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d'accord pour inviter les autres puissances maritimes à y accéder dans le plus bref délai possible. »
Les deux Cours ont donné suite à cette stipulation. Les autres puissances ont non-seulement été invitées, mais elles ont été pressées d'accéder pour leur part aux arrangements conclus entre la France et la Grande-Bretagne. S'il n'entre pas dans les habitudes des puissances de rompre selon leur bon plaisir des traités placés sous la bonne foi des parties contractantes, de combien cette règle commune aux transactions publiques et privées ne gagne-t-elle pas en poids et en valeur, quand une convention porte l'obligation d'une invitation pareille à celle du susdit article? Sur quelle base alors se placer de confiance, si un Gouveinement devait annuler par suite de son seul bon plaisir un engagement par lequel il s'est lié lui-même, et auquel il a invité d'autres puissances à accéder?
Cette argumentation n'est-eile pas péremptoire, et l'esprit de parti peut-il être assez puissant pour décider une réunion d'hommes doués de raison à jeter à la mer ce premier élément de la vie internationale, la foi publique?
Je répugne à regarder le fait comme possible, et je reconnais aux hommes chargés de la haute mission de défendre le bon droit dans la présente occasion, une situation trop forte pour admettre la possibilité de leur défaite.
13 février.
455. Je ne vous adresse que peu de mots sur les dernières nouvelles de la Syrie, car il ne m'est pas donné de prendre pour base d'un raisonnement des notions incomplètes. Ce qui dans tous les cas en ressort pour moi, c'est une nouvelle confusion, et je ne crois pas que les Cours puissent espérer de voir un meilleur état de choses s'établir aussi longtemps que Sarim- Effendi sera le meneur de la politique ottomane*.
* Aux termes d'une note du 7 décembre 1841, Sarim-Effendi avait promis
Reschid-Pacha, qui est ici depuis huit jours, compte se mettre en route pour Constautinople jeudi prochain. Il prend ]a voie du Danube jusqu'à Rutschuk. J'ai eu plusieurs entretiens avec lui, et j'ai été parfaitement satisfait de ses vues. Reschidestun homme d'esprit, et qui, à force de s'instruire et de voir, est arrivé à un point oii il pourra éviter les fautes dont il s'est rendu coupable à ses propres dépens lors de son premier ministère. Arrivera-t-il au second? Il serait difficile de le prévoir avec certitude, car rien en Turquie n'est moins certain que ce qui est franchement raisonnable. Nous, de notre côté, nous ferons tout ce que nous pourrons pour lui frayer le chemin.
Félicitez M. Guizot de la manière dont il s'est tiré de l'affaire du droit de visite*. Il n'y a pas de question dans laquelle un Cabinet puisse se trouver plus singulièrement placé que le nôtre dans celle-ci. Nous avons combattu les propositions anglaises pendant plus de vingt ans. De guerre lasse, et restés seuls de notre bord, nous avons fini par céder à l'invitation pressante des deux puissances maritimes, et cela pour nous trouver engagés dans un système que nous avions combattu avec les raisons, — fort bonnes d'ailleurs, — que nous devons récuser aujourd'hui, parce qu'elles sont incomplètement soutenues par l'une des puissances originairement contractantes !
Tout bien considéré, il me paraît prouvé que certaines idées philanthropiques ne nous conviennent pas.
la solution pacifique du différend qui s'était élevé entre les Maronites et les Druses. Les Druses et les Maronites devaient avoir le libre exercice de leur culte; ils devaient rentrer dans leurs possessions antérieures; en conséquence, Beteddin devait être évacué, ainsi que toutes les localités de la montagne que les Turcs avaient occupées; enfin, toutes îes milices présentes en Syrie devaient être rappelées par la Turquie. Au lieu de cela, le district de Dscliibail, qui renferme à lui seul plus d'un tiers de la j)opulation maronite, fut détaché violemment des autres districts de la montagne avec lesquels il avait fait corps jusque-là; ce district fut incorporé au paclialik de Tripoli, et cette province fut soumise à l'administration immédiate d'un gouverneur turc, ce qui équivalait à l'anéantissement de la nationalité maronite, a un asservissement définitif de la montagne. Les Albanais cantonnés en Syrie ne furent pas non plus rappelés. (Aote de VÉditeia-.)
