‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 41 sur 121 · LENÏREVUE DES SOUVERAINS A ERFURT (I8O · texte numérisé non relu

LENÏREVUE DES SOUVERAINS A ERFURT (I8O

de tout ceci, car ma Cour sait tout au plus à l'heure qu'il est que l'entrevue est décidée; je suis sans ordres et sans instructions, et il vous est facile de calculer, d'après les dates mêmes, que je ne puis pas vous parler en ambassadeur d'Autriche, mais en simple particulier. »

M. de Ghampagny m'objecta alors que les autres membres du Corps diplomatique pourraient faire la même réclamation. — tt L'ambassadeur d'Espagne et le Persan exprimeront peutêtre le même désir. »

« — Il n'est pas question de réclamations, lui répondis-je; je vous soumets un vœu bien clairement motivé ; d'ailleurs, ajoutai-je en riant, je ne saurais, ni au point de vue moral, ni au point de vue politique, souscrire à votre rapprochement entre un ambassadeur d'Autriche et celui d'un Khan de Perse ; nous formons une véritable antithèse diplomatique.»

M. de Champagny, voyant sans doute qu il avançait sur un terrain scabreux, me dit qu'il communiquerait à l'Empereur mon idée; il convint avec moi des termes dont il se servirait, et qui furent absolument conformes à mes désirs.

Je suis bien loin de prétendre que mon projet puisse s'exécuter. Il présenterait le double avantage de me mettre à même de surveiller les négociateurs français , et d'influer sur les Russes. Ce dernier point serait surtout d une haute importance ; mais plus les chances seraient favorables dans ce cas, moins je me permets d'en entrevoir la possibilité.

Quoi qu'il en soit, je croirai avoir fait mon devoir en ne négligeant pas la seule démarche à ma portée, et surtout en l'exécutant de manière à ne pas compromettre ma Cour, M. de Champagny s'étant chargé de sonder le terrain avant de m'attirer un refus.

Metternich à Stadion. Paris, le 14 septembre 1808.

119. Il serait difficile de se former d'avance une idée juste de ce que peut être le résultat de l'entrevue des deux Empereurs. Je crois qu'eux-mêmes l'ignorent. Napoléon sait ce qu'il y apporte d'intentions et de projets. Alexandre croit tout

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au i)lus être d'accord avec lui-même. Le premier voudra tout ce nu il pourra obtenir, le second eut ?iCCO\'àev bien au delà de ce qu'il voudra et croira accorder. Il est des événements indépendants de tout calcul ; au-dessus d'eux quand il s'agit de Napoléon, au-dessous quand ils portent sur un Cabinet tel que celui de Saint-Pétersbourg.

Les seules bases desquelles nous devons partir sont celles de la position des affaires au moment de l'entrevue, du plus ou moins de complications qu'aura intérêt de faire naître Napoléon, du plus ou moins de courage que puisera Alexandre dans cette même position des affaires.

J'envoie aujourd'hui à Votre Excellence des pièces d'un bien haut intérêt pour fixer son opinion sur cette position.

Elle reçoit sous le n" 1 le Moniteur du 5 septembre, qui établit d'une manière officielle, le jour même de la séance du Sénat, le point de vue que la Cour impose au public sur la marche des événements en Espagne.

Sous le n" 2, le Moniteur du 7 septembre, qui renferme les premiers détails publiés sur la séance du Sénat du 5.

Sous le n" 3, le reste des détails de cette même séance.

Sous le n° -4, les publications qui dans plusieurs feuilles ont eu lieu sur la défection du général de la Romana, et sur les affaires d'Espagne et de Portugal.

L'ensemble de ces pièces nous rejette, sous le rapport des phrases et du style, en 1793. Nulle ne présente un plan fixe pour l'avenir. On fait décréter au Sénat que la guerre avec l'Espagne est juste, et fondée sur un calcul de saine politique; le pouvoir d'un Sénat ne s'étend ni sur des principes éternels, ni sur l'opinion des peuples.

On pousse les phrases de rhétorique au point de supposer que les mânes de Henri IV, de François I" et de Louis XIV sourient à la généreuse entreprise de Napoléon de culbuler le trône de leur arrière-petit-fils. Les niànes de ces princes ne peuvent venger l'insulte qu'on leur fait.

