VI
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trois heures, nous étions à Mayence, où nous sommes descendus au magnifique hôtel du Rhin.
Francfort, le 27 septemljre.
Tous les savants , qui avaient justement une réunion à Mayence, toutes les autorités, et Dieu sait qui encore, sont venus de hon matin présenter leurs hommages à mon pauvre mari. Le soir, nous sommes arrivés à Francfort.
V^ienne, le 21 octobre.
Après le dîner, j'ai lu les Lettres de Paris, par Gutzkow, qui intéressent et amusent Clément.
23 octobre.
Clément a passé une nuit très-agitée, et ce matin il était plus énervé que d'ordinaire. J'avais prié Gervay de faire envoyer chez lui, par l'Empereur et l'Archiduc Louis, le docteur Raymann. Nous aurions craint de lui dire que nous désirions qu'il vît ce médecin. Celui-ci est donc venu comme par hasard. Clément lui a parlé longuement, et après cette conversation il a été rassuré. Raymann ne le trouve pas malade, mais il veut conférer avec le docteur Jaeger au sujet d'un remède à employer pour empêcher le retour des accès nerveux.
6 novembre.
Un professeur de chimie est venu chez nous ; nous avons fait des essais de galvanoplastie, nous avons doré des cuillers, des couteaux, etc. Flahault était des nôtres, et il s'est vivement intéressé à nos expériences.
30 novembre.
J'ai vu de ma fenêtre l'enterrement de la pauvre Nani Herberstein. C'est une excellente femme de moins. Elle était très-
attachée à Clément et à moi, et elle nous a donné des preuves nombreuses de son affection.
3 décembre.
Le prince Léopold de Salerne est venu prendrte congé de nous. Il part pour Naples, ce dont il est désespéré. Il dit que son unique désir est de régler ses affaires à Naples et de revenir ensuite finir ses jours dans notre pays, auquel il s'est tant attaché.
Clément veut rester en communication constante avec le nouveau chancelier aulique de Bohème (Inzaghi), et je creis que, relativement aux affaires intérieures, il a raison.
11 décembre.
Le nouvel ambassadeur de Turquie, Reschid-Pacha, est venu me faire visite. Il a pris de l'embonpoint ; on dit qu'il est très-heureux de se retrouver dans un pays civilisé.
16 décembre.
Tettenborn m'a présenté les princes badois. Us m'ont apporté une très-aimable lettre de la grande-duchesse Stéphanie. Le prince héritier a bonne tenue et fait une impression favorable ; son frère, qui n'a encore que seize ans, paraît être encore mieux doué. Nous avons eu ensemble une conversation très-longue et très-agréable.
29 décembre.
Le duc de Bordeaux est venu chez moi, accompagné du duc de Lévis. Il a pris de l'embonpoint, ce qui le fait paraître un peu plus petit qu'il ne l'est réellement. Il parle agréablement, a de l'assurance et fait la meilleure impression.
31 décembre.
Pour ce soir, on nous avait ménagé une agréable surprise : c'était une mascarade qui a très-bien réussi et qui nous a déli-
vrés, Clément et moi, des tristes pensées dont je ne pouvais, moi surtout, me défendre. A minuit, nous nous sommes embrassés avec effusion, et j'ai adressé à Dieu une fervente prière pour qu'il ait pitié de nous dan« l'année qui va s'ouvrir, comme il a été miséricordieux à noire égard pendant celle qui finit en ce moment.
EXTRAITS DE LETTRES CONFIDENTIELLES DE METTER>'ICII A APPONYI , A PARIS, ÉCRITES DU 4 MARS AU 8 DECEMBRE 1842.
liSâ. Les troubles du Liban. — La France refuse de ratifier le traité de Londres relatif au droit de visite ayant pour objet la suppression de l'esclavage. — 1433. Tableau de la situation de l'Espagne pour Louis-Pliilippe. — La position de Guizot s'affermit. — 1434. Mort soudaine du duc d'Orléans. — 1435. Portrait du Iloi de Prusse. — Encore la catastrophe de Paris et ses conséquences. — 1436. Sauzet président de la Chambre des députés. — La loi de régence en France. — Dépêche de Guizot, relative à l'affaire du Liban. — Attitude du duc de Bordeaux à l'occasion de la mort du duc d'Orléans. — Retour du comte Maurice Esterhazy de Bourges. — 1437. Éloge de Guizot. — 1438. Présentation de la loi de régence. — 1439. Voyage de Metternich à Cologne pour assistera la fête de la pose de la première pierre du Dôme. — Discours du Roi de Prusse. — L'ancien jeu de Thiers. — 1440. Projet d'une union douanière entre la France et la Belgique. — 1441. Sur le même sujet.
Metternich à Apponyi. Vienne, ce 4 mars 1842.
