‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 3 sur 121 · SON PREMIER ÉCRIT OFFICIEL · texte numérisé non relu

SON PREMIER ÉCRIT OFFICIEL

(Note 11, p. 220, t. I.)

Instiuctions auxquelles le comte de Metteinich-Wiuiieljurg, Notre ministre plénipotentiaire près la Cour de la Saxe électorale, aura à se conformer. (Fait à Vienne, le 2 novembre 1801.)

Rédigées par Metternich lui-même et expédiées en copie conforme.

i>4. Avant conféré les fonctions d'ambassadeur extraordinaire près la Cour royale d'Espa^ifiie au comte d'EItz, qui depuis plusieurs années était Notre ministre plénipotentiaire près la Cour de la Saxe électorale, et croyant utile à Notre service de nommer aussitôt, dans les graves circonstances que nous traversons, un nouveau titulaire au poste devenu vacant à la Cour de Saxe, Nous avons choisi le comte de Metternich, dont les connaissances pratiques, le zèle et le dévouement ^ous inspiraient toute confiance.

2 llECl EIL DE DOCIMENTS (17-3-JS15).

Nous le faisons donc munir des lettres de créance nécessaires; en les remettant au prince électeur, il aura soin de l'assurer de Notre haute considération et de Nos sentiments d'amitié.

En ce qui concerne le cérémonial, qui a déjà soulevé tant de difficultés à la Cour de la Saxe électorale, il s'en rapportera purement et simplement aux instructions qu'il recevra à cet éj^jard de la chancellerie aulique de l'Empire, et qui lui serviront de règle de conduite.

Toutefois, comme il est nécessaire que, pour assurer le bien de Notre service et pour défendi'e utilement Nos intérêts, il ait une connaissance exacte des circonstances dans lesquelles il prend ce poste de ministre plénipotentiaire. Nous avons cru devoir le pourvoir de l'exposé suivant :

A. La sitiialiuii potitir/iie actuelle de l'Europe considérée surtout par rapport h V Autriche.

Les événements des onze dernières années étaient sans contredit de nature à changer radicalement les conditions politiques de l'Europe.

La Révolution française avec la forme républicaine qu'elle a imposée à une des monarchies les plus importantes; la ruine totale de l'indépendance de la Hollande; la réunion des Payslias, de la rive gauche du Rhin, de la Savoie, d'une partie de la Suisse et de la Hollande à la France ; d'autre part, le changement d'une constitution qui depuis des siècles faisait ]e bonheur de la Suisse; la création d'une nouvelle république; démocratique formée de la plus grande partie de l'Ralie supérieure ; le nouveau sort de Venise ; le changement de souveraineté en Toscane ; le partage de la Pologne ; l'agrandissement extraordinaire de la Prusse par l'annexion des maigraviats et par ses acquisitions en Pologne ; de plus, le monopole momentané de l'Angleterre par suite de la destruction des marines ennemies et de la conepiête de la plupart des colonies françaises, de beaucoup de colonies espagnoles et de toutes les possessions hollandaises; les vastes conquêtes de la

ÉPOQUE DE L'ENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT (l801-lSO:3). i

Grande-Bretagne aux Indes orientales et la ruine de la puissance de Tippo Saïb, si menaçante pour son influence sur ce pays; l'occupation de l'Egypte par les Français; le cap de Bonne-Espérance et INIalte, les deux points les plus importants pour le commerce du monde, au pouvoir des Anglais qui en possédaient déjà le monopole; enfin les changements prochains qu'entraînera la paix de Lunéville : cette situation, qui est le résultat de la Révolution française et de la guerre générale qu'elle a provoquée, laisse loin derrière elle même les bouleversements amenés par les trois grandes guerres du siècle dernier, par la guerre de la succession d'Espagne qui assura la prépondérance française, par la guerre du Nord qui ouvrit à la Russie les portes de la politique européenne, et par la guerre engagée par la Prusse contre la liaison d'Autriche en 1740, qui eut pour conséquence la guerre de Sept ans.