* Ce passage se rapporte à l'intervention de Guizut dans les débats de la Cbambre à propos du droit de visite. [Note de PÉditeur.)
fi76 lîECUElL DE DOCUMENTS (18;55-18.48)
1454. Je vous envoie cette lettre par un courrier que M. le comte de Flaliault expédie à Paris avec des rapports de M. de Bourqueney, apportés ici il y a quelques heures par une estafette de Tinternonciature à Constantinople. La raison de l'envoi de cette dernière se trouve dans le fait que M. de Boutenieff s'est refusé à accepter la lettre du Sultan à l'Empereur Nicolas, dont une copie lui a fait connaître le contenu. M. de Boutenieff a demandé les ordres de sa Cour à Tégardde l'envoi de la lettre de Sa Hautesse.
Le contenu virtuel de cette lettre a été publié dans VEcho (le l'Orient du 17 février. Il implique le refus de la Porte de rien changer à ce qui a été sanctionné par elle en Serbie. Ce refus est emmiellé à la façon des mets turcs !
Je vous prie d'exposer à M. Guizot, à l'égard de cet état de cboses, ma pensée dans les termes suivants.
La position ne se présente à mon esprit que comme une nouvelle invitation à la patience. Les ministres ottomans ont fait entrer leur maître dans une impasse; il faut donc qu'il rebrousse chemin. Ce ne sont pas les hommes qui ont engagé le Sultan dans une fausse voie qui l'en feront sortir ; ce sera soit une force des choses bien autrement puissante que ces hommes ne sont forts, soit Reschid-Pacha, s'il arrive au ministère, ainsi qu'il est permis de l'espérer. Reschid doit être arrivé à Constantinople le 27 ou le 28 février. Je n'ai ainsi pour le moment rien à écrire à notre agent près de la Porte. Ce que j'ai eu à lui dire, je le lui ai fait savoir, et ^L Guizot en connaît l'esprit.
L'attitude que M. de Boutenieff vient de prendre ne lui a point été dictée par un esprit de chicane. Ce que cet envoyé ne peut mettre en doute, c'est que son Maître ne reculera pas sur le veto qu'il a opposé dans la question ; il aura dès lors voulu lui ménager la plus grande liberté d'action, et cela, non dans le sens d'une rupture, mais dans le sens de la façon dont l'objet peut être atteint sans une rupture. Telle est ma conviction.
SUU LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOlIR (l843). 677
Quant à ce qui regarde Taffaire de Serbie *, vous ne sauriez mettre en doute que nous la connaissons dans toutes ses filières, et c'est parce qu'il en est ainsi que je n'hésite pas à regarder comme un fait certain que l'Empereur de Russie ne retirera pas son veto et que le Sultan finira par reculer, parce qu'il ne peut ni avancer ni rester dans la position où l'ont mis de fort criminels conseillers.
Chaque jour que perd ici le Divan augmente la faute qu'il a commise. La grande question est aujourd'hui celle de l'avénement au pouvoir de lleschid-Pacha ou de sa non-entrée au ministère. La probabilité est en faveur de la première de ces chances.
J'ai reçu hier vos rapports du 22 février. Je me flatte que l'intrigue aura de nouveau échoué dans la Chambre, et si tel est le cas, j'en féliciterai la chose publique plus que M. Guizot. Tout ce jeu, vu de loin et jugé avec impartialité, est peu fait pour relever le régime sous lequel il trouve moyen de se faire jour aux yeux de l'étranger. Ce qu'en tout état de cause il y a de certain, c est l'impossibilité où se trouveraient les adversaires de la politique que suit le Cabinet actuel, de formuler et de s'appi'oprier un programme qui serait opposé à cette politique.
Dans cette impossibilité même se trouve la force de M. Guizot, et elle est puissante, parce qu'elle repose sur la saine raison.
30 mars.
