AVANT ET APRÈS LA CAMPAGNE DE RIÎSSIE
St'R LA POSITION ET l'aTTITUDE DE l'aUTKICHE DANS LA GUERRE QL'I MENACE d'éclater ENTRE LA FRANCE ET LA RUSSIE.
(iNoie Gl, p. 239, t. I.)
178. Metlernich à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 26 mars 1811. — 179. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 25 avril 1811. — 180. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 28 novembre 1811. — 181. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 15 janvier 1812. — 182. Audience de Schwarzenberg chez Napoléon ( E. D. ), le 17 décembre 1811.
178. Tout prouve qu'en ce moment Napoléon est encore loin de chercher la guerre avec la Russie. Il n'est pas moins vrai que TEmpereur Alexandre s'est, sans le savoir et sans le vouloir, livré à un parti (lui demande la guerre ; il la provoqucia lui-même, parce (|ue le moment est proche où il ne [)ourra plus résister à la réaction dans Tintériour de ses Etats, iji lutter contre Tesprit de son armée. Le désaccord qui existe entre le parti opposé au comte de Romanzow et ce ministre va probahlement dégénérer en une guerre entre la Russie et la France.
J'ai presque perdu l'espoir de voir la paix maintenue; la guerre ne pourrait être évitée que si Napoléon consentait à faire des concessions. Or, le passé ne nous fournit aucun
exemple d'un fait de ce genre; d'ailleurs, j ai bien des raisons de supposer que le Cabinet russe considérerait toute concession de la France connue une preuve que le moment présent ou prochain serait nécessairement, pour les armes russes, le moment le plus favorable pour prendre l'offensive.
La conduite politique de la France à notre égard n est pas équivoque. On désire nous pousser en avant; on veut nous brouiller avec la Russie sous le prétexte de la question turque. Il me paraît peu pi'obable en ce moment que la France se réserve de prendre parti pour l'un ou pour l'autre quand elle le jugera à propos. D'après la situation actuelle, Napoléon ne peut viser qu'à chercher dans une opération tentée soi-disant en notre faveur un prétexte pour commencer la guerre avec la Russie.
Depuis longtemps la Russie avait essayé de nous entraîner à servir activement ses intérêts. L'entreprise a échoué; d'après la dernière déclaration du Cabinet de Saint-Pétersbourg, cette puissance semble ne plus désirer que notre complète neutralité. Toutefois, la possibilité d'une proposition d'échange faite par la France relativement à la Galicie occupe son attention, comme il est naturel. Pénétrer ce secret et déguiser les moyens d'y arriver sous une forme qui semble promettre à Votre Majesté un agrandissement quelconque de Ses Etats, tel est, à n'en pas douter, le but en vue duquel l'Empereur Alexandre Lui a adressé sa dernière lettre autographe.
Pour répondre à ces vues moitié avouées, moitié cachées de la Russie, j'ai cru devoir faire encore une déclaration vei'bale au comte de Stackelberg et transmettre des instructions analogues au comte de Saint-Julien ; j'ai informé l'un et l'autre :
1" Que Votre Majesté était prête à s'employer de tout Son pouvoir au maintien de la paix;
2° Que, dans le cas où la guerre éclaterait, Votre iNIajcsté se conduirait comme une puissance indépendante, qui toutefois, vu sa position géographique , avait besoin d'agir avec une grande circonspection ;
3° Qu'il était impossible, comme la Russie le reconnaissait elle-même, que Votre iNIajesté prêtât un concours actif à cette
lis RECUEIL DE DOCUMENTS (1-73-1815).
puissance dans un moment où Vous viviez sur un pied d'amitié avec la France et où Vous n'étiez fondé à formuler aucun grief contre elle, dans un moment où Votre Empire avait besoin de faire appel à toutes ses forces pour cicatriser de grandes plaies à l'intérieur.