Il serait impossible de chercher à débrouiller le chaos des éléments actuels et à réunir les bases d un système politique européen ayant quelque chance de durée. Les suites de ces formidables bouleversements, jointes à la lutte persistante entre les pinncipes politiques, ajournent indéfiniment le repos général. Depuis 1790, chaque année a introduit dans le système européen des changements qui, douze mois plus tôt, paraissaient impossibles, et qui, douze mois plus tard, étaient presque oubliés. On n'a qu'à comparer l'état delà République française en novembre 1790 et en avril 1801; Talliance étroite de la Russie avec les autres puissances en 1799 et lambassade russe à Paris au mois de mars de la présente année. Et quelles fluctuations ne remarque-t-on pas dans la politique anglaise pendant les onze dernières années? En 1792, l'Angleterre observe une neutralité rigoureuse; plus tard, elle est l'instrument le plus actif de la coalition; aujourd'hui, elle est le point de mire d'une coalition diamétralement opposée, à la tète de laquelle sont la France et la Russie, et dans laquelle se sont même laissé entraîner les puissances du Nord, restées constamment neutres jusqu à ce jour. Ces quelques points choisis au milieu de tant de modifications prouvent, du reste, combien

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il serait hasardeux de déterminer à 1 avance, même pour une période de dix années, les événements probables que recèle l'avenir.

La situation extérieure de Notre Monarchie a eu à subir des changements auxquels TEtat le plus puissant lui-même ne peut échapper quand tout se transforme autour de lui. Toutes Nos anciennes alliances avec (\e> puissances étrangères, même Nos alliances les plus récentes, ont été rompues; il y a plus encore : un grand nombre des motifs qui Nous les avaient fait contracter ont disparu. Une revue rapide des alliances que Nous avions formées depuis longtemps expliquera ce fait.

En 1750, rAutriche s'était unie avec la France dans le but de protéger ses provinces lointaines dans les Pays-Bas et en Italie, de mettre un terme à Tanimosité française qui mcnai-aitsans cesse 1 Empire, et de pouvou' disposer des forces de la liaison de Habsbourg sur tous les points qui lui paraîtraient avantageux sans avoir à redouter Thostilité de la France.

Pour ce dernier pays, le princi})al avantage de cette alliance était celui-ci : elle garantissait la sécurité absolue de sa frontière, diminuait considérablement le chiffre des subsides qu'il était obligé de payer tous les ans à des Etats secondaires et à des Etats de l'Empire peu importants, et lui permettait de consacrer ces sommes, qui étaient généralement gaspillées, à améliorer et à agrandir sa marine.

A peine la Russie pouvait-elle prentlre rang parmi les Etats civilisés de l'Europe, qu'entre cette Cour et la Maison d'Autriche s'établit un système d'amitié et d'alliance étroite. Jusqu'à l'avènement de Pierre III, les deux puissances se regardèrent comme des alliées naturelles, et, en effet, tout semblait devoir les rapprocher : elles étaient voisines sans être en contact direct, elles pouvaient s'étendre sans avoir lieu de se jalouser, et même s'aider réciproquement à s'agrandir; enfin, elles avaient une ennemie comnuuie dans la Porte. A ces raisons vint s'ajouter dans la suite un voisinage dangereux, celui de la Prusse, qui touchait aus->i aux deux Empires; la présence de cette voisine nouvelle devait d'autant plus iufjuléter les deux puissances amies, <|ue les j)rojets d'annexion qu elle

KPOQUE DE LEiNTIlÉE AU SEIIVICE DE LÉTAT (1801-1803). 5

iiniuTissait contre la Pologne pouvaient avoir qiielr[ue chance de se réaliser.

Mais à peine Pierre III fut-il monté sur le trône qu'il se jeta aveuglément dans les bras de la Prusse. L'alliance austro-russe, renouvelée sous l'Impératrice Catherine, était surtout basée sur la sympathie personnelle de cette Souveraine pour l'Autriche, car les raisons indiquées plus haut comme devant rapprocliei- naturellement les deux })ays tendaient à disparaître de jour en jour.