1453. Le marquis de Yillafranca est arrivé ici, et ce que j'augure par suite de ce qu'il a été dans le cas de m'apprendre,
* La question serbe dont il s'a{]it ici concerne la déposition du prince héréditaire Michel Obrenowitsch (septembre 1842), à la place duquel Kara Georgewitsch avait été élu comme prince de Serbie. Cet acte fut ratifié par la Porte; mais la Russie éleva des objections contre la mesure prise, prétendani que c'était une violation des traités qui lui assuraient une certaine influence sur la direction des affaires intérieures de la Serbie. Le Divan fit publier la lettre du Sultan, adressée à l'Enq^ereur Nicolas, attendu que ce Souverain refusa de la recevoir; mais finalement la Porte accepta l'ultimatum de la Russie (avril 1843), qui était appuyé par l'Autriche. Kara
est de nature à me faire regarder Don Carlos comme mieux inspiré qu'il ne l'avait été Tan dernier. J'attribue cette amélioration à l'inlluence que le temps exerce constamment sur les hommes, dans quelque situation qu'ils puissent se trouver, et à la franche manifestation des adhérents les plus dévoués de ce prince, de leur conviction qu'ils regardent son rôle personnel comme fini. Qu'y a-t-il de possible en partant de ce point de vue ? C'est sur cette question que je me permettrai de m'expliquer, dans la prochaine expédition, avec tout l'abandon qu'évoque en moi la parfaite indépendance de ma position relativement à la grave question espagnole : avec la confiance que m'inspire le sentiment que dans cette affaire ma pensée se rencontre au fond avec celle du Roi Louis-Philippe ; avec la franchise enfui avec laquelle Sa Majesté m'a depuis longtemps permis de m'expliquer envers Elle sur un sujet qui offre bien plus de difficultés que de facilités pour arriver à un arrangement définitif et consolant. Veuillez, mon cher comte, dire au Roi ce que vous venez de lire.
6 avril.
1456. L'objet qui m'a engagé à rédiger l'expédition de ce jour * est évidemment un malentendu ou une intrigue. En y réfléchissant, j'y trouve l'un et l'autre, et voici comment je m'explique le fait.
Georgewitsch abdiqua ; on procéda à une nouvelle élection, à la suite de laquelle ce dernier fut élu pour la seconde fois prince de Serbie (septembre 1843). Voir la lettre n» 1456. {Note de l'Éditeur.)
* Relativement à l'objet principal de cette expédition, c'est-à-dire relativement au litige serbe, le prince de Metternich écrit ?i Apponyi : « A l'égard de la Serbie, le droit de la Russie se borne à la surveillance, en faveur du peuple serbe, du privilège de faire choix de princes i^Knes) appelés à le gouverner par les notables de la nation serbe. Or, c'est ce privilège que la Porte a enfreint, en sanctionnant la déchéance du Knes Michel et rapi)el d'Alexandre Czerny, actes contraires à la loi organique émanée du Sultan et soumise par lui au patronage de la Russie. Les actes susdits ont ete l'œuvre de quelques conjurés, et non des notables désignés par le statut organique. « En présence de ce mouvement révolutionnaire, la Russie fit valoir son droit de protection, qui lui était assuré par les traités, et l'Autriche approuva entièrement sa conduite. Voir la lettre ci-dessus, n" 1454.
(Aofe de l'Editeur.')
Lord Aberdeen est un fort honnête homme, mais un trèsfaible ministre, non sous le rapport des principes, mais sous celui du choix à faire d'une marche dans la conduite d'une affaire. Dans celle de Serbie, lord Aberdeen ne voit pas clair; il est guidé par les impressions que lui donne sir Stratford- Ganning, qui, à son tour, est placé sous l'influence des intrigants turcs, serbes et polonais, qui ont amené la complication. Par suite, lord Aberdeen regarde le Divan comme étant dans son droit et la Russie comme ayant tort. Il sent que nous devons être mieux instruits de ce qui regarde l'affaire eu question, et il a confiance en nous ; il ordonne dès lors à sir Stratford-Ganning de se conformer aux directions qui arrivent d'ici à l'internonciature, mais il conserve néanmoins quelques doutes sur l'exactitude de nos informations. Ce sont ces doutes qu il aura exprimés soit à M. de Sainte- Aulaire, soit à lord Gowley, et voilà le Gouvernement français qui se met de la partie, dans l'espoir de pouvoir jouer une niche à Nicolas ! Ce plan est misérable, et si nous ne réussissons pas à le réduire au néant dont il porte l'empreinte, il en ira de l'affaire serbe comme de celle de la Grèce, dont la paix d'Andrinople a couronné l'inepte folie politique. Ce que le Gouvernement français regarderait comme vni triomphe, ce serait une entente entre lui, les Cours de Londres, de Vienne et de Berlin, contre celle de Russie, et il oublie que si, d'une part, une entente pareille n'est pas applicable à la question qui nous occupe, ce serait d'un autre côté livrer la Porte à la Russie, ou, ce qui est la même chose, jouer le jeu de la dernière de ces puissances. Tout cela n'a pas le sens commun.
8 avril.
