‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 32 sur 62 · SUR UNE CONSTITUTION EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

SUR UNE CONSTITUTION EN AUTRICHE

(Pages 47 et 218.)

1951. Schwarzenberg à Metternicli (Lettre). Olmiitz, le 16 février 18 W. — 1952. Metternich à Scliwarzenljcrg (Répons*;). Brighton, le 25 février 18i9.

1931. ...J'ai pris la direction des affaires à une époque où personne ne voulait s'en charger. La situation ne s'est améliorée que légèrement; pourtant, l'Empereur a un Gouvernement qui fait les affaires, qui inspire confiance par-ci par-là, qui se fortifiera, je l'espère, et rendra du prestige au pouvoir.

Il ne faut pas se faire illusion sur la situation générale; la révolution est partout, elle existe de fait et dans toutes les têtes; là où elle n'estpas encore, on ne voit que faiblesse, découragement, et, par suite, le Gouvernement ne trouve aucun point d'appui. A l'étranger, l'état de choses n'est pas meilleur, et les influences d'au delà des frontières ne peuvent qu'augmenter le mal à l'intérieur. Dans de pareilles circonstances, suivre hardiment une voie tracée d'avance, grouper autour de soi le peu d'amis qu'on a et combattre les ennemis est une tâche difficile. Il faudra absolument que nous finissions par fabriquer une Constitution. Gela ne pourra être ni un produit français ni un produit anglais, car l'Autriche telle qu'elle est ne peut trouver la cohésion qu'au moyen d'une Constitution adaptée à sa situation particulière. Malheureusement, il n'y figurera que trop de ces dispositions exigées par la mode, car ce sont là des sacrifices nécessaires et aujourd'hui inévitables; c'est le tribut payé à l'époque. Mais, pour notre malheur, il manque un facteur dont l'absence ne nous permet pas de tirer parti des éléments les plus importants de la Constitution anglaise : nous n'avons pas d'aristocratie capable de jouer un rôle politique; une institution comme la Chambre des pairs anglaise ne serait nullement pratique en Autriche et ne servirait qu'à rendre infiniment plus difficile la tâche du Gouvernement.

sur. UNE CONSTITUTION EN AUTRICHE (1819). 493

L'ennemi qui nous presse et que nous avons à combattre, c'est la démocratie avec ses conséquences extrêmes ; comme un contre-poids nous fait défaut et qu'une aristocratie fonctionnant comme corps politique actif ne peut se créer du jour au lendemain , nous ne pouvons opposer à Ja révolution qu'une seule digue conservatrice, et cette digue, c'est la propriété, par conséquent le cens calculé d'après la part que les individus doivent avoir à la conduite des affaires publiques. La propriété est encore en grande partie aux mains de la noblesse. 11 faut conserver l'institution des majorats, et alors ce sera l'affaire des grands propriétaires d'utiliser l'influence qui leur appartient naturellement pour se constituer en une véritable aristocratie.

MetteniiL'h à Scinvarzeiiberg (Réponse). Brighton,le 25 février 1849.

1952. Le comte de Colloredo m'a remis votre lettre du 16 de ce mois. Voici l'impression que m'en a laissée le contenu : Je suis convaincu qu'en appréciant comme vous le faites les grandes difficultés de votre position , c'est-à-dire de celle du Gouvernement, vous êtes sur le terrain de la vérité. Quoi qu'il en soit, dans une pareille situation, il n'y a pas autre chose à faire qu'à enfoncer son chapeau sur sa tête et à suivre la voie qu'indiquent la justice et la conscience.

Vous prévoyez que le Gouvernement sera obligé de fabriquer une Constitution. Je crois que le Gouvernement (si avant le dernier changement de Cabinet il y en avait eu un de palpable) aurait dû depuis longtemps mettre la main à l'œuvre. Vous posez en fait que la Constitution doit être autrichienne, et qu'elle ne peut être ni anglaise ni française. Vous avez parfaitement raison ; mais il y a précisément dans la situation particulière de l'Empire qu'on appelle l'Autriche, une somme considérable de difficultés dont on ne peut venir à bout que si on les envisage courageusement et sans illusions.

Le système français de centralisation ne coin'ient pas à l'Autriche; dans son excès, il ne convient pas môme au pays où il a pris naissance; en France, la véritable tendance du mouve-

ment est contraire à la centralisation. Il ne peut donc être question pour nous de ce système.

Tout bien pesé, la Constitution anglaise ne convient qu'à l'Angleterre; partout ailleurs elle devient une caricature, parce qu'on ne peut transplanter avec elle les conditions essentielles qui la font subsister.

Je crois néanmoins devoir faire une observation relativement à Varistocratie dont vous avez parlé. Aux mots aristocratie anglaise on ratlacbe facilement Vidée de noblesse. Cela n'est pas tout à fait exact, La base de l'aristocratie anglaise ne repose pas sur cette idée, mais sur celle de la grajide propriété ; sans doute la noblesse joue un rôle , mais ce rôle est le moins important, et, en définitive, l'idée ne va pas au delà du titre, sans lequel le noble lui-même ne peut pas obtenir la dignité de pair dans la Cbambre baute, tandis que le roturier d'aujourd'hui peut être élevé demain au rang de la haute noblesse. Si l'on examine l'idée sous cette face, — et c'est, de fait, le seul côté exact, — on voit que l'Autriche ne manque pas de l'élément aristocratique auquel l'Angleterre doit sa force et son repos. Nous avons encore la grande propriété; par conséquent, la difficulté de créer un contre-poids aristocratique n'est pas là; elle est dans l'esprit qui, depuis que la révolution a éclaté dans notre Empire, non-seulement a pu trouver le champ libre chez nous, mais de plus un terrain malheureusement aplani et même préparé à souhait par l'autorité qui s'appelait le Gouvernement responsable.

Vous voulez maintenir les majorats. Vous avez parfaitement raison, et si l'on veut garder la grande propriété, il faut nonseulement les conserver, mais encore les augmenter. Voilà encore une conséquence conforme à l'esprit de la législation anglaise.

Tout cela, mon cher prince, est possible, bien que non facile, dans une situation foncièrement mauvaise.

Mais la plus grande de toutes les difficultés, c'est la représentation.

Les parties dont se compose l'Empire doivent-elles avoir des représentations particulières ? Doit-il y avoir une représen-

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