METTEUNICH MÉDIATEUR ENTRE PIE VII ET NAPOLÉON
(Note 49, p. 2:35, t. I.)
158. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Paris, le 26 avril 1810. — 459. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Paris, le 6 mai 1810. — 160. Instruction pour le chevalier de Lebzeltern. — 161. Observations de l'Empereur Napoléon. — 162. Lebzeltern à Metternich (E. D.), Savone, le 15 mai 1810. — 163. Résultats de la mission de Lebzeltern. Rapporf de Metternich à l'Empereur François. P;iris, le 12 juin 1810. — 164. Pie Vlï à Metternich (Bref), Savone, le 21 mai 1810.
158. Je suis décidé à faire partir dans deux jours M. de Lebzeltern pour Savone. Il s'y rendra sous le prétexte ostensible et naturel de traiter avec le Saint-Père des objets qui regardent nos affaires. Il entamera les questions générales de manière à ne pas jeter l'odieux du refus sur le Pape, dans le cas malheureusement trop possible où il ne voudrait pas accéder à des arrangements.
L'Empereur, avec lequel j'ai beaucoup débattu la question religieuse, s'y est tellement embarqué, et si sûr de ne pas faire plier le Pape à sa volonté, qu'il reviendra sur beaucoup d'idées, si Sa Sainteté veut de son côté céder sur quelques prétentions qui toutefois ne peuvent que très-difficilement être abandonnées par la Cour de Rome. Je crois qu'il ne serait pas impossible à un Souverain Pontife habile de rentrer à Rome sous certaines modifications, en sauvant les droits essentiels et imprescriptibles de sa dignité; malheureusement le Pape s'est prononcé sur plusieurs points de manière à être obligé de se rétracter, et son attitude est par là même infiniment compliquée. Si la tentative ne réussit pas, Votre Majesté Impériale n'en aura pas moins joué le beau rôle, le rôle le plus digne du premier prince de la Chrétienté.
Ce n'est f[ue parle prochain courrier que je pourrai avoir 1 honneur de vous soumettre. Sire, le détail des instructions que j'aurai données à M. de Lebzeltern. Voulant marcher sûrement, et ne pas m'aventurer vis-à-vis du Saint-Père, j'ai insisté pour que l'Empereur me communiquât par écrit ses
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points de vue. Devant, d'un autre côté, prévoir que cette espèce de déclaration ne dépasserait pas les limites les plus étroites de ce à quoi il serait prêt à condescendre, et ne voulant point priver le Chef de l'Eglise de la possibilité d'obtenir plus, j'ai prévenu Sa Majesté que je ne regarderais le travail qu'on prépare en ce moment que comme des notions préliminaires et auxquelles, de part et d'autre, nous n'attacherions aucune valeur prescriptive. J'atteins, par cette nuance, le but de ne pas placer Votre Majesté Impériale dans une attitude peu favorable au rôle d'un médiateur, en paraissant s'être prononcée en faveur de l'une des parties. Etablir ainsi les questions n'a pas été la moindre tâche que je viens de remplir. L'Empereur a fait traîner l'affaire jusqu'à présent, dans l'espoir qu'il pourrait m'amener à me prononcer dans son sens ; il n'a cessé d'appuyer sur l'utilité qu'il y aurait à ce que nous adoptassions des points de vue communs, et assez déterminés pour être présentés comme tels au Saint-Père.. T'ai tenu bon, et je me flatte d'avoir évité un écueil très-dangereux pour les intérêts de I Eglise et pour notre propre cause.
Melternich à l'Empereur François. Paris, le (5 mai 1810.
1^59. Mon dernier très-humble rapport (n" 158) vous a informé, Sire, des premiers entretiens que j'ai eus avec l'Empereur au sujet des relations avec Pie Vil. Ils ont prouvé à Votre Majesté Impériale que ce prince, tout en cherchant notre médiation, n'en visait pas moins à nous rendre complices de ses démarches antérieures. J'ai défendu notre indépendance d opinions et d'attitude avec la plus grande chaleur, et en ne cessant jamais de maintenir que le rôle de médiateur seul pourrait convenir au Souverain de l'Autriche, et que ce rôle ne saurait se soutenir qu'autant que nous ferions abstraction de tous les faits passés. Je suis enfin paivenu à déterminer Napoléon à me faire remettre un jNIémoire qui, sans aucune valeur officielle, laisse toute latitude aux moyens de rapprochement.
J'ai l'honneur de soumettre ci -joint à Votre Majesté les
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instructions que j'ai remises au chevalier de Lebzeltern (n° 160) . Le Mémoire original français (n* 161) forme une des annexes de cette pièce. M. de Lebzeltern s'est mis en route avant-hier pour Savone, et sera de retour ici vers le 23 mai ou le 25 au plus tard. Votre Majesté Impériale verra, en rapprochant le Mémoire que m'a remis M. de Ghampagny de mes instructions au chevalier de Lebzeltern, que cette première pièce a été rédigée par le Cabinet fiançais, ainsi qu'on pouvait le prévoir, dans un sens infiniment plus étroit nue ne l'a été celui des conversations particulières que j'ai eues avec l'Empereur. Je n'ai point hésité à faire servir de base à mes instructions les conclusions auxquelles j'ai été à même d'arriver directement. J'ai été trop dans le cas de juger de l'embarras très-réel dans lequel se trouve l'Empereur, de son désir de sortir d'une querelle que sa durée même envenime, pour ne pas être convaincu que. si le Souverain Pontife croit pouvoir accéder à des arrangements (qui toutefois sont impossibles s'il ne consent à des modifications à sa puissance purement temporelle), il pourra atteindre ce que j'ai indiqué sommairement dans la pièce que j ai remise à INL de Lebzeltern.
En donnant une certaine publicité à l'envoi de ce conseiller d'ambassade avec la mission bien définie de régler nos propres relations ecclésiastiques avec le Saint-Père, j'ai visé à ne point empirer les choses, dans le cas où son voyage resterait .stérile, et n'amènerait pas un résultat favorable à la cause générale de la Chrétienté. Il m'a paru important, en tout premier lieu, d'éviter au Saint-Père de se compromettre par un refus direct, malheureusement trop possible de sa part, de se prêter à un arrangement quelconque. Je me flatte que Votre Majesté Impériale daignera honorer ma manière d'agir de sa haute approijation ; je ne m'en suis pas écarté un moment dans toute la conduite de cette affaire.
