‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 94 sur 121 · LE TIIONE DE SUÈDE · texte numérisé non relu

LE TIIONE DE SUÈDE

Cet événement affecte beaucoup les Russes. Ils ne voient et ne peuvent voir effectivement dans le choix d'un maréchal français, qu'un pacte entre le futur Souverain de la Suède et son peuple, en vue de reconquérir les provinces perdues dans la dernière guerre. L'influence que la France a exercée sur ce choix leur prouve que les rapports entre les deux Empires sont exposés à des chances faciles à calculer.

On ne peut, d'un autre côté, que difficilement suivre les calculs de l'Empereur des Français.

Le choix d'un maréchal ne peut qu'inquiéter la Russie. Est-il de l'intérêt de Napoléon de la provoquer sous peu? N'at-il pas vingt moyens d'atteindre ce but, sans risquer de forcer le Cabinet de Saint-Pétersbourg à choisir, pour l'époque d'une rupture, celle qui conviendrait le moins à la situation de la France? Il est hors de doute que le parti français dans le Cabinet russe doit être on ne peut plus embarrassé de cet événement. Est-il de l'intérêt de Napoléon de le culbuter? Je l'ignore, mais 11 est prouvé que depuis quelque temps il a l'air dévouer ses soins et ses calculs à cette entreprise.

L'exemple de l'élévation d'un simple maréchal à la dignité royale semble provoquer trop de tentations chez ses collègues pour ne pas causer dans la suite de véritables embarras à l'Empereur. L'éloignement de Bernadette, que Napoléon détestait de tout temps, ne semble pas compenser le mécontentement des autres maréchaux et les complications qu'il doit causer.

L'élévation de Bernadette à la dignité royale trouve en dernier lieu beaucoup de détracteurs dans la famille impériale, par la très-juste considération du tort moral que cet événement fait à la dynastie de Napoléon, en multipliant les parvenus sur les trônes.

Ces considérations réunies, qui toutes ont été soumises à l'Empereur, et que souvent il a discutées tant avec des parents qu'avec des personnesjouissant de sa confiance, et même avec moi, ainsi que Votre Majesté aura daigné s'en convaincre par mes rapports antérieurs, ne l'ont pas arrêté dans sa marche. Un mot d'improbation de sa part eût sans doute suffi pour faire

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avorter les intrigues en faveur du prince de Ponte-Gorvo. 11 est prouvé maintenant qu'il les a soutenues de toute manière. J'apprends à l'instant que l'élection du prince de Ponte-Gorvo n'a été décidée qu'à la faible majorité de sept voix.

Le prince Alexis Kourakin a quitté Paris il y a deux jours, peu d'heures après la nouvelle de l'élection du maréchal Bernadotte. Sa Majesté lui avait accordé son audience de congé il y a plus de quinze jours. Elle lui a fait attendre le reste du temps une lettre pour son Maître.

L'élection de Bernadette, au reste, d'après les principes politiques en dernier lieu déployés par la Russie, n'est pas un événement fâcheux pour nous. Le nouveau Souverain de la Suède formera un contre-poids plus ou moins puissant dans un flanc vulnérable de cette puissance, et je ne me permets pas de craindre que le Gabinet de Saint-Pétersbourg, affaissé sous le poids de la peur et d'une guerre compromettante, ne provoque de sitôt des complications qui d'aucune manière ne sauraient encore nous convenir.

Résumé d'un eiUietien de Metternich avec Napoléon. Paris, le 8 septenihre 1810.

174. L'Empereur entama la question par l'observation que 1 élection du nouveau Prince Royal allait lui susciter des complications et des embarras.

Moi : « Votre Majesté les a prévus, et il paraît qu'ils entrent dans ses calculs, sans quoi elle les eût évités. »

Napoléon : « J'ai laissé faire la nation. J'ai même tres-mal reçu le baron de Rosen, qui ma porté la lettre d'annonce du Roi. Je ne lui ai pas caché mon étonnementsur la marche que ce Prince avait suivie vis-à-vis de moi. Son avant-dernière lettre ne portait effectivement que l'annonce de son désir de voir le prince d'Augustenbourg succéder à son frère ; la dernière m'informe de l'élection du prince de Ponte-Gorvo. .lai dit à M. de Rosen que le Roi eût bien pu me consulter sur cette question plus tôt; maintenant il est trop tard, je ne puis plus refuser. Le choix du prince de Ponte-Gorvo offre deux points

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