‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 9 sur 121 · LA BATAILLE D A U S T ERL I TZ · texte numérisé non relu

LA BATAILLE D A U S T ERL I TZ

(Note IG, p. 221, t. I.)

83. Metternich à Goljen/,1 (E. D.), Berlin, le 13 décemhre 1805. — 84. .Mettcrnicli et Aiopéus à Hardeiibeig (projet de Note). — 85. Metternich à Cobenzl (E. D.), Berlin, le 16 décembre 1805.

85. Je suis dans le cas de reprendre le fil de plus haut, pour avoir l'honneur de mettre Votre Excellence au foit de la position affreuse dans laquelle je me trouve depuis plusieurs jours. Une dépêche du comte de Finkenstein, en date d'Olmùtz, 3 décembre, nous informe de la perte de la bataille d'Austerlitz et de la translation du département des affaires étrangères à Teschen. Tous les rapports suivants, fondés sur des données vagues et contradictoires, nous firent attendre

Si RECUEIL DE DOCUMENTS (1-73-1815).

avec la plus Aive impatience des nouvelles officielles et directes.

" Le maréchal de Mœllendorf devait quitter Berlin le lendemain; le courrier destiné à porter Tordre déjà signé parle Roi se trouvait dans l'antichambre du baron de Hardenber[f, lorsqu'un courrier expédié par le comte de Haugwitz de Vienne, en date du G, vint lui remettre une dépêche par laquelle ce ministre informe sa Cour, en peu de mots :

De la bataille du 2; d une entrevue entre les Empereurs François et Napoléon, qui se seraient promis de faire la paix; d'une suspension d'armes, et du départ subit de MM. les comtes de Stadion et de Giulay de Vienne après la réception d'un courrier, pour se rendre à Nicolsbourg, où ils signeront une paix séparée. Il ajoute que M. le comte de Stadion lui avait promis de l'informer de son départ, qu'il prévoyait dès la veille, mais n'en avait rien tait.

A ce rapport étaient joints les bulletins exagérés et mensongers publiés par Bonaparte sur la journée d'Austerlitz, et une lettre de Bâcher* à M. de Laforest, que les envoyés de France, de Hollande et de Bavière avaient eu soin de répandre en peu d'heures dans toute la ville.

M. d'Alopéus, qui s était trouvé présent lors de la réception de cette dépêche, qui, tant par son laconisme insultant dans une circonstance aussi majeure que par son style, distillait le iicJ, vint me trouver sur-le-champ, et nous convînmes de faire une démarche uniforme vis-à-vis du baron de Hardenberg, pour le supplier de porter le Roi à ne suspendre aucune des mesures militaires et à faire avancer ses armées vers les points indiqués sur la frontière de la Bohême, où il trouverait toujoui's moyen d'arrêter leur entrée si d'ici là nous apprenions la C(»nnnnation des nouvelles do M. (]c Haugwitz. Le baron de Hardeidjcrg nous porta le lendemain lassurance de

* TliéoLald lîaclier «'lait à celle éj)Ofjtie cliai{]é cVariaiics fran(^:ais réâidaiU à llalisboniie. Sa lettre à Laforest conloriait nue foule de cîéiails exagérés sur les événements qui s'étaient passés sur le théâtre de la {jucrre.

(Noie (!<■ rVditcui .)

LA BATAILLE DAUSTERLITZ (1805). 85

la part du Roi que les mesures militaires dictées même pour sa propre sûreté ne sei'aient nullement suspendues, mais que Sa Majesté avait dû se borner à expédier au comte de Haugwitz l'ordre d'attendre de nouvelles instructions d'ici, qu'on n'était pas encore à même de lui transmettre avant d'avoir vu plus clair dans la chose. Le départ du maréchal de Mœllendorf toutefois fut suspendu jusqu'à nouvel ordre.