La connaissance plus particulière <|ue j ai faite ici du Sacré Collège; l'incohérence que je remarque dans la conduite de ses membres; l'isolement du Saint-Père, plusieurs démarches de sa part sur lesquelles il lui sera très-difficile de revenir : tous ces rapprochements ne me font malheureusement que
trop craindre le peu de succès de la sainte entreprise de Votre Majesté Impériale. Mais si nous ne réussissons pas, nous n'aurons rien gâté, et vous n en serez pas moins appelé, Sire, à jouir, avec une satisfaction entière, des efforts que vous aurez faits pour hâter le moment du triomphe de la Religion, et pour rétablir sur le pied le plus désirable les rapports du Saint- Siège avec les puissances catholiques.
INSTRUCTIONS POL'^ M. LE CHEVALIER DE LERZELTERN. Paris, le 6 mai 1810.
(Annexe du nO 159.)
160. ... Il s agit en premier lieu de bien placer la question du moment. L'Empereur des Français s est embarqué dans une entreprise qui, dans le principe, ne semblait pas lui présenter de difficultés. La force morale a de nouveau soutenu ses droits contre la force purement matérielle; le Saint-Père, en résistant aux volontés de Napoléon, a sacrifié des avantages précaires, ils est retiré dans des retranchements inexpugnables, et la discussion entre les parties adverses a nécessairement dû cesser dès que la violence ouverte exercée contre sa personne a placé le Pape dans une attitude entièrement passive. Les choses en sont venues au point où Tintervention seule d'un tiers peut aplanir un différend qui, s'il subsistait encore à la mort du Saint-Père actuel, amènerait indubitablement un schisme dans l'Eglise. Je ne m'arrête pas à la déduction des inconvénients sans nombre qui, entre temps, ont résulté de la position actuelle des choses pour tous les Etats catholiques; ils sont tels que le Souverain de lAutriche se verrait sans doute appelé au rôle le ])lus glorieux, s il parvenait à obtenir par ses bons offices ce qui paraît ne plus pouvoir l'être que par lui.
]!"ïapoléon désire un arrangement avec le Saint-Père. Il est à supposer que s'il en avait encore le choix, il n'entreprendrait plus ce qui, après l'expérience qu il vient de faire, doit ne pas lui laisser de doute sur l'existence d'obstacles insurmontables. Il s'est, d'un côté, infiniment avancé; il a énoncé des prin-
cipes; il a incorporé Rome à son Empire; le retour sur tant de fausses .démarches paraîtrait impossible si nous n'avions vu si souvent le gouvernement français revenir diamétralement sur des principes et des faits avancés et établis par lui. Un Souverain Pontife habile, propre à saisir le faible de la position de son adversaire sans lui en faire honte, à s'arrêter à l'idée qu'en de grands moments de crise politique il faut accorder beaucoup à l'avenir, parviendrait sans doute à remettre bien des questions dans la bonne voie. M. de Lebzeltern doit prendre à tâche de faire entrevoir cette possibilité au Saint-Père.
M. de Lebzeltern se rendra à Savone sous le prétexte ostensible d'obtenir du Saint-Père plusieurs concessions désirables pour l'administration ecclésiastique de l'Autriche.
Ce n'est que dans les conversations qu'il aura avec le Saint- Père qu'il parlera, dans le sens général que j'ai eu soin de placer dans ma lettre au Pape, du désir de notre auguste Maître de voir s'opérer un rapprochement entre lui et l'Empereur des Français. Il appuiera ses motifs sur les avantages qui résulteraient pour le Pape de son rétablissement sur le Siège de Rome dans un état de possession même modifié sous les rapports temporels. Les maux inévitables qui naîtraient pour l'Église dans le cas d'une vacance de la première dignité de la Chrétienté, sont encore des points à faire valoir par le négociateur.
Mais il est une autre considération importante qu'on ne saurait trop explicitement faire ressortir, et dont il serait difficile de ne pas être frappé.
Si l'Empereur des Fiançais s'est, sans contredit, aventuré et compromis dans une question qu'il lui sera très-difficile de terminer par la force seule, il n'est pas moins vrai que les obstacles qu'il a rencontrés jusqu'à présent dans l'opposition du clergé soumis à sa domination, s'amoindriront chaque jour. Si la discussion échauffe les esprits, alimente les haines, renforce les causes, tout état de stagnation ne peut tourner qu'au désavantage de la partie faible, et nous ne pouvons nous dissimuler que la conduite astucieuse du Souverain de la France a placé le Chef de l'Eglise dans cette dernière situation. L'es-
prit évangélique s'affaisse dans les diocèses faute d'évéques institués; Tesprit canonique s'affaisse dans l'Eglise universelle faute de Chef apparent ou en fonction. Que le Saint-Père ne confonde pas les temps actuels avec le moyen âge, où les affaires de religion étaient aux yeux de tous les premières affaires de l'Etat, et où un dissentiment avec le Souverain Pontife affectait les intérêts généraux. Des millions d'hommes oublieront bientôt, dans nos temps de quiétisme, jusqu'à l'existence du Pape ; les clergés finiront par suppléer à cette existence, et les graves questions qui seront agitées après la mort de Pie VII ne seront plus qu'un objet de discussion entre les Cabinets, qui auront intérêt à ne pas les laisser sortir des voies diplomatiques. Napoléon a si bien senti ce fait, que dès à présent il a visé à renforcer son opposition de la nôtre, et à changer notre rôle de médiateur en celui d'alliés de sa propre cause.
