INSTRUCTIONS DE METTERNICH POUR LES CONFERENCES DE PRAGUE
(Note 68, p. 256, t. I.)
187. Metternicli à l'Empereur François (Rapport), Brandeis, le 12 juillet 1813. — 188. L'Empereur François à Metternich (Résolution souveraine), Brandeis, le 12 juilLt 1813.
187. Au moment d'aborder cette importante négociation, je regarde comme un devoir impérieux de soumettre encore une fois à Votre Majesté, sous une forme très-succincte, les points de vue suivants, qui auront à me servir d'instructions des qu'ils auront été approuvés.
Votre INIajesté est arrivée au point le plus élevé qu'I^lle pût atteindre dans l'état de paix, étant données les circonstances actuelles. JNIais ce })oint culminant lui-même indique forcément que le moment est proche où il faudra se décider. La marche que nous avons suivie jusqu'à ce jour n'a désormais plus sa raison d'être; nous avançons toujours plus vers les crises suprêmes, qu'il n'est plus en notre pouvoir d'éviter.
Toutefois, A otre Majesté ne peut se sauver et sauver la Monarchie avec Elle que si Elle est ])arfaitement d'accord avec Klle-mênie, et si je puis compter absolument qu'Elle persévérera jusqu'au bout dans la voie qu'Elle aura arrêté de suivre et qu Elle m'aura tracée. Si je n'ai pas cette certitude, à partir de demain toutes mes démarches deviendront fausses, incohérentes et, par suite, dangereuses au plus haut point; je deviendrais, avec le dévouement le plus sincère et le plus vif au bien de l'État, l'instrument de la ruine de l'Empire, que les événements n'ont rendue que trop possible.
Je suis éloigné de toute exagération dans les idées abstraites aussi bien que dans leur application à la vie de tous les jours; néanmoins je ne puis m'empécher de considérer deux conditions essentielles comme les éléments de l'existence même d'un grand État. Ce sont :
La force matérielle. Car sans elle le corps, quelque vaste qu'il soit, languit et se réduit à rien.
La considération politique. Elle est le résultat de la force matérielle, et bien plus encore, de la personnalité du Souverain et de la marche du Cabinet.
Pendant mon administration, je n'ai cessé d'avoir ces deux conditions en vue ; c'est ce que prouve le point auquel nous sommes arrivés. En 1801), alors que Votre Majesté ne voyait à ses pieds que les ruines de la puissance de la Monarchie, quand le ministère tout entier regardait la ruine de l'État comme inévitable dans la guerre comme dans la paix. Votre Majesté seule ne perdit point courage. Elle m'offrit le portefeuille, et j'acceptai cette lourde charge. Favorisé par des cii'conslances heureuses, plein de confiance dans la fermeté et dans le sûr appui de Votre Majesté, j'ai fait ce que me commandaient le devoir et ma conscience. Nous sommes parvenus ainsi, dans l'espace d'un petit nombre d années, à reconquérir le premier rang en Europe. Mais la voie que nous avons suivie jusqu'à ce jour avec un succès constant ne peut plus être la notre; elle convenait à la foiblesse momentanée de la Monarchie. L'aveu de notre fadjiesse nous fournissait le moyen de poursuivre cette marche, afin d'arriver à redevenir forts un jour.
CONFÉHENCF.S DF. PRAGUE (1813). 165
Dans le sens abstrait, en ne tenant compte que de la Monarchie, nous sommes loin d'être aussi forts que nous l'étions autrefois; mais comme poids à jeter dans la balance, le parti (|ue prendra TAutricbe sera prépondérant ; malbeureusement on n'est pas assez pénétré cbez nous de l'importance de ce calcul, qui est le seul juste. Il faut cependant que ce calcul agisse en première lijjne sur les résolutions de Votre Majesté; il est la seule hase possible de notre politique dans le moment décisif que nous traversons. '
Votre Majesté a pris le rôle de médiateur parce que :
P Elle voulait multiplier les chances d'amener la paix Ellemême ;
2" Parce qu'il s'en fallait malheureusement de beaucoup que les forces de la Monarchie fussent suffisamment développées au moment où le théâtre de la guerre se trouvait sur les frontières de l'Empire.
Grâce à nos efforts redoublés, des négociations se sont engagées. Ces négociations épuiseront le premier des motifs que j'ai rappelés plus haut. Il ne nous est plus possible de développer les forces nationales plus qu'elles ne le seront au 10 août prochain. Jusque-là nous compenserons, en nous failli fiant nous-mêmes, les avantages que la partie adverse trouvera dans la prolongation de l'armistice; si nous reculions ce terme, nous nous ferions du tort, et notre lenteur profiterait exclusivement à la France.
Votre Majesté a mis à Sa coopération avec les alliés des conditions qui prouvent la modération des vues du Cabinet autrichien. Ces vues sont telles que les alliés les ont considérées comme étant au-dessous de ce qui était acceptable.
De cet état de choses résultent donc trois alternatives :
1" Celle d'une paix conclue d après les bases adoptées";
2" Celle d'une coopération de l'Autriche en faveur des alliés, dans le cas où la France rejetterait les bases susdites ;
* Les bases de la paix future, contenues clans la convention de Reichenbach, élaient les suivantes : 1^ Suppression du Royaume de Varsovie et partage de son territoire entre la Russie, la Prusse et l'Autriche; 2" cession dr la ville et du territoire de Danzifj à la Prusse, et évacuation par les troupes
3° Celle d'un nouveau ])arti à prendre, parti indépendant de toute obligation, pour le cas où lis bases proposées seraient accepiées j)ar la France et rojetées par les alliés.
Dans le premier cas, la question se résout d'elle-même. Il ne peut donc être question que de vues bien arrêtées reiativement aux deux autres cas; or, il Faut que je sois muni, à ceté{jard, des ordres les plusl'ormelsde Sa ^lajesté avant d'entamer les né{^jociations.
Votre Majesté a proposé les bases de la paix future à titre de winijnian, parce qu'elles présentent du moins un caractère pacifique, et parce que leur acceptation par la France fournit la seule preuve possible que Napoléon ne vise pas purement et simplement à dissoudre la coalition actuelle, à désarmer les puissances et ci les détruire partiellement. Le cas échéant , Votre Majesté échapperait à cette destruction tout aussi peu que la IVusse. La llussie seule se sauvegarderait momentanément; elle serait tout à fait dans son droit en obéissant à la nécessité, c'est-à-dire en prenant le seul parti qui lui permit de conserver quelque force de résistance, celui de faire cause commune avec la France et de nous détruire de concert avec elle.
Cela est tellement évident pour moi, que je suis obligé d'admettre comme indi.^cutable la propo.sition suivante, savoir :
Que Votre Majesté, dans le cas où. la France rejetterait les bases de la paix future, restera fidèle à Sa parole et cherchera Son salut dans l'union la plus étroite avec les alliés.
Les quatre bases de la paix se prêtent encore à un tempérament en ce qui concerne la question illyrienne. L'Illyrie aj)partient à Votre Majesté. Sans doute les puissances peuvent revendiquer Tlllyrie comme une conditio sine qua non; mais personne ne saurait forcer Votre Majesté à foire la guerre, contrairement à Ses calculs, pour une renonciation qui ne concerne que la Monarchie. La question de savoir si ce tem-
franç.usps des pl.ux's fortes situées dans les Ktats de la Prusse et dans le Royanmi; de Varsovie; 3" retour des provinces illyrieniies à l'Autriche; 4" rélablisscincMit des villes liiinséaliijues, en y coinj)renaiil leurs territoires, <;otninc villes libres. (iVo<e de CEdilcur.^