LE TRAITE DE FONTAINEBLEAU
et je ne croirais pas devoir la réclamer, si de loin on pouvait se pénétrer de la position des affaires aussi bien que de près.
Metternich à St.idion. Paris, le 12 octobre 1807.
97. J'airiionneur de soumettre ci-joint, à Votre Excellence, la convention que j'ai cru devoir signer le 10 de ce mois , à Fontainebleau, après huit jours de débats*.
Je soumets à la sanction de notre auguste Maître une œuvre assurément bien au-dessous de ce que nous étions en droit d'attendre de la plus juste des causes; mais que Sa Majesté Impériale se persuade que rien n'était à obtenir au delà de ce qu'elle trouvera dans la présente convention. J'ai laissé rompre trois fois la négociation, en ne retenant qu'un fd pour avoir la faculté de la renouer; j'ai cédé enfin, non-seulement à la plus intime conviction, mais à des preuves irrécusables que chaque délai ne pourrait amener que des chances de nouveaux sacrifices, sans nul espoir de mieux. Votre Excellence verra par le projet de convention que le peu de jours d'intervalle entre ma dernière conversation avec M. de Champagny et la date de la lettre du ministre qui motiva mon voyage à Fontainebleau , a suffi pour faire naître de nouvelles demandes et prétentions tout à fait injustes de la part d'un Cabinet qui, dans la négociation pénible de laquelle je sors, n'a pas cessé un instant d'avoir l'air de nous faire des sacrifices, tandis que nous seuls avons à les supporter. Il faut sans doute compter beaucoup sur l'étendue de la confiance de son Maître pour oser signer des articles qui manquent , autant que ceux que je lui soumets, de tout caractère de réciprocité , et qui entraînent des pertes aussi réelles pour la Monarchie ; mais que Sa Majesté daigne considérer l'ensemble de ma position , qu'elle daigne se dire que nous ne négocions plus, que toutes les questions litigieuses ne cèdent qu'à des demandes plus exagérées encore ; que le dernier mot du Cabinet français a été constamment celui de
* Le traité de Fontainebleau, relatif à la rectification des frontières entre l'Autriche et l'Italie, a déjà été publié. Voir Neumann, II , 236 et 239.
(Note de r Éditeur.)
déclarer sans nul fard qu'il attendra qu'on lui arrache ce qu'il tient, ou qu'on l'empêche de se saisir de ce qu'il convoite. M. de Champagny enfin n'a jamais cessé de me dire , chaque fois que je déclarais ne pas vouloir ni pouvoir signer sans réclamer de nouveaux ordres de ma Cour : « Vous les demanderez , jnais les événements marchent, et nous marc/ions avec eux. » Il est impossible de rien opposer à un argument de cette nature quand il vous vient de la part d'un Souverain qui, loin de suivre les événements, a acquis un tel degré de force qu'il les prépare et développe à son gré.
La Cour s'étant rendue le 21 septembre à Fontainebleau, je crus devoir attendre tranquillement, après avoir épuisé toutes les questions avec Je ministre des relations extérieures , qu'il me fît savoir le moment que Sa Majesté vouerait à l'audience particulière que je lui avais demandée. Trois jours se passèrent inutilement ; je reçus enfin, le 30 septembre, une lettre de M. de Champagny à laquelle se trouvait annexé un projet de convention , très-différent de tout ce dont nous étions convenus dans nos dernières conférences. J'avais déclaré ne pas pouvoir signer la cession du territoire au delà de Canale ; on la demanda jusqu'au-dessus de Saga. Les questions de la route militaire, du passage des garnisons russes par nos Etats ; un odieux article qui, d'après les renseignements que depuis j'ai pu prendre , portait sur une somme énorme ; toutes ces demandes enfin, totalement étrangères aux points convenus de discussion , furent offerts à mon adhésion sans explications ni excuses aucunes.
Je me rendis la nuit même à Fontainebleau , et eus le lendemain une première conférence avec M. de Champagny. Le refus de l'iuiipereur de me voir, le parti qu'avait pris M. de Champagny de m'envoyer son projet de convention plutôt que de m'inviter à le chercher chez lui, tout enfin m'empêcha d'espérer le moindre succès de ma course. Décidé à ne pas signer si je n'obtenais des modifications réelles, je m'expliquai vis-à-vis du ministre avec la plus grande franchise ; je crois ne lui avoir épargné aucune vérité sur les procédés de son maître envers une puissance que naguère il avait leurrée par des