I. La garantie de la liberté des bouches du Danube
Je partage l'opinion relative à l'avantage qui résulterait pour le commerce de la faculté d'arriver à la mer Noire par le Danube, en suivant la ligne la plus courte à partir de Rassowa ; je la partage non-seulement à cause du grand détour qu'on éviterait ainsi, mais parce que la possession des deux rives du fleuve, partagée entre la Porte et la liussie ou appartenant à la première seule, ne préseuterait aucune garantie pour la navigation du Danube inférieur.
* On sait que les |)lénipotentiaiies de l'Autriche, delà France et de l'An- [;leterre, réunis en conférence, remirent, en conséquence' du désir exprimé par le Cabinet russe (28 décembre ISS'd-), à l'envoyé russe à Vienne, prince d<- Gortschakoff, une explication des points posés par eux (24 juillet 1854). Ces points étaient : 1° Cessation du protectorat russe sur les Principautés danubiennes, et {jarnntie collective des priviléfjes des Principautés danubiennes par les grandes puissances; 2" liberté de la navigation du Danube jusqu'à la mer; 3° révision du traité du 13 juillet 1841 en ce qui concernait l'entrée de vaisseaux de {juerre étranjjers dans les Dardanelles; enfin 4" interdiction à toute puissanc-e du droit d'exercer un protectorat orFiciel sur les sujets de la Porte, à quelque confession qu'ils a|)partinssent.
{Soie Je l'Éditeur.)
Je me suis occupe pendant des années de la solution du problème de la construction d'un canal allant de Rassowa à Kustendje, et il doit se trouver dans les archives des rapports d'ingénieurs qui ont examiné les conditions de terrain, mais qui se sont accordés à déclarer l'entreprise inexécutable à cause du manque d'eau nécessaire pour l'alimentation du canal.
Je n'ose pas me prononcer sur la valeur de ces rapports, parce que, pour la constatation rigoureuse des faits, je n'ai trouvé que peu d'appui auprès des autorités supérieures, et parce que, en dehors de la ligne la plus courte pouvant relier le Danube au Pont-Euxin, il pourrait encore y en avoir d'autres, dont la plus mauvaise serait peut-être néanmoins préférable à celle que suit le fleuve en s'éloignant de l'est pour se diriger vers le nord, et vaudrait mieux aussi à cause du peu de chute de cette dernière.
Dans le cas où la science ne réussirait pas à donner une meilleure direction au cours naturel du Danube, on ne pourrait obtenir des résultats qu'au moyen de traités, en s'assurant le plus de garanties possible pour l'exploitation du fleuve. L'objet est de sa nature surtout autrichien et allemand; il est de ceux qui doivent être examinés avec la réflexion et le calme d'un esprit pratique, et qui ne doivent pas être mis en avant comme un grand mot destiné à cacher d'autres visées.