener l'abaissement réciproque des droits d'importation

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