Depuis le règne de Frédéric II, la Prusse, que sa situation géographique appelait à devenir la rivale perpétuelle de l'Auti'iche, et qui ne cessait de s'étendre, avait l'ambition d'une puissance de premier ordre malgré l'exiguïté de ses ressources financières, malgré le chilfre modeste de sa population, qui était celle d'un Etat secondaire. Le but exclusil de sa politique, c'était l'agrandissement de son territoire et l'extension de son influence ; elle voulait l'atteindre par tous les moyens possibles, en passant par-dessus le droit des gens et la morale universelle. L'alliance de 17i)l mérite à peine d'être mentionnée. Rompue aussitôt que formée, elle montre que les contractants n'avaient guère de confiance dans sa solidité.

Les fréquentes alliances de l'Autriche avec l'Angleterre s'expliquent naturellement par les rapports politiques et géographiques des deux pays. Entre une puissance purement commerçante et une puissance exclusivement continentale, il ne pouvait exister aucun motif de jalousie ; de plus, les Pay^- Bas autrichiens offraient les points de contact les jilus rapprochés et les plus commodes avec le continent, et Notre force politique formait un puissant contre-poids à la livalité de la France. ^lais les avantages de ruuion étaient, surtout dans les derniers temps, du coté de 1 Angleterre ; car, pendant que Nous faisions cause commune avec la France, Nous n'avions pas besoin de la Grande-Bretagne, et, depuis que Nous sommes eu guerre avec elle, l'appui hnancier que Nous avons trouvé chez les Anglais est insignihant à côté des efforts et des sacrihces extraordinaires que Nous avons faits et dont le Pioyaume-Uni a tiré les avantages les plus considérables.

e RECUEIL DE DOCTMENTS (n-;MS15).

Notre entrée dans la triple alliance de 1708 entre l'Angleterre, la Russie et la Porte ne Nous servit que pour la part <|ue Nous prenions momentanément à la guerre.

Toutes ces réflexions prouvent combien Notre situation d'autrefois, qui a déterminé la conclusion des alliances, diffcre des conditions politiques dans lesquelles Nous vivons actuellement.

D'après la dernière paix, les provinces lointaines que Nous avions dans les Pays-Bas et en Italie, ces provinces dont les premières Nous mettaient en contact direct avec la France, Nous reliaient à la Hollande et séparaient ce pays du territoire français, ont été cédées à la France elle-même, ou bien destinées à former des républiques vassales.

Par suite de la cession des Pays-Bas aux Français et de l'ouverture de l'Escaut, la plus grande partie du commerce qui, voyant ce fleuve barré, s'était transporté à Amsterdam, à llotterdam et sur d'autres points, viendra probablement reprendj^e possession du centre connuode qu'il avait quitté ; et si la situation se prolongeait, la Hollande pourrait bien être exposée à devenir une province franrai.«.e.

N'étant plus en contact immédiat avec la France, séparé d'elle au point le plus important de Nos États et le plus coûteux à défendre, Nous devons à la non-possession des Pays-Bas plus d'un avantage indirect. La rivalité séculaire de la France et de l'Autriclie en Italie trouve aujourd'hui un aliment d'une espèce toute contraii-e. La création d'une République considérable calquée sur le modèle français, qu'il faut considérer comme appartenant réellement à la France ainsi que les autres Républiques et les petits Etats italiens; en second lieu l'établissement de fortes lignes militaires qui menacent la frontière autrichienne; enfin la destruction de tous les moyens de défense qui auraient pu inf|uiéter Nos voisins; tout cela donne à la République française, dans toutes les affaires de l'Italie, une influence prépondérante r|ue Nous n'avons jamais eue.

D'autre part, la possession si importante des provinces vénitiennes Nous vaut des avantages que la France ignorait aux phis beaux jours de son protectorat. En ce qui concerne ce rôle de prolectrice, la situation future de l'Autriche en Italie

ÉPOQIE DE L'ENTRÉE AL' SEUVICE DE L'ÉTAT (I8OI-ISO3). '

pourrait offrir plus d'une analogie avec la situation passée de la France.

