LA BATAILLE DATSTERLIT/ (1805). SI
les dangers qui ont accompagné tout récemment les efforts de courage que Leurs Majestés Impériales ont déployés pour soutenir une cause qu'Elles envisageraient peut-être comme désespérée , sans la certitude que si , dans quatre semaines après le départ du comte de Haugwitz, l'armistice n'était point conclu entre les puissances belligérantes sur les bases arrêtées, les forces prussiennes se joindraient aux alliés pour combattre l'ennemi commun, dont les progrès si rapides et les prétentions si exagérées ne laissent à l'Europe d'espoir de salut que dans une résistance opiniâtre et énergique. Les vues et les principes des trois Souverains ne sauraient différer à cet égard ; tous trois connaissant leurs devoirs, ils ne sont plus douteux ; le moment de vaincre ou de périr est arrivé, et si depuis longtemps leur sagesse a prévu cette douloureuse alternative, de nouvelles entreprises de la part du Chef du Gouvernement français viennent encore identifier les intérêts de leurs Etats et commander une activité redoublée pour arrêter de nouveaux désordres et de nouveaux dangers.
Le Chef du Gouvernement français annonce hautement vouloir rétablir ou plutôt soulever contre leurs Souverains des peuples que l'Autriche et la Prusse, de concert avec la Russie, ont dû soumettre pour les préserver des malheurs et des crimes <|ue la Révolution française a enfanté? et qu'une politique vigoureuse et bien entendue sut écarter de leur sein; mais Ronaparte ne borne point à ce projet ceux de désorganisation qu'il forme. L'Empire germanique tombé en son pouvoir se ressent de son influence, et la propriété est sacrifiée à la volonlé de récompenser ceux qui ont été contraints, entraînés ou égarés à faire cause commune avec l'oppresseur de leur patrie. Les Électeurs de Ravière, de Wurtemberg et de Rade ont violé tous les droits au mépris de ceux du Chef de l'Empire et de leurs co-Etats en s'emparanf des biens de la Maison d'Autriche, de ceux de la no1)lesse immédiate et des Ordres Teutonique et de Malte, enclavés dans leurs domaines ou adjacents. Cet oubli de tout ce que les lois constitutives de l'Empire germanique prescrivent à ses membres est un présage funeste de ce que l'on peut attendre des vues de Ronaparte sur cette
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partie de rEurope, et <[ui pourrait calculer les effets qui naîtraient de la réussite de ses plans à Tégard de la ci-devant Pologne?
Tous ces malheurs ne peuvent être évités que par l'accomplissenient immédiat des mesures concertées le 3 novembre, et c'est d'après cela que le soussigné rappelle à Son Excellence M. le baron de Hardenberg qu'il y a aujourd'hui quatre semaines que M. le comte de Haugwitz, chargé de négocier larmistice, est parti de Berlin, sans que cette nouvelle tentative pour rendre la paix à l'Europe ait été couronnée d'un heureux succès. Il réclame en conséquence l'expédition des ordres nécessaires pour que les aimées prussiennes s'avancent immédiatement des positions qu'elles avaient occupées vers les points où elles pourraient rencontrer l'ennemi afin de le combattre, conformément h la teneur des engagements concertés entre l'Autriche, la Prusse et la Piussie, pour le cas où 1 armistice n'aurait pas été conclu dans les quatre semaines après le départ du plénipotentiaire prussien.
Le soussigné, en s'acquittant ainsi d'un devoir commandé par les circonstances les plus impérieuses, trouve encore la certitude d'une réponse pleinement conforme à l'attente de son auguste Maître, dans les principes du lloi, dans le jugement éclairé de son ministre, et dans 1 importance de l'objet même, sur lequel M. le baron de Hardenberg reconnaîtra la justice de ne point laisser un moment d'incertitude à Sa Majesté Impériale, <|ui, à la tête de ses armées, leur annoncera pour prix de leur courage quel puissant allié marche contre leurs adversaires.
Mc'ttcrnicli à Cobeiizi. R(M'!iii, lo IG dcc^einljrc 180,>.
tit5. Le baron de Slutlerheim*, arrivé ici hier matin, ma mis verbalement au fait de la position actuelle des choses. La certitude que le mal est affreux ju'a tiré d un état j)ire encore
* Le Ijaroii tlo StuUeilicim, j;ciiéi;tl autncliieii, fut eiivo\é à lîcriiii avec une lettre de l'Empereur l'rancois au lîoi l'rêdéric-Guillauiiie III.