1452. J'espère que M. Guizot acceptera le point de vue que j'établis pour la conduite de l'affaire du Liban*. Ce qui reste-
* Il s'agit de la guerre des Druses et des Maronites dans le Liban. Le prince de Metternich envisageait la question sous deux faces, au point de vue politique et au point de vue religieux. L'Autriche et la France, disait-il, sont d'accord sur la question religieuse, tout à fait comme l'Angleterre et la Prusse le sont ou croient l'être ; tandis que la Russie , qui a la force pour elle, juend une place à part. Dans la question politique, l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse et la Russie, en qualité de signataires du traité de juillet, par lequel elles ont rendu la Syrie au Sultan, sont placées sur la même ligne, tandis que la France est isolée. Pour mettre fin à cette complication, le prince de Metternich propose que, du côté des cinq puissances, on se borne à de-
rait en deçà de Tattitude que nous proposons , annulerait toute action de la part des puissances dans une question où, à côté des intérêts politiques et d'humanité, se trouve également engagé l'honneur de celles qui ont, par leurs efforts, rendu la Syrie au Sultan. Aller au delà, ce serait manquer le but. J'ai le sentiment d avoir tellement éclairé la matière par tout ce que i écris aujourd hui à M. Guizot, qu'il ne me reste rien à y ajouter.
L'attitude du ministère français me semble s'être améliorée, sans qu'il me soit possible d'étendre ce jugement à la situation {fénérale de la France et du Gouvernement de ce pays. Le refus de la ratification du traité de Londres * est, j'en suis convaincu, la suite d'une impossibilité d'agir autrement, mais l'événement n'en est ])as moins fâcheux pour le Cabinet français. En l'examinant dans son ensemble, il présente un côté vraiment ridicule. On a vu des Cours se refuser à ratifier un arrangement qui leur avait été imposé par des circonstances indépendantes de leur volonté, mais le cas présent est, sans exception, le premier dans lequel un gouvernement recule devant l'accomplissement d'un arrangement que non-seulement il a sollicité lui-même, mais au concours duquel il a invité d'autres Cours ! Une situation pareille ne peut être que la suite d'une légèreté compromettante et qui écarte la confiance.
L'Espagne donnera bien de la besogne à la France dans
mander en commun à la Porle : 1" que la mission d'Oiner-Paclia, qui a été' chargé par le séraskier de rétablir l'ordre, soit regardée comme une mission purement temporaire, et qu'elle soit restreinte à la plus courte durée possible ; 2" que la haute direction de l'administration de la montagne soit rendue à la famille Schehab. [Noie de VÉdUeur.)
* Il s'agit ici du traité de Londres du 20 décembre 1841, traité relatif au droit réciproque de visite, droit établi dans le but de supprimer la traite. En 1831, la France et l'Angleterre s'étaient reconnu ce droit de visite, mais seulement sur les côtes de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Le nouveau traité étendit le droit de visite des côtes de l'Inde jusqu'à la côte orientale de l'Amérique. L'Autriche, la Prusse et la Russie accédèrent à ce traité, pendant que la France, partageant les sentiments qu'avtient provoqués dans les Chambres les vexations que les Anglais venaient de se permettre en visitant des navires français, refusait de le ratifier.
(^Note de l'Éditeur.)
le courant de rannée. Dans tout ce qui regarde ce malheureux pays, le Gouvernement français n'a commis, depuis l'origine des maux qui pèsent sur ce pays, qu'une suite non interrompue de fautes. La politique de fantaisie, qui ne tient compte que de l'intérêt du moment, est une bien mauvaise conseillère !
20 juin.
1455. Veuillez vous charger de deux commissions.
Offrez mes respects au Roi Louis-Philippe, et priez-le de s'identifier avec ma pensée dans l'affaire espagnole. Réduite à ses termes les plus simples, cette affaire peut se résumer ainsi.
L'Espagne est un champ de bataille sur lequel se livrent plusieurs combats à la fois, et où il n'y a dès lors rien de plus difficile que de démêler les situations. Les idées dans les masses sont monarchiques; la population des villes est portée vers l'anarchie ; la démocratie est une plante exotique, importée dans le pays par des factieux ayant perdu l'espoir de se frayer chez eux le chemin de la foitune ; elle est prêchée dans les clubs par des jongleurs et accueillie par des dupes. Le caractère des Espagnols est éminemment indépendant, et leur respect pour le Roi équivaut à leur conviction religieuse ; ces deux puissances sont placées au-dessus de toutes les rivalités individuelles; l'Espagnol est prêt à obéir à ces pouvoirs; il n'entend point obéira son semblable, car il se regarde comme ayant les mêmes droits que lui. Le pays tout entier est en retard de plusieurs siècles, et des fourbes ou des fous veulent y implanter des idées et des formes qui jurent avec la civilisation espagnole, qui n'ont aucune racine dans l'histoire et dans les mœurs nationales, et qui dès lors doivent jeter l'Espagne dans une indicible confusion; en définitive, ces idées conduisent à un état de choses dont les anciennes colonies espagnoles offrent l'affligeant exemple, c'est-à-dire à des luttes entre de misérables chefs militaires dont chacun trouve des partisans prêts à se faire tuer, pourvu qu'ils puissent tuer à leur tour! Je ne suis pas Espagnol, mais je connais probablement mieux
le caractère des Espagnols qu'ils ne le connaissent euxinémes, car le point de vue d'où je pars est parfaitement dégagé de leurs passions !
Le moyen le plus efficace pour perpétu r le désordre dans le Royaume a été celui auquel on a employé la main moulante de Ferdinand. En attaquant la royauté dans son principe, on a livré le pays au désordre sans aucun frein possible. Notre idée est de rétablir ce principe, et tous les Espagnols de bon sens doivent le désirer.