Notre soin le plus constant a été d'éviter cet écueil. J'ai déterminé notre attitude ; je l'ai tellement circonscrite vis-à-vis de Napoléon, qu'entrevoyant qu'il ne nous ferait pas dévier de notre route, — la seule qui puisse mener à un but salutaire, — il m'a fait remettre le Mémoire ci-joint (n° 101), qui ne renferme que des bases sommaires, et qui, d'après mes réserves explicites, n'a aucune valeur officielle. N'ayant visé qu'à ne point préjuger les questions que nous ne parviendrions pas à arranger, je ne confie à M. de Lebzeltern une copie de ce Mémoire que pour sa connaissance tout à fait particulière. Les conclusions suivantes, que j'ai été à même de formuler à la suite de plusieurs entreliens que j'ai eus avec lEmpereur, sont seules propres à lui servir de guide dans le cas où le Saint- Père voudrait entrer en arrangement.
1° Je me suis convaincu que rEmpercur a entièrement renoncé à l'idée de fixera Paris le siège de l'Église catholique, qui cesserait par cette translation même d'être celui de l'Église universelle.
Ce que le Mémoire français marque d'intentions contraires, n'est plus, sous la plume de Napoléon, qu'un moyen de négociation.
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2" Le Mémoire effleure la question du retour du Saint-Père à Rome. L'Empereur est allé plus loin dans ses entretiens avec moi. Je ne crois nullement impossible de rétablir le Siège pontifical dans cette ancienne capitale du monde chrétien, si le Pape croit pouvoir accepter quelques modifications concernant sa souveraineté temporelle sur le patrimoine de Saint-Pierre.
3° L'Empereur ne s'opposera à aucune des formes extérieures d'indépendance du Pape, telles que réceptions et envois d'ambassadeurs, de courriers, etc., etc.
4° Je !! ai point de raison de douter qu'il n'établisse un revenu indépendant pour le Souverain Pontife, en tant que ridée d'indépendance peut s'allier à celle de la suprématie que l'Empereur des Français n'exerce que trop sur tous les petits Etats de l'Europe.
5° L'Empereur est prêta renoncer au serment que, d'après le dernier sénatus-consulte, les Papes futurs devraient prêter sur les propositions de l'Église gallicane.
M. de Lebzeltern ne peut faire de ces notions que le sujet de communications verbales et entièrement confidentielles. Si les résultats qu'elles ont en vue peuvent être atteints, ce ne peut être que par une conduite aussi adroite que souple de la part du Saint-Pére. Voudra-t-il risquer de compromettre la hauteur morale à laquelle il s'est placé maintenant? Serat-il convaincu des avantages qui peuvent résulter pour la cause chrétienne d'une condescendance adroitement calculée de sa part? Plus il est difficile de préjuger d'avance ces questions, moins il serait raisonnable d'étendre le rôle de notre envoyé au delà de la ligne de celui de simple observateur. Ce n'est pas d'une négociation que se trouve chargé M. de Lebzeltern, mais simplement de pourparlers préalables, nullement compromettants pour aucune des parties, et capables d'amener une négociation dont nous regarderions la réussite comme infiniment heureuse.
Le chevalier de Lebzeltern rencontrera sans doute de grandes difficultés dans la situation isolée du Saint-Père. Tout ce que j'ai pu obtenir de l'Empereur sur mes représen-
tations réitérées, a été rengagement que si Sa Sainteté désirait un conseil, Elle pourrait choisir telles personnes qu'Elle jugerait convenables, l'Empereur se refusant à la réunion de tout le Sacré Collège.
Dans la supposition que le voyage de M. de Lebzeltern n amènerait pas d'autre résultat que celui de quelques arrangements particuliers pour l'Eglise autricliienne , il ne sera pas moins utile qu'il sonde le Saint-Père afin de savoir si la présence permanente d un agent autrichien près de sa personne pourrait lui être agréable, l'Empereur y ayant consenti.
OBSERVATIONS DE l'eMPEREUR NAPOLKOX.
(Annexe du n" 160.) '
161. I. Il est de l'intérêt de la France et de 1 Autriche de marcher d'accord et de prévenir tout schisme. L'unité de la Religion entre Vienne et Paris a toujours été un des points de rapprochement. C'est un avantage que ces deux Cours ont, depuis bien des siècles, sur d'autres Cours.
II. Sa Majesté l'Empereur Napoléon ne fera point de schisme pour des questions spirituelles. Il est entièrement décidé à rester lié à la religion de saint Louis, à celle qu'a professée l'école de théologie de France depuis ce saint Roi jusqu'à Louis XV.
III. A en juger par le sénatus-consulte et par d'autres mesures, on pourrait croire que le vœu de l'Empereur serait, en conservant la dénomination d'Eglise romaine et au Pape l'évéché de Rome , de faire résider le Pontife à Paris , où il serait plus près de Madrid, de Vienne, de Lisbonne, plus dans le centre de l'Eglise catholique, et parce que le séjour de cette ville , où il y a plus de mouvement d'hommes et d'affaires , est propre à lui donner plus d'influence dans celles qu'il doit diriger. Ce qui prouve que telle est la pensée de l'Empereur, c est :
1" La rénni<jn des membres du Sacré Collège : il semble «liTil ail voulu les avoir à Paris, surtout pour le cas où le Pape viendrait à mourir.
2° L'arrivée à Paris des Archives de Rome, de la Daterie, de la Pénitencerie, qui déjà ont passé les Alpes.
3° Plusieurs millions consacrés à l'agrandissement, à l'embellissement, à Tameublemcnt du palais archiépiscopal ; déjà une partie des maisons environnantes ont été démolies, pour lui faire un jardin.
IV. D'un autre côté, Rome a été réunie à l'Empire ; déjà tous les moines ont été renvoyés, le Gode Napoléon publié, et tout a pris dans ce pays l'allure française. Le Pape est à Savone ; il est bien traité ; il administre de là, quand il le veut, toute la Chrétienté, par le canal de l'évéque de Savone; il reçoit librement tout ce qui lui est adressé. Sa maison d'honneur est montée sur un plus haut pied que celle qu'il avait à Rome.
L'Empereur ne cherche plus le Pape. Il a obtenu ce qu'il voulait. Son clergé s'est réuni autour de sa doctrine, qui est celle de l'Eglise gallicane; ses évêques lui sont dévoués.