Le caractère inconstant de l'Empereur de Russie, qui se blesse d'un rien et que souvent les plus grands sacrifices ne peuvent gagner, rend extrêmement difficile, pour Nous comme pour d'autres puissances, une amitié sérieuse et durable avec cet Empire. Disposant de ressources intérieures que ne connaissent point les autres Etats civilisés ou que la civilisation elle-même a taries, pouvant impunément rompre toute alliance ou mettre fin à toute guerre en retirant son armée, inattaquable derrière ses frontières, la Russie, grâce à sa situation géographique et politique, est toujours à craindre, mais surtout sous un gouvernement qui n'a pas de principes arrêtés et qui n'agit que par passion, d'après la convenance du moment. Nos relations actuelles avec la Russie Nous amènent à faire les réflexions suivantes sur la longue ligne de frontières qui Nous est commune avec cet Empire.

Pour Nous, pour l'intérêt bien entendu des Etats limitrophes et pour le i^epos général de l'Europe, l'existence de la Pologne était d'une égale importance. Situé entre trois grands Empires, ce pays empêchait les collisions inséparables d'un contact immédiat, et par cela même avait pour chacun de ses voisins une valeur bien marquée; mais cette valeur était certainement double pour la Prusse et pour Nous. L'aveugle ambition du cabinet de Berlin et le bouleversement général, dont l'Impératrice Catherine profita pour réaliser des projets caressés depuis longtemps, purent seuls amener le partage de la Pologne, cet acte si Contraire à tous les principes d'une saine politique. Notre rôle fut et devait être uniquement conservateur. La force des choses, l'impossibilité d^empêcher les deux puissances de s'agrandir aux dépens de l'Etat convoité, et la nécessité qui en résultait finalement pour Nous d'atténuer ce mal inévitable en cherchant des compensations, Nous déterminèrent seules, après de longues hésitations, à Nous joindre à la Prusse et à la Russie. L'avantage d'agrandir le chiffre de sa population et de reculer ses limites est contre-balancé pour la Prusse par un inconvénient réel : c'est que ces frontières

8 RECUEIL DE DOCUMENTS (l773-18l5).

lui sont communes avec la Russie et avec Nous. Nous sommes dans les mêmes conditions. Malgré son immense étendue du côté de rOrient, la Piussie seule pouvait encore former le désir de se rapprocher du centre de la politique européenne ; mais l'avenir seul dira si le partage de la Pologne était un moyen d'atteindre ce but.

La Prusse, invariablement fidèle à ses principes et à ses vues avant, pendant et après son alliance avec Nous, a gagné dans les dix dernières années une prépondérance marquée. Soutenant son rôle en s'affranchissant de toutes les lois de la morale politique , exploitant les malheurs des autres pays sans avoir égard à ses obligations ni à ses promesses , forte des nombreuses acquisitions qu'elle a faites ou qu'elle va faire encore, la Prusse se trouve placée depuis les dernières années au rang des puissances de premier ordre. Grâce à l'accession inconstitutionnelle des plus puissants États de l'Empire, l'influence de la Prusse dans les affaires de rAllemagne a pris une importance telle que la puissance impériale elle-même s'en trouve affaiblie.

Cette revue de la situation politique prouve surabondamment combien Nous sommes loin de voir rétablir l'équilibre européen, et avec lui le repos général. Il faut que l'extension extraordinaire des possessions de la France subisse des modifications. L'Angleterre, qui est encore en guerre avec la France et qui le sera probablement avec toutes les puissances maritimes, a fait tant de conquêtes, que la paix ne pourra être conclue avec cet Etat (pi'à la condition de lui imposer de grandes restitutions.

Bien arrondis, Nous entrons dans des conditions toutes nouvelles. Actuellement, Notre devoir politique est de nouer des relations nouvelles, utiles, et dont le but devrait être surtout de refaire Nos forces, de maintenir le repos à l'intérieur et d'arriver à une situation qui Nous laisse libres, autant (|ue le permettront des circonstances impossibles à prévoir maintenant, de choisir un rôle en harmonie avec l'étendue et la situation d un Etat de premier ordre.

r.rOQI E DE LENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT (l801-1803). 9 B. Les rapports de l Autriclie avec la Saxe.

La position géographique de rëlectorat de Saxe lui défend absolument de prétendre ù l'indépendance, en tant qu'un Etat de troisième rang pourrait être indépendant. Enclavé entre deux Monarchies puissantes, il semhle destiné à n'être dirigé que par une impulsion étrangère.

