FETE DE LA POSE DE LA PREMIERE PIEHRE DU DOME DE COLOGNE
EXTRAITS DE LETTRES PARTICULIERES ECRITES PAR IMETTERMCII A SA FEMME, DU 3 AU 4 SEPTEMBRE 1842.
Cologne, 3 septembre 1842.
1445. ...Le Roi est arrivé à huit heures. Il boite encore ^ mais cela ne l'arrête pas dans son activité. L'Archiduc (Jean) est arrivé une demi-heure avant lui. J'ai été le voir immédiatement. Canitz et Biilow sont venus chez moi au sortir de l'audience de Sa Majesté, où se sont présentés les gens du pays.
Voici ce qui est arrêté quant à moi. Le Roi va demain à huit heures à son église. A neuf heures et demie commence la cérémonie à la cathédrale ; il y aura une grand'messe, à laquelle assistera le Roi et où je rencontrerai pour la première fois la Cour. Puis il y aura la pose de la pierre, et à la suite de cette cérémonie un déjeuner dînatoire de sept cents personnes. Puis tout sera dit, à une illumination près, que je n'irai pas voir. Je verrai le Roi chez lui après le soi-disant déjeuner.
Le Roi m'a faire dire par le baron de Bùlovv qu'il est parfaitement d'accord avec mon plan de campagne. Ce qu'il veut, c'est que j'aille dîner chez lui après-demain à Brùhl. J'ai accepté, car ce château est près de Bonn. J'en repartirai après le dîner pour aller coucher à Goblentz, et je vous arriverai avec le premier bateau à vapeur le 6, pour le dîner. Le Roi est charmé de mon projet de le rejoindre à Goblentz.
Lord et lady Westmoreland sortent de chez moi. Ils viennent d'arriver, lui de Dùsseldorf, et elle de Londres. Le duc de Cobourg n'est pas ici; il paraît s'être ravisé.
Voilà tout ce que je sais ce soir. Il me paraît que demainj e n'en saurai guère davantage.
tion? Quelle est la voix, dans le camp des prétendus libéraux, qni se serait prononcée contre le secours qu'Espartero était prêt à accorder aux septembristes? .. (Note de F Editeur.)
634 KECUEIL DE DOCUMENTS (1835-184S).
4 septembre.
1446. Je VOUS écris, ma bonne amie, à la fin d'une longue mais belle journée. Je commencerai mon récit par vous dire que je ne suis pas plus fatigué que si j'avais passé mon temps à faire ce qui entre dans mes habitudes journalières. Gela dit, voici ce qui s'est passé.
A neuf heures, je suis allé chez l'Archiduc avec ma suite, et nous nous sommes rendus ensemble au rendez-vous, qui était fixé devant le grand portail du Dôme. Le Roi est arrivé quelques minutes après nous; il a salué la compagnie et m'a sauté au cou (prenez la phrase à la lettre) ; là, on a attendu quelques instants, puis on est entré processionnellement dans l'église, dont la nef, que vous avez vue obstruée par des échafaudages, est déblayée sans être plus avancée qu'elle ne l'était l'année dernière. L'archevêque Geissel attendait Leurs Majestés à l'entrée, et s'est, comme de juste, borné à les saluer et à adresser au Roi un fort beau discours. Le Roi n'a pas pris place sous le dais, mais sur une banquette ornée. Les princes de la maison et les étrangers ont occupé le reste du chœur. La grand'messe a été parfaite, mais trop longue comme musique; elle a duré près d'une heure trois quarts. Je vous conterai de vive voix ce qui est relatif aux nuances délicates. On voit que l'archevêque entend son métier et que le Roi entend le sien. L'affaire terminée, on s'est rendu sur une estrade prés de la façade de l'église. Là, a commencé la cérémonie de la pose de la pierre, qui a bien duré deux bevires et demie. Il y a eu quatre harangues, dont la première a été prononcée parle Roi avec une grande éloquence. Puis on s'est réuni sous une immense tente, où sept cents convives ont trouvé leur couvert mis. J'ai lieu de croire que toutes les tables ont été bien servies ; celle du Roi l'était parfaitement.
Puis je suis rentré chez moi après huit heures de plaisir. C'est ce que vous dormez d'heures !
Maintenant, parlons de fédifice. Vous ne vous faites pas une idée de la beauté du chœur, ni de tout ce qui y a été fait depuis
VICTOIRES DES ANGLAIS (l842). 635
notre dernière visite. Je vous expliquerai tout cela, car il me faudrait trop de temps pour l'écrire, et c'est ce temps que je ne trouve pas, tant je suis abîmé de visites de princes et d'amis. Les premiers que j'ai eu le bonheur de rencontrer, ce sont le major Gall, qui revient du fond de la Norvège, et le général Grossard, qui vient du Rennweg. Puis Humboldt, Bûlow, Ganitz, tous les ministres prussiens, passés, présents et futurs, tous les grands et petits ducs, princes et comtes, de toutes les parties de l'Allemagne, tous les prêtres du diocèse de Cologne, et tous les parents et amis de la famille Leiden, etc.
Tout Gologne navigue, à l'heure où je vous écris, sur le Rhin, pour voir l'illumination de ses bords. Vous savez que je n'aime pas ce genre de spectacle, et vous comprendrez que j'aie préféré saisir ce moment pour vous écrire.
Notre plan de voyage reste fixé ainsi que je vous l'ai annoncé hier.
Le Roi de Hanovre est resté à Dûsseldorf for^t gravement malade. II s'est rendu souffrant à force de voyager vite, de prendre froid et de ne pas vouloir se priver de parades et de manœuvres. Le Roi de Prusse souffre encore de la goutte au pied et n'entend pas raison davantage. Il n'y a que moi qui sache me contenter de huit heures de fêtes, d'un dîner de sept cent vingt personnes et de soixante-quinze ou quatre-vingts visites. Il n'y a également dans tout Cologne que moi qui préfère vous écrire à naviguer sur le Rhin pour voir du suif en fusion.