VI
États ont exploitée jadis avec tant de succès, fait naître en nous le désir d'attirer vers nos ports la plus grande partie de ce mouvement commercial, ce vœu a toujours, même en émanant de nous seuls, la valeur d'une idée politique en harmonie avec la marche des événements, idée qui suffirait à justifier les efforts que nous aurions à faire dans ce bvit.
Cependant, les faits prennent une tournure bien plus avantageuse pour l'Autriche, puisque, même sur des points de cette nouvelle ligne commerciale qui sont éloignés les uns des autres, on tourne déjà les regards vers nos ports.
Les paroles prononcées par Méhémet-Ali , à propos du projet de faire passer la malle des Indes par Trieste, avaient déjà prouvé que le Pacha admet parfaitement et qu'il a l'intention de favoriser, autant que possible, la participation directe des ports de mer autrichiens au commerce des Indes.
D'aorès des informations émanant du consul général Laurin , ridée d'une communication directe entre l'Autriche et les Indes, ainsi que la conviction que de telles relations pourraient s'établir facilement à l'avantage des deux pays, prend de jour en jour plus de consistance chez les négociants de Calcutta et du Caire ; il paraît aussi que , pendant que le vice-consul Koster recevait de Vienne l'ordre de faire insérer dans le Bombay Times les articles qu'il a écrits, la rédaction de ce journal ellemême s'est adressée au vice-consul, pour lui demander des renseignements sur les produits de l'industrie autrichienne qui pourraient être échangés contre des produits indiens.
Si des manifestations aussi positives se sont produites dans des pays séparés par de si grandes distances, cela prouve que les choses, en suivant leur cours normal et leur développement naturel, ont atteint un point de maturité où elles tendent à se rencontrer avec notre idée elle-même, et que non-seulement nous sommes dans la bonne voie , mais encore que le moment d'agir est venu.
Je ferai donc , dans ma sphère , tout ce qui pourra amener le Pacha d'Egypte à s'occuper sans délai de l'établissement du canal de Suez, en écartant toutes les entreprises qui pourraient entraver l'exécution de ce grand projet; de même,
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je ferai mon possible pour calmer les appréhensions qui l'agitent.
La question soulevée par Votre Excellence , savoir celle d'une déclaration à faire relativement à la perception d'un droit de passage, m'a déjà fourni l'occasion de faire une démarche utile ; je ne puis que vous en être reconnaissant.
Votre Excellence est seule à même de juger si les propositions émanant de Trieste et ayant pour objet l'établissement d'une communication indépendante de la malle des Indes, directe , régulière , hebdomadaire , entre ce port et Alexandrie , sont de nature à pouvoir aboutir. Aussi me bornerai-je à exprimer l'avis que, si tel était le cas, la certitude de l'ouverture d'une communication régulière et directe de ce genre ne manquerait pas d'avoir une influence considérable sur les résolutions du Pacha aussi bien que sur les dispositions des négociants de l'Egypte et des Indes.
L INSURRECTION MILITAIRE D ATHENES. 1475. Metternich à Apponyi, à Paris (D.). Vienne, le 12 octobre 1843.
1475. J'ai eu l'honneur de vous transmettre, le J" de ce mois, les détails qui venaient de nous parvenir sur la catastrophe survenue à Athènes dans la nuit du 14 au 15 septembre *.
Le Trône de Grèce est aujourd'hui réduit à des proportions qui échappent à l'évaluation. En effet, qui pourrait calculer ce que deviendra l'autorité royale après le serment que le Roi a prêté à une Constitution à confectionner ? On ne saurait, par conséquent, prévoir l'avenir de ce qui est réservé aux débris de la royauté hellénique; mais on peut dès à présent mesurer les conséquences que l'événement du 15 septembre doit amener infailliblement.
* Voir la lettre à Apponyi, datée du l^' octobre, n" 1464.
(Note de l'Éditeur.)
Je n'ai ni l'envie ni le temps de scruter les causes qui ont amené une si déplorable catastrophe. N'ayant jamais eu foi dans la solidité de la création du philhellénisme, ce n'est pas la révolullon qui de nouveau vient de se montrer à nu qui pourrait nous surprendre. Il y a eu incontestablement beaucoup de fautes commises dans les directions les plus diverses, et celles qui tombent à la charge du Gouvernement hellénique lui-même ne sont pas les moindres. Mais j'écarte toute investigation sur ces fautes, parce qu'un pareil examen me semble oiseux à côté de la grave question qui se présente aujourd'hui, celle des conséquences qui se trouvent liées à la situation actuelle de la Grèce et qui évidemment en sont aussi inséparables que le sont les effets de leurs causes ! Ce qui a droit à fixer non-seulement notre attention la plus sérieuse, mais à la fois celle de tous les amis de l'ordre et du repos général , ce sont les dangers que la reprise de la révolution grecque renferme dans son sein. L'anarchie fait constamment appel au bouleversement.
