‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 88 sur 91 · PERCEMENT DE LISTIIME DE SUEZ · texte numérisé non relu

PERCEMENT DE LISTIIME DE SUEZ

de l'isthme de Suez. La lecture de ce rapport m'a donné la certitude que non-seulement la construction de ce canal demandera peu de peine et peu de temps, mais encore que les frais d'établissement ne dépasseront pas les ressources que Méhémet-Ali est à même de trouver sans difficultés; que ce prince hésite entre deux projets, dont l'un, consistant à endiguer le Nil, repose sur des intérêts exclusivement égyptiens, tandis que l'autre, consistant à tracer le canal en question, intéresse le monde entier, qui réclame cette entreprise, et que c'est précisément cette dernière considération et l'extrême importance de la chose qui font hésiter Méhémet-Ali à commencer les travaux , si on ne lui donne pas des garanties pouvant assurer à sa famille la possession du canal et une juste indemnité pour la construction et l'entretien de cette voie, indemnité que payeraient les navires et les marchandises qui franchiraient ce passage.

Confiant dans le désintéressement absolu et dans la parfaite loyauté de l'Autriche, Méhémet-Ali a, piir votre entremise, communiqué ses préoccupations au Cabinet impérial; en effet, l'importance multiple de la question pouvait lui donner la conviction que sa démarche auprès de la Cour de Vienne serait accueillie avec autant de sérieux intérêt que de bienveillance, et qu'en examinant cette affaire , l'Autriche ne ferait pas entrer en ligne de compte des considérations mesquines et des éléments étrangers à la question.

La démarche de Méhémet-Ali lui est dictée par le désir de s'assurer la possessionâix canal et d'en tirer un revenu équitable.

Sous ce dernier rapport, je n'hésite pas à vous autoriser à déclarer à Méhémet-Ali que non- seulement le Gouvernement L R. n'est pas opposé à l'idée de la perception d'un droit uniforme à fixer d'un commun accord pour toutes les nations, droit à exiger des navires et des marchandises qui franchiraient le canal, mais encore qu'il sera prêt à appuyer cette demande d'indemnité , attendu qu'il la considère comme étant fondée sur des raisons d'équité et d'intérêt général.

La garantie de la possession soulève une question dont jecrois voir la solution dans le fait que la succession dans le

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j)achalik d'Egypte est assurée aux descendants de Méhémet- Ali; celte question ne pourrait donc paraître un problème compliqué que par suite d'une fausse manière de la comprendre ou de la poser.

Plus je reconnais l'importance de la question dont il s'agit ici, plus mon esprit en est pénétré, moins j'hésite à vous charger de donner à Méhémet-Ali l'assurance que je serai prêt à la traiter avec toute l'atlenlion qu elle comporte , dès que le Pacha lui-même me demandera de m'en occuper. Je ne suis pas de ceux qui ne savent pas voir des idées et des situations sous leur vrai jour; je suis au contraire l'homme de la vérité : Méhémet-Ali en a eu trop de preuves pour douter du fait. Qu il me parle donc ouvertement, et je saurai toujours lui répondre nettement sur les objets.

Je regarde la question actuelle comme une des plus importantes pour notre époque et pour Méhémet-Ali lui-même. Une lois que nous serions d'accord avec lui sur le principe, il serait facile de nous entendre sur le choix des moyens. Mais avant tout il me paraît utile, dans l'intérêt du succès de l'entreprise, de garder un silence absolu sur l'entente préalable qui existerait entre Méhémet-Ali et moi, attendu qu'ainsi je serais à même d'agir utilement sur d'autres Gouvernements, en me j)laçant au point de vue purement autrichien.

Par suite de cette considération, et parce que cette question est aujourd'hui exclusivement politique, je crois devoir vous prier, Monsieur, d'adresser à moi seul vos rapports sur cette affaire spéciale , et de me les expédier toujours par la voie de Tinternonciature I. P»., excepté si, en cas d'urgence, vous trouviez des moyens de communication directe avec Trieste.

Metternich à Kiibeck (Note). Vienne, le 28 avril 1843.

1474 Dans la Note que j'ai adressée à Votre Excellence, le 14 mars de la présente année *, j ai dit que la con-

* Les efforts de Melternicli avaient ponr liut d'obtenir qne la malle des Indes passât par l'Aulriclie (Trieste on Venise), au lieu de passer par la France romme auparavant. La communication de l'état des négociations diploma-

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struction du canal (par Tisthme de Suez) était un fait auquel il fallait s'attendre infailliblement. J'y vois un événement d'une importance capitale, un de ces événements qui inaugurent une révolution dans les rapports des peuples entre eux; j'ai la conviction que ce grand fait est de nature à assurer à l'Autriche un avenir où 1 Empire sera appelé à prendre rang parmi les premiers Etats commerçants. Aussi, plus je reconnais l'importance de la question dont il s'agit, plus mon esprit en est pénétré, plus aussi je me sens porté à consacrer à cette affaire toute mon attention et tous mes soins.

Si la réouverture de cette route commerciale, que d'antiques

tiques engagées à cet effet donna lieu à la Note du 14 mars , rappelée ci-dessus. Le chancelier d'Etat y faisait observer, entre autres choses, ce qui suit : « La résolution prise par le Gouvernement anglais de faire passer la malle des Indes par Trieste ou "Venise, en confiant de toute façon le transport entre Alexandrie et l'un de ces ports à la marine militaire anglaise, met à néant les avantages directs que nous pouvions espérer de cette modification d'itinéraire pour notre propre pavillon. Désormais, notre intérêt dans cette question, indépendamment des considérations politiques d'un caractère général, porte donc uniquement sur le point suivant : en présence de la réouverture, de jour en jour plus certaine, de la route du commerce des Indd^ orientales par la mer Rouge et par l'isthme de Suez, nous devons chercher à attirer vers nos ports la plus grande partie de ce mouvement commercial. Nous nous trouvons, à cet égard, dans une situation plus avantageuse que la France, qui, des marchandises qui seront importées par cette voie commerciale, n'absorbera que la quantité nécessaire au\ besoins de sa propre population et à ceux de ses Fabriques et manufactures, car, au point de vue du transit, les marchandises qui passent par la Franc n'ont pas de débouché dans d'autres pavs. L'Autriche, par contre, semble destinée, d'abord, à absorber ce qui est nécessaire à sa consommation, et, de plus, à fournir à une partie de l'Italie et de la Suisse, à une grande partie de l'Allemagne, et même à ime partie de la Pologne et de la Russie, les marchandises qui suivront la nouvelle voie commerciale, attendu que le système des chemins de fer de l'Empire, système en voie de création, donnera naturellement la main au mouvement du commerce des Indes, qui gravite dans cette direction. La réouverture de la route commerciale passant par l'isthme de Suez avance à grands pas. La possibilité de relier, sans grands frais, la nier Rouge à la mer Méditerranée au moyen d'un canal, est démontrée au point de vue technique, et comme, d'autre part, la possibilité et même la facilité d'une entreprise impérieusement réclamée par les intérêts dominants de l'époque est une chose reconnue, toutes les autres difficultés ne tarderont pas à disparaître, et l'exécution ne manquera pas de suivre de près la conception de ce grand projet. Une nécessité rigoureuse nous commande de nous associer à cette œuvre, qui promet à l'Autriche un avenir plein de féconds résultats. » {Note de l'Editeur.)

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