‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 101 sur 121 · RAPPORT PRINCIPAL STR LA MISSION DE PARIS · texte numérisé non relu

RAPPORT PRINCIPAL STR LA MISSION DE PARIS

part il était facile de prévoir que le conquérant français, surtout en admettant de très-grands succès ou de très-grands revers dans la guerre d'Espagne, chercherait, dans le premier cas, un nouvel aliment à son activité, dans le second, les moyens d'étourdir ses adversaires en créant de nouvelles complications du côté opposé.

Sous différents pi'étextes, l'Empereur me fit prolonger mon séjour à Paris jusqu'au moment où il espérait être fixé luimême sur ce que l'avenir allait lui réserver. Ce moment vint lorsque le choix du Prince Royal de Suède fut décidé, et que la vigoureuse résistance de l'armée anglaise en Portugal l'eut averti de ce qu'il devait craindre.

Aussitôt après mon arrivée à Cilli, je pris la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté deux « précis de conversations » avec l'Empereur des Français.

Le premier, relatif aux affaires de Suéde, fournit la meilleure preuve historique à l'appui de la marche politique suivie par Napoléon lors de cet événement, qui eut une importance si décisive dans l'histoire actuelle (n"' 173 et 174).

Le second montre dans un tableau concis, plus concis peutêtre que cela n'eût été possible dans toute autre situation, l'état actuel des choses tout entier, retracé à grands traits^'.

Votre Majesté voudra bien se convaincre que nous sommes en présence des questions suivantes, qui sont grandes et décisives :

1° L'Autriche peut-elle empêcher une nouvelle guerre d'éclater sur l econtinent ?

2° Quelle devra être 7iotrc marche politique, et (juellc attitude l'Autriche dcvra-t-elle prendre lorsque la guerre éclatera entre la France et la Russie?

Ma conviction intime me dit de répondre sans hésiter à la première question : Non !

La seconde mérite d'être l'objet des réflexions les plus mûres et les plus approfondies. De la résolution que prendra Votre

* Voir l'entretien du 20 septembre 1810 avec Napoléon, p. 109, t. I, et la note 55 y relative, p. 236, t. I. (Note de l'Editeur.)

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Majesté dépend le bien que rAutriche peut encore attendre, ou la ruine assurée, peut-être prochaine, de la^Monarchie.

Loin de m imaginer que notre situation soit autre et plus favorable que celle où nous nous trouvons en réalité, je crois que, vu le complet épuisement de nos finances, la réduction de l'armée qui en a été la conséquence, et notre état de faiblesse absolue, il faut borner en ce moment toute notre politique extérieure à écarter autant que possible toute catastrophe, ( et toute {jnerre nouvelle nous y conduit). C'est dans ce sens que j'ai agi à Paris; le fait est attesté par les rapports que j'ai eu l'honneur de soumettre à Votre Majesté dans le courant de l'été dernier, ainsi que par ma conduite à l'égard de l'Empereur Napoléon. et des envoyés de Russie près la Cour de France; c'est dans ce sens que Votre Majesté a daigne, en toute circonstance, m'autoriser à donner au Cal)iiict de Saint-Pétersbourg la j)reuve la moins équivoque que, contrairement à la marche politique que la Russie a suivie dans les derniers temps, l'Autriche était libre de tout lien avec la France; c'est dans ce sens, enfin, (\uil fant contimier de marcher jusqu'à l'extrême limite du possible.

J'ai déj'i établi cette proposition, qiu- Napoléon a atteint son but final par l'isolement de rAutriche et de la Fussie.- Si ces deux puissances s'unissaient de nouveau, n'y aurait-il pas dans leur union un moyen de salut? Ne nous exposonsnous pas à un reproche fondé si nous ne prêtons pas les mains à ce rapprochement que la Russie désire aujourd'hui?

Cette question est certainement une des plus naturelles qui puissent se présenter, et au premier abord elle offre les points de vue les plus variés. Pour l'oliservaleur qui embrasse d'un coup d'ail tout l'ensemble, c'est-à-dire la j)olitique de Napoléon et ses moyens offensifs, la politique du Cabinet russe et ses moyens défensifs, notre situation à nous, considérée sous le rapport géographique, milifairo et financier, pour l'observateur qui envisajfc ainsi les choses, il ne peut svd)sister le moindre doute lelativement à ce fait, que Napoléon n'a pas a})andonné cet isolemejit à la volonté des jiuissanccs, mais qu il l'a basé sur le fait, sur Vétat réel des c/ioses.

