‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 102 sur 121 · RAPPORT PRINCIPAL SUR LA MISSION DE PARIS (I8IO · texte numérisé non relu

RAPPORT PRINCIPAL SUR LA MISSION DE PARIS (I8IO

guerre contre la Russie décidé, la stricte neutralité ne nous donne aucun droit à des ménagements de la part de la France, et nous n'en sommes pas moins exposés à recevoir du Cabinet russe les reproches les plus vifs.

Le moyen de trancher d'une façon pratique ces graves questions me semble se résumer en un seul point de vue, et ce point de vue, c'est la Galicie.

Pour nous épargner des déceptions volontaires, il ne nous reste qu'à soumettre à un examen sérieux le point dont je viens de parler, sans aucune prévention ni pour ni contre, et qu'à examiner de même l'objet de compensation mis en avant par Napoléon, c'est-à-dire l'Illyrie.

Napoléon nous a initiés à la marche de son plan d'opération contre la Russie. C'est devant nous qu'il a prononcé pour la première fois le nom de la Pologne, et, d'après ma conviction intime, ce mot renferme la garantie de la future victoire de la France sur la Russie.

Bien des gens, et, dans le nombre, des observateurs de sangfroid, mais qui ne voient qu'un côté de la véritable situation de l'Europe, croient que l'explosion d'une guerre contre la Russie sera forcément, vu les sentiments dont tous les peuples sont animés aujourd'hui, le signal d'un soulèvement général, et par conséquent le précurseur des victoires russes.

Napoléon, qui connaît au moins aussi bien que nous les sentiments des peuples, n'entreprendrait pas cette nouvelle lutte s'il lui fallait la soutenir avec ses propres ressources.

Mais fidèle à sa vieille politique, il apparaît, dans cette lutte, à la tête de quatre-vingt à cent mille Français tout au plus, et avec le reste de ses troupes il occupe les pays situés entre le Rhin et l'Oder, pendant que deux cent mille confédérés et Polonais, réunis aux quatre-vingt mille hommes dont j'ai parlé, propageront l'incendie et soulèveront tous les pays jusqu'à l'extrême limite de l'ancienne Pologne. On ne saurait guère compter sur une insurrection de l'Italie sans le secours actif d'une puissance étrangère, — et l'Autriche seule pourrait être cette puissance; — c'est ce que prouvent la dernière campagne et toutes celles qui l'ont précédée. Pour tenir en

bride rAllemagne et l'Italie, pour étouffer dans son germe tout mouvement populaire ou pour le maintenir à l'état partiel, de manière à rempécher absolument d être efficace, trois cent mille Français qu'il jettera dans ces pays seront plus que suffisants.

Qu'adviendra-t-il de la possession de la Galieie pendant que le Royaume de Pologne renaîtra de ses cendres et après sa résurrection? Gela est facile à prévoir; il suffit pour cela d'observer, même superficiellement, l'esprit de cette nation ; je ne crois donc pas trop m'aventurer en disant que, pour moi, la question se réduit par le fait au point suivant :

Devons-nous perdre la Galieie sous eonipensation ou la céder contre une conipensoiion ?

11 est bien difficile de trouver une compensation pour la perte de la Galieie, cela ne peut faire l'objet d'un doute. Toutes les provinces illyriennes, par conséquent la partie cédée de la Carinthie, la Garniole, le pays de Gœrz, la Croatie, le littoral bongrois, la Dalmatie, n'offrent pas de compensation on |)opulation ni eu revenus.

Au point de vue politique et commercial, ces pays sont préférables sans contredit.

Ils le sont au point de vue politique, parce que, par la possession de l'Illyrie, nous nous rapprocbons de notre ligne d'activité [)olitique naturelle. Les avantages d'une frontière qui nous met en contact avec l'Italie, avec le Tyrol, les communications directes avec des pays qui nous ont toujours été dévoués, ne sont pas à comparer avec la frontière qui nous met en rapport avec la Ihissie.

Nous reprenons, dans le groupe des Etats européens, la j)lace d'où nous avons été cbassés dans les derniers temps.

Au point de vue commercial, toute la côte septentrionale et orientale de la mer Adriatique présente des avantages (jue la Galieie ne peut offrir.