Je ne saurais dissimuler à Votre Majesté que les explications ci-dessus pourraient fort bien ne satisfaire qu'à moitié le Cabinet russe, et que si nous tenons compte du caractère de cette Cour, qui, on le sait, franchit facilement les limites du vraisemblable, il ne serait nullement impossible que nous fussions exposés à des complications d'un genre tout particulier.
Le comte de Stackelberg est venu me voir avant-hier ; il m-'a montré une lettre écrite en entier de la main de son Maître et m'en a lu le passage suivant :
« Vous correspondrez avec moi directement, et vous adresserez vos lettres et courriers, dans les occasions délicates, à M. de Koscheleff, qui jouit de toute ma confiance. Le chancelier ne saura rien de leur contenu. »
Il ajouta verbalement que l'Empereur Alexandre aurait déjà éloigné son chancelier, si cette démarche n'était pas une déclaration de guerre contre la France. Dans le cours de mon entretien avec lui, j'ai remarqué quelques tournures de phrases qui me firent supposer qu'un jour, étant données certaines circonstances, l'occupation de la Galicie pourrait bien s'effectuer sans notre con&entement. La marche excentrique du Cabinet russe, que nous ne connaissons que trop, et dont le plan formé par la Ilussie contre la Prusse, lors de la campagne de 1805, nous fournit un exemple très - concluant , ne nous autorise-t-elle pas à admettre comme possible ce qui parait V impossibilité même ?
Je crois donc devoir solliciter de Votre Majesté l'autorisation de ni'explicpier avec le comte de Stackelberg dans un entretien tout amical, qu'il faudrait amener sous un prétexte convenable, et de lui déclarer nettement que Votre Majesté serait forcée de considérer toute violation de son territoire comme une déclaration de guerre.
A ce propos, je pourrais également être amené à lui faire
ATTITUDE DF. f/A UT It ICIl K DANS LA GlEKIiE (iSll). 41!t
des représentations sur la concentration de troupes russes près des frontières de la Galicie et de la Bukowine. Il serait trèsfacile d'arriver à convaincre le comte de Stackelber^ que des mesures militaires de ce genre finiraient par nous forcer à mettre notre armée en mouvement, et que, par ce moyen, la Russie pourrait bien créer une situation qui serait en opposition directe avec nos vœux et nos intérêts respectifs. Ce n'est que d'après les réponses plus ou moins précises de l'envoyé russe qu'on pourrait déterminer le plus ou le moins d'urgence qu'il y aurait à prendre quelques mesures. Toutefois, ce dernier point se confond tellement avec la question générale , f|vi'il ne rentre pas dans le cadre du présent rapport; aussi ne pourrai-je le traiter que plus tard.
Mettermcii, m. p.
J'ai déjà approuvé vos propositions et vous ai autorisé à agir en conséquence.
François, m. p.
Metternich à l'Empereur François. Vienne, le 25 avril 1811.
179. Les dépêches du prince de Schwarzenberg nous permettent de voir très-clair dans les projets que l'Empereur des Français veut réellement exécuter dans un avenir prochain ; je voudrais pouvoir dire qu'elles jettent du jour sur cet avenir lui-même; mais, dans le cas présent, la question de la guerre dépend trop de la Russie pour que nous puissions, avant l'arrivée du prochain courrier de Saint-Pétersbourg, déterminer avec quelque certitude la probabilité d'une explosion prochaine , ou les chances d'éviter le conflit.
En attendant, puisque l'Empereur Napoléon lui-même a soulevé le voile , nous pouvons continuer à garder 1 attitude absolument passive que nous avons observée jusqu'à ce jour, et cela sans faire tort à l'intérêt général ni à notre propre intérêt. Il faut que l'ambassadeur de Votre Majesté à Paris reçoive des ordres précis relativement à la conduite aussi bien qu'au langage qu'il auia à tenir vis-à-vis de l'Empereur
Dans le rapport du 17 janvier (n" 177), que j'ai eu l'honneur