IIAPPOI.T PJ'.INCIPAL sur. LA MISSION DE PARIS (1810). 40î>

Si nous admettons comme une vérité démontrée que tous nos efforts, que toute notre activité politique doivent se borner à gapner du temps, à retarder toute {juerre, nous ne pouvons nous dissimuler que, lors même que la conduite noble et désintéressée de Votre Majesté serait capable de contenir jusqu'à un certain point le torrent qui menace de nous détruire, il n'est pas en notre pouvoir de l'arrêter tout à fait.

Si Napoléon a décidé d'attaquer la Russie, Votre Majesté ne peut, dans Télat de cboses actuel, que détourner la guerre de cette puissance et l'attirer sur Elle-même au lieu de la laisser se porter vers le Nord. Elle ne peut qu'exposer l'Autriche à la prcmièie attaque, jiendant que la Russie rassemblera des forces dans l'intérieur de l'Empire. Quant à triompher dans cette lutte à laquelle nous ne sommes pas préparés, nous ne pouvons en avoir la moindre espérance.

Ainsi que Votre Majesté a dai(jné s'en convaincre par la lecture de l'annexe n° 2, Napoléon nous fournit une nouvelle matière à de mûres et sérieuses réflexions. La situation est neuve pour nous. Nous avons le choix des partis à prendre !

Na[)oléon nous présente trois alternatives : union de l'Autriche avec la Russie; alliance effective de l'Autriche avec la France ; neutralité de P Autriche.

11 m'est impossible de faire entrer la première alternative dans mes calculs. Les forces mililairesde Votre Majesté sciaient paralysées même avant c|u'on en fit usage; l'ennemi sera dans la capitale de l'Empire, la Oalicie sera en pleine insurrection avant que nous ayons, sur quelque point en arrière, soixante-dix mille hommes en état de se battre. Dans une pareille situation, il est évident qu'on ne saurait esj^érer la réalisation de ce rêve si souvent caressé, mais toujours dé('u, d'un soulèvement en masse qui n est possible qu'à la condition d'avoir été précédé de succès considérables. Quant à l'avantage que Votre Majesté peut se promettre de la coopération de la Russie, et, dans l'hypothèse ci-dessus, du secours de la Russie, l'histoire des guerres antérieures montre ce qu'on peut espérer. Si la Prusse comptait encore pour quelque chose, il faudrait que tout calcul favorable cédât à l'expérience du

passé et à la connaissance positive de la ferme volonté qua le Roi de ne chercher son salut, dans le cas où la guerre viendrait à éclater, que dans P union avec la France.

Il ne reste donc plus que deux cas possibles : celui d'une union active avec la France, et celui de la ricjitralitd de PAu^ triche.

Consentir ii toute réunion des forces militaires de l'Autriche avec celles d'une puissance dont le but exclusif est la destruction de l'ordre de choies qui a existé jusqu'à ce jour, et qui ne vise qu'à dominer seule, ce serait faire la guerre à des principes sacrés , immuables , et par conséquent aux intérêts les plus directs de rAutriche. Le caractère propre de la situation de TAutriche est la hauteur morale d'où les événements les plus funestes n'ont pu la faire déchoir. Votre Majesté est le point central; Elle est le véritable, Tunique représentant qui reste encore d'un ordre de choses consacré par le temps et reposant sur le droit éternel, immuable. Tous les yeux sont fixés sur Votre Majesté; or, il y a dans ce rôle une grandeur que rien ne saurait remplacer.

Le jour où des troupes autrichiennes marcheront côte à côte avec les bandes françaises et confédérées, et prendront part avec elles à une guerre de destruction, ce jour-là Votre Majesté aura déposé ce noble caractère. Moralement, nous descendrons, dans ce cas, au niveau des confédérés; politiquement, nous tomberons dans toutes les fautes que le Cabinet lusse a commises dans les derniers temps. // n'y aurait vraiment que l'impossibilité absolue d'agir autrement qui pourrait nous forcer à jouer ce rôle.

La neutralité dans tout ce t/n'ellc a de strict offre, conformément aux idées fort justes exprimées par Napoléon (dans son entrelien du 20 septembre), plus d'un danger sans aucun avantage. Il est incontestable qu'il y a danger pour nous dans un trop grand affaiblissement de la puissance de la Russie, et qu'il y a danger égal dans la possession de la Galicie après le rétablissement du Royaume de Pologne. Par une stricte neutralité, nous n évitons ni l'un ni l'autre de ces périls.

Une fois la paix avec la Russie conclue et le résultat de la

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