‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 42 sur 62 · METTERNICH ET LE ROI DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

METTERNICH ET LE ROI DE BAVIÈRE

peut se concevoir que reposant sur le principe de la souveraineté de ses membres et de l'égalité de leurs droits et de leurs devoirs réciproques. Toute dérogation à ces bases détruirait la Confédération. L'idée de l'unité allemande ne peut être considérée que comme une idée conditionnelle. Sous la forme d'un corps politique, cette unité se manifeste hautement vis-à-vis de l'étranger; au point de vue de sa constitution intérieure, les questions de compétence des parties dont se forme l'unité politique reprennent leur droit. Relativement à ces questions, je jirends la liberté de demander à Votre Majesté un éclaircissement. Qu'est-ce que le Gouvernement bavarois entend par une représentation populaire au centre de l'autorité fédérale? Si l'on veut l'avènement d'un Parlement national allemand, il faut nécessairement que les divers États soient prêts à renoncer à leurs droits souverains et à ne reconnaître à leurs assemblées d'Etats particulières que des droits qui appartiennent à des assemblées provinciales, car des Parlements procédant d'une égale puissance et armés des mêmes pouvoirs ne peuvent se concevoir superposés.

« — L'idée d'une représentation du peuple allemand » , dit le Roi en m'interrompant, « appartient à M. von der Pfordten, elle ne vient pas de moi. Vous savez combien est difficile la situation des ministres allemands; ils ne croient pas pouvoir heurter de front certaines idées qui sont le produit de l'esprit du temps. Je vois que cette idée est irréalisable, et j'espère que mon sentiment personnel sera justifié par la preuve de l'impossibilité de réaliser les idées en question.

a — Votre Majesté m'a entendu prononcer le mot de question de compétence. L'idée des compétences renferme la clef de la conservation de l'organisation fédérale.

« Je considère comme une impossibilité la création d'une représentation du peuple allemand au siège du centre de la Confédération; cette idée est bien arrêtée dans mon esprit. S'il est plus facile de concevoir dans ce centre une réunion de députés des corps représentatifs des Etats confédérés, il n'en est pas moins vrai que la réalisation de cette idée rencontrerait de grandes difficultés, et qu'elle ne deviendrait pos-

slble qu'à la condition de délimiter rigoureusement les compétences. »

L'entretien avec le Roi, dont j'ai indiqué ici les points principaux, m'a laissé l'impression que ce Prince ne se foit pas illusion sur la situation du jour. Le Roi voit parfaitement clair dans le jeu de la Prusse , qui prête la main aux partis révolutionnaires. Il me parait avoir la ferme volonté d'assurer son propre salut en se ralliant étroitement à l'Autriche.

LE CONSEIL DE L EMPIRE EN AUTRICHE. ( Page 94.)

1960. Le baron de Kiibeck à Metternich (Lettre). Vienne, le 24 janvier 1851. — 1961. Metternich au baron de Kiibeck (Lettre). Bruxelles, le 14 février 1851.

1960. Après mon retour précipité de Francfort, j'ai trouvé ma femme gravement malade en Moravie, et j'ai eu d'autres tribulations qui m'ont entièrement absorbé. Je n'avais alors aucun pressentiment de ce qui m'attendait. Plus tard, quand je vins à Vienne et que je me présentai à Sa Majesté l'Empereur et au prince de Schwarzenberg, je fus simplement invité à dire ce que je pensais de l'institution du Conseil de l'Empire. Ainsi que Votre Altesse peut le supposer, je me prononçai pour la nécessité d'une pareille institution; tout en indiquant rapidement quelques bases de l'organisation de ce Conseil et quelques conditions indispensables pour en assurer le succès, je crus néanmoins devoir exprimer le désir de voir Sa Majesté décréter cette institution, mais en faisant appel auparavant aux lumières de plusieurs personnes compétentes qui en discuteraient les statuts, afin que l'Empereur eût sous les yeux un travail sérieux sur cette question.

L'Empereur et le prince de Schwarzenberg accueillirent

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cette proposition, et me chargèrent en même temps de diriger la commission et de présider le futur Conseil de l'Empire.

Dans la commission nous avons tiré parti de tous les travaux antérieurs sur le Conseil d'Etat autrichien. Comme je me rappelais que dès 1816 Votre Altesse avait développé à Milan, en ma présence et devant le comte de Stadion , alors ministre des finances, ses idées sur une réorganisation de notre Conseil d'Etat, et comme je savais que plus tard vous aviez soumis à l'Empereur un travail sur cette question, je fis immédiatement faire des recherches. Mais jusqu'à présent on n'a trouvé trace de ce travail que dans les actes de Cabinet du comte de Wallis, dans un avis motivé donné par ce dernier. Toutefois je me rappelle fort bien en gros les conversations de Milan et de Vienne, sans avoir jamais vu l'acte lui-même. J'ai profité de mes souvenirs dans la direction des travaux de la commission ; Votre Altesse pourra s'en convaincre dès que je trouverai une occasion sûre de lui soumettre le résultat de ces délibérations.

