‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 40 sur 62 · A BRUXELLES, LE 29 JUILLET · texte numérisé non relu

A BRUXELLES, LE 29 JUILLET

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1959. Notes autographes du prince de Metternich.

19<>9. Le Roi da Bavière est arrivé, le 27 au soir, d'Aixla-Chapelle à Bruxelles. Il passa la journée du 28 avec le Roi Léopold. Le 29 au matin, il me fit dire qu'il viendrait me voir dans le courant de la matinée.

Après quelques paroles affectueuses, le Roi en vint à l'objet de sa visite.

« Que pensez-vous de la situation en Allemagne? » Tel fut le point de départ de notre conversation. Je lui répondis : « Je ne puis répondre à la question que m'adresse Votre Majesté qu'en faisant des réserves. Je suis de ces hommes qui savent tirer une ligne entçe les choses et les situations. Aujourd'hui, je suis étranger aux affaires et ne veux plus m'en mêler, parce que je regarde comme une faute l'immixtion dans les affaires quand on est à l'écart. l,e <lroit de l'homme versé dans les affaires, mais se tenant en dehors d'elles, se borne à une question de sentiment; or, sur ce terrain-là je me reconnais le droit d'exnminer librement les situations et de les juger en tenant compte du temps et en observant la modération voulue. Aussi je n'hésite pas à dire brièvement à Votre Majesté ce que je pense de la situation actuelle de l'Allemagne.

«< Tout bien examiné, l'Allemagne est engagée aujourd'hui dans la même lutte que celle qui la déchire depuis des siècles. Le ferment qui s'appelait autrefois la Réforme s'appelle aujourd'hui la Révolution. La situation s'est améliorée, car elle est devenue plus nette. De la Réforme sont sorties deux Allemagnes. L'ancienne est restée sous la protection de l'Autriche ; à la tête de l'autre s'est placée une puissance qui est née de la Réforme. Cette puissance s'appelle la Prusse, et elle ne dément point son origine. Fille de la Réforme, elle cherche à

compléter sa force dans les luttes de l'époque actuelle, en suivant les voies ae la Révolution.

« L'Autriche, fidèle aux conditions de son existence, défend la Confédération d'Etats; la Prusse veut VÉtat fédéral.

« L'Autriche est placée sur le terrain où les droits et les devoirs se maintiennent en équilibre, et sur ce terrain elle ne recherche pour elle rien qu'elle ne reconnaisse également aux autres, dans les limites du droit; la Prusse veut s'arroger ce qu'elle ne peut obtenir qu'aux dépens d'autrui.

« De l'idée de VÉtat fédéral elle a passé à celle d'une Union, qui est plus modérée en apparence. Mais les dénominations ne changent rien au fond des choses.

« La lutte entre les Gouvernements allemands a lieu entre les défenseurs de la Confédération, formée selon les principes du droit des gens entre les princes souverains de l'Allemagne et les villes libres, et un corps étranger qu'on veut introduire dans cette Confédération, et au moyen duquel les membres souverains du corps fédéral, devenus membres de l'Union, seraient réduits à la condition de vassaux de la Prusse, ce qui placerait nécessairement tous les pays allemands, sauf l'Autriche, sous la domination prussienne, ou bien romprait du moins l'unité politique de l'Allemagne. »

Le Roi déclara qu'il était parfaitement d'accord avec moi, puis il ajouta :

« Aussi ne m'avez-vous pas vu hésiter un seul instant sur le parti à prendre ; je me suis allié à l'Autriche, je resterai debout ou je tomberai avec elle. Mais ce n'est là qu'une affirmation vaine. Quelle sera la fin de la lutte?

« — lia fin de la lutte, répliquai-je, est, comme celle de toutes les luttes, écrite dans le livre du destin; or, vouloir lire dans ce livre, c'est se donner une peine inutile et paralyser ainsi sa propre force. Les Rois comme les autres hommes ne peuvent, dans les luttes inévitables, que se placer sur un terrain solide. C'est le droit seul qui fournit ce terrain ; les défenseurs de la Confédération n'en occupent point d'autre.

« Dites-vous du reste. Sire, que la lutte n'existe qu'en apparence entre la Confédération et V Union; elle est engagée en

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