Quel genre d'influence les puissances de l'Europe voudront et pourront-elles prendre sur la marche des événements en Grèce? Telle est la première question du jour.
Le Trône n'existe virtuellement plus en Grèce , et si j'énonce ce fait sans hésitation, c'est que pour nous des mots ne remplacent pas des réalités. Un Roi qui a été forcé de prêter serment à une loi fondamentale de l'Etat qui est encore à faire, ne règne plus, et ce qui gouverne à la place d'un Gouvernement régulier n'est qu'une faction , soumise au sort de toutes les factions passées, présentes et à venir! Quelle sera l'attitude que les Cours étrangères croiront devoir prendre en face d'un pareil état de choses? Je ne parle point ici de leur attitude vis-à-vis de la personne du Roi Olhon, qui existe encore comme un symbole, mais de celle qu'adopteront les puissances à l'égard d'un ordre de choses que je ne saurais qualifier autrement que de complète anarchie.
Les grandes puissances de l'Europe sont différemment placées à l'égard de la Grèce. Trois d'entre elles portent le caractère de puissances créatrices , et ce caractère leur donne
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des droits et leur impose des devoirs envers le Royaume hellénique, que ne partagent pas avec elles les autres Cours. Comment les trois puissances entendent-elles exercer leurs droits? Je n'admets pas qu'il leur soit possible de se prononcer contre ce qui sera représenté au public européen comme un triomphe du Gouvernement constitutionnel; la question pour moi est de savoir si les trois Cours sont d'accord entre elles quant aux meilleurs conseils à donner au Roi lorsqu'il s'agira de rédiger la future constitution du Royaume, puisque dans l'acte que le Roi a signé dans la nuit du 14 au 15 septembre , il s'est réservé une part d'influence sur les bases de cette constitution. Si les trois Cours devaient ne pas tomber d'accord sur l'importante action qu'elles sont appelées à exercer, il est clair que ce désaccord créerait à lui seul un mal que la faction radicale saura utiliser pour son propre compte.
Notre rôle, dans cette déplorable occurrence, continuera à être conforme à nos principes et à la ligne de conduite que nous avons invariablement suivie depuis que l'existence du Royaume hellénique a reçu la sanction du Sultan. Nous ne nous mêlerons pas des affaires intérieures de ce pays; mais ce qui est positivement de notre ressort, c'est de veiller à ce que le bouleversement de la Grèce n'exerce pas son influence hors des limites de ce pays. Deux contrées sont directement exposées à éprouver le contre-coup de la révolution en Grèce, les provinces ottomanes et l'Italie.
Les provinces ottomanes, la Turquie d'Europe surtout, recèlent partout une fermentation sourde; les Grecs en révolution viseront à étendre leur territoire, et ils en chercheront les moyens dans des soulèvements de leurs coreligionnaires soumis au sceptre ottoman.
L'exemple d'une révolution consommée dans le cours de peu d'heures, au moyen d'une révolution militaire, est fort dangereux pour les États de l'Italie. Les désordres qui, dans les dernières semaines, se sont manifestés dans les Légations pontificales ne sont pas des entreprises isolées ; elles sont un anneau de la longue chaîne révolutionnaire qui touche par ses deux bouts au Portugal et au Bosphore, et qui traverse ainsi
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tout le midi de TEurope. L'Italie, placée aujourd'hui entre deux foyers incandescents d'une direction révolutionnaire organisée, échappera-t-elle à des dangers dont il n'est pas possible de nier l'existence?
Quoi que l'avenir puisse amener, l'intérêt que nous attachons à la conservation de la paix intérieure des contrées voisines de notre Empire nous défend de nous faiie illusion sur l'existence du danger. Aussi, ^Monsieur le comte, ne sommes-nous point exposés à ce risque.
Je vous invite à donner connaissance de la présente dépêche à M. Guizot. Insistez auprès de ce ministre pour qu'il nous fasse part, avec la même franchise , des impressions du Cabinet français et du jugement que ce Cabinet porte sur les événements du jour en Grèce