Deux difficultés pouvaient encore être élevées : la première à l'occasion des dispenses ; mais les évêques en donnent, et le Code Napoléon n'exigeant pas l'intervention des prêtres pour assurer les effets civils du mariage, cet objet n'a plus l'importance qu'il avait autrefois.
La seconde difficulté est occasionnée par le refus de l'institution des évêques. On sait que l'Empereur Napoléon a fait réunir un concile de quinze des principaux docteurs de lEglise, qui ont déclaré que si le Pape continuait à refuser l'institution des évêques, l'Empereur pourrait réunir un concile qui pourvoirait à l'institution. L'Empereur a donc ce moyen d'instituer les évêques, ce qui aurait pour résultat de diminuer les prérogatives du Pape ; mais il est à penser que lEmpereur ne se donnera pas cette espèce d'embarras. Que lui importe, en effet, par qui sont administrés les diocèses, pourvu qu'ils soient administrés? D'après les saints canons et l'usage de l'Église, le chapitre nomme des vicaires pour remplir les fonctions de l'évéque, et cette nomination est soumise à l'Empereur. Un très-bon esprit anime les chapitres de France ; les vicaires nommés par eux sont entièrement
dévoués à l'Empereur. Ainsi l'Empereur réunit donc le double avantage, et de nommer l'évêque, et d'influer sur la nomination des vicaires capitulaires ; et si ceux-ci ne sont point évéques, ils n'en ont pas moins la direction du diocèse.
Cet état de choses peut durer trente et quarante ans ; le système papal peut seul en soufFrir, et ce ne serait qu'un sentiment de mécontentement envers le Pape, et non la nécessité, qui pourrait amener la réunion d'un concile.
Ainsi donc l'Empereur n'a nul besoin du Pape. Vingt évéques viennent, de leur propre mouvement, d'écrire au Pape de la manière la plus forte, en lui faisant entendre que s'il leur refusait l'institution canonique, ils sauraient se la procurer. Cette démarche, faite sans l'aveu de l'Empereur, a été produite par l'indignation qu'inspire la conduite du Pape, qu'on voit sacrifier les intérêts de la Religion et mettre l'Eglise dans un état de souffrance, — uniquement pour des intérêts temporels.
V. Telle est la situation des affaires du Pape et de la France. L'Empereur n'a point de démarches à faire auprès du Pape; il n'a pas besoin de lui. Tout est d'accord pour s'en passer, et l'Empereur, ayant dans les mains une nouvelle organisation toute prête, n'a à redouter aucune suite dangereuse de l'état actuel des choses.
Le Pape est dans une situation tout opposée ; c'est à lui à faire le premier pas. Il a besoin de l'Empereur, dont la puissance peut à son gré étendre ou affaiblir son influence. Il doit faire cette démarche en réparation du tort et aussi du ridicule qu'il s'est donné, lorsqu'il a essayé d'excommunier l'Empereur, et de quelle manière ? — Par un acte qui invitait presfjue à l'assassinat. L'Empereur a dans cette affaire tout le mérite de la générosité et des bons procédés. Par ce qu'ont fait Charles- Quint et d'autres princes en pareilles circonstances, qu'on juge de ce qu'il aurait pu faire, et qu'on lui sache gré de sa modération et de la noblesse de sa conduite.
YI. Quel est l'intérêt de l'Autriche et des autres puissances catholi(|ues? C'est de s'affranclnr de l'autorité du Pape en se servant de leur Église, ou de réclamer d'une manière ferme
et loyale un accommodement entre l'Empereur et le Pape. Si l'Autriche, la première de ces puissances catholiques, préfère ce dernier parti, elle doit faire comprendre au Pape ce qu'il ne soupçonne pas encore, la véritahle situation des affaires de France, et le convaincre que, pour l'intérêt de la Chrétienté, il doit s'arranger. Veut-il revenir à Rome? Il ne le peut, à moins de renoncer d'esprit et de cœur à son ancienne souveraineté, et de reconnaître sincèrement la réunion de cette ville à l'Empire. Cette reconnaissance blesse-t-elle son orgueil ou sa délicatesse? Juge-t-on que ce retour du Pape à Rome serait contraire aux vrais intérêts de la Chrétienté, par la situation difficile où serait le Saint-Père, d'une part exposé à des regrets, de l'autre en butte à des soupçons, et les uns et les autres pouvant amener une seconde fois cette catastrophe scandaleuse qui a si profondément affecté l'Empereur, et mettre le Pape dans le cas d'être encore enlevé, sans aucun ordre de l'Empereur, parce que sa présence paraîtrait menacer la tranquillité publique? Si on aperçoit ces inconvénients* qu'alors l'Autriche obtienne de l'Empereur Napoléon de renoncer au projet de faire venir le Pape à Paris, et qu'on l'engage à se rendre à Avignon. Là, il serait traité comme Souverain spirituel et d'une manière conforme à sa dignité. Il pourrait avoir des agents au dehors, recevoir des ambassadeurs des Cours étrangères, chargés uniquement des affaires spirituelles de leur pays. Les agents, les ambassadeurs jouiraient de tous les privilèges de leurs titres, enverraient et recevraient des courriers. Toute la Chrétienté pourrait contribuer à augmenter le revenu du Pape. On réglerait le sort de la Propagande et des cardinaux; on déterminerait le nombre de ceux-ci pour chaque pays, en raison de sa population. Les chapeaux pourraient être attachés à certains sièges, mais toujoui'S en laissant subsister ce qui a été réglé par les concordats pour les dispenses et l'institution des évéques.
VII. Les arrangements seraient conformes aux intérêts de la France et de l'Autriche. Le Pape fixé à Avignon, la France n'aurait pas d'intérêt à exiger du Pape une renonciation formelle à son ancienne souveraineté. Il suffirait qu'il fût convenu
qu'il ne ferait aucun acte contraire à la possession de la France. Il serait également dispensé du serment de ne point violer les droits de l'Église gallicane. On supposerait que telle est son intention, et d'ailleurs le sénatus-consulte n'impose cette obli/Tation aux Papes qu'au moment de leur exaltation.
Un tel arrangement paraît réunir tous les avantages et semble être celui dont l'exécution serait le plus facile.
