‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 36 sur 62 · L'ALLIANCE DES TROIS ROIS (1S · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE DES TROIS ROIS (1S

ment de ce pouvoir influe nécessairement d'une manière frèsfâdieuse sur l'Empire.

2. La subordination d'un pouvoir qui a droit à l'indépendance à un autre pouvoir affaiblit inévitaljlement le premier. Celte considération a eu à toutes les époques une influence sensible sur la situation de l'Autriche dans l'organisation de l'Allemagne. Sous l'Empire germanique, les « privilégia Austriaca» assuraientia liberté d'action du pouvoir suprême à l'intérieur de ce qu'on nommait les États héréditaires allemands. Sous le régime de la Confédération, cette liberté était garantie par l'esprit du pacte conclu entre des Etats souverains.

Une Confédération qui se formerait à la suite de la convention de Munich offrirait-elle à l'Autriche les conditions dans lesquelles celle-ci se trouvait quand elle était unie à l'Empire germanique et plus tard à la Confédération?

L'alliance des trois Rois s'arroge trois pouvoirs qui sont indispensables à tout Etat qui prétend à l'indépendance politique : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Ces trois pouvoirs appartenaient certainement au vieil Empire comme à la jeune Confédération. jMais dans le vieil Empire, l'Autriche jouissait des immunités qui lui étaient nécessaires, et la différence qui existe entre les formes du traité d'alliance de 1815 et le plan de Munich est assez marquée pour que je n'insiste pas sur ce point.

L'acte fédéral du 8 juin 1815 avait pour première base le maintien des droits de souveraineté des princes et des villes libres faisant partie de la Confédération, et l'union des membres de celle-ci sous une forme politique garantissant ces droits, celle d'une Confédération d'Etats. Il était évident que les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, qui sont inhérents à tout corps politique, devaient être garantis à cette union. Par suite de l'idée fondamentale de l'œuvre, ces pouvoirs furent déférés à la Diète permanente, c'est-à-r!ire à un Congrès permanent, formé par les délégués des États souverains formant la Confédération, tandis que, d'après la convention de Munich, le pouvoir exécutif de la Confédération d'États est confié à un directoire composé des plénipotentiaires de sept États; le pouvoir

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législatif est partagé entre les Souverains des différentes parties de la Confédération et les représentants de la patrie allemande tout entière; enfin, le pouvoir judiciaire est mis entre les mains d'un tribunal fédéral indépendant. Il est inutile d'examiner de plus près combien grande est la différence entre les deux situations.

En face de l'alliance des trois Rois du Sud se trouve l'Etat fédéral qui est en train de se former à Erfurt sous l'influence et la suprématie de la Prusse, et qui se donne le nom générique d'allemand, — création particulière qui, dans la Confédération d'États, ne pourrait pas occuper d'autre position que celle d'un status in statu, c'est-à-dire une position paralysant le fonctionnement ou menaçant ouvertement l'existence du système fédéral.

Pour expliquer une situation sans pareille dans l'bistoire, il convient peut-être d'étudier ici les éléments qui l'ont amenée, d'autant plus qu'ainsi seulement on peut jeter un coup d'œil sur l'avenir.

L'état dans lequel se trouvent les questions allemandes est le résultat de la lutte qui a éclaté entre les points de départ de la souveraineté, soit des princes, soit du peuple, lutte qui, à vrai dire, s'était engagée depuis la Révolution française entre la forme monarchique et la forme républicaine (celle-ci cachée sous le masque du libéralisme doctrinaire), mais qui, en IS^S, se dessina franchement au sein de l'Assemblée de Francfort, sur le territoire de l'Allemagne. Un autre mal qui, dans la situation telle que je viens de l'indiquer, vient en aide à l'élément démocratique, c'est l'ambition prussienne, cette ambition qui ne recule pas devant la violation des principes de droit les plus vulgaires, ni même devant les dangers qui menacent l'existence de l'Etat prussien lui-même.

Pour bien faire connaître la situation et les perspectives qu'elle présente, je crois devoir tracer ici une ligne entre les faits qui appartiennent au passé et ceux que l'avenir laisse entrevoir.

