‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 91 sur 121 · L'EMPRUNT AUTRICHIEN A PARIS · texte numérisé non relu

L'EMPRUNT AUTRICHIEN A PARIS

Je ne puis assez me louer de rextrême bon vouloir de l'Empereur en ce qui concerne la réussite de nos projets financiers ; quand même le changement de la situation ne vous aurait pas valu d'autre avantage que celui-là, ce serait déjà un grand pas de fait. Quel que soit le plan que nous adoptions pour nos finances, il aura certainement l'appui du Gouvernement français.

Malgré tous mes efforts, je n'ai pu parvenir à faire régler les autres affaires que j'étais chargé de négocier. Nous sommes d'accord sur tous les points essentiels, mais on m'a constamment arrêté en soulevant des questions de détail ; aussi ne puis-je douter que l'Empereur ne veuille me faire prolonger mon séjour ici.

Je trouve d'ailleurs pour cela une raison suffisante dans la marche des affaires d'Orient.

En lisant les rapports circonstanciés que j'ai eu récemment l'honneur de soumettre à Votre Majesté relativement aux entretiens que j'ai eus avec l'Empereur sur les affaires lurques (n" 169 et 170), Vous aurez daigné vous convaincre, Sire, que le parti de ce Souverain est pris pour le cas où l'armée russe ferait des progrès marqués, et que son intention n'est pas de s'opposer à la continuation de la guerre, si elle devait se borner à la défense des rives du Danube. L'épuisement progressif et journalier de la Russie ne peut que rentrer dans les plans de Napoléon.

Depuis les derniers revers de larmée russe et les mesures énergiques prises par la Porte, l'Empereur voit que le danger qui menaçait cette dernière puissance est éloigné ; j'ai donc saisi ce moment pour faire demander définitivement à l'Empereur mon audience de congé.

J'ai maintenant la conviction que je ne me suis pas trompé dans mes calculs. L'Empereur n'a pas encore fixé le jour de mon audience de congé, mais il me l'a fait annoncer comme prochain ; en même temps, il a donné au ministre des relations extérieures l'ordre de terminer aussitôt que possible toutes les affaires avec moi.

Par suite, je me trouve au moment de régler les autres

points qui faisaient l'objet des négociations, notamment de sip'nei' la convention relative à notre commerce de transit, à l'établissement de commandites, d'entrepôts, etc., etc., ainsi que celle qui assure la levée générale du séquestre (n° 172). Aujourd'hui, ces deux pièces ont été soumises pour la dernière fois à Sa Majesté, après avoir subi des modifications insignifiantes ; aussi je me flatte d'avoir entièrement répondu à l'attente de Votre Majesté en ce qui concerne ces deux questions.

Aussitôt après que j'aurai signé ces conventions, je compte expédier un courrier spécial qui sera chargé de les soumettre à la ratification de Votre Majesté ; car pour celle qui est relative à la levée du séquestre particulièrement, j'ai proposé un terme très-court, comme le réclamait l'intérêt de tant de gens qui souffrent de l'état de choses actuel. Par le même courrier, je pourrai avoir I honneur d'annoncer à Votre Majesté le jour exact de mon audience de congé et, par conséquent, celui de mou départ.

Un point des plus difficiles à résoudre est celui de la situation des Français qui sont à notre service, vis-à-vis de leur ancienne patrie. Toutes les idées gouvernementales de l'Empereur sont mêlées à cette question ; j'ai résumé le dernier travail que j'ai fait là-dessus dans une Note verbale que j'ai remise au ministre des affaires étrangères, et à laquelle il m'a promis de répondre aujourd'hui. Le plus que j'ose espérer, c'est d'obtenir le consentement tacite de l'Empereur à ce que des individus qui, d'après le Gode Napoléon, ne peuvent jamais cesser d'être sujets français, restent à notre service, toutefois sans mettre les pieds sur le territoire de la France.

Les princi])es et les idées de l'Empereur sur cette question qui, après l'explosion de la dernière guerre avec l'Autriche, étaient fondés sur des considérations politiques, sont aujourd'hui entièrement abstraits et administratifs, et d'autant plus difficiles à combattre pour la raison dont je viens de parler, .le prie d'ailleurs Votre Majesté de recevoir l'assurance que je mettrai tout mon zèle à hâter la solution de cette question, à laquelle Elle s'intéresse pour de si nobles motifs.

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