L'Autriche est la puissance la mieux placée pour intervenir dans cette affaire ; car, si elle réunissait un concile dans ses États, lorsque l'Empereur en rassemblerait un dans les siens (ce qui comprendrait toute la Catholicité), l'influence du Pape serait bien compromise ; il serait en danger de perdre ses plus belles prérogatives, et ce danger, l'Autriche peut le faire craindre.
VIII. Peut-être ces observations ne rendent-elles pas entièrement toute la pensée de l'Empereur. Peut-être l'Empereur n'aurait-il pas toute la condescendance qu'on suppose. Il est si bien placé, qu'en peu d années le Pape finira par faire tout ce que l'Empereur voudra. La marche suivie maintenant par l'Empereur, et les mesures ultérieures qu'il peut prendre, ne sont pas nouvelles en France. De tout temps elles ont été indiquées par les parlements et par les évêques ; mais la Cour de France a été souvent arrêtée dans cette route par Finfluence des confesseurs du Roi et par les intrigues de la Cour de Rome.
Lebzeltcrn à Metternich, siu- l'auclieiice qu'il avait eue de Pie VII. Savone, le 15 mai 1810.
1G2. Mon audience d'hier au soir chez le Saint-Père dura une heure, et je ne me suis pas trompé dans ma prévision qu il éprouverait, en me revoyant, une émotion dont je reçus les témoignages les plus flatteurs et les moins équivoques...
Le Pape, fidèle à son attachement envers notre Cour, me témoigna combien il était sensible à l'attention de Sa Majesté et aux protestations d'intérêt que je lui transmis au nom de mon auguste Maître; surpris de la complaisance de l'Empe-
reur Napoléon à consentir à mon envoi près de lui, frappé de mes assurances que ce Souverain s'y était prêté avec facilité et de la meilleure grâce; qu'il ne s'opposait point à ce que l'accès près du Chef de l'Église fût libre, et que les fidèles lui adressassent leurs recours, il en ressentit un mouvement de plaisir réel. Il parut s'intéresser sincèrement à des détails que dans le cours de Tentretien il provoquait, et que je lui donnai, sur l'auguste mariage, lequel offrait le plus sûr garant d'une paix stable, et qui, en assurant à Sa Majesté le bonheur de son intérieur, avait réuni les suffrages de tous les peuples. Le Pape parut oublier un moment ses griefs et ses chagrins, et prendre une part réelle et sincère à cet événement. Il me dit : « Volesse il Cielo che questo impreveduto avvenhnento cotisa^ lidi la pace continentale; desidero più che nessiino che l'Imperatore Napoleone sia felice, e lo desidero di lutto ciiore; è un Principe che rinnisce tante etninenti qiialità! Volesse Iddio che riconoscesse i siioi veri interessi. E in sua mano, ravvicinandosi délia Chiesa, di jare tiitto il hene per la Religione, d'altirare à se ed alla sua proie le henedizioni dei popoli e délia postérité, e di lasciare un nome glorioso sotto tutti gli aspetti. » Bientôt après, des souvenirs et des réflexions amères sur sa situation traversant cet élan de son cœur, auquel il s'était abandonné avec cette candeur qui lui est propre, son isolement et plusieurs autres sujets désagréables furent ramenés par lui sur le lapis...
Lorsque je parlai au Saint-Père des embarras de nos évêques, des dangers imminents qui menaçaient l'Eglise s'il ne tâchait de sortir de l'état d'inactivité et de nullité où il se trouvait, il me répondit : « Je les ai bien pressentis, cest la seule pensée qui m'occupe; cette interruption de toute relation avec les clergés étrangers, la difficulté de mes communications avec les évéques français mêmes, est le sujet de mon plus profond chagrin. Quoique détenu ici, sans correspondances libres, sans nouvelles, excepté celles très-vagues que je puise dans quelques feuilles détachées du Moniteur que le général a la complaisance de m'envoyer, j'ai bien jugé quels devaient être les embarras des évéques ; aussi n'ai-je cessé de me plaindre
de ma situation sous ce rappoit; c'est un vrai schisme établi par le fait. Je ne demande rien pour moi à l'Empereur, je n'ai plus rien à perdre, j'ai tout sacrifié à mes devoirs, je suis vieux, sans besoins : quelle considération personnelle pourrait donc me détourner du sentier que mes devoirs et ma conscience m'ont prescrit, ou me faire désirer la moindre chose pour moi? Je ne veux pas de pensions, point d'honneurs, les aumônes des fidèles me suffiront; il y a eu d'autres Papes plus pauvres que moi, et je ne pense à rien au delà de l'enceinte étroite où vous me voyez; mais je désire ardemment que mes communications soient rétablies avec les évéques et les fidèles;" il me suffit que les recours de ces derniers me parviennent librement, et que j aie les moyens d'exercer mes fonctions. Je n'ai cessé de le dire au général; qu'on ne me laisse pas seul (je le suis tellement que j'ai été forcé d'élever un domestique, dont l'écriture est lisible, au poste de secrétaire) ; qu'on ne m'empêche pas de remplir mon ministère spirituel par suite du défaut absolu des individus nécessaires, et parce que l'accès des fidèles près de moi n'est point libre. J'ai fait ce qui dépendait de moi, ayant expédié tout seul au delà de cinq cents dispenses, et venant, de tous mes moyens, au secours des évéques de l'Empire français dont les instances me sont parvenues; mais, outre que les forces physiques me manquent, il y a des matières qui ont besoin d'être examinées, discutées, il y a des formulaires à observer, bizarres même, et néanmoins nécessaires, auxquels je n'entends rien. »
Je l'assurai ne pouvoir douter que l'Empereur Napoléon consentirait, si le Pape en témoignait le désir, à ce qu'il eût près de lui quelques individus capables de le soulager dans une tache aussi laborieuse; je lui exposai qu'il aurait mieux fait peut-être de rompre le silence, d'agir, de manifester ses vœux à FEmpcreur. « // connaît mon parfait isolement; les plaintes et les instances réitérées (jue j'ai adressées au préfet et au général doivent lui être connues. Vous ne vous figurez pas, ajouta le Pape, la consolation que j'éprouve en vous voyant porteur d'affaires relatives à voti'c clergé; voilà le premier canal (jui s'ouvre devant moi. » Je saisis cette occasion pour
l'assurer que l'Empereur, loin de s'opposer à ce qu'il remplit les devoirs de sa haute mission, lui en laissait toute la liberté, et je profitai de l'heureuse disposition du Saint-Père pour le prier de donner la plus grande latitude possible aux grâces que nos évêques lui demandaient. Il me promit de faire tout ce qui dépendait de lui, et répéta que les évêques de la Chrétienté troiiveraient toujours en leur Chef spirituel un Père tendre et indulgent.