Ainsi que Votre Altesse l'avait recommandé à l'Empereur François, l'organisme du Conseil d'Etat ne fut pas entièrement supprimé; mais on n'en garda que la division en sections dirigées par des chefs de section, et, en général, la réforme ne fut pas exécutée de manière à répondre à ce qu'on en attendait. A cette époque, on avait fait appréhendera l'Empereur qu'on n'eût l'intentiim, sinon de restreindre son autorité, du moins d'en gêner l'exercice par des formes que l'Empereur regardait comme de véritables entraves. Cette appréhension a été la cause première de l'état incomplet dans lequel resta alors l'organisation du Conseil d'Etat. Dans notre situation actuelle, la difficulté n'est plus de ce côté-là, elle est dans la toute-puissance ministérielle, qui croit prévoir, du côté du Conseil de l'Empire, des empiétements et des entraves qu'elle désire éviter. J'espère néanmoins que l'Empereur et le prince de Schwarzenberg ne perdront pas de vue la position de la Couronne, et qu'ils n'iront pas affaiblir eux-mêmes le sérieux appui qu'elle peut trouver dans le Conseil de l'Empire *.

* Le Conseil de l'Empire, dont il s'a{»it ici, entra bientôt en fonction, a la

A la suite d'observations attentives, j'ai trouvé notre situation fort améliorée à certains égards, inquiétante à d'autres.

Je l'ai trouvée améliorée en tant que l'immense majorité de la population de l'Empire est dégoûtée de la révolution et de ses fruits, et que, principalement en Hongrie, en Transylvanie et en Galicie, elle soupire après la domination du Monarque, d'un Roi, attendu qu'elle ne connaît pas les ministres et qu'elle ne comprend ni n'a envie de comprendre les mots, vides de sens, de responsabilité et d irresponsabilité.

Ce que je trouve inquiétant, c'est l'état de nos finances, la nature et la portée d'un grand nombre de mesures gouvernementales empruntées à la révolution, et surtout la résistance matériellement passive, mais moralement très-active, que la population oppose à tout cet appareil de nouveautés qui forment toute une bibliothèque d'actes législatifs postérieurs au mois de mars.

Toutes les nouvelles créations portent plus ou moins la marque de leur origine révolutionnaire ; elles flottent entre la vie et la mort. Elles ne peuvent pas devenir bien vivantes, parce qu'elles sont contraires aux habitudes, aux mœurs , à la situation de la plus grande partie de notre population, et que, par suite, elles ne peuvent pas prendre racine dans l'Empire; mais il ne sera pas si facile de les supprimer, parce qu'elles ont pris une force artificielle répandue dans leurs organes, qui gagnent du terrain comme des plantes parasites et qui tâchent de se cramponner oîi ils peuvent.

L'Empereur, le prince de Schwarzenberg et, comme je le crois, le ministre Bach, dont le jugement est sûr et droit, ne se font pas illusion sur l'état des choses et comprennent bien la situation.

Mais comment en sortir? Voilà la question , voilà le problème dont la solution s'impose au Gouvernement, qui est allé trop loin, et qui s'est trop hâté de prendre les devants.

Puisse le bon génie de Bruxelles apparaître bientôt dans

suite des lettres patentes impériales du 13 avril 1851. D'après sa composition et ses attributions, c'était une refonte de l'ancien Conseil d'Etat.

(Noie de l'Éditeur.)

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l'Empire, sa patrie, pour nous assister au moins de ses conseils !

Metternich au baron de Kiibeck (Lettre). Bruxelles, le 14 février 1851.

1961. Je profite d'une occasion tout à fait sûre pour vous dire que j'ai reçu, le 9 de ce mois, votre lettre du 24 janvier. On retrouve bien dans ces lignes le caractère de tout votre être moral, de la marche pratique de votre esprit et du discernement qui vous fait reconnaître la vérité dans les situations du jour et qui est le privilège exclusif des esprits qui ont des jeux pour voir. La situation dans laquelle se trouve aujourd'hui notre Empire « est telle (juc vous la concevez ». Ces paroles renferment la preuve que je sens le mal et le mieux (non le bien, car nous n'y sommes pas encore arrivés) dans la mesure et dans les directions que vous indiquez en peu de mots. Je suivrai votre exposé en gardant l'ordre que vous observez vous-même dans votre lettre.

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