La question est ainsi réduite à compter les hommes de cette trempe. Nous n'excluons pas des chances admissibles le mariage pur et simple du fils de Don Carlos ; ce que nous nions , c'est l'efficacité de la mesure. Nous pouvons conseiller et même insister auprès de Don Carlos sur ce qui à nos yeux porte le caractère d'un remède ; nous pouvons admettre ce qui, sans avoir cette valeur, vaudrait mieux cependant que toute autre union. Nous pouvons, sans nous compromettre, parler à Don Carlos et lui dire ce que nous pensons. Ni le Roi des Français ni la Reine d'Angleterre ne peuvent en faire autant, car leur position ne ressemble pas à celle de l'Empereur.
Le fond du mal est en Angleterre; il faut donc travailler autre part. Le Gouvernement anglais laissera faire, car il est composé d'hommessages et honnêtes; aussi souvent qu'il devra faire lui-même^ il suivra forcément la mauvaise voie. C'est le spectre du pacte de famille qui l'emporte auprès de lui sur toute autre considération, et s'il voulait le repousser, il ne le pourrait pas. La Grande-Bretagne est le pays aux impressions stéréotypes, et elles finissent par s'y revêtir d'un corps.
L'autre commission dont je désire que vous vous acquittiez regarde M. Guizot. Je félicite ce ministre de la constance qu'il a su mettre dans sa marche. Je regarde comme assurées les élections prochaines, et si Févénement répond à mes vœux, alors le ministère aura pris racine. En prenant ouvertement position surle terrain conservateur, l'administration actuelle a refoulé ses adversairessurcelui de la destruction, et ce terrain
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est impropre à une construction quelconque. Rien n'est misérable comme le programme des oppositions du jour, et celle qui doit se sentir la plus gênée, c'est celle qui soutient avec une absence comp ete de principes l'ambition personnelle d'un individu. Que M. Guizot triomphe chez lui, il peut être sûr de l'appui moral des hommes de bien du dehors. Un pays ne saurait prospérer sous le poids du changement perpétuel des gouvernants ; que l'administration actuelle se soutienne, et par cela même elle deviendra forte, car il n'y a pas un esprit bien fait en Europe qui ne désire que la France soit libre de ses mouvements, quand ceux qui sont appelés à les diriger sont eux-mêmes honnêtes et prudents.
Il n'y a pas dans ce moment une affaire notable sur le tapis, si ce n'est celle d'Espagne. Comme son caractère est plutôt chronique qu'actif, il faut régler dans ce sens le choix des remèdes. C'est ce que nous faisons.
18 juillet.
1434. Il me serait plus difficile d'ajouter peu que beaucoup à ce que je vous ai dit dans mes courtes dépêches de ce jour.
L'événement sur lequel elles portent est l'un des plus graves auxquels puisse atteindre l'imagination, et j'en trouve une preuve dans le fait que pour moi, penseur perpétuel, il ne m'était jamais entré dans l'esprit*.
Je reconnais au fait toute la valeur d'une catastrophe. Voici ce que je pense de la valeur des événements. Il y en a de deux espèces : les uns sontceuxdujour; les autres, ceux qui portent sur le lendemain. Entre deux, les seconds sont les plus difficiles à supporter, parce que les événements du jour prêtent à l'action, tandis que les autres retiennent l'action et la remplacent par l'attente.
Le jour est d'ailleurs circonscrit dans des limites con-
* Il s'agit de la mort soudaine et inattendue du duc d'Orléans; ce prince se tua en sautant de sa voiture, dont les chevaux s'étaient emportés pendairt qu'il se rendait à jNeuilly, le 13 juillet. (^JSote de rÉdileur.)
nues, tandis que les limites du lendemain sont indéfinies. La catastrophe du 13 juillet appartient à la seconde de ces catégories.
Les partis se classeront différemment dans leurs proportions ; ils se partageront en deux camps, — celui des conservateurs, et celui des hommes hostiles à ce qui existe. — La tâche des conservateurs sera de renforcer dans le présent le ])Ouvoir existant, afin d'assurer l'avenir. Les destructeurs feront le contraire; regardant l'avenir comtne leur domaine, ils s'efforceront d'amoindrir le pouvoir dans le présent, et les plus avancés voudront même en raccourcir le terme. Gomme les coups de pistolet participent aux contagions, il sera bon que le Roi ne s'aventure pas plus que de raison. Le crime est aujourd'hui ce qu il était hier; celui qui hier était entaché d inutilité, pourra cependant avoir perdu ce caractère aux yeux des fous du progrés.
La véritable tâche du jour sera celle de la régence, et elle ne sera pas facile à régler. Pourra-t-elle rester confiée à un seul Régent, ou les amis des prétendues garanties ne voudront-ils pas renforcer le Régent au moyeu d'un Conseil de régence? Mais alors, quel sera l'éveil donné aux ambitions particulières? La course aux portefeuilles ne sera-t-elle pas augmentée de celle au Conseil de régence?
Tout cela, mon cher comte, est fort grave, et renferme bien de l'étoffe pour des perturbations. Que le Gouvernement s'attache à rechercber les moyens de résistance !
L'Empereur a ordonné que le deuil soit pris immédiatement après l'arrivée du premier courrier de Paris. Il devra arriver dans les vingt-quatre heures. Sa Majesté n'a pas voulu attendre l'annonce formelle du décès.
