‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 37 sur 62 · L'ALLIANCE DES TROIS ÎIOIS · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE DES TROIS ÎIOIS

l'appellerons le pays « qui veut » . Les Etats allemands de deuxième, de troisième et de quatrième ordre sont condamnés à suivre l'autre voie; on peut les appeler «ceux qui cherchent)) . L'Autriche suit la troisième direction; il convient de lui donner le nom de « conservatrice » .

De cette manière absolument vraie d'envisager la situation 011 se trouvent aujourd'hui les Etats allemands, se déduit la position morale que l'Autriche est appelée à occuper. Elle n'est et ne peut être qu'expectante. Les positions expectantes demandent avant tout un point d'appui solide. L'acte fédéral du 8 juin 1815 offre ce point à l'Autriche conjointement avec ses confédérés. Abandonner ce point d'appui serait une grossière faute politique; le dépasser^ c'est affaiblir la position qu'on occupe.

Il est incontestable que la Confédération, telle que l'a constituée l'acte fédéral, avait besoin d'être perfectionnée et qu'elle en a grand besoin aujourd'hui. Mais on ne peut perfectionner des institutions que si l'on possède la liberté de ses mouvements, et celle-ci ne se trouve que dans le repos.

Que l'Autriche s'en tienne à l'acte fédéral et à son perfectionnement sur la base qu'il offre. Mais qu'elle ne s'engage pas dans cette entreprise avant que la Confédération ait les moyens de la mener à bonne fin en écartant des velléités particularistes qui lui créent des obstacles. Ni l'alliance des Rois du Nord ni celle des Rois du Sud ne peuvent donner la vie au corps politique allemand.

L'Allemagne avec exclusion de l'Autriche se conçoit aussi peu que l'Allemagne sans la Prusse.

La question étant ainsi posée, il ne peut s'agir d'une lutte entre les Hohenzollern et les Habsbourg; il s'agit de savoir s'il y aura une Allemagne ou non.

Les inconvénients propres à la Confédération portent sur le terrain législatif et non sur le terrain politique. Ce dernier a été fixé constitutionnellement par l'acte fédéral et par son admission parmi les actes du Congrès. La détermination du terrain législatif est une réserve essentielle, dont on ne peut s'occu[)er avec fruit dans la lutte des partis, mais seulement

dans le Conseil fédéral. C'est pour le moment où Ton aura les moyens de réussir qu'il faut que rAutriche réserve sa parole, si l'on ne veut pas que sa voix se perde dans les bruits de la tempête actuelle, ou que le Gouvernement Impérial soit emprisonné dans des liens qu'il serait obligé de briser plus tard.

La Prusse poursuit depuis longtemps une politique utilitaire. Cette politique est Topposé de celle qui est basée sur des principes de droit. Si la politique utilitaire n'exclut pas absolument les idées de droit, elle n'en tient compte que si elle les trouve en barmonie avec le but qu'elle poursuit. De son côté, la politique fondée sur le droit n'exclut pas la poursuite des intérêts; mais elle ne recherche celte dernière que lorsqu'elle n'est pas en contradiction avec les principes du droit. Il y a entre ces deux systèmes politiques la même différence qu'entre les agissements de banquiers sérieux et ceux de joueurs à la Bourse.

La direction que le Cabinet prussien suit dans les complications allemandes se réduit, en somme, à une « partie au plus fin » entre ce Cabinet, le? représentants du libéralisme et du constitutionnallsme allemand, et les défenseurs du droit des différents États allemands.

Voici comment les rôles sont distribués entre les joueurs :

La Prusse déclare vouloir s'absorber dans l'Allemagne. Cette déclaration est basée sur la perspective de l'absorption des Etats allemands par la Prusse, perspective logique en fait, car l'absorption des parties par le tout, de la quantité la plus petite par la quantité la plus grande, est plus naturelle que l'absorption d'un plus grand corps par des corps plus petits. La forme correspondant au but s'appelle l'Etat fédéral.

Le parti libéral accepte cette forme, parce qu'il se voit assuré d'atteindre son but par la convocation d'une représentation nationale dans l'Etat fédéral.

Si la Prusse est absorbée par l'Etat fédéral allemand, même

LA LIBERTÉ DE L'ÉGLISE EN AUTRICHE (l850). 513

nominalement, c'en est fait de la Prusse. Deux Parlements, celui de Berlin et celui d'Erfurt , ne peuvent pas être à la fois parallèles et superposés. Il faut que Tun absorbe l'autre.

Pour empêcher cela, le Cabinet prussien vise à incorporer le Parlement de l'Union au Parlement prussien. Si l'entreprise réussit, ce sera la mort politique des Princes de l'Union allemande et des populations qu'ils représentent. Cette entreprise est-elle facile à exécuter par la Prusse"?

Le Roi Frédéric-Guillaume est un rêveur avec des sentiments honnêtes. Il est toujours la dupe des diseurs de belles paroles. Quatre noms désignent les directions dans lesquelles se débat son esprit, malgré la contradiction qui existe entre ces différentes directions :

a) Celle de Gerlach et consorts. Elle est ultra-prussienne.

b) Celle du baron d'Arnim. Elle est entièrement radicale.

c) Celle du D'' Bunsen. C'est le chaos pur.

d) Celle du général de Radowitz. Dans son point de départ, elle s'appuie sur des principes; dans son application, elle n'est qu'une utopie.

Ces quatre personnalités se détestent entre elles. La marche suivie par le Roi se ressent de la diversité de leurs tendances et de leurs agissements; elle est donc un mélange d'éléments contradictoires.

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