AV JOHANNISBERG
IWO. Voyage en lîohème et au Johannisberf;. — Dans le Spessait. — La pose de la première pierre à Cologne. — L'archevêque. — Stolzenfels. — ■ Voyage sur le Rhin. — L'Archiduc Jean.
EUischau, le 31 juillet.
1450. Ap'ès avoir assiste à la messe, nous nous sommes rendus à huit heures du soir au chemin de fer, pour aller à Stockerau. Nous avons dîné à Gœpfrilz, couché à Schrems, où nous avons été reçus par les Vrints et par Bombelles, que Clément avait fait Avenir. Le 1", nous nous sommes mis en voiture à sept heures ; nous avons dîné à Budweis et passé la nuit chez Taaffe, à EUischau.
Plass, le 2 août.
Nous sommes arrivés à Plass à cinq heures, après avoir été horriblement cahotés sur des chemins affreux. Les enfants sont arrivés à bon port. Après le dîner, nous avons visité l'usine, où le directeur Blùmel a vraiment fait des miracles. Il a établi des machines qui sont dignes de TAngleterre. Clément en a été enchanté.
Clément Iliigel est arrivé à dix heures du soir. Il m'a apporté la nouvelle de la mort de Wenceslas Liechtenstein.
Joliannisberg, 27-30 août.
Nous avons quitté Kœnigswart à neuf heures, et nous sommes arrivés à sept heures à Baireuth. Le lendemain, nous
sommes arrivés heureusement jusqu'à Bamberg , où nous avons dîné; la pluie n'a cessé de nous accompagner pendant tout le trajet; à neuf heures du soir, nous sommes arrivés à Wurzbourg, où nous avons trouvé une invitation pressante du comte d'Ingelheim à venir dîner et coucher chez lui à Mespelhrunn, dans le Spessart. Nous avons visité le château de Wurzbourg, qui renferme encore quelques salles décorées par les princes électeurs d'autrefois. A sept heures, nous nous sommes mis en route, et nous sommes arrivés à trois heures, par un temps magnifique, dans le Spessart. Les Ingelheim, père, mère et fils, nous, attendaient sur la grande route. Ils nous ont fait monter dans leurs petites calèches, et nos grosses voitures ont dû nous suivre. La comtesse d'Ingelheim et moi, nous nous étions mises dans une petite calèche qui suivait la voiture dans laquelle étaient le comte et Clément. La route est bonne, mais très-étroite; elle a été percée dans la montagne, qui à droite s'élève à pic, tandis qu'à gauche est un abîme béant. Le pays est beau, les ai'bres sont magnifiques; seulement, on a oublié de proléger la route du côté des précipices par des parapets, ce qui ne m'a pas frappée tant que le chemin a été bon. Tout à coup, à quelques milliers de pas du château, retentit une détonation; c était vm coup de feu tiré en notre honneur et destiné à saluer notre arrivée ; mais il eut pour résultat de faire prendre, à mon grand effroi, le galop à nos chevaux. Madame d'Ingelheim cria au cocher d'aller doucement; mais je voyais bien que ses recommandations restaient sans effet, et que le pauvre homme n'était plus maître de ses bétes, qui étaient parties d'une allure furieuse et, comme nous descendions une côte, allaient de plus en plus vite. Je remarquai que la comtesse d'Ingelheim s'était emparée des rênes et s'efforçait de son mieux de les tenir ferme. Je fis machinalement le même mouvement ; mais remarquant que cela servait à pousser les chevaux vers l'abîme, je préférai rester tranquillement à ma place, en m'enfonçant en arrière autant que possible. Le cocher, qui connaissait le pays, et qui savait qu'en cet endroit se trouve un profond marais, fit un dernier effort, un effort désespéré pour tirer les rênes à droite.
ii06 RECUEIL DE DOCUxMENTS (1835-1848).