Pourtant, si je ne m'appuyais que sur ces avantages, je n'oserais pas, par ce temps de révolutions générales et journalières, arrêter ma pensée sur un cbangement quelconque dans les possessions de l'Autricbe, si nous ne courions le danger

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de perdre sans aucune compensation l'objet de noire délibération, la Galicie, lorsque la (guerre de Russie serait terminée.

Je m'abstiens de toute réflexion sur le profit ou le domma^'^e qui résulterait pour l'Autriche du rétablissement d'un Hojaume de Polofpie. Napoléon n'a qu'un mot à dire pour que la Pologne surgisse comme un corps considérable et puissant. Pour réussir dans cette entreprise, il n'a pas besoin de notre concours. Si dans cette question, qui, à l'époque où la France était impuissante, se débattait exclusivement entre l'Autriche, la Piussie et la Prusse, notre voix avait aujourd'hui quelque chance d'être écoutée, si la résurrection de la Pologne ne devait pas nous coûter de trop grands sacrilices, je trouverais de l'avantage pour nous dans le rétablissement de cette vieille Monarchie. Je ne me permets cette réflexion qu'en passant; car je suis loin de mêler à V inévitable des considérations sur ce qui est utile ou nuisible.

Une observation toute naturelle est la suivante, qui est fondée sur le rapprochement entre les propositions d'échange que Napoléon m'a faites à Paris et les plans que, jusqu'à ce jour, on a attribués à ce monarque. L'observateur impartial est en droit de se faire cette question : Comment Napoléon |)eut-il vouloir aujourd'hui rapprocher une seconde fols l'Autriche de l'Italie et avoir l'intention de sacrifier ses communications directes avec la Porte?

Ce point de vue se prête certainement à un examen approfondi. On peut toutefois répondre à cette question, si l'on considère la marche politl(]ue <|ue ce monarque suit en général. Il sacrlhe toujours le petit au grand ; aussi, le jour où la g^uerre avec la Russie sera une cliose résolue, le rétablissement de la Pologne sera le but qu'il poursuivra en première ligne; cela ne saurait faire l'objet d'un doute. Mais, même en admettant cette hypothèse, nous serons, par le fait, plus fondés à agir avec la plus grande prudence et à écarter de nos plans toute initiative prématurée.

Après avoir exposé à Votre Majesté l'état actuel des choses, après l'avoir examiné en m'appuyant sur des faits, j'oserai, Sire, dans les graves circonstances que traversent l'Empereur

d'Autriche et votre auguste Maison, prier Votre Majesté de me tracer de la manière la plus nette la marche politique que nous aurons à suivre.

Sauf meilleur avis , la conduite qu'il nous faudrait tenir serait, selon moi, la suivante :

P Votre Majesté contribuerait au maintien de la paix entre la France et la Russie, autant que cela pourrait se faire, par les voies diplomatiques. Au nombre des moyens de négociation, je compte :

a. A l'égard de la France, une attitude excluant tout désir d'étendre les limites actuelles de la Monarchie ;

b. A l'égard de la Russie, la persévérance dans notre conduite actuelle, qui est basée sur ce fait, que nous voulons dissiper toute crainte non fondée que pourraient faire naître nos rapports politiques avec la France, et ôter aux Russes l'espérance trompeuse d'une alliance effective de l'Autriche avec eux.

2° Si la guerre est inévitable malgré les efforts de Votre Majesté, et si nous sommes assez heureux pour atteindre l'époque où elle éclatera sans être trop tourmentés par les sollicitations de la France, Votre Majesté devrait saisir le premier moment favorable pour entamer des négociations relativement à la cession, moyennant dédommagement, d'une partie de la Galicie qui sei'aità déterminer, en tenant compte de la question militaire et de la question financière.

3' A titre de compensation. Napoléon offre toute l'Illyrie' actuelle. Il me semblerait désirable d'obtenir : a. L'Illyrie, en y comprenant la Dalmatie, les îles de Quarnero,

l'Istrie vénitienne jusqu'à la limite formée par l'Isonzo; h. La haute Autriche, du moins la partie cédée du district du

Hausruck, et, si c est possible, la partie autrefois limitée par

rinn ; c. Une partie de la Silésie; cette compensation, toutefois, ne

serait que conditionnelle, et dépendante du démembrement

de la Prusse qui sera, selon moi, une conséquence inévitable

de la prochaine guerre.

4° Il y aurait à faire discrètement et sans bruit une étude sur ces différents points; ce n est qu à la suite de ce travail

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