‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 90 sur 121 · L'EMPRUNT AUTRICHIEN A PARIS · texte numérisé non relu

L'EMPRUNT AUTRICHIEN A PARIS

parfaitement au courant des intentions du Gouvernement français; personne ne pouvait mieux nous renseigner que lui.

Je prends la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté un travail qui m'a été remis par ce banquier. Eskeles, de son côté, transmet à Votre Majesté une copie de ce Mémoire, accompagnée de ses observations ; je lui laisse donc le soin d'apprécier toute la partie financière de ce document, et je me bornerai à y joindre ici quelques remarques d'un caractère général et politique.

Lafitte part de ce principe que , sans le consentement le plus positif et le plus formel de l'Empereur, aucun emprunt n'est possible en France, ni en Hollande (pays actuellement français), ni dans les États confédérés. Je me suis prononcé plus haut sur ce point d'une manière tout aussi catégorique.

Il prétend, comme conséquence de cette vérité, qu'un emprunt ouvert à Paris, dont les titres seraient cotés tous les jours à la Bourse d'ici et dont les conditions seraient publiées dans le Moniteur officiel français, porterait le caractère d'>ine garantie que, dans la situation actuelle, nulle autre ne pourrait remplacer.

Il prétend aussi que les Hollandais, chez lesquels on espère trouver les souscriptions les plus considérables, prêteraient leurs capitaux à Paris plutôt que chez eux, attendu qu'ils sont timides en affaires, et que, dans le premier cas, ils pourraient figurer sous des noms d'emprunt, tandis que, dans le dernier, ils craindraient peut-être de révéler un degré de prospérité qui pourrait tourner contre eux. C'est Eskeles qui sera le mieux en mesure de trancher cette question sur les lieux mêmes.

D'ailleurs, le plan de la maison Perregaux n'est qu'un premier projet, qui contient, entre autres, un point absolument inacceptable, selon moi, La proposition de nommer un commissaire français près la commission aulique de Vienne qui est chargée des hypothèques, à l'effet d'assurer les droits des créanciers, est positivement inadmissible ; le tort que nous ferait cette mesure ne serait, à mon avis, nullement contrebalancé par la nomination d'un commissaire du même genre à Paris.

Un point qui mérite d'être pris en considération est celui-ci :

La députation hollandaise qui se trouve en ce moment à Paris semble avoir Tidée de faire au Gouvernement français la proposition de s'entendre avec lui relativement aux emprunts que TAutriche a faits antérieurement en Hollande. D'après ce que certains membres de la députation m'ont fait savoir indirectement, cette proposition aurait pour objet la cession de toutes les créances hollandaises au Gouvernement français moyennant du cinq pour cent consolidé.

On m'a représenté ce projet de la Hollande comme une menace dont l'effet pouvait encore être conjuré par des négociations directes avec rAutriche. Je me suis borné à représenter à l'intermédiaire l'impossibilité où j'étais d'entrer en négociation à propos d'une affaire qui n'était nullement de mon ressort, et, tout en lui disant que je doutais que le Gouvernement français consentît à une tentative de ce genre, je lui fis remarquer que, dans le cas de l'affirmative, il ne pourrait guère en résulter des suites fâcheuses pour nous.

J'avoue que je n'admets que sous condition la vérité de la première de ces propositions. Dans un moment où le Gouvernement français pourrait avoir intérêt à faire naître des complications entre lui et nous, et dans l'hypothèse formelle que les Hollandais consentissent à céder leurs créances sur l'Autriche, en faisant un rabais considérable, il est certain qu'une négociation de ce genre pourrait avoir quelque succès; mais, selon moi, elle ne réussirait que dans cette double hypothèse. Or les Hollandais semblent jusqu'à présent n'avoir nullement l'intention de consentir à des rabais.

Quoi qu'il en soit, toute cette affaire me semble de nature à devoir être portée à la connaissance de Votre Majesté et de la Chambre des finances, et cela surtout dans un moment où il importe de connaître à tous les points de vue les dispositions de toute une classe d'individus, et, selon toute apparence, de la majorité des souscripteurs qu'on espère voir participer au nouvel emprunt.

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