METTEHNICH ET LE ROI DE BAVIÈRE
réalité entre la Révolution et les principes conservateurs. S'il Fallait une preuve de cette vérité, on la trouverait dans le fait qu'à l'exception du parli rouge, qui pour le moment se tient en embuscade, les esprits dévoués à la Révolution se déclarent pour les plans de la Prusse, c'est-à-dire pour des plans qui, sans doute à l'insu du Roi, ébranleraient sérieusement les droits de sa couronne, et dont le succès n'aurait pour conséquence finale que l'absorption de la Prusse en une république allemande. Quant à l'idée de l'unité allemande sous un chef qui aurait à porter le sobriquet d'Empereur, on est fixé là-dessus par les aveux qui se sont fait entendre dans l'église de Saint-Paul. Le Roi Frédéric-Guillaume n'est pas tombé dans le piège que lui avait tendu la Convention allemande; mais il en est un autre qu'il n'a pas su éviter. Le piège est le même, seulement rap[)àt est différent.
« Ramenée à ses éléments les plus simples, la lutte dont l'Allemagne est aujourd'hui le théâtre se présente sous l'aspect suivant. La première de toutes les questions est celle-ci : Doit-il y avoir un corps politique allemand ou non? Si l'on résout cette question par l'affirmative, et elle l'est depuis l'année 1813, et la sanction officielle qu'elle a reçue ensuite au Congrès de Vienne, alors se pose cette autre question : Sous quelle forme le corps politique allemand doit-il exister? La forme de la Confédération est non -seulement la forme existante, mais encore la seule possible, parce qu'elle seule permet de réaliser l'unité politique en respectant les droits souverains des parties.
«Voilà la thèse que soutient l'Autriche, d'accord en cela avec ses fidèles confédérés. Sur quel terrain la Prusse est- elle placée avec les partisans de l'Union? Evidemment sur un terrain où elle ne peut se maintenir. La Prusse ne nie pas l'existence de la Confédération, mais elle veut faire entrer de force une Confédération dans celle qui existe. L'Union n'a et ne peut avoir d'autre valeur que celle d'un coin qu'on chasse dans un tronc; cette opération a un nom; cela s'appelle ^atre sauter.
« On ne peut opposer qu'une seule force à cette œuvre de destruction, c'est celle de la cohésion des parties qui forment le
tronc. Si celui-ci est plus solide que le coin , c'est ce dernier qui se brisera. »
Le Roi déclara qu'il abondait tout à fait dans mon sens, mais il me demandait quel était le moyen de se maintenir dans la position qu'il reconnaissait comme étant la seule correcte.
u Je ne connais », répondis-je, «qu'une manière d'agir; elle s'applique à la vie politique comme à la vie ordinaire: c'est « de s'appuyer sur le droit et de suivre la direction qu'il « indique » . Dans le cas présent, le droit s'appelle la Confédération, et la direction à suivre est indiquée par la loi fédérale. La Prusse est sortie de la voie du droit, et elle prétend ne pas agir contre l'idée qui préside à la Confédération. C'est à la Prusse à prouver quelle a raison, ce n'est pas à la Confédération à démontrer qu'elle est placée sur le terrain du droit. Je ne puis mieux exprimer mon sentiment sur la manière de bien faire comprendre la situation qu'en me servant de l'image suivante. Je me figure une table ronde à Francfort, autour de laquelle sont placés dix-sept sièges. Sur ces sièges sont assis les représentants des dix-sept voix qui formaient le petit conseil de l'ancienne assemblée fédérale. 11 peut y avoir des sièges qui restent vides sans que cela prive d'aucun droit ceux qui occupent les leurs.
« Ce n'est pas le principe fédéral, mais son application, qui a besoin d'une révision. M'appuyant sur le principe, je voudrais voir la révision finale ajournée à l'époque où tous les sièges seront occupés; jusque-là subsisterait, avec les voix présentes, un état de choses provisoire. Si l'on procède ainsi, la question se confond avec celle-ci : les places vides peuvent-elles déposséder de leur droit les places occupées? Si elles ont ce pouvoir, il est inutile de parler ; si elles ne l'ont pas, le droit reste entier, et il faudra qu'il triomphe dans une lutte engagée non pas entre Vienne et Berlin, mais entre Francfort et Erfurt. »
Ici le Roi me demanda comment j'entendais les réformes à introduire dans l'organisation fédérale.
« Dans le principe de l'organisation fédérale » , répondis-je, « il ne peut être question d'une réforme ; la Confédération ne