1457. En vous pénétrant de l'esprit qui ressort de ce que je vous ai mandé par le dernier courrier, de ce que vous lisez aujourd'hui et de ce que j'ai dicté à M. de Flahault, vous verrez clairement ce qu'est l'affaire serbe et ce que nous y cherchons. Malheureusement, cette affaire, — qui en toute justice ne devrait pas en être une, — n'a été comprise ni à
680 liECUElL DE DOCUMENTS (1835-1848).
Londres ni à Paris, et cela par suite, non de mauvaise volonté, mais de ce laisser-aller qui est propre à ces Cabinets, aussi souvent qu'ils sont forcés A^ étudier une question. Yous ferez bien de faire tirer une copie de l'extrait de la lettre de M. de Flabault à M. Guizot ; vous n'en direz rien à ce dernier, mais vous trouverez moyen de ne pas vous tromper sur l'attitude que nous avons prise dans l'affaire, et dont rien ne pourra nous faire sortir.
Une des causes directes qui ont augmenté la confusion, c'est le manque d'explications claires et nettes du Cabinet russe envers ceux de Londres et de Paris. Cette omission, qui réagit sur l'affaire, tire sa source de plusieurs causes : l'Empereur Nicolas a pour principe de ne point s'expliquer envers ces deux Cours sur les questions turques ; il aime à tenir la France en dehors des affaires en général, et plus particulièrement en dehors de celles qui regardent le Levant ; j^lus enclin à s'expliquer envers la Cour de Londres, il règne à Saint-Pétersbourg un système de caresses pour cette Cour que M. de Brunnow exagère par suite de son dessein de plaire là oii il se trouve chargé de la défense d'un intérêt. Une considération enfin se joint à celles que je viens d'énumérer, et c'est le sentiment qu'a l'Empereur Nicolas que nous sommes là pour empêcher qu'il ne surgisse une grave complication. Tout cela n'arrange pas les affaires
Votre rôle, mon cher comte, doit être de placer M. Guizot et le Roi Louis-Philippe en face de la vérité à notre égard. Placez-vous droit et ferme sur le texte que j'ai fourni au comte de Flabault; nous n en sortirons pas.
1458. Mon exposé de l'affaire espagnole (n" 1472) est un travail de conscience, et c'est comme tel que je vous prie de le faire valoir aux yeux du Pvoi Louis-Philippe et de M. Guizot. Yous pourrez prévenir Sa Majesté qu'avant de vous l'adresser j'en ai fait la lecture au marquis de Yillafranca, et qu'il n'a pas trouvé une seule remarque à y faire.
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8i3). 081
Quel sera le résiiUat de la peine que nous prenons de poser les questions ainsi que nous le faisons? Ce n'est certes pas moi qui ai la prétention de le décider. Il y a trente-cinq ans que je suis de près les affaires espagnoles, et la seule conclusion à laquelle ie suis arrivé, c'est que ce qui serait le plus conforme à la raison est ce qui arrive le moins. En tout état de cause, nous resterons donc en droit de déclarer que, dans toutes les phases qu'ont parcourues les événements en Espagne, notre pensée n'a point varié.
1439. Ce n'est pas par le courrier de ce jour qu'il me serait possible de vous donner une réponse détaillée à vos rapports du 8 mai relatifs à l'affaire espagnole. Ce que je puis vous dire aujourdhui, c'est que je ne me suis point attendu à d'autres nouvelles de Paris qu'à celles que j'en ai reçues; que je vais présenter à Don Carlos le tableau de la vérité et lui faire comprendre que c'est dans la situation qu'il faut chercher les remèdes, s'il y a des remèdes à une cause gâtée comme l'est celle de l'Espagne, '^et non dans des volontés impuissantes. Par la prochaine occasion, je vous rendrai un compte exact de mes faits et gestes.
J'ai fort peu de temps à ma disposition; j'accompagnerai demain l'Empereur à Presbourg,où l'ouverture de la Diète se fera le 19 mai.
Je ne vous parlerai pas des affaires hongroises, car en regardant le pays comme livré à une anarchie complète, on a Texplication de tout, et il ne reste plus rien à en dire. Ce qui est certain, c'est que la lutte n'existe pas entre le pays et le Roi, mais entre les partis qui divisent le pays.
Le tableau que présente celui-ci est de tout point conforme à ce qu'en 1825 j'ai prédit aux chefs de l'opposition libérale, qui à cette époque a pris son essor*. Aujourd'hui, ces mêmes
* Le fait auquel le prince de Metternich fait allusion ici se trouve dans le cliapi(re intitulé : « Sur l'opposition au sein de la Diète de Piesbourg de 1825», dans le cjuatrième volume, paj^e 247, particulièrement n" 785. llelativement à
hommes crient misère et n'attendent le salut de la patrie que du Gouvernement ! Le moment est d'une haute importance et me cause bien du tracas, qui, joint à tant d'autres, pèse sur moi comme un cauchemar, car c'est, en dernière analyse, le mot qui convient à la chose.
