‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 27 sur 121 · LA GLERRE DE NAPOLÉON AVEC LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

LA GLERRE DE NAPOLÉON AVEC LE PORTUGAL

aux Anglais, que même il s'en remettait à TEmpereur pour le choix des moyens à opposer à leur commerce ; mais que ses principes répugnant à toute mesure oppressive pour d'innocents individus établis chez lui sur la foi du droit des gens , il ne déférerait jamais à cette dernière demande.

L'Empereur déclara, pour toute réponse, la guerre au Portugal , et expédia l'ordre au général Junot , nommé depuis quelque temps général en chef du corps d'armée rassemblé à Bayonne et destiné à agir contre ce pays, de se mettre en mouvement sur-le-champ. II expédia en même temps un courrier à Madrid pour demander la coopération de l'Espagne, dont il avait eu soin de s'assurer d'avance. M. de Lima fit prier l'Empereur de suspendre ces mesures hostiles, de lui accorder un passe-port pour se rendre près du Prince régent, et de ne regarder comme ultimatum que la détermination que Son Altesse Royale aurait prise après son arrivée à Lisbonne. Le passe-port fut accordé ; l'Empereur promit en même temps de ne publier sa déclaration qu'au bout du délai demandé par l'ambassadeur, mais il ne consentit pas à révoquer l'ordre donné à l'armée de se porter en avant.

^L de Champagny communiqua à l'ambassadeur la réponse de son maître dans un entretien particulier, dans lequel le ministre des relations extérieures ne conserva nulle retenue. Il dit, après de longs développements sur le parti qu'avait pris l'Empereur de ne plus rien ménager envers l'Angleterre, que cette puissance étant la souveraine des mers, le moment était venu Oii lui Napoléon voulait être le dominateur du continent; que tout ce qui s'opposait à ses vues, tout ce qui ferait la moindre résistance serait écrasé; que , d'accord avec la Russie, il ne craignait plus personne ; que le sort enfin en était jeté.

M. de Lima revint à Paris pour expédier un courrier destiné à annoncer sa prochaine arrivée à Lisbonne. Il commit la grande gaucherie de retourner la imit même à Fontainebleau , pour assister le lendemain à l'audience diplomatique d hier.

L'Empereur commença sa tournée par moi. Il me parla d'une manière polie de choses tout à fait indifférentes. Il ne dit <[u'un mot à mon voisin l'ambassadeur d'Espagne , et s'étant II. 9

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approché de celui de Portugal, qui par hasard se trouvait à côté du ministre de Danemark , il adressa à tous les deux une des incartades les plus violentes que jamais il ait encore faites à un cercle diplomatique. Il se servit à peu près des mêmes phrases que M. de Champagny, atténuant toutefois celle de sa prétention à la domination universelle. Il ajouta : « Si le Portugal ne fait pas ce que je veux, la Maison de Bragance ne régnera plus en Europe dans deux mois.

« Je ne souffrirai pas qu'il y ait un envoyé anglais en Europe ; je déclarerai la guerre à telle puissance que ce soit qui dans deux mois d'ici en aura encore un chez elle. J'ai trois cent mille Russes à ma disposition, et avec ce puissant allié je puis tout. Les Anglais déclarant qu'ils ne veulent plus respecter de neutres sur mer, je n'en reconnaîtrai plus sur terre. » Et s'adressant au ministre de Danemark , il continua : « Les événements de Copenhague sont une horreur , mais la déclaration du Roi est une infamie. »

En continuant sa tournée , il apostropha l'ambassadeur d'Etrurie : « Votre Reine est en relations secrètes avec l'Angleterre , lui dit-il , — mais j'v ai mis bon ordre. »

S'arrêtant devant le sénateur Grœning , il lui demanda s'il était le député de Brème. Sur sa réponse affirmative, il lui demanda : (t Comment va-t-on chez vous? w — « Mal, Sire » , lui répondit M. de Grœning. — « Eh bien, vous irez plus mal encore. Brème et Hambourg sont des villes anglaises; je saurai les traiter en conséquence. » Il revint sur ses pas, et finit l'audience après s'être encore entretenu avec moi sur le lieu actuel du séjour de Sa Majesté Impériale et sur quelques détails de son voyage.

Votre Excellence peut aisément se figurer l'effet que produisirent sur tous les assislants les sorties violentes de l'Empereur, dont je n'ai pu qu affaiblir les traits en les répétant. Elles prêtèrent sur-le-champ aux commentaires les plus étendus , qui ne purent nous rester étrangers.

Je me rendis une heure après cette audience chez le ministre des relations extérieures.

A peine avais-je pris place, que M. de Champagny me

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