INTRODUCTION DE LA CHARTE DE DOM PEDRO DANS LE PORTUGAL
1444. Metternicli au baron de Marschall, à Lisbonne (D.). Vienne, le 27 avril 1842.
1444. J'ai reçu successivement tous les rapports que Votre Excellence m'a adressés depuis son arrivée à Lisbonne, y compris celui du 11 de ce mois.
Si je me suis abstenu jusqu'ici d'y répondre, ce n'est certes pas que ces rapports fussent dépourvus d'intérêt, mais parce
ee2 RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).
que je n'avais aucune instruction spéciale à vous donner, Monsieur le baron, et que celles qu'aurait réclamées la dernière crise seraient en tout cas arrivées après coup.
Je n'hésite nullement à vous exprimer avec franchise l'opinion du Cabinet de Sa Majesté 1 Empereur sur l'événement grave qui a changé subitement la forme du Gouvernement en Portugal*. Le moyen employé pour substituer la Charte de Dom Pedro à la constitution de 1838 nous a paru condamnable et dangereux comme précédent ; nous nous sommes donc sincèrement féhcités en apprenant que la Couronne n'avait été pour rien dans cette intrigue. En ce qui concerne la valeur relative des deux constitutions, nous ne sommes point aveugles sur ce qu'il peut y avoir de meilleur dans la Charte que dans la constitution de 1838; elle renferme plus de garanties en faveur des principes monarchique et aristocratique, et nous sommes d'avis que si le changement opéré est habilement exploité, non dans l'intérêt d'un parti, mais dans celui du pays et du Trône, le pouvoir et la nation portugaise pourront y gagner.
Voilà, Monsieur le baron, l'impression que cet événement nous a laissée, et c'est aussi le point de vue sous lequel M. le maréclial Saldanha me l'a constamment représenté. Le langage de cet envoyé, qui se montre l'organe fidèle de sa Souveraine, a toujours été conforme à l'opinion que vous me dites être celle de sa Cour, et je ne puis par conséquent m'expliquer d'où proviennent les doutes que le Roi vous a manifestés à cet égard dans l'entretien dont il vous a honoré ; je prie Votre Excellence de s'appliquer à détruire une prévention qui n'est nullement fondée**.
* On sait qu'à la suite d'un mouvement populaire la municipalité de Lisbonne avait demandé le rétablissement de la Charte de Dom Pedro. La Heine y consentit et nomma le duc de Terceira président du Conseil des ministres et ministre de la guerre. [Note de VÉdileur.)
** Dans une lettre antérieure, datée du 4 mars et adressée à M. de Tl)oni,à Paris, leprincede Metternich écrivait relativement à l'introduction de la Charte dans le Portugal : « Le Portugal et l'Espagne font et défont leurs lois fondamentales au gré des baïonnettes. Le Gouvernement espagnol a offert son appui à la Reine de Portugal. Que devient ici le princij)e de non-interven-
FÊTE A COLOGNE (l842). 63S