Parmi les sujets de chagrin qui frappent profondément le Saint-Père, la détention à Fenestrelle du cardinal Pacca et de son neveu lui tient fort à cœur. « On doit, me dit-il, lui avoir rendu de mauvais offices près de Sa Majesté, dont il ne peut cependant pas s^être attiré le m.écontentement personnel. Il était mon secrétaire d'Etat à une époque malheureuse, et il en est l'innocente victime; mais, ajouta-t-il, ce ne peut être son tort aux yeux de l'Empereur. Vous savez, ainsi que tout le monde, que f écrivais moi-même mes protestations; que, pour ne compromettre personne , je m'étais exclusivement chargé de ma défense; il fallait bien, pour la forme, que le secrétaire d'Etat y prêtât son nom. » Les autres motifs de chagrin pour le Pape sont : l'appel et le séjour à Paris de ses cardinaux et de ses ministres, la déportation de plusieurs évêques qui avaient littéralement suivi ses instructions, et enfin, de n'avoir pu obtenir que Mgr Minocchio, son confesseur, Mgr Devotis, secrétaire des brefs, Mgr Testa, secrétaire des lettres aux princes, et quelques copistes, lui fussent envoyés.
Le Pape ne prononça pas un mot relatif à son temporel et à sa souveraineté dans Rome; il v fit cependant allusi(m indirectement en prononçant les paroles suivantes : « Quando le opinioni sono fondate sopra la voce délia coscienza e sul sentim.ento dei proprj doveri, diventano irremovibili, e non vi è forza fisica al mondo che possa alla lunga lottare con una forza morale di questa natura. Quello che ho pronunziato sui tristi avvenimenti successivi pella mia Sede è stato dettato per simili sentimenti , e non puo consequentetnente soffrire variazione ogni volta che dovro spiegarmi. »
J'ai trouvé le Pape un peu vieilli, mais bien portant, calme
à son ordinaire, et ne mettant pas la moindre aigreur dans ses propos, même lorsqu'il a abordé les sujets qui doivent lui être le plus sensibles. Il m'a paru également ferme dans ses opinions. Il y en a sur lesquelles assurément il ne reviendra jamais et ne peut revenir; toute tentative à cet égard serait vaine, et toucher à certaines questions ne produira en tout temps d'autre résultat que d'exciter de longues discussions théologiques, sur lesquelles on a déjà épuisé de part et d'autre tout ce qu'il y avait à dire; après bien des répétitions, chacun restera avec son opinion et la suivra de même. Ce cas est applicable tout aussi bien à notre Cour qu'à celle de France. Pourvu que le Pape tolère certaines lois, et que les Souverains exécutent ce qu'ils jugent de l'intérêt de leurs Etats, que gagnerait-on à exiger la reconnaissance formelle de principes que le Saint-Père ne peut approuver? Ils acquièrent tous les jours plus de valeur par leur exercice constant, et bien davantage lorsqu'ils ne sont pas mis en discussion.
En général, que Votre Excellence me permette cependant de ne former encore aucun jugement sur les dispositions où se trouve le Saint-Père; je n'ai fait que sonder le terrain; j'ai même évité, dans cette première entrevue, de lui opposer mon avis sur plusieurs sujets, et ce ne sera que lorsqu'il aura tout à fait soulagé son cœur d'un poids qu'une longue contrainte a augmenté, que je pourrai connaître à fond sa manière de penser, et agir en conséquence. Plusieurs nuances, toutefois, qui ne paraissent pas défavorables à nos vues, n'échapperont pas à l'espritpénétrantet observateur de Votre Excellence.
Si l'Empereur Napoléon jugeait digne de sa générosité de faire délivrer le cardinal et Mgr Pacca, et d'user de quelques complaisances personnelles de ce genre, je suis certain qu'elles causeraient une profonde impression sur le cœur et l'esprit du Saint-Père, ayant ol)servé combien il a déjà été sensible à ce que Sa Majesté a facilité mon envoi auprès de lui. Je n'ai jamais vu personne j)lus facile à toucher par des prévenances que Sa Sainteté; cela provient des qualités de son cœur, et pendant ma longue gestion à Rome, j'ai toujours mis en œuvre ce moyen avec un plein succès.
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Le Pape se loue infiniment des procédés et des égards de M. le Préfet et de M. le comte Berthier envers lui. Il a jusqu'ici refusé constamment de quitter l'hôtel de l'Évéché, qu'il habite, et borne ses promenades à sa chambre et à un trèspetit jardin. L'affluence de monde que la dévotion amène journellement à ses pieds ne diminue point. Le préfet comte de Chabrol, et le général, sont, de leur côté, très-satisfaits de 1 extrême circonspection du Pape et de ses bontés à leur égard.
Metternich à l'Empereur François. Paris, le 12 juin 1810.
165. Je prends la respectueuse liberté de soumettre à Votre Majesté Impériale, dans le présent rapport, l'ensemble de la négociation confiée à M. de Lebzeltern près de Pie VII.
Arrivé au lieu de sa destination , notre envoyé éprouva quelques difficultés d'approcher le Saint- Père. Le duc de Gadore avait, par suite d'un système que depuis des années je sais tenir à son caractère vétilleux et tâtonneur, évité de prévenir à tout hasard les autorités militaires à Savone de l'envoi de M. de Lebzeltern. La fermeté que ce dernier a déployée vis-à-vis du général français l'a fait triompher de cet obstacle imprévu, avant l'arrivée d'un ordre exprès de l'Empereur que je provoquai dès que j'en fus informé...