30 juillet.
1435. Je partirai demain pour la Bohême, où je ne ferai qu un court séjour. J'irai rejoindre le Roi de Prusse sur les bords du Rhin, et cette course n'est pas sans m'effrayer plus ou moins! Le Roi est un singulier mélange de qualités émi-
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nentes avec certains défauts, parmi lesquels il faut ran^oer la passion qu'il a de tout remuer et d'agir de façon à mettre ses qualités en relief. J'ai bien peur qu'il ne soit entrain de tout bouleverser, son pays, et l'Allemagne tout entière. Il se croit une force de situation qu il n'a pas et que ne saurait avoir aucune créature humaine, j'entends celle d'arrêter la joixe des choses! Il y a bien assez de forces à combattre sans éveiller celles qu'il serait plus sage de laisser reposer. Le Roi tient beaucoup à me voir, et bon nombre de ses serviteurs les plus raisonnables désirent que je le voie. Je ne m'y refuserai donc pas, mais, je le répète, l'entreprise offre plus de chances pénibles que de chances de succès. Je serai aux bords du Rhin avant la fin du mois d'août et de retour à Vienne dans le dernier tiers du mois de septembre.
...La mort du duc d'Orléans est un événement dont les conséquences échappent aux calculs. Aussi Louis-Philippe a-t-il l'âme profondément déchirée, et, d'après les nouvelles du château, plus même que cette émotion ne semblait probable à ceux qui le connaissent le mieux. Le malheur de la France est d'être ingouvernable, et elle est dans cette triste condition parce que les débris d'une révolution sociale sont de mauvais matériaux pour la reconstruction, et que Louis XVIII a été un misérable architecte. Il avait à sa disposition les matériaux de l'antique monarchie, ceux de la révolution de 1789 et ceux de l'Empire. Au lieu de rejeter ceux de la révolution et de s'emparer de ceux des monarchies royale et impériale, il s'est replacé dans ses idées de 1789; mais avec les éléments d'une république on ne crée pas une monarchie. La catastrophe de 1830 a été un fait inévitable, et ce n'est pas en 18-42 que je le sens; je l'ai prêché du haut des toits depuis 1815. En 1819, la chute des Bourbons était déjà écrite dans le livre des destinées à prévoir.
Kœnigswart, 12 août.
145C. Une estafette de Francfort m'avait appris la nomination de M. Sauzet à la présidence de la Chambre, et j'en ai éprouvé une A'^éritable satisfaction. La première attaque contre
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le ministère n'ayant point réussi, il est permis d'admettre que celles qui seront encore dirigées contre lui éprouveront le même sort. C'est ce qu'il est important de voir se réaliser, dans l'intérêt de la France comme dans celui de l'Europe entière. Ce pays reste exposé à trop de vicissitudes pour que chaque condition propre à y renforcer le pouvoir n'ait pas, aux yeux des hommes réfléchis, la valeur d'un bienfait. Or, d'après ma conviction intime, aucune combinaison ministérielle ne saurait renfermer en elle-même les gages qu'offre celle du jour. Si j'avais besoin de chercher cette conviction hors de ma propre conscience, je trouverais à son appui un argument dans l'acharnement que les partis témoignent contre les hommes en place.
J'espère que la loi de la régence passera dans les termes de la proposition royale. La question, et toute la question, est comprise dans la désignation du premier agnat et dans l'indépendance de l'attitude du Régent. Tout ce qui serait ajouté ou diminué serait mauvais en pratique et insensé en théorie. C'est pour cela que les partis extrêmes, et peut-être quelques idéologues dans les centres, voudront ce que le Gouvernement devra repousser. Plus il posera les questions nettement, plus il aura de chances de succès.
M. le comte de Fiahault, que j'ai la satisfaction de posséder ici comme proche voisin, a reçu hier un courrier de Paris. Il m'a donné connaissance d'une dépêche excellente de M. Guizot à M. de Bourqueney. Elle développe à merveille les raisons qui devront engager la Porte, — si elle a le sens commun, — à entrer dans les vues bienveillantes des Cours relativement à l'arrangement des affaires du Liban. Les représentants des cinq Cours lui tenant un même langage, il existe des chances pour que le Divan recule sur la mesure détestable qu'il a conçue et mise à exécution sans crier gare. Quand il lui arrive de frapper un coup pareil, il croit toujours avoir accompli une magnifique œuvre de souveraineté.
M. de Fiahault m'a également lu une lettre particulière de M. Guizot en réponse à ce que j'avais appris au premier sur la manière dont l'affreux événement du 1 3 juillet a été accueilli
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à Kirchberg*. Veuillez dire à M. Guizot, et si vous en trouvez l'occasion, également au Roi, que je ferai connaître là-bas l'impression que Sa Majesté a reçue de la communication. M. de Flahault mandera probablement, par le courrier de ce jour, que M. le duc de Bordeaux, qui a appris la nouvelle peu après son arrivée à Teplitz, a fait dire le lendemain une messe à la paroisse de cette ville, à laquelle il a assisté avec tout ce qui compose sa suite. Il n'y a rien mis qui ressemblât à de l'ostentation, et toute la ville lui en a su gré.