Parmi les faits appartenant au passé, je range les suivants:

Les huit siècles d'existence du « Saint-Empire allemand »,

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de cet Empire si respectable, et la dissolution, en 180G, de ce vaste groupe d Etats qui se trouvait situé au centre du continent européen et qui en formait le centre de gravité; — la naissance dune nouvelle Allemagne en 1815, sous la forme d'une Confédération, basée sur le principe des souverainetés particulières et formée pour protéger et pour conserver cellesci; — la création d'une Allemagne unitairesur la base de la souveraineté du peuple en 1848, et Fa vertement patent de cette entreprise !

Comme sur le terrain historique on ne peut pas faire de divisions qui suppriment le lien qui rattache le passé au présent et celui-ci à Tavenir, il est important de relever les moments dont l'influence se fait sentir aujourd'hui. Il suffit d'un simple coup d'oeil pour se convaincre que les éléments qui sont intervenus autrefois dans les questions allemandes déterminent aujourd'hui la situation du jour, bien que dans d'autres proportions de force ou de faiblesse.

Gomme les éléments les plus actifs, je citerai les convoitises révolutionnaires et les convoitises prussiennes, qui, sous le drapeau de l'Allemagne et de la Prusse, sont en lutte entre elles, comme le sont toujours les forces dissolvantes, mais qui, dans la Confédération, s'unissent pour combattre les principes conservateurs.

En face de ces forces actives se trouvent les Etats allemands, qui se sont placés sur le terrain de la résistance.

Ce qu'il y a d'étrange dans cette lutte, c'est la création d'institutions auxquelles la première de toutes les forces, la force des choses, refuse avant tout la faculté de vivre.

L'unité de l'Allemagne n'est possible ni dans le sens du « teutonisme » , ni dans celui du « prussianisme » .

D'un autre côté, la garantie de la séparation des Etats allemands sous la protection de l'ensemble du corps politique, devient une utopie dès qu'il existe une représentation nationale au siège de l'unité fédérale.

Si l'on admet cela, — et ne pas l'admettre serait se livrer à de singulières illusions, — on ne peut arriver à d autres conclusions qu'aux suivantes :

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Ou bien le corps germanique se dissoudra une deuxième fois, et la Prusse s'a{]randira de ses fragments, pendant que d'autres parties chercheront à prolonger leur existence sous la forme d'une alliance politique ;

Ou bien les pays allemands, y compris la Prusse, deviendront la proie de la Révolution, et il en sortira un état de choses impossible à prévoir maintenant, et qui ne deviendra définitif que sous l'influence du temps;

Ou bien il y aura une réunion des Etats allemands sur la base de la Confédération de 1815, réunion qui ne pourrait subsister ni sur la base de ralliance des trois Piois du Nord, ni sur celle de l'alliance des trois Rois du Sud.

Quelle est l'attitude à prendre par rAutriche en face de ces différentes éventualités?

Dans le j)reraier cas, l'Autriche sera appelée à jouer un rôle politique basé sur sa conservation personnelle ;

Dans le deuxième cas, l'Autriche sera réduite à satisfaire aux exigences de sa conservation personnelle ;

Dans le troisième cas, l'Autriche pourra occuper dans la Confédération germanique la place qui lui revient; telle n'est pas celle qui est réservée à l'Empire par l'alliance des trois Rois du Sud.

Lequel des trois cas se réalisera? Chercher à le prévoir, ce serait perdre son temps.

On ne peut pas anticiper sur des solutions qui, en fin de compte, dépendent de la force des choses.

L'Europe, et les pays allemands en particulier, ressemblent aujourd'hui à un champ de bataille où se trouvent en présence des armées régulières, des corps francs, des combattants et des non-combattants de toute sorte, menaçants et menacés, confondus et séparés.

Les Etats qui, unis entre eux par un lien, peuvent seuls représenter un corps politique allemand, se trouvent, sur le terrain social, sous la pression des forces conservatrices et des forces subversives qui se combattent, et, sur le terrain politique, ils suivent trois daections différentes : La première est représentée par la Prusse, qui est avide de conquêtes; nous

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