‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 38 sur 62 · LA LIBERTÉ DE L ÉGLISE EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE L ÉGLISE EN AUTRICHE

(Page 82.)

1956. Notes autographes du prince de .Metternîch, écrites en mal 1850. — 1957. Metternich au nonce Viale Prela, à Vienne (Lettre). Bruxelles, le 27 mai 1850. — 1958. Metternich à Viale Prela (Lettre). Bruxelles, le 7 juin 1850.

1956. Dans un article du Lloyd an 3 mai 1850, qui discute les dernières dipositions prises par le Gouvernement impérial vui. 33

relativement à l'affaire de l'Église catholique *, se trouvent les phrases suivantes :

« Avant l'année 1848, la liberté religieuse illimitée a élé accordée en Belgique comme en Amérique. Après l'année 1848, on l'a proclamée dans d'autres Etats de l'Europe qui ont ressenti l'influence de la Révolution... Quant à la constitution de mars, qui devait donner à l'Autriche la paix et la liberté, elle reconnaît le principe d'après lequel aucune Eglise ne peut être dominante dans l'État et aucune Église ne peut être asservie, etc. »

Tout l'article est un mélange d'idées justes et de vues fausses, comme il en est presque toujours de déductions qui, sans insulter à la vérité, ne veulent pas non plus heurter de front de prétendues idées du temps.

On ne peut résoudre les questions religieuses que si on les ramène à ces points de vue simples.

L'Église est-elle dans l'État, ou l'État est-il dans l'Église? Réponse :

L'Église, qui se considère comme l'Église universelle, ne peut se trouver dans l'État, sinon elle perdrait le caractère de l'universalité. Tout bien examiné, VEtat en tant qu'État n'est pas non plus dans l'Église; ce sont les fidèles qui sont dans l'Église, car ils en forment une partie intégrante.

Il ne peut donc y avoir d'autres Églises d'État que des Églises non catholiques, attendu que celles-ci renoncent à l'idée d'universalité, c'est-à-dire aune idée qui repose sur celle de la vérité exclusive des doctrines et sur la conséquence naturelle de ce principe, sur l'idée que ces doctrines seules ont l'avantage de conduire les âmes dans la voie du salut.

Si l'Église n'est pas dans l'État, c'est-à-dire si elle ne se rattache pas à lui par des rapports de sujétion, et si l'État n'est pas dans l'Église, c'est-à-dire en qualité de corps politique,

* Il s'agît des négociations engagées avec les évêques catholiques réunis à Vienne, et ayant pour objet le règlement de la situation de l'Eglise, négociations dont les résultats fui-eiit approuvés en grande partie sur le rapport du ministre des cultes, daté du 7 avril 1850, et reçurent force de loi en vertu de la résolution prise par l'Empereur le 18 du même mois. Une des dispositions princijiales concernait la suppression du placetuin regiuni. (^Note de l'Éditeur.)

LA LIBERTÉ DE L'ÉGLISE EN AUTRICHE (l850). 515

quel point commun y a-t-il entre les deux institutions? Réponse :

Il faut que les deux puissances cherchent ce point dans le respect des droits qui leur sont propres et dans l'observation des devoirs communs qui leur incombent, comme cela arrive pour toutes les institutions qui, tout en étant unies de la manière la plus intime, ont des droits réels et sérieux à l'indépendance.

Le moyen d'arriver au but, c'est de bien comprendre les questions de compétence et de les résoudre correctement.

Parmi les anomalies qui, dans l'Empire d'Autriche, ont marqué les tentatives de solution dont les questions ecclésiastiques ont été l'objet depuis l'époque de l'Empereur Joseph, il faut compter ce fait que l'observation rigoureuse de la compétence a été négligée aux dépens de V Église catholique et des confessions non catholiques (car ni la confession luthérienne ni la confession calviniste ne forment des Eglises), et qu'on a fait juste le contraire de ce qu'il fallait faire. L'État s'est arrogé le droit de s'immiscer dans l'exercice de l'autorité de l'Eglise catholique, ce que celle-ci ne pouvait admettre; par contre, le Gouvernement s'est abstenu de toute influence sur les Églises non catholiques, tandis qu'à l'égard des confessions non catholiques cette intervention de l'Etat est dans l'esprit de leur institution et, en conséquence, est attendue par elles.

Cette émancipation des réformés en Hongrie a eu les conséquences les plus funestes. A dire vrai, le Gouvernement autrichien s'est, pendant plus d'un demi-siècle, arrogé vis-à-vis de l'Église catliolique des droits qu'il n'avait pas, pendant qu'il renonçait de fait à l'exercice des droits qui lui appartenaient relativement aux confessions non catholiques.

Metternich ù Viale Prela, nonce à Vienne (Lettre). Bruxelles, le 27 mai 1850.

1957. Veuillez recevoir mes sincère» remercîments pour votre lettre du 15 mai. Aucune marque de souvenir ne pouvait me donner plus de satisfaction.

Votre lettre s'est croisée avec celle où je me suis expliqué

avec vous à l'égard de mes impressions sur l'affaire religieuse. Je suis certain que vous en aurez pris connaissance sans surprise. C'est avec une vive satisfaction que j'ai trouvé dans votre lettre la confirmation de la part active que le jeune Empereur a prise à ce qui, — vu les antécédents, — aie carac tère d'une opération césarienne, ou du coup de sabre de Scanderheg. Le coup est porté, et il a dû l'être, parce que le temps considérable pendant lequel le nœud, — un nœud composé de bien misérables éléments, — aurait pu être dénoué avec moins d'éclat et par cela même d'une manière plus utile, avait été perdu.

Toute action amène une réaction ; je ne crains pas celle qui ne dispose que de l'arme du mensonge, et telles sont toutes les armes que renferme l'arsenal écroulé du libéralisme religieux et politique qui dans mon pays a été mis sous le patronage du josépbisme. Ce que je me permets de vous recommander. Monseigneur, c'est, dans la poursuite d'une œuvre salutaire, clairement posée aujourd'hui, de porter votre attention sur un fait que j'ai toujours tenu en vue, parce qu'il m'a semblé prêter une arme utile aux défenseurs du bon droit. Ce fait est le suivant.

La pire des conditions dans lesquelles puisse s'engager un Gouvernement et par cela même la chose publique, c'est de se trouver placé sous une législation inexécutable. Telle a été la situation faite à l'Empire par les ordonnances de l'Empereur Joseph II et la législation subséquente. Les conséquences anticanoniques du code civil n'ont point été mises à exécution, par la très-simple raison qu'elles étaient inexécutables. Cet argument me paraît avoir la valeur d'une arme puissante à la disposition du Gouvernement réformateur, dans le sens d'une réforme non-seulement juste, mais inévitable. L'argument que \e regarde comme à la portée du Gouvernement Impérial ne l'est pas moins à celle de tous les bons esprits ; il a la valeur d'un argument a<//iommem. Il est utile à employer, comme tout ce qui a la raison pour soi, et vouloir l'impossible , c'est ne rien vouloir. Je sais bien que la faction doctrinaire ne se déclare point battue facilement; il faut dès lors la forcer

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