Le comte Maurice Esterhazy est de retour de sa mission**; le résultat n'est ni un oui ni un non. Je vous expédierai sous peu un courrier qui vous apportera une copie du rapport circonstancié de mon voyageur, qu'il est occupé à mettre au net. Ce qui en résulte pour moi, c'est la décision de ne pas me rebuter dans la marche que nous suivons. Ce que je continue à demander au Cabinet français, c'est le secret.
13 août.
1457. 11 paraît que la raison a des chances pour elle en France. Si elle triomphe, — et il faut l'espérer, — le moment sera gagné ; le lendemain ne le sera pas pour cela, et c est celui-ci qui est effrayant. H y a aujourd'hui un mois que la catastrophe a eu lieu en France ; elle appartient ainsi déjà aux événements passés, dans un pays où les faits s'escomptent vite. Ce que l'esprit français, malgré sa légèreté, ne peut pas faire, c'est de diminuer la gravité d'un événement. Plus je cherche à me rendre compte de celle de la catastrophe de juillet, moins je parviens à lui trouver une issue. Je vous ai
* Endroit où résidait alors la famille de Charles X.
(^Note de l'Editeur.')
** Le comte Maurice Esterhazy avait été envoyé en mission secrète à Bourges dans le but de négocier un mariage entre l'Infant Charles-Louis et la Reine Isabelle. La réponse écrite que l'Infant remit à l'envoyé autrichien était ainsi conçue : « Etant prisonnier, je ne puis m'engager par aucune promesse ni contracter aucune obligation, parce quelles seraient nulles dans la position où je me trouve; une fois en liberté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour le bonheur de l'Espagne. » (JSote de l'Editeur.)
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8'<2). 621
dit en l'apprenant que je suis habitué à faire une différence entre les événements qui portent sur le jour qui court et ceux qui portent sur le lendemain, et que j'attache une bien autre valeur aux seconds qu'aux premiers. Une minorité et le règne d'un jeune prince qui la suit, sont des régimes difficiles à supporter pour un État solidement établi ; quelles conséquences le poids d'une pareille charge à supporter peut-il avoir pour un pays situé comîne l'est la France ? Prévoir ces conséquences est impossible, et dès lors quelle l^ase trouver pour asseoir un calcul sur ce qui échappe à l'esprit? Voilà ce que tout homme réfléchi doit sentir, en France comme au dehors de ce pays, et ce qui doit éveiller dans les esprits aventureux les plus étranges projets.
Les factieux ont raison de s'attaquer à M. Guizot comme ils le font. De tous les ministres depuis 1830 (et je n'ai aucune difficulté d étendre mon jugement également à ceux de la Restauration), aucun n'a possédé les qualités de M. Guizot. J'admets qu'il ait beaucoup appris en marchant, mais dans ce fait même se trouve un mérite. Les hommes qui ont la prétention de ne rien avoir à apprendre sont les pires. J'espère que la force des circonstances viendra en aide à M. Guizot, et qu'il gagnera la session. S'il en est ainsi, il a de bien grandes chances de fonder un ministère de durée, et c'est là un véritable besoin pour la France !
Vous pourrez donner connaissance à M. Guizot de ma dépêche réservée. Elle renferme quelques bonnes vérités, applicables à la France comme à l'Espagne. Le rapport du comte Esterhazv est parfaitement conçu.
26 août.
1438. C'est avec une vive satisfaction que j'ai appris le résultat des débats relatifs à la loi sur la régence. Elle est la seule raisonnable que le Gouvernement ait pu présenter, et la seule que des Chambres qui savent ce qu'elles doivent vouloir aient pu admettre*. Tout ce qui aurait été en dehors de
* Le Roi proposa son second fils, le duc de Nemours, comme Régent
l'esprit de cette loi eût été de l'erreur, et la seule objection que l'opposition radicale ait pu faire à la proposition, celle d'un appel à la nation, n'est que de la chicane. Dieu sait que je suis un scrutateur sévère du régime représentatif, et que personne plus que moi n'est prêt à lui appliquer une sévère critique; mais c'est parce que tel est le cas, et que je suis de ceux qui établissent en thèse que ceux qui veulent une chose doivent la vouloir avec ses avantages et ses embarras, que j'attache à V omnipotence parlementaire la valeur qui lui est due. Soutenir la thèse contraire, c'est se moquer du système représentatif et le réduire à une complète nullité pour le bien nécessaire ou possible. Les factieux n'iront pas demander au vote national la permission de renverser un ordre constitutionnel ; ils le renvei'seront s'ils le peuvent, et le déclareront mort de sa belle mort.
Nier l'omnipotence parlementaire, c'est priver l'ordre de choses existant de la faculté de résister aux attaques que dirigeront contre lui ses adversaires. Aussi les adversaires de la loi ont-ils été de bien misérables logiciens, et il serait difficile que parmi eux il n'y en eût pas qui regrettent d'avoir débité autant de non-sens.
Si je ne me trompe, la situation générale doit se prononcer d'une manière favorable à M. Guizot, car qui dit Guizot dit le ministère. Il saura employer utilement l'intervalle entre les deux sessions, et tous ceux qui connaissent les véritables besoins du pays lui viendront en aide, car, après tout, le pays vaut plus que les ambitions personnelles !
Johannisberj;, le 10 septembre.
