‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 83 sur 91 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

Toutes les semaines, la duchesse de Talleyrand dîne chez nous; elle intéresse et amuse Clément ; elle lui fait lire une correspondance qu'elle reçoit de Paris, et qui renferme toute sorte de bavardages, mais où il est souvent aussi question de politique.

Léontine est arrivée. Dieu merci, avec Pauline. Clément et moi nous les attendions à la gare. Sàndor était venu dans la matinée. Nous sommes restés assez longtemps chez Léontine,

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qui se sent heureuse de voir sa petite tout à fait rétablie. Pauline a grandi; elle a très-bonne mine : c'est une enfant pleine d'esprit et cliarmante au possible.

La duchesse de Talleyrand, le comte de Flahauît avec sa fille Louise, et madame Rodoni, la protégée de maman, dont elle a fait le portrait avec tant de succès, se sont réunis autour de Tarbre de Noël. Le 28, Louis Széchényi nous a donné une soirée très-amusante, à laquelle assistait aussi l'Archiduc Etienne.

EXTRAITS DE LETTRES C0XF1DE?(TIELLES DE WETTERNICH A APPONYI, A PARIS , ÉCRITES DV 22 JANVIER AU 16 DECEMBRE 1843, EN DEUX PARTIES.

1452. Ratificafion du traité relatif au droit de visite à exercer sur mer en vue de supprimer la traite des esclaves. — Litige entre la Société autrichienne de navigation à vapeur sur le Danube et une entreprise de navigation turque. — Système de ménagements envers la Porte suivi par Metternich. — L'article IX de la convention de 1831 entre l'Angleterre et la France. — 1453. Confusion en Syrie sous Sarim-Effendi. — Rôle de l'Autriche dans la question du droit de visite sur mer. — 1454. Refus de Boutenieff d'accepter et de faire parvenir à son adresse une lettre du Sultan à l'Empereur de Russie sur la question serbe. — Position de Guizot. — 1455. Arrivée de Villafranca à Vienne. — 1456. Attitude de lord Aberdeen et duplicité de la France dans la question serbe. — 1457. Cette question n'est comprise ni à Londres ni à Paris. — Attitude de l'Empereur Nicolas vis-à-vis de ces deux Cours. — 1458. La question espagnole. — 1459. Voyage du prince à Presbourg pour assister à la Diète. — 1460. Le duc d'Aumale au nombre des prétendants à la main de la Reine Isabelle.

Metternich à Apponyi. Vienne, ce 22 janvier 1843.

1452. J'ai reçu par la voie de la poste ordinaire vos rapports du 12 de ce mois. La confirmation qu'ils renferment du jugement que je porte sur la situation du ministère français m'a fait grand plaisir. Je regarde celle-ci comme assurée, parce qu'il a eu la sagesse de se placer sur la base des vérités pratiques.

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Je serais surpris si, pour remporter un triomphe dans la question du droit de visite*, il ne suffisait pas au Cabinet actuel de renvoyer les attaques contre les arranjjements de J831 et 1833, avec l'Angleterre, à l'adresse de ceux qui ont conclu ces arrangements. Ceux qui ont aujourd'hui à les défendre ont pour eux toute la force que donne le principe du respect dû à la parole engagée. Le Cabinet actuel a certes fait un grand et dur sacrifice en ne ratifiant pas le dernier traité, sacrifice que lui a imposé la clameur qui, dans des circonstances données, sait se parer du titre imposant d'opinion publique. En faisant cette concession, le (jouvernement se trouvait encore placé dans les limites de son droit; franchir ces limites, ce serait commettre un crime politique et un véritable suicide moral ! Le bon sens de la majorité dans la Chambre devra l'emporter sur le jeu des partis et assurer un bill d'indemnité k ceux qui en auront besoin, au nombre desquels il serait imposssible de ne pas ranger les ministres actuels.

Veuillez prévenir M. Guizot que je le prie de ne j)oint attribuer à notre Cabinet la marche que vient de suivre une affaire minime en elle-même, mais qui sera préconisée par les politiques à courte vue comme un triomphe que nous aurions remporté sur la Porte. Comme on en écrira de Constantinople à Paris, je tiens à ce que M. Guizot soit informé de la vérité.

11 s'est élevé une rivalité entre la Compagnie de la navigation à vapeur du Danube, qui dessert aussi la ligne entre Gonstantinople et Trébizonde, et une entreprise ottomane qui parcourt également cette ligne. La querelle s'est échauffée, et nous avons dû intervenir en faveur de la Compagnie autrichienne. Plusieurs grands dignitaires ottomans et le Sérail étant plus ou moins intéressés dans l'entrepiise turque, la querelle s'est envenimée, et notre chargé d'affaires près du Divan ne voyant ou ne croyant plus voir de moyen d'accommodement,

* La sijjnature du protocole de ratification du traité du 20 décembre 1841 eut lieu sans la participation de la France, dans la seconde moitié du mois de novembre 1842, après i]ue le prince de Metternich tut encore proposé quelques siniplitications. (^Xolc de l Éditeur.^

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s'est, à ses propres risques et périls, décidé à pousser sa pointe jusqu'à la menace de l'interruption des relations diplomatiques entre les deux Cours. Nous venons d'être informés par lui que sa menace a produit l'effet qu'il s'en était promis, et que le Divan a reculé. Nous sommes ainsi placés en face d'un succès qui cependant n'en est pas un comme nous les aimons. Le chargé d'affaires a pris trop sur lui, et nous ne trouvons pas non plus utile que la Porte soit moralement abaissée. Il s'élèvera à Constantinople même des chants de victoire, et les quelques mots que je viens de vous dire suffiront pour vous montrer ce que nous pensons de l'événement. Nous acceptons sans doute le bien matériel qui ressort de la situation, mais nous ferons ce qui dépendra de nous dans cette affaire pour placer la Porte aussi bien que possible au point de vue moral.

Gomme il serait difficile qu'à distance on pût admettre que notre organe à Constantinople n'ait point agi en vertu d'ordres précis de sa Cour, je trouve utile qu'un ministre de la valeur de M. Guizot ne se trompe pas sur la vérité dans les faits. Notre système à l'égard de la Porte est de la ménager autant que cela est possible ; ce système ne nous est certes pas dicté par le sentiment de notre faiblesse, mais bien par celui de la faiblesse o tomane. Ce n'est donc pas nous qui entendons causer le moindre ébranlement à un édifice qui de toute part menace ruine; nous nous réservons même, en toute occasion, le droit de nous prononcer contre toute tentative de ce genre de la part d'autres puissances, et c'est dans cet ordre d'idées même que nous ne pouvons nous réjouir de ce qui s'est passé.

P. S. — Voici une remarque à laquelle a donné lieu de ma part le recours que j'ai eu aux actes concernant la conclusion des conventions de 1831 et de 1833 entre la France et la Grande-Bretagne.

L'article IX de la convention principale du 30 novembre 1831 porte :

« Les hautes parties contractantes au présent traité sont

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