Le terme des quatre semaines depuis le départ du comte de Haugwitz étant échu, M. d'Alopéus et moi, que des nouvelles indirectes et vagues ne purent nullement arrêter dans notre marche, remîmes hier, mulatis mutandis , la note ci-jointe (n" 84-) au baron de Hardenberg, mesure concertée d'avance avec lui : sa réponse, également suspendue, devait être la déclaration de guerre contre la France. Nous avions cru devoir renforcer nos arguments par la citation du traité relatif au partage de la ci-devant Pologne , pays dont la constitution actuelle se trouve directement menacée par toutes les mesures publiques et sourdes de Bonaparte.

Tous nos soins réunis de INL d'Alopéus et moi n'ont pu viser, depuis l'arrivée de la dépêche du comte de Haugwitz, qu'à empêcher que les mesures militaires ne fussent ralenties ou ne s'arrêtassent; nous avons atteint ce but, mais l'état des choses est tellement tendu, que nous ne pouvons en répondre au delà d'un certain point. Un autre point de vue qui m'a paru conforme aux principes de loyauté connus de notre Cour, est celui de mètre rendu personnellement garant que jamais Sa Majesté Impériale ne contreviendrait en rien à ce que lui dicte son amitié pour Sa Majesté Prussienne.

Le style de la dépêche du comte de Haugwitz, la circonstance que M. de Laforest n'a jusqu'à présent reçu nul avis officiel de M. de Talleyrand, le peu de confiance qu'on a au fond dans le négociateur prussien, les faits notoires enfin de 1 indigne mesure employée naguère par les Français pour tromper le prince d'Auersperg, contribuent tous à laisser le Pioi, le ministère et le public en suspens, et à ne faire encore envisager l'armistice que comme une mesure purement militaire. Sa Majesté a toutefois chargé son ministre du Cabinet de

prier ^I. d Alopéus de transmettre à son auguste JNIaître qu'Elle n'était pas fâchée, mais infiniment peinée de son silence. De manière ou d autre, dcAons-nous être tirés incessamment de Tétat d'incertitude dans lequel nous nous trouvons, et qui est pire que la mort? Je crois ne pas pouvoir mieux servir les intérêts de notre auguste Maitre qu'en continuant invariablement mes démarches dans la voie que me tracent les dei'nières dépêches de Votre Excellence, jusqu'au moment où de nouveaux ordres me seront transmis ; j aurai soin cependant de nuancer ma conduite d'après les premières données, qui, probablement, doivent parvenir dans les vingt-quatre heures à M. d'Alopéus. Si les derniers temps m'ont offert mainte épine, l'époque présente est sans contredit la plus pénible de toutes, ma position surtout étant infiniment aggravée par l'élan que vient de prendre tout le parti français. On ne saurait douter que le jour de la dissolution de la coalition serait celui de la chute du ministère actuel, et que jM. de Haugwitz ne reviendrait ici que pour reprendre le portefeuille.

IMINUTE d'une note DE METTERNICH ET d'aLOPÉUS A HARDENBERG. (Annexe du n» 83.)

84. L'amitié sincère et inviolable qui unit Leurs Majestés 1 Empereur d Allemagne et d'Autriche, l'Empereur de toutes les Russies et le Roi de Prusse ; le concert intime cimenté entre eux par le traité de Potsdam ; la conformité de leurs vues et de leurs principes, et celle des intérêts de la Russie et de la Prusse dans la crise actuelle, ne laissent aucun doute au soussigné qu'en indiquant ici ce que l'Empereur son auguste Maître attend aujourd'hui du Roi son ami et allié, M. le ministre d Etat et du Cabinet baron de llardenbcrg s'empressera d'en rendre compte à Sa Majesté Prussienne et de mettre le soussigné à même do faire parvenir à sa Cour l'assurance positive et consolante f|uc les ordres dont il réclame l'expédition ont déjà été transmis à qui il appartenait.

Les sentiments que Sa INIajesté Prussienne porte à l'Empereur rendent al)solument superflu de rappeler à sa sensibilité

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