1459. Je n'ai rien de politique à vous dire; il n'y a pas une sevile affaire sur le tapis, et notre politique, du moins, se borne à la tâche d'empêcher qu'il ne naisse des affaires. Nous nous rencontrons heureusement à cet égard avec les autres Cours.
pendant la minorité du comte de Paris, ce que la Chambre accepta le l*' septembre, après de longs débats. (^Nole de l'Éditeur.)
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l842). 623
Ma venue aux bords du Rhin n'a pas d'autre motif que de répondre à un appel du Roi de Prusse. Aussi ne suis-je chez moi qu'en passant. J'ai assisté à la cérémonie du 4 septembre à Cologne, et j'irai rejoindre le Roi à Coblentz. Lorsqu'il aura gagné des victoires sur des champs de bataille où il n'y a point de sang à verser, je pourrai lui parler à l'aise, et j'ai beaucoup à lui dire, dans son intérêt comme dans celui de son pays et de l'Allemagne.
Ce qui a eu lieu à Cologne a complètement réussi dans le sens de la chose, qui n'est autre que l'achèvement projeté d'un monument sans pareil*. A cette chose viennent se joindre tout naturellement des sentiments patriotiques que le Roi s'entend très-bien à exalter. Aussi le discours que Sa Majesté a adressé à la masse compacte placée en face de la tribune où a eu lieu la cérémonie de la pose de la pierre, ne plaira-t-il guère à Paris. Chacun est maître chez soi, et la politique de M. Thiers a éveillé un sentiment national allemand qui ne trouve son pendant que dans le sentiment catholique que le feu Roi de Prusse a trouvé moyen d'évoquer par ses fausses mesures protestantes! La cérémonie de Cologne a rendu bien frappante l'existence des deux effets d'une égale faute. Il faut tuer, si on le peut, son adversaire, mais jamais l'exciter par des mépris et des coups de fouet!
Vienne, le 8 décembre.
1440. Je n'ai reçu que le 30 votre lettre particulière du 20 novembre. Parmi les objets que vous y avez touchés, il y en a un qui recèle le germe de bien graves démêlés en Europe ; c'est pourquoi je regarde comme un devoir de vous exprimer à son sujet ma pensée tout entière.
Le projet d'une union douanière entre la France et la Belgique repose sur une idée que je déclare inexécutable. Vous savez que je n'ai pas l'habitude de puiser mes opinions dans des thèses abstraites; cela vous garantit donc qu'en for-
* Voir aussi les « Fêtes célébrées à l'occasion de la pose de la première pierre du Dôme de Cologne «, n° 1445. {Note de VÉditeiu-.)
mulant ma conviction dans des termes aussi catégoriques que je viens de le faire, je n'ai consulté qu'une saine pratique.
L'union douanière entre la France et la Belgique est impossible, parce que ni l'un ni l'autre de ces pays ne voudra provoquer une opposition qui finirait ou par l'abandon du projet ou par la rupture de la paix politique en Europe. Or, la France ni la Belgique ne pouvant vouloir de l'une ou de l'autre de ces compromissions, la chose tombera d'ellemême.
L'existence du Royaume belge est le produit de circonstances fortuites, mais non pas celui de conditions naturelles, soit géographiques, soit historiques, conditions sur lesquelles repose cependant la force véritable des Etats. Il suffirait de cette considération pour prouver que la nouvelle création, dans son intérêt bien entendu, ne doit point contrevenir aux conditions qui forment la base de son existence. En effet, moins cette existence s'apj^uie sur des bases naturelles , plus la Belgique doit éviter d'ébranler les bases factices de son origine. Je n'entends point entrer ici dans l'examen du droit des Gouvernements de régler, dans la plénitude de leur indépendance administrative, les intérêts du commerce et de l'industrie de leur pays ; je m'arrête aux seules considérations politiques, sauf à revenir, si la nécessité devait s'en présenter, à celles qui sont davantage placées dans le champ de la théorie.
En sortant, dans cette lettre, du cercle que je me suis tracé, je placerais prématurément sur un autre terrain la discussion de la thèse que je défends : cette thèse, c'est que les deux pays limitrophes, s'ils visent à suivre un système pratique, ne peuvent pas atteindre le but d'une union douanière, et que s'ils l'entreprenaient, ils arriveraient à des résultats forcément opposés à ce qui peut, à leurs yeux, avoir la valeur de motifs pour tenter l'aventure.
Considérant, ainsi que je viens de le dire, l'entreprise comme inexécutable, la tâche que j'ai à remplir est de développer les raisons que j'ai pour la juger telle, et de démontrer cette impossibilité. Ces raisons sont simples.
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l842). 625
L'AngleteiTe n'admettrait pas l'union douanière ; et aucune administration anglaise quelconque, de quelque couleur politique qu'elle fût, ne pourrait y donner son adhésion. Quant aux trois Cours continentales qui, avec l'Angleterre et la France, ont consacré la séparation de la Belgique et de la Hollande, elles ne pourraient que soutenir les conditions sur lesquelles repose cette séparation; cette attitude les réunirait à l'Angleterre sur le terrain de la résistance que cette puissance opposerait aussi à Tunion douanière à cause d'intérêts qui tiennent à sa position intérieure et qui, loin de compromettre le principe de l'existence donnée à la Belgique, en sont, au contraire, une puissante garantie. Il suffit, ce me semble, que ces faits soient admis, pour que, dans un court exposé qui n'a pas la prétention d'équivaloir à un travail, je puisse me dispenser d'aller à la recherche d'autres considérations, qui se présenteraient en foule si je voulais en faire l'énumération.