Malheureusement elles se rompirent ; à ce moment de danger suprême , le cocher consterné laissa échapper les premières paroles qu'il eût prononcées jusque-là. Il dit : « Maintenant, nous sommes perdus! » Au même moment, les chevaux atteignaient la voiture dans laquelle se trouvait Clément, et nous poussâmes un cri violent, afin qu'ils fussent prêts à résister au choc qui allait inévitablement se produire. Mais au lieu de s'arrêter, les chevaux se jetèrent à gauche, du côté du marais, et nous lancèrent d'un mur de rocher de plus de dix pieds de hauteur sur un petit pré qui mesurait tout au plus quinze mètres carrés ; ce pré était bordé d'un côté par le marais, de l'autre par un petit jardin entouré d'un treillis de lattes pointues. La comtesse d'Ingelheim fut lancée hors de la voiture ; moi, je ne tombai pas tout de suite; mais, quand la voiture se renversa, je fus roulée comme une boule. Je tombai d'abord sur la tête ; mais, après une seconde secousse de la voiture, qui roula encore plus bas, je fus jetée sur le côté gauche. Je n eus pas un seul instant de frayeur, car envoyant que j'étais seule à tomber, et que celui qui m'était cher avant tout était sain et sauf, je n'eus, sans pouvoir dire pourquoi, pas la moindre inquiétude. Je voulais surtout sortir de la voiture pour rassurer mon mari, qui était à côté de nous et qui nous avait vues tomber sans pouvoir quitter sa voiture, et pour lui dire que je n'avais pas de mal. Le pauvre Clément avait eu une frayeur épouvantable. La comtesse d'Ingelheim avait un bras enllé et une écorchure au pied; quant à moi, je ressentais des douleurs à la hanche, et ma tête était tellement endolorie que je ne savais pas exactement où j'étais. Nous eûmes pourtant la force d'aller à pied jusqu'au château, qui n'était pas loin. Heureusement, les Ingelheim avaient à la maison deux grandes bouteilles d'arnica; nous nous couvrîmes de compresses, et après quelques heures nous fûmes en état de nous remuer. Le cocher aussi n'avait que des contusions sans gravité; quant aux chevaux, ils étaient entièrement sains et saufs. La voiture seule était brisée en mille morceaux.
Nous avons dormi très-bien, et nous avons remercié Dieu. Nous avons été touchés de la joie et de la vive sympathie de
tous ceux qui nous entouraient. Après le déjeuner, nous sommes allés voir l'endioit où s'était produit cet accident, auquel nous avons si heureusement échappé ; nous avons frémi à la pensée du malheur qui aurait pu survenir.
Nous sommes partis de Mespelbrunn à dix heures, et à trois heures nous étions à Francfort, où Mùnch nous a donné un excellent dîner. Ensuite, nous sommes allés en chemin de fer à Wiesbaden, et nous ne sommes arrivés qu'à neuf heures au Johannisberg, pleins de la reconnaissance la plus vive envers Dieu.
6 septembre.
J'ai été avec le baron Werner et de Pont à Rùdesheim pour attendre Clément*, qui a assisté à la pose de la première pierre du Dôme de Cologne. Nous avons attendu longtemps avant que l'appai'ition d'un bateau à vapeur pavoisé nous fit espérer son arrivée. Mais nous fûmes très-déçus en voyant ce bateau continuer sa route. Enfin, nous trouvâmes Clément à Geisenheim ; il se portait on ne peut mieux, et était très-content de son excursion et de tout ce qu'il avait vu. Le Roi l'avait embrassé en présence de toute l'assemblée, et ensuite il lui avait demandé du haut de la tribune : « Avez-vous déjà signé votre nom?» Les signatures ont été déposées dans la pierre fondamentale de la nouvelle construction. Le discours de l'archevêque était imprégué de l'esprit apostolique. Clément dit que le nouveau prélat s'est conduit avec un tact admirable, rendant à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
14 septembre.