Ischl, 19 juillet.
1460. Mon expédition à Londres* vous apprendra ce que je pense de la phase où se trouve l'affaire espagnole. Gomme elle n'est qu'un tissu de manoeuvres révolutionnaires et politiques, elle éprouve le sort des œuvres qui tirent leur source d'une combinaison aussi délétère. Tout le monde finit par s'y perdre, et ceux qui en sont les auteurs et les continuateurs ne sont à cet égard pas plus avancés que les spectateurs de ce triste drame.
Je ne sais trop que penser en ce qui concerne le duc d Aumale. Louis-Philippe y est pour beaucoup; ira-t-il jusqu'au bout dans une direction affirmative ou répulsive ? Je ne me permets pas de préjuger la question, même vis-à-vis de moi. S'il s'agit simplement de croire, je crois que Louis-Philippe tâchei^a de laisser aller la chose sur sa pente naturelle, et que si elle doit aboutir au duc d'Aumale, il acceptera.
Nous n'entendons pas nous mêler de tout ce tracas. Tout cela n'est rien dans la situation où se trouvent placées les choses en Espagne : le seul mariage qui, d'après les règles du simple bon sens, offrirait un côté utile, ce serait [celui que nous avons désigné comme le seul rationne!. Ce sont les intérêts révolutionnaires qui s'opposent à sa réussite ; des deux côtés de la Manche, on a un penchant décidé pour Vusurpation. Grand bien fasse cet élément à ceux qui le regardent comme un point de départ utile ; nous n'agirons pas
la Diète de 1843, le chapitre intitulé : « La lutte des lanjjues en Hongrie », n" 147G, contient des détails plus complets. [Note de l'Editeur.)
* Cette expédition contient des réHexions sur la déjilorable situation de l'Espajjne et sur le peu de chances de voir rétablir l'ordre, soit que le régent sorte victorieux de la lutte, soit qu'il succombe et qu'Isabelle prenne en main les rênes du gouvernement. (^Note de l'Éditeur.')
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8i3). G83
contre notre conscience ; si nos bras étaient assez longs pour atteindre l'Espagne et pour maintenir sur le trône celui qui seul y a droit, nous finirions vite la besogne. Placés ainsi que nous le sommes à une distance qui porte obstacle à l'action raisonnable, nous laisserons agir ceux qui sont dans une situation plus favorable pour faire le mal, faute de pouvoir ou de vouloir faire le bien,
L'iiomme que nous avons envoyé à Bourges s'y trouve toujours, sans que je sacbe encore ce qu'il y fait ou plutôt pourquoi Don Carlos l'y retient, car il n'a rien à faire à Bourges, où il n'a eu qu'à porter une lettre du marquis de Villafranca, Il reviendra quand Don Carlos voudra l'expédier. Je conçois qu'il ne sacbe pas trop lui-même que nous dire.
1461. Les différents piéteiidants ù la main de la lieine Isabelle. — 1462. Réponse de Don Carlos à Villafranca. — 1463. Sur le double règne en Espagne. — 1464. L'insurrection militaire d'Athènes. — 1465. Motif du silence gardé par Bour{{es vis-à-vis de Paris. — Difficulté d'.uriver à une solution de l'affaire grecque. — 1466. L'Autriclie se désintéresse de la (juestion du mariage espagnol. — 1467. Lettre de Villafranca à Don Carlos sur ce sujet. — 1468. Sur l'attitude de l'Angleterre et de la France dans cette affaire. — Le drame grec. — 1469. Trait caractéristicpie de Louis- Pliilippe. — L'Angleterre désire l'extinction de la famille des Ronrljons en Espagne. — 1470. Conduite d'Olozaga à l'égard de la Reine Isabelle. — 1471. Le Journal des Débats sur la jeune Reine d'Espagne.
Mctternich à Apponyi. Isclil, 6 août 1843.
1461. Quel est le sort réservé à l'expédition que je vous adresse aujourd'bui? Ce n'est pas moi qui entends le préjuger; ce qui en tout état de cause est certain, c'est qu'en vous l'adressant j'acquitte ma conscience !
