L'ENÏREVI.E DES SOUVERAINS A ERFURT
différence entre la présence de noire auguste Maître et Tenvoi d'un des princes de la Maison, et n'attribue que peu de valeur à ce dernier parti.
Je lui soumis alors la question : s'il pouvait y avoir quelque difficulté à ce que je témoignasse en mon nom privé à Napoléon le désir d'être appelé à 1 accompagner. Je motivai mon vœu sur la nature des relations qui existent entre l'Autriche et la France, sur l'importance dont serait notre intervention dans toutes les questions relatives h la pacification générale, si tel était le but de l'entrevue. Je parlai de l'embarras dans lequel on se trouverait ici de nous faire entendre par un refus que la présence d'un homme chargé des intérêts de l'Autriche étant gênante, les délibérations d'Erfurt porteraient un caractère pouvant compromettre ces mêmes intérêts; — je kii observai enfin qu'une démarche faite en mon nom individuel, et avec tous les ménagements nécessaires, ne saurait point exposer la dignité de ma Cour, si surtout je fixais comme bornes de mon vœu le désir de prouver à l'Europe entière l'existence réelle de bonnes relations entre nos deux Gouvernements. M. de Talleyrand entra complètement dans ma manière de voir; il approuva et mon calcul et les conclusions que j'en tirais, et nous convînmes que je ferais une démarche près de M. de Champagny dans le sens que je viens d exposer.
Je me rendis effectivement chez le ministre des relations extérieures au sortir de chez le Vice-Grand Electeur. Je mis la conversation sur le voyage de l'Empereur. M. de Champagny me dit qu'il avait soumis à Sa Majesté mon vœu d'être instruit du moment de son départ (vœu que jamais je ne lui avais exprimé), que beaucoup des meml)res du Corps diplomatique le partageaient, et que Sa Majesté, qui encore ne lui avait point donné d'ordres, le mettrait sans doute à même de nous en prévenir plusieurs jours à l'avance. Je fis quelques questions à M. de Champagny sur les déterminations de l'Empereur Alexandre, sur le choix des personnes qui accompagneraient l'Empereur des Français. Il ne me répondit, à sa manière habituelle, que par monosyllabes. « Je ne sais, lui dis-je, pourquoi je vous adresse des r[uestions sur des choses
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que je sais. Mais pourquoi l'Empereur ne donnerait-il pas à l'Europe une preuve bien évidente de nos bons rapports en m'admettant à sa suite? Je pars du point de vue que l'Empereur lui-même a établi dans le dernier entretien que j'ai eu avec lui au sujet de nos bonnes relations (n* 116). C'est justement en m'appuyant sur cette base solide que l'idée m'est venue de l'utilité réelle pour nos relations particulières, et pour la cause du repos général, de mon admission comme ambassadeur d'une puissance amie et prépondérante à l'entrevue d'Erfurt. »
M. de Champagny fut embarrassé pour me répondre, et choisissant toujours dans les moments difficiles les arguments les moins plausibles, il me dit que je savais que Sa Majesté n'était pas dans l'habitude de se faire accompagner dans ses voyages par le Corps diplomatique, qu'il ne s'agissait ici que d une entrevue depuis longtemps concertée entre deux amis, que j'avais d'ailleurs complètement raison de constater le rétablissement de meilleures relations entre nos deux Cours, et qu'il me priait surtout d'être convaincu que dans l'entrevue en question nos intérêts ne seraient pas compromis.
« Si je pouvais le croire, repris-je, je ne vous parlerais pas même de l'idée qui m'est venue ; je regarderais dans ce cas ma présence comme tout aussi inutile pour empêcher le mal, que, dans la supposition contraire, elle me paraît propre à assurer le bien. La réunion des deux Empereurs porte un caractère plus sérieux que celui d une simple rencontre d'amis : ils ne se feraient point accompagner de leurs ministres s'il ne s'agissait de grands intérêts, et quels sont c(ux auxquels l'Autriche puisse être étrangère? S'agit-il de conquérir la paix générale? Nous n v sommes pas moins intéressés, et non moins utiles que la France et la Ilussie. S'agit- il de régler les rapports des puissances du continent entre elles? L'Autriche v occupe une place trop marquante pour qu'un arrangement de cette espèce puisse avoir lieu sans elle. Je crois vous servir, ajoutai-je, en vous fournissant un moyen aussi naturel d'atteindre le grand but que je suppose être le seul que puisse se proposer l'Empereur Napoléon. Je suis d'ailleurs fort à l'aise en vous parlant