‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 63 sur 121 · POURQUOI NAPOLÉON RETARDE LA GUERRE · texte numérisé non relu

POURQUOI NAPOLÉON RETARDE LA GUERRE

Que le bruit qu'il fait en Europe nous effrayera, que nous filerons doux, c'est-à-dire que nous consentirons sans coup férir à telle modification dans nos rapports politiques et militaires, dans notre existence même, qu'il voudra nous imposer ; — ou enfin :

Que ses forces militaires n'étant pas prêtes ni ari'ivées encore sur les points qu'il jugera les plus convenables à l'attaque, il espère nous tenir dans un état d'incertitude qui lui permettra de rassembler, d'augmenter ses forces et de les porter sur les points qui, dans ses opérations'militaires, sont pour lui autant de points cardinaux; — qu'en un mot, nous laisserons écouler les moments favorables pour nous, et que nous attendrons ceux qui le seront pour lui.

Je n'hésite pas à me prononcer pour la dernière de ces hypothèses. Elle est dans le caractère de l'Empereur. Il chercherait des explications, il rassurerait par tous les moyens possibles s'il ne voulait pas la guerre ; il serait à la tête de son armée, si elle était arrivée là où il l'attend; or, comme il ne rassure point et qu'il n'est pas encore dans son quartier général, le moment pi^ésent n'est pas encore le sien. Cette thèse me paraît claire à force d'être simple !

Nul doute que l'Empereur compte après cela sur notre manque d'énergie, sur notre habitude de négliger les moyens moraux et militaires que, dans les précédentes guerres, nous n'avons jamais appelés à notre secours. Il espère peut-être que les manœuvres connues du général Andréossy et de tant d'agents subalternes dans l'intérieur de nos pays, et surtout en Hongrie, susciteront des soulèvements ou un refus de secours à notre gouvernement. Mais comme il dépendra de nous de ne pas renouveler d'anciennes fautes, comme nos moyens sont tout aussi réels maintenant qu'ils furent hypothétiques en 1805, je ne puis placer que secondairement le calcul de nos fautes dans la balance de l'ennemi, et je n'admets nullement celui de mauvaises dispositions morales dans l'intérieur de nos pays; — j'excepte toujours la Galicie.

Napoléon, qui, jusqu'au commencement des affaires d'Espagne, avait toujours calculé juste, ne peut que séparer la

question du début de la guerre qu'il veut entreprendre de celle de sa poursuite. La première bataille, les premiers moments de la campagne me paraissent plus dignes d'être pesés par lui dans l'occasion présente que dans aucune autre. Il doit connaître les dispositions généiales des esprits en Allemagne et en Italie. Nous sommes à même, ici, de rassembler trop de données sur cette dernière contrée pour pouvoir conserver des doutes sur Teffet qu'un début de campagne malheureux pour les armées françaises pourrait y produire. Il lui faut donc plus de précaution, plus de prudence dans la question qu'il entame, que sans contredit dans nulle antérieure , et voilà, je ne puis en douter, l'explication de ce qui, à Paris même, paraît problématique dans la conduite momentanée de l'Empereur à tous ceux qui ne regardent pas les articles de gazettes comme autant d'articles de foi. Ces personnes opposent nu ridicule de l'assertion que nous n'avons pas cent quarante mille hommes et pas cent canons, la demande très-simple : Comment une puissance dans un état de délabrement pareil peut-elle inquiéter le Souverain de la France, le dominateur des deux tiers de l'Europe et l'allié du reste, à l'exception de cette seule Autriche, si méprisable et si méprisée? Ce n'est donc qu'un esprit de destruction générale, de domination universelle, qui peut le porter à vouloir rayer de la surface du continent ce coin encore trop indépendant. Assurément, jamais défense ne fut plus légitime que celle de l'Autriche, en admettant pareille supposition, et l'Empereur lui-même ne nous y force-t-il pas?

On répand depuis plusieurs jours les bruits les plus pacifiques. Ces bruits sont soutenus avec soin par la police et par les personnes qui approchent l'Empereur. On fait croire que le comte de Mier a porté à Vienne des propositions d'arrangement très-acceptables ; on a l'air de ne pas douter que nous ne restions en paix au moyen de quelques légères condescendances. Ce jeu est aussi simple que le but en est évident. Toulc la tactique de Napoléon tend dans ce moment à gagner du temps, et, après avoir provoqué chez ?ious de très-justes alarmes et des mesures militaires motivées par ces mêmes

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