Tout le monde doit reconnaître que l'existence de la Belgique repose sur des considérations qui lui sont particulières ; tel étant le cas, cette position place nécessairement ce pays sous de certaines réserves. La séparation de la Belgique d'avec la Hollande a été l'œuvre des cinq grandes Cours; elles sont intervenues dans tout ce qui a rapport à la fixation du sort du Royaume, et pour consommer l'œuvre de son indépendance, elles lui ont garanti la neutralité perpétuelle. Du moment où cette base de l'existence de la nouvelle création sera regardée comme menacée par l'éminente majorité des garants de son existence, il est clair que ce n'est point à la minorité des puissances garantes, et tout aussi peu à l'Etat nouvellement créé, qu'il appartient de prononcer la non-existence de ce danger. Or, la question de l'union douanière est précisément une question de ce genre.
Telles sont, mon cher comte, les considérations que j'ai cru devoir consigner dans une lettre qui précise clairement le sentiment de notre Cour dans une question qui n'a pour nous de valeur que sous le point de vue politique. L'absence de tout autre intérêt qui nous serait particulier dans cette question
nous permet, plus qu'à d'autres, d'élever notre voix pour donner un avertissement. Les principes et les vues politiques de notre Cabinet sont généralement connus; je n'ai, à cet égard, ni de réserve à faire ni d'explication à donner. Dans la présente circonstance , nos principes et nos vues sont d'une application singulièrement facile; aussi, en m'expliquant comme je le fais, je me borne à remplir un devoir facile, vu qu'il porte le caractère d'un conseil d'ami.
Veuillez donner connaissance de la présente lettre à M. Guizot ; je prie ce ministre de vouloir bien la prendre pour ce qu'elle est, c est-à-dire pour la franche expression de notre conviction quant à ce qui ne se peut pas.
8 décembre.
1441. Mon autre lettre particulière du jour n'a, à ce qu'il me semble, nul besoin de commentaire. J'entends trop parler de l'objet que j'ai abordé dans cette lettre, et j'occupe une place trop centrale, pour ne point être à même de reconnaître le danger là où il se trouve. Dans la présente occurrence, ce danger est tout du côté de la France, ou, si l'on veut, du côté du Gouvernement français, et cela par la raison qu'en persistant à vouloir amener l'union douanière avec la Belgique, les deux seules chances qui se présenteraient pour le ministère français seraient, ou le retrait de ce projet, dans un moment où il aurait grandi parla suite que le Cabinet lui aurait donnée, ou les conséquences inséparables de sa poursuite. Or, entre deux, je ne saurais mettre en doute que la sagesse qui caractérise le Roi Louis-Philippe l'empêcherait de mettre en question la paix politique, et dans ce cas la nécessité d'abandonner le projet ne l'en exposerait pas moins, lui et son Gouvernement, à une pénible et fort dangereuse défaite morale ! Le cas est donc du nombre de ceux où il est sage de s'abstenir en temps utile, et je qualifie comme tel celui où les explications peuvent encore être couvertes du voile du secret entre les Cabinets.
Si dans cette question vous me voyez élever la voix sans la
moindre hésitation, cherchez-en la raison, d'une part, dans le sentiment que j'ai de l'existence d'un danger sérieux, et de l'autre, dans la circonstance que c'est aux Cabinets qui à légard d'une affaire sont placés sur un terrain parfaitement indépendant, de dire avec une entière franchise ce qu'ils pensent sur le compte de cette affaire. Notre Cour est, sous le point de vue administratif, dans une situation pareille là où il s'agit d'arrangements de commerce entre la France et la Belgique ; la question cependant se présente à nos regards sous un autre aspect, lorsque les circonstances ouvrent la porte à de graves perturbations politiques, — et cela surtout dans un temps où nous regardons les perturbations de cette espèce comme pleines de dangers pour la cause de l'ordre. Nous croyons alors remplir un devoir de conscience en avertissant ceux à qui nous reconnaissons les lumières nécessaires pour savoir en tenir compte.
Pour ma part, dans des cas pareils, je ne sais point m'enfermer dans le cercle étroit d'une diplomatie timorée ; je vais droit au fait, et je dis ce que je crois devoir être dit.
Veuillez, mon cher comte, présenter sous cet aspect à M. Guizot et au Roi lui-même, — si vous deviez en reconnaître l'utilité, ma démarche du jour, et recevoir, etc. *.
* On voit par une lettre postérieure (2 janvier 1843), adressée au comte de Woyna, à Saint-Pétersbourg, que le prince de Metternich considère le projet de riinion douanière entre la France et la Belgique comme enterré. Il écrit à ce sujet : « Je me reconnais quelque mérite relativement au genre d'action que j'ai regardé comme le seul qu'avec une chance d'utilité il me serait possible d'exercer sur cet intermède. Il y a des questions qui de leur nature sont tellement malignes, qu'il n'y faut point toucher ou les empoigner pour les étrangler de prime abord. La question en instance a dû passer par le second de ces remèdes, et je me suis décidé à l'employer immédiatement. L événement ayant justifié lentrepiise, il ne me reste qu'à m'en féliciter.