La situation la plus fâcheuse pour la Saxe est sans contredit celle que lui crée une guerre entre l'Autriche et la Prusse. Quelle que soit son attitude dans ce cas, les chances défavorables sont toujours les plus nombreuses, et jamais elle ne peut espérer un avantage sérieux. Quand elle restait neutre, elle était toujours victime du sort qui attend les petits Etats : ceux-ci ne peuvent défendre leur neutralité que par des protestations, et sont exposés à être dévastés tantôt par le vainqueur, tantôt par le vaincu. C'est ainsi qu'elle s'est vue accablée de réquisitions ruineuses et ravagée par la Prusse. Se déclarait-elle pour l'un ou l'autre parti, elle courait des dangers qu'elle n'avait pas la force de combattre ni d'atténuer. Unie à la Prusse, ses habitants servaient uniquement à faire des soldats, et ses magasins de céréales ne s'ouvraient que pour approvisionner l'armée alliée.

La seule politique intelligente de la Saxe consistait et consiste encore à mettre tout en œuvre pour maintenir des relations amicales entre ses deux puissants voisins, ou du moins à s'efforcer, dans la limite de ses moyens, de prévenir toute guerre entre eux, afin de travailler, grâce à la paix, à augmenter la prospérité intérieure, à étendre son commerce et à guérir les blessures que lui ont faites la guerre de Sept ans et les règnes onéreux des deux Rois de Pologne.

Désormais le choix de la Saxe, ayant à opter entre la Prusse et Nous, ne saurait malheureusement plus être douteux. La prépondérance à laquelle la Prusse est arrivée et les acquisitions que cette puissance a faites dans les dix dernières années tout autour de la Saxe ou près de la frontière, mettent ce pays fort à l'étroit. Grâce à la possession d'Anspach et de Baireuth,

10 RF.CIEIL DE DOCUMENTS (n-3-1815).

la Prusse l'enveloppe au nord et au sud, et par celle des ci-devant provinces polonaises elle le menace à Test. Par suite, presque tout le commerce de la Saxe dépend du bon plaisir de la Prusse. A l'avenir il sera Lien difficile à cet État de défendre sa neutralité ou de se déclarer pour Nous.

La conviction que la Saxe ne peut conserver son indépendance que grâce à la situation importante qu'elle a dans l'Empire d'Allemagne et à la garantie du lien qui la rattache à l'Empire n'aurait jamais dû agir plus fortement sur le cabinet de Dresde qu'à l'époque où la Prusse, démasquant ses batteries , fit voir que l'existence même des Etats de l'Empire, et particulièrement de ceux qui se trouvaient dans son voisinage, était directement menacée. Jamais elle n'aurait dû s'écarter de la voie constitutionnelle pour suivre la ligne opposée qui caractérisait la marche de la Cour de Prusse ; mais l'aveuglement dont semblaient frappés les Etats du Nord poussa malheureusement aussi la Cour de Saxe à jouer dans les derniers temps un rôle tout à fait contraire à son intérêt.

Parmi les plus grands et les plus puissants Etats de l'Empire, l'électorat de Saxe était autrefois un des plus influents dans les affaires générales. Gomme chef du Corpus Evangelicorutn, l'Electeur était à la tête d'un parti qui, surtout dans les dernières années, était devenu fort nombreux. Mais l'influence toujours croissante de la Prusse sur la direction des affaires intérieures de l'Empire (influence laissée à cette puissance par la faute même des principaux Etats), la hauteur despotique avec laquelle elle avait tout récemment affirmé la neutralité de l'Allemagne du Nord en réunissant sous sa protection les États protestants les plus considérables; en outre, l'autorité des seize voix dont la Maison de Brandebourg et celle de Brunswick disposaient à la Diète et qui, dans toutes les questions, assuraient la majorité à la fraction protestante , toutes ces causes réunies rendaient à peu près illusoire le rôle du ministère saxon, qui devait être l'organe des protestants sous un prince électeur catholique.

L'accession de l'Électeur à la neutralité de la Prusse était

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