Le temps semble venu où l'attitude des deux Cours voisines de l'Espagne devra se montrer au grand jour. Auront-elles les facultés morales nécessaires pour se prononcer en faveur de ce qui est conforme à la raison et pour renoncer à ce qui est
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un jeu éminemment répréhensible? Si je ne me trompe, ce sera Je Cabinet anglais qui se décidera le plus difficilement en faveur de ce qui est en opposition avec les errements suivis par les deux Cours, depuis l'origine du conflit espagnol.
Les derniers événements dans ce pays sont, sans aucun doute, le produit des intrigues et de l'argent de la Reine Christine, soutenue par la complicité de Louis-Philippe. L'Espagne ne gagnera rien à la chute d'Espartero , la Reine Christine pas davantage, si ce n'est son triomphe sur un adversaire personneL Espartero était quelque chose; ce qui le remplacera ne peut rien être du tout. Louis-Philippe a eu, je ne le mets pas en doute, de grandes velléités en faveur du mariage d'Isabelle avec le duc d'Aumale; je les regarde comme passées. C'est le comie d'Aquila qui maintenant occupe le terrain, et ma dépêche n" 2 * vous met à même de faire comprendre au Roi ce qui ne nous fait point pencher vers ce choix, bien que, sous le point de vue personnel, il vaille mieux que celui du duc de Cadix. En Angleterre, on ne veut également plus de ce dernier; les ministres penchent vers le prince napolitain, et la Pleine veut un Cobourg !
Dieu prononcera, car tout ce que pourront faire les hommes pour rétablir l'Espagne sur un pied tolérable sera une source d'embarras et restera probablement inutile.
Relativement à la ligne de conduite que vous aurez à suivre, je n'ai qu'à vous recommander de vous acquitter de la communication de notre pensée dans l'esprit qui lui sert de boussole. Elle est droite, simple, et n'a égard qu'au bien général.
* Le prince de Metternicb écrit ce qui suit : « Nous avons une grave considération à faire valoir contre le choix du comte d'Aquila; elle ne porte point sur l'individualité de ce prince, qui pour nous est une grandeur inconnue : notre objection repose sur une tout autre base. Le Roi de Naples ne pourrait donner son consentement au mariage de son frère avec Isabelle sans se départir du principe conservateur qui est la base de son propre Trône, et sur lequel la tranquillité de l'Italie, et dès lors celle de l'Europe entière, exigent que ce Souverain se maintienne. Toute liaison étroite entre le Royaume des Deux- Siciles et l'Espagne en révolution est une source intarissable de dangers; or, comment enipêcber cette liaison, conséquence nécessaire de l'établissement en Espagne d'un Prince qui assurément serait dans le cas de chercher de l'appui au dehors? Le plus naturel serait celui du frère. » {Noie de iÈdileur.)
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8i3). G85
6 août.
14Gâ. L'homme que j'avais envoyé à Bourges en est revenu , et il a porté au marquis de Villafranca une courte lettre de Don Carlos. Elle porte en substance le renouvellement de l'assurance « que ce prince est disposé à tous les sacrifices qui renfermeraient le gage de l'utilité pour l'Espagne » , et l'expression du vœu « d'être mis à même de se consulter avec quelques personnages qui jouissent de sa confiance » . Les personnages que nomme Don Carlos sont : M. liatnirez de la Piscina, actuellement à Rome ; l'archevêque de Cuba, également présent en Italie, et M. Erro, qui doit vivre quelque part en France.
Veuillez porter cette indication à la connaissance du Roi Louis-Philippe.
Linz, 12 août.
1463. Ce qui pour moi ressort des dépêches de Londres, c'est l'embarras dans lequel se trouve le Cabinet anglais, et qui est une conséquence naturelle de la tournure que les affaires espagnoles ont prise. Mon expédition du 4 de ce mois sera venue à point nommé pour agir sur lord Aberdeen.
Veuillez porter confident ielletnent à la connaissance du Roi et de M. Guizot le rapport de M, de Neumann. Ce rapport n'est évidemment point écrit pour être communiqué à Paris. Sa Majesté et M. Guizot devront trouver dans la connaissance que je leur en donne une nouvelle preuve de la confiance que je leur porte. Informés ainsi qu'ils le seront, il leur deviendra plus facile de diriger leur marche vers le but que je me plais à regarder comme commun entre nous, et qui, j'en ai la pleine conviction, ne pourra être atteint, dans l'intérêt de la paix intérieure de l'Espagne comme de la paix générale , que par l'union des compétiteurs au pouvoir en Espagne!