M. de Lebzeltern m'apporta le bref (n" 164) que j'ai l'honneur de soumettre ci-joint à Votre Majesté, bref que Sa Sainteté m'a adressé en réponse à la lettre que je lui avais fait parvenir par notre envoyé.
Le résumé du rapport verbal que M. de Lebzeltern m'a fait au moment de son retour me prouve :
1° Que le Saint-Père ne s'attendait pas à une démarche du genre de celle que vient de faire la Cour d'Autriche, et que le (Jouvernement français sanctionnait de son autorisation; qu'il était on ne peut plus flatté de la première, et puisait dans la seconde quelque espoir de retour à des principes plus con- IVirmes aux intérêts de la Chrétienté.
2" Que Sa Sainteté, abandonnée de tout secours et appui, insistait, en premier lieu, pour obtenir un conseil.
3° Que même, par un principe religieux et cligne d'Elle, Elle ne serait pas éloignée de Se vouer, dans un lieu quelconque, au plein exercice de Ses fonctions spirituelles, si on Lui en fournissait les plus indispensables moyens, si TEmpereur des Français se rapprochait d'Elle par des faits, et s'il n'exigeait pas, d'un autre côté, comme une condition sùie qua non, Sa renonciation expresse à Ses droits temporels.
4° Que, dans la supposition contraire, le Pape était décidé à abandonner la défense de son Église à Dieu même, et que, fort de sa conscience, le Saint-Père attendrait, sans capitulation quelconque, la fin de la persécution.
Tels sont les points sommaires auxquels je crois pouvoir réduire les questions, et je me réserve de soumettre plus tard à Votre Majesté un rapport très-détaillé sur les divers entretiens que M, de Lebzeltern a eus avec le Saint-Père, et qu'il est occupé à rédiger dans ce moment
L'Empereur m'ayant fait appeler à Saint-Gloud, le 8 de ce mois, j'eus avec lui une très-longue conversation sur les affaires de l'Eglise. Je n'eus malheureusement que trop loccasion de me convaincre combien il était peu disposé à entrer dans les vues conciliantes de Votre Majesté, et je n'eus que des motifs de me féliciter d'avoir, dès les premiers moments de cette négociation, suivi une ligne de conduite aussi constamment impartiale. L'Empereur entama la conversation en me disant que le Pape ne voulait pas d'accommodement; que depuis l'arrivée du chevalier de Lebzeltern près de lui, il avait adressé une lettre au cardinal Fesch qui ne renfermait que des menaces et des invectives contre lui. Napoléon ; que, d'un autre côté, il ne cessait d'exciter, par tous les moyens spirituels, les peuples des Etals romains à la résistance et à la révolte ; que les prêtres à Rome refusaient d'admettre aux sacrements les habitants inscrits sur la liste des gardes nationales, etc., etc.
Je témoignai à l'Empereur ma surprise d'une conduite aussi contraire à l'effet que croyait avoir produit notre envoyé sur l'esprit du Saint-Père, et au texte de la lettre que j'avais reçue de Sa Sainteté Elle-même. Je crus ne pas me tromper en
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assurant FEmpereur qu'il devait y avoir erreur de dates dans ses allégations; il prétendit que non; je me suis convaincu depuis que je ne m'étais pas trompé. La susdite lettre au cardinal Fesch a été expédiée de Savone le jour de l'arrivée de M. de Lebzeltern, et la conduite des autorités romaines est basée sur les instructions que le Saint-Père avait laissées dans son pays avant de le quitter.
L'Empereur continua par me dire que la pièce que j'avais communiquée à M. de Champagny prouvait que le Pape ne songeait pas à se rapprocher de lui ; qu'il n'était pas encore mûr; que lui, Napoléon, irait en avant dans sa besogne, et que le Saint-Père se repentu-ait un jour d'avoir laissé échapper une occasion aussi favorable que la présente de se soumettre à la force des circonstances.
J'ai fait observer à Sa Majesté qu'il me paraissait que le Saint-Père avait saisi l'occasion qui s'était offerte à lui, en tant que, dans sa position isolée, il pouvait, le faire; que Sa Sainteté, en exprimant son vœu de s'entendre avec l'Empereur des Français, ne s'était et n'avait pu se tromper sur le caractère des ouvertures qui lui étaient parvenues par mon organe; que M. de Lebzeltern avait eu ordre de ne jamais se placer dans l'attitude d'un négociateur fratiçais ; qu'il avait exprimé les vœux de l'Empereur son Maître de pouvoir servir les intérêts de la Religion près d'un prince devenu son gendre, mais qu'il n'avait ni préjugé ni même indiqué la nature de ces intérêts, dont le Pape se trouvait être le meilleur juge; que le Souverain Pontife, en réclamant un conseil, prouvait évidemment qu'il était prêt à répondre à toutes le«s ouvertures qui lui seraient faites, ou à en faire peut-être lui-même.
« Mais, interrompit l'Empereur, comment voulez-vous que je prenne l'initiative et que j'accorde au Saint-Père de s'entourer d'un conseil dont il se prévaudra contre moi ? »
« — J'ai prévu cette objection, lui répondls-je. Pour éviter à Votre Majesté l'initiative , nous lui demandons ce conseil comme puissance amie des deux parties. Si Elle craint de l'accorder, Elle doit sentir que ses propositions seraient inacceptables. » — L'Empereur demeura étonné de ma réponse
et ne trouva rien à y objecter. II me demanda si je croyais que le Saint-Père accepterait un conseil dont il lui désignerait la composition. Il ne me fut pas difficile de lui prouver qu'un conseil dont les membres seraient choisis par une partie adverse ne pourrait jamais remplir le but que se proposait le Pape.
Notre conversation en revint toujours à la question ecclésiastique, et je quittai FEmpereur en résumant les questions et en les réduisant à ma simple invitation d'accorder au Pape un conseil de son choix.
Le lendemain, j'allai chez le ministre des relations extérieures, auquel je rendis compte de mon entretien avec Sa Majesté, et je crus devoir lui répéter ma demande, d'une manière que je le priai de transmettre à son Maître comme officielle. Je ne lui cachai pas ma conviction personnelle que 1 Empereur ne songeait pas à se rapprocher du Saint-Père, et je l'invitai à rectifier la date de la lettre au cardinal Fesch. Le ministre se chargea de transmettre à Sa Majesté ce que je venais de lui dire.