Un bateau à vapeur nous a conduits à Coblentz par un temps magnifique. Nous avons vu Stolzenfels, où l'on attend le Roi, richement décoré et pavoisé; Coblentz était également
* Sur l'excursion faite par le prince à Cologne pour assister à la fête de la pose delapremière pierre du Dôme, voir les lettres de Metternich à sa femme, n»s 1445-1446. (iYo«e de VÉdiienv.)
orné de guirlandes et de drapeaux. Le Roi a fait son entrée à six heures, puis il s'est rembarqué pour aller à Stolzenfels.
Coljlentz, 15 septemljre.
J'ai reçu la visite de l'archevêque de Cologne, qui, par son esprit et ses connaissances, la fermeté de son langage et sa grande simplicité, a fait la meilleure impression sur moi. Le lloi a fait inviter Clément à venir dès demain dîner à Stolzenfels; plus tard, Werner et Iliigel ont reçu la même invitation. Comme je n'ai reçu la mienne qu'à trois heures, au moment où Clément se mettait en route avec l'Archiduc Jean, j'ai préféré restera la maison.
16 septembre.
Le prince de Prusse et le prince Charles de Bavière sont venus me rendre visite. A deux heures et demie nous sommes allés à Stolzenfels. Le château est situé à trois quarts de lieue de Coblenlz ; il n'était qu'une ruine lorsque la ville de Cohlentz en a fait don au Roi actuel, du vivant de son père. Ce n'est qu'après son avènement que ce prince la fait restaurer à grands frais. Le chemin qui y conduit est charmant ; c'est un travail digne des Romains. Le château a été reconstruit dans le style moyen âge. De tous les côtés la vue est belle; mais l'arrangement intérieur ne cadre pas avec le reste. La Reine a été très-aimable à mon égard. Tous les princes ont assisté au diner, ainsi que la duchesse de Nassau, la grande-duchesse Stéphanie avec sa fdle, et environ cinquante autres invités.
17 septembre.
Nous avons encore dîné aujourd'hui à Stolzenfels; ensuite le Roi nous a invités à faire avec lui et toute la famille royale un petit voyage sur le Rhin jusqu'à Rheinstein.
Clément est content des entretiens qu'il a eus avec le Roi. Ce dernier est animé des meilleures intentions.
18 septembre.
Bûlow est venu de très-bonne heure chez mon mari. Le Roi a réuni un conseil de ministres pour discuter les conseils que lui a donnés Clément et pour rapporter différents arrêtés qu'il avait déjà pris.
A onze heures, nous sommes montés en bateau pour attendre la Cour. La princesse Frédéric des Pays-Bas et son mari, les princes de Mecklembourg et de Nassau ont été du voyage. Nous ne sommes arrivés qu'à sept heures du soir à Rheinstein, où toute la Cour s'est rendue au château du prince Frédéric, pendant que nous poursuivions notre route pour aller au Johannisberg. L'Archiduc Jean est venu aussi avec nous. Il a fait la meilleure impression sur les bords du Rhin.
19 septembre.
L'Archiduc Jean a visité aujourd'hui nos vignobles, et à ce propos il a montré des connaissances spéciales qui ont étonné nos connaisseurs les plus expérimentés. Il a fait aussi venir un vigneron de Geisenheim pour lui donner des nouvelles de son fils, qui est au service de l'Archiduc en Styrie. Demain il dînera chez le duc de Nassau, à la Platte, et ensuite il continuera son voyage dans la direction de Vienne.
RETOUR A VIENNE
1431. Retour à Vienne. — Essais- de galvanoplastie. — Mort de la comtesse JSfani Herberstein. — Le prince de Salerne. — Inzaghi. — Rescbid-Pacha. — Les princes badois. — Le duc de Bordeaux. — Fin de l'année.
Mayence, le 26 septembre.
1451. Il m'en a coûté de quitter le Johannisberg; je m'en suis éloignée avec un sentiment de douleur et de regret. A