{Mate (le r Éditeur.)
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et que Votre Excellence trouve retracé dans la dernière dépêche dont j'ai chargé le courrier Beyer en date du 13 de ce mois. Je me sens la tête et les bras libres; je repars de bases certaines, de données connues; je sais le mal, et puis espérer de nouveau servir TEmpereur dans la plus horrible crise dans laquelle se soit jamais trouvée son auguste Maison.
Tous nos maux viennent d'une seule cause : le manque
total de concert aura fini par doubler la force de Fennemi; cent mille hommes en auront ou vaincu ou paralysé cinq cent mille, force réelle dont disposait la coalition. !Mais cette même faute nous laisse sur une seule ligne plus de deux cent mille combattants intacts^ munis de tout leur attirail de guerre, et qui, guidés par un homme de bonne volonté, enlèveront encore dans le moment actuel sa proie à notre ennemi commun. C'est ce point de vue qui m'a soutenu dans la position affreuse dans laquelle je me suis trouvé, et c'est lui que j'ai soumis hier au général de Stutterheim. Je lui ai démontré l'existence de ces moyens, dont une masse de [)lus de cent mille hommes serait entrée du 21 au 23 de ce mois en Bohême, si la malheureuse journée du 2 et ses suites immédiates n'eussent point entravé cette opération, la plus facile de toutes à combiner avec nos opérations militaires, si le moindre accord, si même une communication plus active eût régné entre iios différents quartiers généraux.
En prouvant au général l'existence effective de tant de moyens de salut, qu'il m'a assuré avoir jusqu'à présent toujours été révoqués en doute, je ne lui ai, d un autre côté, caché aucune de mes craintes sur l'impossibilité de les utiliser, surtout dans le moment actuel, autant (jue faire se pourrait; mais j'ai cru d'une indispensable nécessité de concerter sur-le-chanq) avec lui les moyens les plus propres pour porter le Boi à ne point se dessaisir, au détriment définitif de la cause, d'un rôle que lui commandent et l'honneur et son propre salut. Convaincu que la plus grande franchise vis-à-vis du Roi, recommandée d'ailleurs au baron de Stutterheim par Sa Majesté Impériale Elle-même, ne manquerait pas son but, nous con-
certaines nos mesures et notre langage, et convînmes des bases suhantes :
1" Que le général, dans l'audience que lui accorderait probablement le Roi dans la journée, conviendrait de toute l'étendue du mal;
2° Que nous nous rendrions sur-le-champ chez le baron de Hardenberg dans la même vue ;
3° Que nous réduirions tous les raisonnements à développer au Roi et à son ministère aux vérités suivantes :
Que si l'Autriche tombe, elle entraînera dans sa chute 1 indépendance de l'Europe entière ;
Que la Prusse en a fait trop pour pouvoir compter dorénavant sur l'amitié de la France, et qu'elle ne se sauvera pas en faisant trop peu pour ses alliés ; que si elle n'a pas craint d'unir sa cause à celle des puissances par le traité du 3 novembre, elle ne doit pas craindre également de sauver d'une manière active celle des trois puissances contractantes dont le sort est le plus intimement lié au sien ;
Que la négociation présente entre l'Autriche et la France ne saurait être regardée comme une infraction au traité de Potsdam, et tout au plus comme une mesure dictée par la force, contre laquelle nul ne peut ;
Que si l'Autriche était dans le cas de diminuer ses prétentions stipulées par le susdit traité, elle y était même directement autorisée par la Prusse en vertu de l'article II ;
Que nous demanderions dans le plus court espace de temps une réponse catégorique du Roi sur ses intentions, vues et moyens de recours, pour nous empêcher de devoir faire la jiaix de manière à saper dans ses fondements la puissance autrichienne, ou bien la réponse déclinatoire la plus prononcée (|ui, en nous dégageant de tout lien, de toute considération vis-à-vis de la Prusse, nous livrerait relativement à elle uni- (|ueinent aux calculs de nos propres convenances ;
Que nous serions en droit de soupçonner jusqu'à la sincérité des vues qui l'avaient guidée dans toutes ses stipulations.
Ces points de vue, que j'ai puisés dans ma connaissance du