Quant à la question du double règne* que le Roi a de
* Cette expression de ■< dovible règne » veut dire que le fils aîné de Don Carlos devrait se marier, comme Roi, avec la Reine Isabelle. Voir n" 1472.
{Ncle de l'Éduc.. ^
()86 RECUEIL DE DOCUMENTS (l835-18iS).
nouveau touchée avec vous, je me borne à me référer à ce que je vous ai déjà dit à ce sujet. Ce que nous ne saurions proposer , nous pourrons V admettre. La difficulté ne se trouvera donc pas pour nous dans une condition qu'il appartient à TEspagne et aux ayants cause de décider.
Je ne conçois non-seulement pas la possibilité que ce soit la France ou l'Angleterre qui parle à l'Espagne , mais je regarde le fait comme impossible. Aussi serons-nous prêts à ouvrir la brèche si nous sommes sûrs de ne pas être désavoués par les deux puissances maritimes. Nous parlerons en notre nom, nous renverrons les Espagnols à l'adhésion des deux Cours, et nous nous appuierons sur l'assentiment de l'Europe entière. Cette position serait forte.
Je n'admets point d'excuses relativement à la mauvaise volonté de la Reine Christine; Louis-Philippe la tient entre ses mains.
Vienne, 1^^ octobre.
1464. On aura été informé à Paris, par la voie de Marseille , de la révolution du 15 septembre en Grèce *. La marche qu'a suivie cet événement prouve que sa préparation et son exécution ont été parfaites; la nuit du 14 au 15 septembre ne laisse rien à désirer aux connaisseurs du nouvel ingrédient introduit dans le corps social sous le nom de révoltes militaires couronnées de succès, pour le complément desquelles les pronunciam.ientos étaient seuls restés à inventer !
L'événement est, à notre avis, à ranger parmi les plus gros de notre époque. Le Royaume hellénique, qui n'est assurément qu'un petit État, deviendra infailliblement un foyer incandescent, dont le rayonnement se fera sentira de grandes distances. Nous serions en droit de nous féliciter de n'avoir dans l'affaire rien à la charge de notre conscience; nous sommes trop cosmopolites et trop amis du bien-être du corps
* Insurrection à Athènes, dirigée par Kalerfji et Mal<ryjanni. Formation d'un ministère soi-disant national et convocation d'une assemblée nationale à l'effet d'élaborer une constitution. Voir n° 1475. (Note de l'Éditeur.)
SUR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DU JOUR (l8i3). 68"
social pour nous laisser aller à un sentiment pareil ! Je prévois que je ne serai que trop souvent dans le cas de i^evenir encore sur ce qui trouvera son point de départ dans la catastrophe du 15 septembre.
12 octobre.
1465. Dans mon expédition de ce jour*, je n'ai pas voulu toucher à la remarque que vous a faite le Roi sur le silence que Bourges garde envers Paris. Je n'aime pas à confondre avec les affaires ce qui, entre Sa IMajesté et nous, porte le caractère d'un abandon que nous savons apprécier.
Le silence que garde Bourges, — le fait est certain, — tire son origine de notre conseil de se tenir tranquille. Vous vous souviendrez que je vous ai dernièrement témoigné le désir qu'entre deux points aussi rapprochés que Bourges l'est de Paris, la voie fût ouverte pour des communications confidentielles.
L'idée n'ayant point été agréée à Paris, nous avons prié Don Carlos de s'abstenir de toute démarche directe. Le silence gardé par ce prince tombe ainsi à notre charge , et la remarque que j'en fais rentre dans l'esprit qui a présidé à mon travail officiel de ce jour.
Cet esprit n'a pas besoin de justification; toute affaire se compose d'un commencement, d'un milieu et d'une fin. On peut être d'accord sur celle-ci sans que pour cela l'affaire avance, et elle ne saurait avancer si on ne l'aborde d'une manière sérieuse. Gomme il nous est prouvé que telle est la condition dans laquelle se trouve ce qui, après un laps de temps déjà fort long, n'est point parvenu à prendre un corps, mais est resté dans les limites d'une idée, force est pour nous de nous arrêter !
* Le prince de Metternich y parle des eftorts tentés par le Cabinet français et par le Cabinet anglais pour faire accueillir défavorablement les propositions de l'Autriche relatives à la pacification de l'Espagne (n" 1472); il rappelle que les deux Cabinets font des vœux pour le succès du comte de Trapani comme prétendant à la main d'Isabelle, ce qui l'a amené à se désintéresser complètement de la question. (Note de l'Editeur.)