« L'idée de la reprise t/'wne conférence belge à Londres est de celles qui sont mort-nées. Pour notre part, nous n'y serions point entrés, et je doute fort qu'à Saint-Pétersbourg on y eût été plus disposé que nous ne l'avons été. Ma courte dépêche de ce jour vous rendra parfaitement claire la marche que notre esprit a suivie dans l'affaire, et il a suffi que nous eussions saisi celle-ci sous le point de vue sous lequel elle s'est présentée à nos regards, pour qu'une conférence ait du nous jiaraîlre une forme inadmissible dans l'occasion.
« La nuance que le Gouvernement français entend s'approprier dans
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UNION POSTALE DE l'aITTRICHE KT DE l' A LL E M A G NE. 1442. Metleinich à KUbeck (Note). Vienne, le 5 janvier 1842.
1442. J'ai examiné la note que Votre Excellence m'a adressée le 5 décembre de Tannée dernière, note relative à la création d'une union postale de l'Allemagne sous les auspices de l'Autriclie; je l'ai étudiée avec l'attention que comporte le grand intérêt que présente cette question, et je me trouve aujourd'hui en mesure de répondre à la demande que vous avez bien voulu m'adresser.
Je ne puis qu'approuver sans restriction l'idée considérée en elle-même, l'idée telle que Votre Excellence l'a conçue, savoir, qu'à la suite d'une entente générale des États de l'Allemagne, la correspondance entre eux serait facilitée si l'on adoptait un tarif postal uniforme, simple et modéré. La réalisation de cette idée ne manquerait pas de donner une impulsion plus vive au mouvement postal, d'augmenter ainsi les recettes des États, de simplifier l'administration, enfin de prendre le caractère d'un véritable bienfait, en supprimant l'affranchissement forcé, cette mesure incommode qui est en vigueur aujourd'hui, particulièrement pour la correspondance entre l'Autriche et les autres Etats de la Confédération...
Mais plus il me paraît désirable d'atteindre le but dont il s'agit, plus je pense que pour y parvenir tout à fait sûrement, il ne faut s'en approcher que pas à pas. Comme Votre Excellence le remarque fort justement, les négociations relatives à un objet compliqué qui touche à tant d'intérêts grands et petits, l'entente à poursuivre avec une foule de petits États qui
l'affaire lui est commandée par la circonstance. 11 fera accroire aux Chambres que c'est lui qui n'a pas voulu de l'union, et cela parce que l'idée a rencontré •de l'opposition en France. S'il entrait dans une autre voie, il perdrait le procès; il faut donc ne point le gêner dans celle qu'il a choisie, et cela non dans l'intérêt {gouvernemental français, mais bien dans celui de la défaite du projet d'union douanière. » (^ISole de l'Éditeur.)
UNION POSTALE, ETC. (l84-2). 629
ne sont pas toujours accessibles aux raisons d'une saine politique, et auxquels vient se joindre encore la maison de la Tour et Taxis avec ses inte'réts divergents et ses légitimes prétentions aune indemnité, toutes ces négociations, dis-je, rencontreront de grandes difficultés. Je regarde même ces difficultés comme insurmontables, tant que cette affaire, qui doit être négociée avec tant d'intéressés différents, ne reposera pas sur une base solide et que cette base ne sera pas acceptée par quelques-uns du moins. Plus sera grand le nombre de ceux qu'on aura gagnés pour la base à donner à l'affaire, plus il sera peut-être facile de rendre ce parti plus compacte encore par l'accession ultérieure d'autres intéressés.
Je suis donc d'avis que, de notre côté, il faut tàcber de gagner pour le système à introduire dorénavant cbez nous, c'est-à-dire pour celui de l'abaissement du tarif postal, du tarif à deux degrés, nos plus proches voisins, c'est-à-dire la Bavière, la Saxe et la Prusse. Ces pays formeraient ainsi le noyau d'une union plus étendue. Les avantages du système sont si évidents, l'expérience de chaque jour les ferait sauter aux yeux de tout le monde à tel point, que le désir de s'y associer gagnerait les États limitrophes, amènerait une extension tous les jours plus considérable du système, et hâterait le moment oii toute l'Allemagne ferait partie de l'union.
C'est en suivant une marche pareille, c'est en s'avançant pas à pas, que le ZoUverein prussien s'est formé jadis. C'est avec le grand-duché de Hesse seul que la Prusse a commencé à mettre en pratique le système créé par elle ; aujourd'hui, ce système embrasse la grande majorité des pays de la Confédération germanique, en dehors des États de l'Autriche.
Dans le cas où Votre Excellence approuverait les vues que je lui soumets, il y aurait lieu de suivre la marche désignée par Elle, avec cette seule différence que les idées relatives à la création de l'union postale, au lieu d'être commimiquées à tous les Etats en même temps, ne le seraient d'abord qu'à nos plus proches voisins, et même à l'État particulier auquel on s'adresserait dans cette question. Conformément à votre proposition^ je me ferais un devoir d'appuyer auprès des Gouvernements
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intéressés le memorandam que Yotre Excellence aurait soin de rédiger ; j'aurai soin de le soutenir par les voies diplomatiques, et d'abord confidentiellement *...