ARRIVÉE DE METTERNICH A PARIS
Cette bonne disposition me permettra peut-être, pendant le court séjour que je ferai ici, d'amener des résullats heureux pour la Monarchie. J'éclaircirai beaucoup de questions, j'en placerai beaucoup d'autres comme elles doivent Tétre ; je communiquerai enfin à Votre Majesté Impériale plusieurs résultats importants et d'une utilité réelle.
Metternich à l'Empereur François. Paris, le U avril 1810.
157. Lé rapport que je prends la respectueuse liberté d'adresser à Votre Majesté Impériale par le présent courrier ne la met au fait que des points les plus importants de notre attitude actuelle. Ce n'est pas dans le moment où je tâche de réunir les éléments épars, de les faire servir de base à un édifice sur lequel puisse reposer notre existence, que je me permettrais de préjuger une question quelconque. J'ai toujours eu l'espoir que mon voyage à Paris serait d'une utilité réelle ; j'en ai la conviction maintenant.
Les nouvelles directes de Saint-Pétersbourg, arrivées ici avant-hier, prouvent que les esprits commencent à s'y monter beaucoup. M. le comte de Romanzow, toujours hors de la ligne des véritables intérêts de son pays, paraît vouloir maintenant imprimer à la marche de sa Cour ce qui lui paraît du nerf. Elle avait proposé une convention relative aux affaires du grand-duché de Varsovie que l'Empereur des Français n'a pas ratifiée. Le Cabinet russe est inquiet de ce refus : l'inquiétude chez les faibles et les présomptueux prend souvent le caractère de l'arrogance et de la menace. C'est lace qui indubitablement arrivera à Saint-Pétersbourg, et, prévoyant le coup, j'ai cru devoir préparer et poser les questions vis-à-vis de Napoléon comme je l'ai fait : Votre Majesté Impériale daignera s'en convaincre par mon précédent très-humble rapport (n" 156). Notre manifeste est lâché; nous voulons paix et tranquillité; j'ai déclaré Votre Majesté Impériale l'apôtre de cette belle cause. Rien n'empêchera plus qu'elle ne tienne, en toute occasion, ce même langage tant à Paris qu'à Pétersbourg, etc., et Votre Majesté aura la gloire, en suivant une marche digne,
33i RECUEIL DE DOCUMENTS (1773-1815).
droite et calme, d'être le modérateur des destinées de l'Europe.
Le maréchal Kalckreuth arrive ici dans la journée*. Le Roi 1 envoie complimenter l'Empereur sur son mariage : faible ressource dans la ciise affreuse où il se trouve ! Le sort de la Prusse est entre les mains de la Russie. Si elle se brouille avec la France, la Prusse sera la première victime de cet ordre de choses. Il ne me reste pas de doute que les démarches si franches et si loyales de Votre Majesté Im péiiale vis-à-vis du Cabinet de Rerlin n'y aient produit le meilleur effet.
L attitude de l'ambassadeur de Votre Majesté à Paris est maintenant celle de l'ambassadeur de Russie avant la dernière guerre. Toutes les attentions sont pour lui; le public français, suivant toujours les impulsions données par la Cour, met dans la circonstance présente une nuance qui n'existait pas auparavant; il a bien moins lair de suivre une impulsion étrangère que la sienne propre. Il règne un enthousiasme général, et qui augmente tous les jours dans toutes les classes du peuple. La cause de la paix et de l'ordre général, par conséquent celle de l'Autriche, s'est fait bien des alliés.
* Dans un rapport ultérieur daté du 15 mai, le comte de MijKernich fait l'observation suivante : « Le maréchal Kalckreuth n'est, à quelques vagues promesses près, pas plus avancé encore que le lendemain de son arrivée. Il attend avec impatience le retour de l'Empereur, qui n'en décidera pas davantage sur ses doléances. Ce négociateur prussien n'a d'espoir et de confiance qu'en Votre Majesté Impériale et dans Ses bons offices, que je fais valoir ici autant que les circonstances le permettent. » (Note de l'Editeur.)