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Mais c'est parce que tel est le cas, et que je me sens personnellement placé sur le terrain d'une entière liberté, que je cède au besoin de vous avouer que je ne comprends rien à la position. Je vois ce que l'on ne veut pas, sans pouvoir découvrir l'utilité de ce que Ton veut. L'Espagne a besoin d'être pacifiée , et ce n'est pas à l'aide d'excitants que les pays peuvent être ramenés au repos.
L'ordre sans doute finit par naître du désordre, mais l'ordre nouveau n'aura plus rien de commun avec l'ancien. Le Roi Louis-Philippe tient à assurer le trône espagnol dans la succession de Louis XIV, et je trouve qu'en cela il a parfaitement raison. Aujourd'hui, il est question de la succession directe de Philippe V, et je comprends la cause de cette restriction et la valeur qu'elle a aux yeux de Sa Majesté. Le but qu'Elle se propose pourra-t-il être atteint par le mariage d'Isabelle avec tout autre prince que celui qui seul ne rompra pas le fil de la succession directe? Je ne le crois pas, et cela , parce que je ne regarde pas comme possible qu'Isabelle puisse jamais , si elle n'épouse pas le fils aîné de Don Carlos, proposer aux Cortès de rétablir dans la descendance l'ordre de succession que son propre avènement au trône a invalidé. Le but que se propose le Roi des Français d'assurer le trône d'Espagne dans la Maison de Bourbon, comment pourrait-il dès lors être atteint par le mariage d'Isabelle avec l'un des frères du Roi de jXaples? Ici se présente même une nouvelle difficulté , qui, à mon avis , annule la succession dcms la descendance de Philippe V.
Les deux puissances voisines de l'Espagne limitant le choix des Espagnols à cette descendance, et désirant en même temps le voir tomber sur un prince napolitain, qu'entendent-elles faire des huit prétendants qui dans la ligne de succession de Philippe V précèdent la branche de Naples?
Pour que la position devînt claire , ne faudrait-il pas dire : « Les Cours donnent l'exclusion à tout descendant du fondateur de la dynastie qui ne serait pas issu de la branche aujourd'hui régnante à Naples w ?
Je comprends la marche de l'Angleterre , mais je ne comprends pas celle de la France.
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Quoi qu'il en soit, mon clier comte, nous rentrerons dans le ran(>- des spectateurs de Tun des plus tristes drames qui aient jamais été joués sur la scène du monde. Notre conscience sera tranquille ; notre esprit ne saurait l'être.
Une autre pièce se joue en ce moment dans une autre contrée, et si son introduction a rempli l'espace, la toile a été levée le 15 septembre dernier. Quand la pièce arrivera-t-elle à sa fin? Ce qu'il y a de certain, c'est que je n'ai pas la prétention de vivre assez longtemps pour en être le témoin. Je crois, en tout état de cause, qu'il nous sera plus facile de nous entendre avec la France sur ce qui regarde la Grèce, car je n'admets pas que le Cabinet français soit livré à des idées que je qualifie d'utopies du système représentatif. Comme nous ne péchons pas par l'excès contraire , il sera possible que les deux Cours se rencontrent dans ce qui est pratique.
Le grand embarras pour la Grèce et pour les puissances sera toujours que ce pays vive privé des moyens qui constitvient la vie d'un Etat. Les plantes de serre chaude ne résistent pas aux intempéries de l'air.
12 octobre.
1466. La question qui fait le sujet de mon expédition de ce jour (celle qui regarde notre situation dans l'affaire espagnole) a une valeur tellement décisive à nos yeux, que je vous charge de prévenir M. Guizot que nous ne saurions différer notre rentrée dans l'indépendance. Ce n'est donc que le retour du présent cormier que nous attendrons pour nous dégager du poids qui pèse sur nous par suite de notre action sur Don Carlos et les hommes raisonnables de son parti. Ce retour même ne devra point être différé , car nous regarderons le silence du Cabinet français comme un aveu de sa part qu'il a renoncé à donner suite à notre bienveillante intervention.
Je ne connais guère de cas dans lequel plus d'intrigues aient eu lieu que dans ce qui regarde la question qui depuis si longtemps déjà forme le sujet de pourparlers entre le Roi Louis- Philippe et nous. J'ignore pourquoi le Roi de Naples refuse le comte d'Aquila, mais il est positif qu'il offre le comte de