On renverse tout, principes, convenances, autorité de l'histoire, pour établir de nouveaux principes de politique et du droit des gens. Ni M. de Chanq)agnY, ni Clarke, ni les orateurs

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des tribunes de 1793, ne prouveront jamais au peuple français et au public de l'Europe que le moyen de forcer l'Angleterre à la paix est de lui fournir d'immenses et de nouveaux moyens de faire la guerre; ils ne lui feront jamais croire que l'existence d'un faible Bourbon sur le trône d'Espagne était plus compromettante pour le salut de la France que la lutte indéfinie qui vient de s'engager dans la Presqu'île, et que la perte des Amériques.

On justifie une levée de quatre-vingt mille conscrits, prise sur les réserves des dernières années, par lobligation de soutenir riionneur national, et on rejette sur l'Autriche la nécessité d'appeler sous les armes des enfants de dix-sept ans; le peuple n'est pas plus dupe du véritable motif qui compromet la gloire de ses armées, que des intentions supposées à l'Autriche.

On use de quelques ménagements envers nous dans les discours des ministres, mais on nous déchire dans ceux des orateurs du Sénat; les premiers sont les manifestes aux puissances, les derniers s'adressent à la nation française. Les peuples de l'Europe entière ne sont plus à remuer par des phrases; toutes les opinions se réuniront sur le fait, que la position intérieure rt extérieure de Napoléon a essuyé de terribles échecs, par suite de calculs aussi téméraires que faux de sa pari.

D'après mon opinion, Napoléon a des échecs à réparer, et l'entrevue avec son auguste allié doit lui en faciliter les moyens.

V^eut-il réparer son insuccès sur le théâtre même de ses malheurs; ou bien cherchera-t-il un autre point de l'Europe pour recouvrer ce que ses plans et les fautes de ses généraux lui ont fait perdre dans l'opinion publique? Celte question, Irès-juste naguère, ne lest plus; il n existe plus d'alternative, // doit faire tous ses efforts pour terminer l'œuvre commencée. f^a marche de ses armées, ses derniers actes publics, ne laissent plus de doutes sur ce fait; le principal but de l'entrevue doit donc être celui de se tranquilliser lui-même sur toute possibilité d'inquiétude et d'attaque de la pari de l'Autrirlie <'/ de la Russie.

Peut-il arriver à ce but en compliquant les questions entre la France et rAutriclie? Jef ne le crois pas.

Peut-il vouloir faire naître des dissensions entre TAutriche et la Russie pour atteindre ce même but? Deux puissances qui n'ont ni envie ni motif de se battre , s'expliquent au lieu de se battre, et ces explications mènent trop facilement à leur union pour qu'il puisse tenter de placer ainsi les questions.

Développera-t-il au cabinet russe tous ses plans sur l'avenir? Espère-t-il le porter par cette preuve de confiance à s'en déclarer implicitement complice?

Faire beaucoup d'ouvei-tures insidieuses et vagues, lâcher d'obtenir en échange des promesses formelles; caresser l'amourpropre d'Alexandre, Jlatter la présomption de son ministre et en profiter ; — porter la Russie à nous tenir en échec, lui promettre le partage et le gros lot de la Turquie, lui garantir la Finlande : voilà sans doute ce que se propose Napoléon.

M. de Talleyrand fera de son côté tout ce qu'il pourra pour engager une négociation avec l'Angleterre. C'est là que serait pour l'bumanité le but utile de ce voyage.

Quel est au contraire le rôle que nous indique la situation actuelle? Cherchons-le dans les ressources militaires que l'Autriche a si sagement déployées dans les derniers temps ; c'est à elles que nous devons notre salut. Une puissance de premier ordre ne peut se soutenir que de son propre poids. La France se jetant sur nous avec les forces de la Russie réunies , nous risquerions d'être écrasés; la première ne songe pas à nous faire la guerre dans ce moment-ci, la seconde n'y songe pas davantage; un Empereur qui, d'après 1 idée de M. de Talleyrand, paraîtrait en personne au milieu du Congrès d Erfurl et qui dirait : — «Je mets quatre cent mille hommes de troupes et tout mon peuple armé dans là balance de la justice; je prétends périr les armes à la main si on veut tenter de m'écraser; je prétends aussi que la paix n'existe qu'avec mon assentiment; je ne veux que la paix, mais dans la paix un [état de choses conforme à la dijjnité de ma couronne » , — embarrasserait beaucoup la force de Napoléon et la faiblesse d'Alexandre.

Une preuve que l'on compte agiter des questions éminem-

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