Voilà, Sire, où en est la question des rapports du Saint- Siège. Votre Majesté Impériale daignera se convaincre que, de la manière dont se trouve placée cette affaire, Elle joue le rôle le plus digne d'Elle; l'attitude du Saint-Père s'est renforcée de l'embarras de l'Empereur des Français de devoir lui refuser la juste demande d'un conseil; et si, comme il n'est que trop à craindre, Napoléon persiste dans ses vues destructives de toute organisation ecclésiastique, Votre Majesté n'aura pas moins employé Ses bons offices dans une cause qui n'est compromettante que pour celui qui l'attaque. Je réglerai mes démarches ultérieures sur la réponse que me fera faire TEmp( leur, et dans la supposition Irès-admissible qu il n'en fasse pas, je lui rappellerai la j)romesse de ne pas s'opposer à ce que Votre Majesté puisse entretenir un agent auprès de la personne du Saint-Père
M. de Lebzeltern a pu se convaincre, pendant le voyage qu'il a fait en Italie, de 1 impression que produisent dans ce pays tous les bouleversements qu'y introduit l'Empereur des
Français, et surtout la conduite qu'il observe vis-à-vis du Saint-Père. Tous les regards y sont tournés vers nous, et Tarrivée d'un diplomate autrichien à Savone a fait sensation et a réveillé des espérances générales. Si, comme il n'y a que trop à parier, elles ne s'accomplissent pas, beaucoup d'esprits s'élèveront encore davantage contre le gouvernement oppressif sous lequel gémit ce malheureux pays.
Pie VII à Metternicîi. Savone, le 21 mai 1810. (Annexe du n° 163.)
164. Dilecte Fili, Nob. Vir, Salutem, et Apostolicam Benedictionem. Il Sig'* Cav" Lebzeltern ci ha consegnato la gratissima di Lei Lettera, colla quale ci esprime la parte affettuosa che l'Augusto suo Sovrano si prende nelle dolorose Nostre vicende, il desiderio che nutre di poter' contribuire al Nostro giovaniento , ed i voti , che non cessa di porgere al Cielo per il bene délia Cattolica Religione in oggi cosi vilipesa. Quantunque Noi non abbiamo giammai dubitato di questi religiosi senlimenti di Sua Maeslà Impériale essendo proprj non solo délia di Lui pietà, quanto ancora dei doveri di un Principe nato Protettore délia Chiesa, non ostante dobbiamo confessarle che ciô è stato per Noi di un sommo conforto in mezzo aile profonde afflizioni, che lacerano il Nostro cuore, e da cui siamo continuamente sensa interruzione abbeverati. Lo sa Iddio, quanto Noi desideriamo di poter' ristabilire la buona armonia con Sua Maeslà l'Imperator' Napoleone, a cui abbiamo dato, in tanti incontri, i più chiari argomenti délia Nostra particolar' dilezione, che non ostante le Nostre calamità conserviamo ancora verso di Lui senza alcuna diminuzione. Ma poichè questa armonia si vorrebbe consigliare a condizioni che offendono la dignità délia Chiesa, e del Yicario di Gesù Cristo, e ledono i più sacri diritti spirituali e temporali délia Sede Apostolica, Noi costanti a non voler' mancare ai doveri del Nostro Ministero, di cui dobbiamo render' conto il più rigoroso al Tribunale di Dio, abbiamo perfino perduta la speranza di giungere a questo fine cosi .desiderato. Tuttavia , >i. 23
se mai il Cielo, da cui viene ogni bene, avesse disposto di benedire le religiose premure di Sua Maestà Impériale onde arrivi a far' conoscere alT Imperator' Napoleone la giustizia délia Nostra causa, e i doveri di un Principe Cattolico verso la Chiesa, Noi crediamo inutile di attestare quanto ne sarà grande la Nostra riconoscenza, e consolazione , ne Dio sarà scarso in ricompensarlo di tutto ciô che avrà operato per un' oggetto, che tanto intéressa la Religione. Su di ché ci siamo espressi in termini analoghi col Sig" Cav* Lebzeltern, accordandogli tutta quella confidenza, a cui ci hanno dato luogo le sue qualità personali, e la stima, con cui Tabbiamo sempre meritamente riguardato.
Dallo stesso Sig" Cav* Lebzeltern abbiamo pure ricevuta la Nota délie facoltà, che da Noi s'implorano per i Vescovi dell" Impero Austriaco. In consequenza di ciô Noi consegniamo al d" GavaTiere wna Lettera per il Nostro Nunzio, a cui ordiniamo in primo luogo di ringraziare Sua Maestà di quanto Ella ci assicura in di Lui nome, e quindl di mettersi d'intelligenza con Monsignor' Arcivescovo di Vienna, che a suo nome e degli altri Yescovi ne ha fatta Tistanza, onde essere al grado di poter' accorrere ai bisogni de' Fedeli, accordandosi da Noi per tal mezzo la conferma délie facoltà spirale, o che sono per spirare, ed autorizzando i Vescovi a dispensare nel secondo grado di consanguinità, e nel primo e secondo di affinità per un determinato numéro di casi, ne' quali il ricorso a Noi non sia facile. Noi perô teniamo per fermo, che Sua Maestà non cessera di riclamare pei suoi Sudditi il diritto délia libéra, e spedita communicazione col Gapo délia Chiesa. Noi privi di tutti i mezzi indispensabili per l'esercizio del Nostro Ministero, isolati senza avère con chi consultare nei negozj piîi importanli délia Chiesa, non cessiamo di occuparci incessantemente per dar' corso a tutle le suppliche, che pervengano aile Nostre mani, ne cesseremo di farlo, finchè Iddio ci manterrà in salute, e per quanto ci sarà permesso.
Finchè perô Noi restiamo in questo stato cosi désolante, e isolato, Sua Maestà Impériale ci farà la giustizia di riconoscere l'impossibilità fisica , in cui siamo di non poter' far' le proviste